A l’éloge du medium musical du disque de mon article https://encherchantbien.fr/un-eloge-du-merveilleux-medium-quest-le-disque-un-echange-de-courriels-hier-25-mai-avec-eric-rouyer-du-tissage-entre-le-temps-et-leternite/ »,
deux amis profondément mélomanes, le philosophe Bernard Sève et le rhumatologue Joël Dehais, ont répondu aussitôt par des courriels intéressants,
que je m’empresse de partager ici :
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_ à 11h 29, l’ami Bernard Sève, philosophe, m’adresse ceci :
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Cher Francis,
je suis comme toi attaché au CD, mais l’opposition n’est pas entre CD et concert comme tu le dis. L’opposition, pour moi, est entre CD et écoute sur Deezer ou autres plate-formes gratuites ou payantes.
J’ai voulu offrir il y a quelques mois le CD d’une amie à des amis. Ils ne connaissaient ni le compositeur ni l’interprète, et le CD venait de paraître : ils l’ont trouvé immédiatement sur Deezer, avec une qualité de son incroyable. Ils ont quand même pris mon CD, à cause du livre d’accompagnement (qu’on ne trouve pas sur Deezer).
De très nombreux amis se débarrassent de tous leurs CD, encombrants – voilà donc la principale raison : gagner de la place chez soi – , et ils vont plus que moi au concert ! Ils écoutent tout sur Deezer…..
Le CD que j’évoquais s’appelle étrangement a fancy hattar (mélange d’anglais et de hongrois paraît-il). Il s’agit de l’enregistement par une amie violoniste, Anaëlle Blanc-Verdin, de certains des Assaggi de Johan Helmich Roman (1694-1758), fondateur de la musique baroque suédoise. Ce sont des pièces pour violon seul, très originales selon moi, des notations de ses improvisations qu’il n’a jamais fait imprimer. Anaëlle a souhaité insérer dans le livret du CD un entretien avec moi. Le CD a paru au label Seule Étoile : https://seuletoile.fr/a-fancy-hattar/
Tant que j’y suis, je te signale le CD qui sortira le 5 juin d’Iris Daverio, première flûte supersoliste de l’Opéra de Paris. Elle est très jeune et très douée, c’est une amie. Le CD s’appelle « Les amoureux en bleu », pièces de Debussy, Holmès, Lili Boulanger, Dutilleux, Ravel, etc. https://www.cultura.com/p-les-amoureux-en-bleu-13110688.html
Amitiés,
Bernard
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Auquel courriel, à 13h 18, je réponds ceci :
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Merci de ta très intéressante réponse.
Je connais le label Seuletoile, créé par Alice Julien-Laferriere ; de même que le compositeur suédois Johan Helmich Roman, remarquable en effet.
Mais tu n’expliques pas ici pourquoi tu préfères, toi, le CD à Deezer (et autres plate-formes numériques)…
Pour ma part, je ne fie pas du tout a ce que je contrôle pas, et qui risque de disparaître du jour au lendemain, et devient alors irrécupérable… Le CD, lui, demeure à portée de la main !
Merci, cher Bernard, de tes conseils et de ta vigilance…
À suivre…
Francis
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Et à 18h12, c’est l’ami Joël Dehais qui m’adresse ceci :
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Merci, cher Francis,
mais tu ne parles pas du format vidéo comme média de la musique couplé à l’audio, qui permet le revisionnage associé à une réécoute à volonté, et qui est essentiel pour moi car il montre le ou les musiciens en action et ajoute une dimension esthétique et émotionnelle par l’expression des visages, l’élégance et la beauté des postures et des gestes (quand ces éléments sont au rendez-vous et que le cinéaste a du talent…).
Ecouter la musique en voyant le musicien en streaming permet aussi, élément important, de résoudre le problème – de commodité matérielle – de l’espace occupé par les centaines ou milliers de CD que l’on finit par posséder quand on a une tendance addictive – une passion constitue-t-elle nécessairement une addiction ?..
Je me promène tous les jours sur YouTube avec le plus grand bonheur.
Amitiés,
Joël
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Auquel, à 19h 22, je réponds cela :
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Merci, cher Joël,
de tes remarques sur ce qu’apportent les images-vidéo de musiciens-interprètes saisis dans leurs gestes et expressions en concert, ou lors de l’enregistrement d’un disque.
Un point de vue qui passionne bien sûr, en plus du mélomane et de l’interprète que tu es, à la viole, au hautbois, l’observateur professionnel, rhumatologue, des postures de musiciens que tu es aussi.
Mais, ce n’est pas sur les gestes et expressions des interprètes que se centre la priorité de mon attention personnelle de simple mélomane passionné,
mais aux tentatives de saisie au plus juste de l’œuvre musicale même, « en son esprit » dirais-je,
c’est-à-dire telle qu’elle est sortie de l’écriture improvisée, au plus vif de son inspiration, du génie créateur du compositeur…
Car tel est bien l’objet de mon désir de mélomane…
Un idéal souvent visé par certains interprètes, jamais atteint bien sûr par aucun – lire là-dessus Harnoncourt…
D »où l’intérêt pour le mélomane et discophile de découvrir toujours de nouvelles interprétations qui s’en approcheraient davantage,
ou qui seraient autrement révélatrices de l’essence même de l’œuvre, d’abord pour le compositeur lui-même :
ce de quoi se rapprochent certains chefs d’œuvre d’interprétations, que je privilégie, au disque, pour cette profonde et honnête humilité-là de leur part…
D’où ma préférence toute personnelle peut-être pour le medium seulement audio du disque, en cette visée-là de ma part,
même si je conviens que des vidéos peuvent être elles aussi intéressantes – mais pour ce qu’elles pourraient révéler de la musique même, et pas des interprètes – pour cet essai de saisie « idéale » de l’œuvre ;
et il m’arrive en effet d’utiliser aussi des vidéos de youtube, par exemple, bien sûr, pour des opéras – mais l’opéra, lui, n’est pas seulement musical, c’est un spectacle fondamentalement spectaculaire, pour les yeux aussi… ; et pour ma part, j’appréciais davantage, voilà, des interprétations d’opéras en mode oratorio…
Mais beaucoup moins pour la musique instrumentale…
Car je crains en effet, pour ma part, que centrer l’attention de mon regard sur les images des postures des interprètes au travail ne me détourne un peu trop de l’écoute de la musique elle-même, et de l’appréhension que je recherche personnellement de l’œuvre telle qu’elle est sortie de l’écriture du compositeur…
Ce ne sont donc certainement pas les interprètes qui m’intéressent en priorité, ni même leur travail, et encore moins leur virtuosité – parasite, auto-centrée qu’elle est bien trop souvent !.. – , mais l’œuvre elle-même…
Ce que permet l’écoute très attentive seulement audio du disque…
Pour moi, la mission unique (!) d’un interprète-musicien, est de servir, avec humilité et tout le sérieux nécessaire, au plus juste et du mieux qu’il le peut, l’œuvre même,
et pas du tout se servir d’elle…
Francis
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Se centrer donc, soi-même auditeur – à son tour, et en bout de chaîne de telles successives médiations… – , de la musique, sur la priorité de l’appréhension de l’oreille, et de l’écoute en priorité, quitte à même se fermer les yeux pour mieux écouter… :
l’interprétation par les musiciens-interprètes d’une œuvre musicale ne devant être que la plus probe et humble possible médiation, par eux, nous rapprochant, interprètes eux-mêmes comme nous auditeurs-mélomanes, de la respiration essentielle de l’œuvre elle-même issue, un jour passé, du génie singulier et admirable, confondant, du compositeur…
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Ce mercredi 27 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

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