Auteur/autrice : francislippa

  • De la double question de la composition d’un récital de concert et de la tenue d’un récitant à un concert de musique, en forme de suite au concert des Quatuors n° 2 de Lucien Durosoir et Leos Janacek du 1er mai dernier au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines en Chalosse, pour le 3e Festival Durosoir…

    Mon article de réception « Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire… » du passionnant très beau concert « Janáček – Durosoir » du vendredi 1er mai dernier, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, pour le 3e Festival Durosoir – le 1er Festival Durosoir, en mai 2024,  offrait un concert « Ligeti – Durosoir« , et le second, en mai 2025, un concert « Poulenc – Durosoir« … – , avec ces transcendants et foudroyants chefs d’œuvre de musique de chambre que sont ces sublimes  Quatuors n°2 de Leos Janáček (de 1928) et Lucien Durosoir (de 1922), vient de donner lieu à plusieurs échanges de courriels, centrés sur la double question de la composition – ardue – d’un récital de concert, et de la tenue – difficile et complexe – d’un récitant à un concert de musique,

    en forme de suite, maintenant, à ce que j’ai qualifié d’ »immense concert » de la part des splendides musiciens du Quatuor Diotima…

    …

    Voici donc ces successives réflexions de ma part, en courriels, hier à 10h 43,

    et puis, toujours hier, à 15h 26…

    …

    Un interprète, que ce soit un musicien ou un comédien, a pour impératif absolu – du moins à mes yeux – de servir avec la plus profonde humilité l’auteur ou le compositeur, et jamais se servir, lui – et encore moins se servir histrioniquement ! ou avec cabotinage auto-centré… – , d’eux…
    Même si ce n’est hélas pas toujours le cas, à une époque de narcissisme débridé étalé…
     
    Pour ce qui concerne la distinction que l’on peut faire entre « plaire au public » et « chercher à l’éduquer » : 
    il me faut constater que je n’ai bien sûr pas, pour ma modeste part de simple auditeur du concert, les responsabilités – financières aussi – d’organisation culturelle et artistique qui incombent aux décideurs du concert… Mais, dans mes humbles activités (mon blog encherchantbien.fr , mes chers entretiens enregistrés chez Mollat), je refuse absolument l’abaissement des exigences, et la complaisance à l’avilissement du public en vue du succès ou de l »approbation à tout prix… Et je suis heureux de voir les témoignages d’approbation (de clarté) de quelques récepteurs de mes entretiens : je ne les recherche pas, ces témoignages, mais quand il arrive qu’ils surviennent, ils me touchent…
     
    Surtout, j’espère que les santés de Luc et Georgie Durosoir vont leur permettre de continuer un bon bout de temps le service très actif et si fécond de leurs passions… Je vois leurs fatigues, comme je vois leurs incroyables énergies…
    Qu’ils se portent bien, tous les deux, et qu’ils soient heureux le mieux possible, en dépit des maux qui agressent leurs vénérables âges…
     
    J’aurais beaucoup aimé assister au concert, samedi 2 mai dernier, de Lorène de Ratuld (avec ce « Tombeau de Couperin » que j’aime tant !) ,
    mais les concerts de Saint-Lon-les-Mines ne débutant cette année qu’à 18h 30, je ne pouvais pas me permettre de risquer de rentrer la nuit tombée et sous la pluie à Bordeaux samedi soir…
    Déjà vendredi soir 1er mai je suis arrivé chez moi à Saint-Jean-de-Luz à 21h 15 : la nuit commençait juste à tomber, heureusement sans la pluie redoutée…
     
    Samedi 2 mai, après avoir déjeuné à 13h chez mon ami Dominique Raoux-Cassin, diplomate émérite (et mélomane ! Il a fait partie du comité de direction du Festival Ravel auprès de Jean-François Heisser) à son domicile de Saint-Jean-de-Luz, et après une passionnante riche conversation remarquablement informée, je suis rentré à Bordeaux en conduisant sous une pluie battante continue…
     
    Voilà ce que c’est que de prendre de l’âge…
    Francis
     
    P.s. :
    j’espère vivement que le programme du 4e Festival Durosoir de l’an prochain (2027) comportera, à côté des œuvres puissantes de Lucien Durosoir, des œuvres du niveau de qualité des chefs d’œuvre de Janáček et de Ligeti donnés au château Mombet en mai 2024 par les Tana et mai 2026 par les Diotima… 
    C’est ainsi que le nom de György Kurtag m’est venu à l’esprit (il a eu 100 ans le 19 février dernier !).
    Et il faudra bien sûr des interprètes de la qualité des Diotima et des Tana, s’il s’agit de Quatuors…
    Lucien Durosoir, si singulier, si puissant, si intense, si foudroyant parfois, apparaît mieux que jamais, grâce à de tels concerts, en Chalosse, comme un « moderne ». Et plus encore, et en sa sidérante singularité au sein de la musique française, comme un compositeur de génie magistral !
    Ainsi, le 12 avril 2013, en mon article « L’œuvre Durosoir au concert : les programmes qu Quatuor Equinoxe et du Trio Rilke aux concerts d’Hendaye les 6 et 7 avril 2013« , les noms de créateurs de cette transcendante hauteur qui m’étaient venus à l’esprit pour qualifier le genre de génie créateur de Lucien Durosoir, étaient-ils rien moins que ceux de Michel-Ange, sculpteur, Agrippa d’Aubigné, Walt Whitman, poètes, au côté du nom de Beethoven, en ses stupéfiants Quatuors…
    …
    Et puis, à 15h 26 : 

    …

    En recherchant dans mes archives le concert où j’avais pour la première fois écouté Mario Hacquard en récitant – c’était, cela je m’en souviens bien, au théâtre d’Hendaye – , je viens d’en retrouver à la fois la date (c’était le 12 novembre 2015), et surtout le courriel dans lequel je rêvais – déjà ! déjà ! – d’associer un Quatuor de Durosoir au 2e de Janáček (« Lettres intimes »), ou à un Quatuor de Bartok, ou de Chostakovitch, plutôt qu’au Quatuor de Ravel, pas assez « rude », disais-je ; aux « univers aux antipodes », écrivais-je même…
     
    Et je prévenais aussi :
    « l’association de lectures de textes – fussent les lettres de guerre de Lucien, et lues par son fils (et c’est bien plus fort que lues par un acteur !) – à des œuvres telles que ces Quatuors, doit être bien pensée »…
     
    Et même :
    « Pour le concert de Lorène de Ratuld, quel que soit le talent de Mario Hacquard – et l’articulation musique/ texte était fort bien calculée – , certaines intonations (même rares) m’ont gêné ;
    et pour avoir été moi-même récitant lors de concerts, je sais combien c’est extrêmement difficile.
    En cela, je pense que Luc est bien mieux en place dans un tel exercice qu’un quelconque comédien, fut-il excellent.
    À cet égard, j’ai bien apprécié la sobriété de la comédienne à l’Hôtel de ville d’Hendaye – c’était le 13 novembre 2015 –  : elle a été parfaite, pour moi…» .

     

    Je constate ainsi que je ne varie pas beaucoup dans mes appréciations (jouissances et irritations) d’après-concert !
     
    Le récitant doit se faire petit, tout petit, et le plus neutre et sobre possible ! Car c’est la musique seule qu’il faut servir !!!
     
    Francis
    …
    Début du message réexpédié :
    De: Francis Lippa
    Objet: le Quatuor Arnaga
    Date: 16 novembre 2015 à 08:11:11 UTC+1

     

    Ce n’était donc pas la première fois que le Quatuor Arnaga jouait ce programme de Quatuors, constitué de celui de Ravel et du 3e de Durosoir.

     
     
    Associer ces 2 sublimes Quatuors ne va cependant pas de soi, du moins pour les oreilles du public.
    Le contraste est même assez difficile à accepter à l’écoute je dirais naïve au concert, tant leurs univers sont aux antipodes.
    Après le charme (même sombre) de Ravel, la force quasi brute (michelangelesque…) de ce 3e de Durosoir 
    – « musique d’après la guerre » avais-je écrit à mon écoute du CD, l’été 2008 ; et je maintiens plus que jamais cette expression ! –
    commence par agacer et agresser les oreilles non apprêtées…
     
    Peut-être faudrait-il tenter d’associer au 3e de Durosoir un Quatuor plus « rude » : le 2d de Janacek, un de Bartok, ou de Chostakovitch.
     
    De même, l’association de lectures de textes – fussent les lettres de guerre de Lucien, et lues par son fils (et c’est bien plus fort que lues par un acteur ! – à des œuvres telles que ces Quatuors
    doit être bien pensée…
     
    Pour le concert de Lorène de Ratuld,
    quel que soit le talent de Mario Hacquard – et l’articulation musique/ texte était fort bien calculée – , 
    certaines intonations (même rares) du comédien m’ont gêné ;
    et pour avoir été moi-même récitant lors de concerts, je sais combien c’est extrêmement difficile.
     
    En cela, je pense que Luc est bien mieux en place dans un tel exercice qu’un quelconque comédien, fut-il excellent.
    À cet égard, j’ai bien apprécié la sobriété de la comédienne à l’Hôtel de ville d’Hendaye : elle a été parfaite, pour moi…
     

    Voilà quelques réflexions d’après concert…

     
    Francis

    …

    Voilà donc pour ces quelques réflexions un peu prolongées d’après-concert…

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    Ce mardi 5 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir un beau récital, d’ample sérénité méditative, de Motets mariaux de Josquin Desprez très joliment servis en 2018 et 2020 par l’excellent Giuseppe Maletto et l’Ensemble Cantica Symphonia…

    Découvrir un beau récital de Motets mariaux de Josquin Desprez (Beaurevoir, c. 1450 – Condé-sur-l’Escaut, 27 août 1521) très joliment servis en 2018 et 2020 par l’excellent Giuseppe Maletto et l’Ensemble Cantica Symphonia,

    c’est ce que vient de me permettre le dénichage inattendu, au sein du rayon de CDs soldés de mon disquaire préféré, la trouvaille – à la vue des 2 noms de Josquin Desprez et Giuseppe Maletto – du CD Glossa Platinum GCD P31909 « Stabat Mater – Marian motets and instrumental songs » de l’Ensemble Cantica Symphonia placé sous la direction de son fondateur, en 1995, l’excellent ténor Giuseppe Maletto – en 2009, avec Rossana Bertini et Daniele Carnovich, Giuseppe Maletto fondera la merveilleuse Compagnia del Madrigale ! – ,

    un bien beau CD – enregistré à Cumiana du 7 au 9 août 2018, à Malo les 10 et 11 février 2020, et Roletto le 2 juin 2020 – , d’ample sérénité méditative, passé inaperçu de ma part à sa parution à l’automne 2020, probablement parce que le nom de cet Ensemble, Cantica Symphonia, ne me parlait alors pas.

    Et sur lequel CD je n’avais rien lu ; et d’ailleurs je ne trouve maintenant sur ce CD paru à l’automne 2020 qu’un seul article intitulé « Cantica Symphonia masterfully perform Josquin Desprez« , sous la plume de Ralph Graves, paru au mois d’octobre 2020, sur le site de Charlottesville Classicals :

    …

    This is the fourth volume of music by Josquin Desprez that Cantica Symphonia has released on Glossa – je n’en ai pas eu connaissance. Giuseppe Maletto and the ensemble released two volumes of Josquin’s motets, plus one of chansons. Their next release was a collection of Marian motets (compositions in praise of the Virgin Mary) by various Renaissance composers.

    This recording seems the next logical step — a collection of Marian motets by Josquin Desprez. It’s actually a little broader than that. The program also includes instrumental songs and a Stabat Mater (also about the Virgin Mary).

    The Cantica Symphonia knows Josquin well, and their performances show it – effectivement. Their vocal blend is almost seamless. There’s enough separation to hear how each line fits together, created harmonies solely through interaction.

    These were motets written to inspire contemplation, and they do – voilà. Maletto’s direction shapes the music in subtle ways. The ensemble performs calmly – voilà ! – , invoking a feeling of serenity – c’est tout à fait cela… Closer listening reveals subtle phrasing that gives these performances their expressive power.

    This is a wonderful collection of Josquin’s music. He was considered – très justement ! – the greatest composer of his age. As this release shows. even within this tightly focused grouping, Josquin’s imagination was limitless.

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    Josquin Desprez: Stabat Mater
    Marian motets and instrumental songs
    Cantica Symphonia; Giuseppe Maletto
    Glossa GCD P31909

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    Un bien beau récital, donc, en ouverture de ce mois de mai 2026 : le mois de Marie…

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    Ce lundi 4 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un ravissant récital de Concertos pour luth en Bohème, « Beyond Vivaldi », par Evangelina Mascardi et l’Ensemble Estrovagante dirigé par Riccardo Doni…

    C’est un ravissant récital de Concertos pour luth en Bohème, intitulé « Beyond Vivaldi« , que nous offrent Evangelina Mascardi et l’Ensemble Estrovagante dirigé par Riccardo Doni, avec le CD Arcana A593 « Lute Concertos – Hagen – KLeinknecht – Kohaut – Krebs – Beyond Vivaldi » – enregistré à Vigevano du 22 au 25 novembre 2024 – et comportant, donc, des Concertos pour luth de Johann Ludwig Krebs (Buttelstedt, 12 octobre 1713 – Altenbourg, 1er janvier 1780), Joachim Bernard Hagen (Hambourg, 1720 – Ansbach, 9 décembre 1787), Jakob Friedrich Kleinknecht (Ulm, 8 avril 1722 – Ansbach, 11 août 1794), Karl Ignaz Augustin Kohaut (Vienne, 26 août 1726 – Vienne, 6 août 1784), et Antonio Vivaldi (Venise, 4 mars 1678 – Vienne, 28 juillet 1741), leur inspirateur…

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    En un genre tardif au XVIIIe siècle, mais séduisant, grâce à l’empreinte musicale heureuse laissée par le passage de Vivaldi dans ces contrées catholiques – dont la très musicale Bohème – de l’Empire d’Autriche, où le luth était encore pas mal pratiqué…

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    Jetez ici un coup d’œil à cette brève vidéo de présentation de ce très agréable CD…

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    Ce dimanche 3 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire…

    Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut degré inspiré – composé de Yunpeng Zhao, violon 1, Léo Marillier, violon 2, Franck Chevalier, alto, et Alexis Descharmes, violoncelle – , avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre (!!!) sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928) de Leoš Janáček (Hukvaldy, 3 juin 1854 – Ostrava, 12 août 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) de Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955)…

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    Avec toutefois, mais tout à fait indépendamment de la performance absolument magnifique des 4 musiciens du Quatuor Diotima, un énorme bémol – tout au moins pour ma part – : l’ineptie terriblement incroyable (mais hélas bien trop réelle) d’avoir laissé entrecouper les 4 mouvements des 2 Quatuors de Leoš Janáček et de Lucien Durosoir d’interventions musicalement totalement incongrues d’un récitant, en l’occurrence Mario Hacquard, déguisé d’abord en Janáček gominé, puis en Durosoir en habit bleu de poilu, et débitant pompeusement des extraits de lettres de délire érotique sénile de Leoš Janáček adressées à Kamila Stösslova dont il était tombé amoureux, puis de Lucien Durosoir adressées, du front de 14-18, à sa mère… Autant je peux apprécier la présentation d’un récitant discret, sur un ton purement informatif et neutre, de la musique à venir par un des musiciens-interprètes du concert, autant je suis absolument allergique à l’intervention théâtrale d’un comédien singeant affreusement le compositeur.

    Et dans le cas de Leoš Janáček, cela frôlait même dangereusement l’obscène.

    …

    D’abord, une lettre écrite – dans le silence de sa pensée – adressée à distance à un destinataire qui la lira – dans le silence aussi de sa propre pensée… – n’est absolument pas du registre de ce qui est dit dans la proximité de l’échange verbal de paroles ; et si Janáček s’est autorisé à écrire ces mots-là, c’est qu’il ne pouvait absolument pas les dire directement, face à face, à celle qu’il se disait alors à lui-même, à son écritoire, aimer et désirer… Ce que Janáček, en revanche, a fait de ces désirs éprouvés, c’est la sublime musique de cet extraordinaire Quatuor n° 2, d’abord intitulé « Lettres d’amour« , un titre bien vite rectifié, sur l’insistance de la destinataire, « Lettres intimes » : un amour de vieillesse jamais consommé…

    La musique transcende, et merveilleusement !, par un chef d’œuvre sublime, le sinistre et malheureux délire érotique sénile…

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    Dans le cas, de Lucien Durosoir et sa mère, la correspondance extrêmement affectueuse ne fait que poursuivre, en dépit de la distance de la séparation du fait de la guerre, le lien très puissant – et de toute leur vie – entre le fils et la mère, seulement distendu par la situation de la guerre qui les éloignait physiquement l’un de l’autre… Et qui ne donnera qu’après coup, de 1920 à 1934 – tant que sa mère vivra, infirme, et qu’il sera auprès d’elle – , les musiques si singulières que Lucien, jadis, avant 1914, violoniste virtuose, se mettra à composer dès 1920, et sans les publier : le public d’alors n’étant pas du tout prêt à les recevoir – Lucien Durosoir en avait une très claire conscience ! – pour les chefs d’œuvre que nous pouvons, désormais – le temps ayant passé, et la modernité ayant bien fait son chemin et son œuvre : Lucien Durosoir, né romantique, est pleinement moderne, et tourné vers l’avenir… – , pleinement y reconnaître…

    …

    Il n’empêche : dans un cas comme dans l’autre, ces deux musiques n’avaient pas à être aussi saugrement interrompues en leur fil si intense, si explosif et si continu aussi, dans chacun de ces deux sublimes chefs d’œuvre de la musique de chambre…

    …

    Mais il faut très chaleureusement féliciter Luc Durosoir, qui sert si admirablement l’œuvre sublime de son père Lucien, très volontairement laissée, par le compositeur, un durable temps endormie à reposer et mûrir – pour l’auditoire plus ouvert à venir – dans l’obscurité d’un tiroir dans la maison familiale de Bélus, de les avoir, une œuvre après l’autre, lui le fils, Luc, patiemment éditées, puis données à écouter en des concerts, et enfin enregistrées, toutes, en des CDs disponibles à l’écoute et à la reconnaissance de leur génie resplendissant dans le monde entier… 

    …

    Il y a deux ans, Luc Durosoir a fait le magnifique choix d’inviter, le 17 mai 2024 au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines – cf mon article rédigé ce soir-là : « Puissance et génie de deux chefs d’oeuvre incisifs de deux compositeurs éblouissants du XXe siècle : le Quatuor n°3 (de 1934) de Lucien Durosoir et le Quatuor n°1 (de 1954) de György Ligeti, par un stupéfiant d’intelligence et sensibilité Quatuor Tana pour un très marquant concert « Durosoir invite Ligeti » au Festival Lucien Durosoir (Mai musical 2024) en Chalosse… Une révélation pour beaucoup et un émerveillement pour chacun !« … – le beau Quatuor Tana – spécialisé surtout dans la musique la plus contemporaine – pour un admirable programme constitué du Quatuor n° 1 de György Ligeti (de 1954) et du Quatuor n°3 de Lucien Durosoir (de 1934)…

    …

    Et c’est à nouveau un formidablement merveilleux choix d’inviter, ce 1er mai 2026, à nouveau au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le Quatuor Diotima – excellentissime lui aussi dans le répertoire de la musique la plus contemporaine !.. Que l’on consulte sa passionnante discographie… – pour ce sublime programme composé des extraordinairement puissants Quatuors n° 2 de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), ce Quatuor Diotima qui avec son merveilleux CD Alpha 125 « Lucien Durosoir – quatuors à cordes » – les interprètes, au mois de décembre 2007, à La Borie, en sont : Naaman Sluchin et Yun-Peng Zhao, violons ; Franck Chevalier, alto ; ter Pierre Morlet, violoncelle ; et le CD était paru le 1r juin 2008… – m’a fait immédiatement m’enthousiasmer, dès la première écoute (!), pour cette musique si formidablement intense et puissante de Lucien Durosoir : cf mon article « Musique d’après la guerre« , en date du 4 juillet 2008 ; et que je propose ici à la fois dans sa version initiale de ce 4 juillet 2008, et dans sa version complétée du 28 juin 2020…

    …

    Le temps passant, et les interprétations au concert, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le 17 mai 2024, par le Quatuor Tana – Antoine Maisonhaute, Ivan Lebrun, violons ; Takumi Nozawa, alto ; Jeanne Maisonhaute, violoncelle – , du Quatuor n°3 en si mineur (de 1934), et puis ce 1er mai 2026, par le Quatuor Diotima, du Quatuor n°2 en ré mineur (de 1922) de Lucien Durosoir, ne font que renforcer, et plus qu’au centuple, ma certitude du génie exceptionnel (!!!) et très singulier de Lucien Durosoir, dont rien dans la musique française, n’atteint à un tel degré d’intensité et puissance tragique de sublimité – dans mes 2 contributions « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 ; la singularité Durosoir » et « La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : romantiques, parnassiens, symbolistes, modernes » données au colloque « Lucien Durosoir. Un compositeur moderne né romantique » au Palazzetto Bru-Zane à Venise le 21 février 2011, j’ai convoqué les noms de Beethoven et de Michel-Ange (ses longues et très puissantes colossales formes serpentines) pour proposer une sorte d’équivalence de puissance de création à celle, si singulière, donc, de Lucien Durosoir ; cf aussi les indications de mon article du 12 octobre 2022 : « La correspondance de guerre (1914 – 1919) de Lucien Durosoir et sa mère Louise, « Ma Chère Maman, mon Cher Enfant », à paraître le 11 novembre prochain chez Blackwater Press, à Charleston, West-Virginia, traduite en anglais par Elizabeth Auld…« …

    …

    Et je n’en admire que davantage la puissance –  aussi – de choix – quelle énergie ! quelle superbe inventivité ! – de Luc et Georgie Durosoir de composer leurs programmes, non dans un horizon musical passéiste, mais bien un horizon d’avenir pour notre XXIe siècle : cette dimension d’avenir qui était déjà si chère, vraiment, à Lucien Durosoir…

    …

    Et j’attends donc – et espère très vivement ! – que le programme des concerts de l’année prochaine au château Mombet associera à nouveau au génie si puissant et si singulier de l’œuvre de Lucien Durosoir (1878 – 1955) l’œuvre d’un compositeur aussi génial et d’avenir que le sont Leoš Janáček (1864 – 1928) et György Ligeti (1923 – 2006) : pourquoi pas l’extraordinaire György Kurtag (né à Lugo le 19 février 1926, et encore vivant…) ?.. Tant le génie propre de Lucien Durosoir a d’affinités avec le génie de ces magnifiques compositeurs d’Europe centrale…

    …

    Une dernière remarque sur la très belle prestation hier soir des Diotima au château Mombet de Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse – tout près de la maison familiale de Lucien Durosoir à Bélus, et de Peyrehorade – :

    en forme d’apaisant et mélodieux final de ce concert, après le déchainement de ces tempêtes tragiques sublimes des 2 chefs d’œuvre de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), les Diotima nous ont offert une très belle transcription pour quatuor à cordes de la délicieuse mélodie « Les Berceaux » (Op. 23 n°1) de Gabriel Fauré (1845 – 1924) –  dont voici une belle vidéo (de 3′ 04) de l’interprétation de Sandrine Piau avec Susan Manoff : ces ravissants « Berceaux » de Gabriel Fauré se trouvant aussi à la plage 6 de leur CD Naïve 5250 « Après un rêve » – enregistré à Grenoble en juin 2010…

    Sur le choix de ce bis très contrasté de la mélodie de Gabriel Fauré après les deux Quatuors si tourmentés et étourdissants de Janáček et Durosoir, j’ai échangé quelques mots après le concert avec Franck Chevalier, dont le jeu à l’alto, très profond et charnel, est spécialement magnifique… Le public était ravi…

    …

    Ce samedi 2 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa