Auteur/autrice : francislippa

  • Ecouter la Fantaisie en Fa mineur D 940 de Schubert par Paul Badura-Skoda et Jörg Demus

    Pour bien entamer la soirée de ce lundi

    de début septembre,

    …

    écouter la Fantaisie pour piano à 4 mains, en Fa mineur, D 940, de Franz Schubert,

    …

    par exemple par Paul Badura-Skoda et Jörg Demus,

    enregistrée en concert salle Gaveau, à Paris, le 6 octobre 2007,

    …

    en un double CD Gramola 99175, paru en 2018.

    …

    …

    Avec quelque chose d’un peu vert,

    qui intrigue…

    …

    …

    Ce lundi 7 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Reprise (avec ajouts) de l’article « Dates de naissance et de décès de la « chère Tante Gachuch » de Maurice Ravel » : les avancées d’une recherche

    À des fins d’amélioration de la lisibilité,

    et, plus encore, de complétude _ eu égard à la suite de mes recherches (et découvertes !) _,

    …

    je viens de procéder à une ré-écriture de mon article du 21 septembre 2019

    …

    en mettant en évidence aussi les fruits ultérieurs de ma recherche.

    …

    …

    Dates de naissance et de décès de la « chère Tante Gachuch » de Maurice Ravel

    …
    — Ecrit le samedi 21 septembre 2019 dans la rubrique “Histoire, Musiques”.
    …
    …

    Pour faire un point sur mes nouvelles découvertes aux archives d’état-civil de Ciboure et Saint-Jean-de Luz vendredi 20 septembre,

    …

    ceci,

    soit un courriel adressé à Manuel Cornejo :

    …
    …
    mon séjour hier à Saint-Jean-de Luz et Ciboure m’a permis de passer _ avec profit ! _ un peu de temps aux archives municipales de ces deux cités _ procéder à partir des données documentaires (même sérieuses) du web comporte des limites : elles demeurent lacunaires. Et la recherche est infinie.
    …
    …
    Voici pour commencer _ d’autres documents bien intéressants aussi suivront ! _ de quoi rectifier les erreurs (de paresse de recherche) d’un bon auteur,
    à propos de Gachucha Billac, la « chère grand-tante » maternelle de Maurice Ravel
    (demi-sœur de sa grand-mère Sabine Delouart, née, elle aussi à Ciboure, le 11 mars 1809 _ de Marie Delouart et d’un père demeuré inconnu _),
    cet acte de décès (n° 76) d’ »Engrâce Billac, décédée le 17 décembre, rue Gambetta, 41, (83 ans), célibataire« ,
    en date du 17 juin 1902, à onze heures du matin :
    …
    …
    L’an 1902, et le dix-sept décembre à onze heures du matin,
    Par devant nous Dominique Larrea, maire, Officier de l’État Civil de la ville de Saint-Jean-de-Luz, département des Basses-Pyrénées, sont comparus en notre Mairie, Charles Gaudin, capitaine au long cours, âgé de vingt-sept ans, et Pierre Gaudin, employé, âgé de vingt-quatre ans, domiciliés en cette ville, voisins _ sic _ de la défunte,
    lesquels nous ont déclaré que ce jour, à quatre heures du matin, Engrâce Billac, domestique, célibataire, âgée de quatre-vingt-trois ans, née à Ciboure
    _ en réalité, c’est à l’âge de 78 ans, et non 83, que Gratieuse (et non Engrâce) Billac, née le 15 mai 1824 à Ciboure, décède à Saint-Jean-de-Luz le 17 décembre 1902 ; Gratieuse Billac ne doit pas être confondue avec sa sœur Engrâce, qui, née des mêmes parents Marie-Baptiste Delouart et Jacques Billac, à Ciboure, le 2 juin 1819, serait décédée, ce 17 décembre 1902, à l’âge de 83 ans, …seulement si c’était bien d’elle qu’il s’était agi ici ! ; mais, en réalité, cette petite Engrâce Billac est décédée, à Ciboure, à l’âge d’un jour, le 3 juin 1819 ! La confusion d’âge de la défunte qui marque le témoignage de Charles et Pierre Gaudin, a donc quelque chose d’un peu étrange ; de même que la substitution du prénom, Gratieuse, par Engrâce, même si ce sont là deux manières de signifier le même prénom, dont le dimininutif est Gachucha, ou Gachuch… _,
    domiciliée en cette ville, fille de feu Jacques Billac _ âgé de 52 ans à la naissance de Gratieuse, marin : Jacques Billac est né à Ciboure le 5 septembre 1772 ; et il est décédé à Ciboure le 11 mars 1839 _ et de feue Marie Delouart, son épouse _ 41 ans, à la naissance de Gratieuse, poissarde : Marie Delouart est née à Ciboure le 29 juin 1782 ; et elle est décédée à Ciboure le 28 août 1855 _,
    est décédée à la rue Gambetta, numéro quarante et un,
    ainsi que nous nous en sommes assuré, et ont les déclarants
    signé avec nous le présent Acte de Décès après qu’il leur en a été fait lecture.
    …
    …
    Ont donc déclaré à la mairie de Saint-Jean-de-Luz le décès de Gachucha Billac
    Charles Gaudin, capitaine au long cours, âgé de 27 ans _ né le 19 novembre 1875, à Saint-Jean-de-Luz, Grand’Rue n° 41 _,
    et Pierre Gaudin, employé, âgé de 24 ans _ né le 7 février 1878, à Saint-Jean-de-Luz, Grand’Rue n° 41 _, 
    « voisins de la défunte » _ et beaucoup plus que cela : Gratieuse-Gachucha avait pris la place la plus active à leur éducation quotidienne. Les enfants de la maisonnée Gaudin (Charles et Pierre étant les deux aînés) du 41 rue Gambetta, tenaient donc beaucoup, beaucoup à elle…
    …
    …
    Suivront deux photos _ de simple confirmation des faits déjà reconnus ; cf mon article du 15 juillet dernier : … _ de l’acte de naissance (à Ciboure, le 15 mai 1824) de Gracieuse Billac.
    …
    …
    C’est la confusion _ d’où a-t-elle bien pu surgir ? Qu’est ce qui a donc pu la susciter ?.. _ par ce bon auteur de cette « Tante Gachuch » Billac avec la « Tante Bibi » des Bibal
    qui a entraîné vos affectations à Gachoucha Billac, aux pages 764, 1250 et 1646 de votre magnifique Correspondance,
    de ce qui revenait en réalité à Bernardine Bibal (née à Saint-Jean-de-Luz le 22 août 1855 ; je n’ai _ hélas _ pas pensé à rechercher aux archives municipales de Saint-Jean le document établissant la date de son décès ! _ ce que j’ai fait un mois plus tard, le 25 octobre suivant : Bernadine Bibal, célibataire, est décédée à Saint-Jean-de-Luz en son domicile, 5 Place Maréchal Foch, le 28 février 1943, à l’âge de 86 ans _)…
    …
    …
    Un simple calcul d’âge, et, d’abord, une vérification des dates de naissance et de décès de ces deux personnes, Grâcieuse Billac et Bernardine Bibal,
    auraient permis d’éviter cette ridicule confusion _ que j’ai déjà relevée ; mais maintenant je dispose de la date effective (et significative de tout ce qui nous manque (!) en fait de documents de la présence de Maurice Ravel à Saint-Jean-de-Luz et Ciboure avant 1901) du décès de Gachucha, le 17 décembre 1902 _ ; développée hélas dans le livre de cet auteur un peu trop négligent sur ses sources (et leur vérification)…

    Compiler ne dispense pas de chercher aussi vraiment un peu et de penser toujours à vérifier (ou rectifier)…
    …
    Ce serait plus sérieux pour un travail aspirant à faire référence scientifique !
    …
    …
    Précisions en forme de commentaire :
    …
    La première de ces 2 mentions par Maurice Ravel de Gachucha Billac, en une lettre à Jane Gaudin, en date du 16 octobre 1902 _ page 82 : « Donnez-moi bientôt de vos nouvelles, ma chère Jane, et en attendant, mes souvenirs affectueux à tous (comprenez dans ce tous la famille de votre tante _ Dorotea Uburuzqueta-Bibal (veuve de Pascal Bibal, frère de la grand-mère de Jane, Annette Bibal-Gaudin), ainsi que ses 6 enfants François-Ignace, Marie, Elise, Grégoire, Jeanne et Joseph Bibal… _ et les Hiriart _ la famille de Magdeleine Hiriart-Gaudin, l’épouse du frère aîné de Jane, Charles Gaudin : en l’occurrence, sa sœur Marie Hiriart, et ses parents Dominique Hiriart et Marie Dimatz _ ) sans oublier Mme Bibal _ Victoire Dupous-Bibal, qui décèdera le 16 juin 1903 _ et ma chère tante Gachuch« … _, date de 2 mois et 1 jour avant le décès de Grâcieuse Billac, le 17 décembre 1902.

    Jusqu’ici, nulle mention de ce décès _ et de ce qu’a pu en ressentir Maurice Ravel : mais tant de lettres ont disparu ! ou nous échappent !.. _ n’a été retrouvée dans la Correspondance conservée de Maurice Ravel
    _ Madame Lenoir m’a répété hier qu’en un accès de rage une personne de sa parenté a (ou aurait) détruit (est-ce possible ???) toutes les lettres de Ravel que cette personne, qui en avait la détention après héritage) avait conservées en sa possession… Quelle terrible (et si absurde !) perte pour la connaissance !
    …

    La seconde _ et dernière _ de ces deux mentions du nom de Gachucha Billac dans la Correspondance conservée et connue jusqu’ici de Maurice Ravel 
    est très postérieure à ce décès _ du 17 décembre 1902 _, puisqu’elle se trouve dans une lettre adressée à Marie Gaudin, en date du 20 septembre 1916 _ pages 537-538 _ :
    …
    son occasion est une dysenterie survenue à Saint-Dizier provoquée par des melons,
    ces melons qu’affectionnait tout particulièrement la chère tante Gachucha : « J’ai voulu réaliser le vœu de ma pauvre tante Gachucha, qui souhaitait mourir d’une indigestion de melon. Je m’en suis fourré pendant trois jours avec accompagnement de tomates crues, le tout additionné d’eau contaminée. Me voici depuis 5 jours couché dans ma chambre, avec la perspective d’être transporté à l’hôpital « …
    Maurice s’est alors souvenu avec émotion de sa grand-tante et de son goût immodéré des melons…
    …
    …
    Les élucubrations d’E. sur les « 64 ans » (« Gachoucha resta ensuite au service de ce couple Gaudin pendant soixante-quatre ans« , lit-on page 30 du livre d’E.) _ d’où peut donc sortir un tel nombre de 64 ? La référence n’en est bien sûr pas donnée… _ que Gachucha aurait passés au service des Gaudin (Annette Bibal _ née le 28 avril 1845, Grand’Rue n°21, à Saint-Jean-de -Luz  _ et Edmond Gaudin _ né le 17 novembre 1844, Rue Neuve n° 38, à Saint-Jean-de-Luz _ se sont mariés le 27 janvier 1875
    _ et si avant ce mariage Bibal-Gaudin de 1875, cela avait été au service des parents d’Annette Bibal (soient Pierre Bibal, né le 5 septembre 1806, rue Saint-Jacques n° 24, à Saint-Jean-de-Luz ; et son épouse Victoire Dupous, née le 9 juin 1822, rue Saint-Jean, n°4, à Saint-Jean-de-Luz) qui s’étaient mariés, eux, le 26 avril 1843, à Saint-Jean-de-Luz), et pas des Gaudin… que Gachucha Billac aurait pu être domestique, à Saint-Jean-de-Luz _)
    manquent du plus élémentaire bon sens : 1875 + 64 = 1939 ! _ et 1843 + 64 = 1907 ; ce n’est toujours pas cohérent…
    …
    Gachucha Billac, née à Ciboure le 15 mai 1824, aurait atteint en 1939 l’âge beaucoup plus que canonique de 115 ans…
    Alors que Bernardine Bibal, née à Saint-Jean-de-Luz le 22 août 1855, était de 31 ans plus jeune que Gachucha Billac
    _ pour rappel, cf mon article du 1er juin dernier :  ; et celui du 12 juillet : … C’est pas à pas que l’enquête progresse.
    …
    Enfin, si l’on retranche 64 ans (de situation de domestique) des 83 ans de vie de Gachucha Billac (1902 – 64 = 1838),
    il se trouve que le résultat de 1838
    implique que la cibourienne Gachucha Billac aurait été domestique dès l’âge de 14 ans, en 1838,
    des luziens Gaudin-Bibal (mariés à Saint-Jean-de-Luz le 27 janvier 1875) _ de janvier 1875 à décembre 1902, cela ne fait que 28 ans _ ;
    ou, plus tôt, des luziens Bibal-Dupous (mariés le 26 avril 1843) _ d’avril 1843 à décembre 1902 (la patronne Victoire Dupous-Bibal, survivant de 7 mois à sa domestique Gachucha Billac, décèdera le 16 juin 1903), cela ne fait encore que 59 ans de domesticité de Gachucha au service de cette même famille des Dupous-Bibal-Gaudin du 41 rue Gambetta : le compte des 64 ans n’y est toujours pas ! _ ;
    et même, plus en amont encore, des luziens Dupous-Benoît _ les parents de Victoire Dupous (9 juin 1822 – 16 juin 1903), soient Baptiste Dupous (Béhobie, 26 juin 1800 – Saint-Jean-de-Luz, Grand’Rue n° 41, 11 avril 1865) et Françoise Benoît (Saint-Jean-de-Luz, 2 octobre 1786 – Saint-Jean-de-Luz, Grand’Rue n° 20, 13 septembre 1855) _, qui se sont mariés, eux, le 17 septembre 1821, à Saint-Jean-de-Luz !
    …
    …
    Afin de se repérer un peu dans l’histoire de la numérotation des maisons de la rue Gambetta, à Saint-Jean-de-Luz,
    …
    Ma recherche portant principalement sur les variations de numérotation de la maison des Dupous-Bibal-Gaudin, entre le 7 février 1843 (jour de la naissance, dans cette maison,au 21 Grand’Rue, de Jean-Baptiste Bibal, l’aîné des 9 enfants de Pierre Bibal et Victoire Dupous) et août 1924, quand Annette Bibal-Gaudin, devenue veuve de son mari Edmond Gaudin _ décédé le 28 décembre 1920 _, vend la trop grande désormais maison du 41 rue Gambetta, et part installer sa devenue restreinte famille luzienne _ réduite, en plus d’elle-même (elle a 79 ans), à sa sœur célibataire (âgée de 69 ans) Bernardine Bibal (dite « Tante Bibi« ), sa fille célibataire (âgée de 45 ans) Marie Gaudin (la grande amie de Maurice Ravel), et sa petite-fille, la petite (âgée de 10 ans) Annie Courteault, fille de Jane Gaudin et Henri Courteault ; laquelle Annie Courteault vit avec elles trois, Annette, sa grand-mère, Bernardine, sa grand-tante, et Marie, sa tante, à Saint-Jean-de-Luz, où Annie suit sa scolarité, alors que les parents de celle-ci, Jane et Henri Courteault, et son frère Pierre (il a alors 14 ans en août 1924) demeurent à Paris, où Henri Courteault est conservateur, chef du service administratif des Archives nationales (il en sera nommé Directeur en 1929) _ à la Villa Mirentxu, dans la proche rue du Midi…
    Et il faut noter aussi que ce fut le 14 février 1883 que la Grand’Rue de Saint-Jean-de-Luz devint Rue Gambetta… 
    …
    …
    La recherche, comme la publication, exigent un inlassable profond souci de la justesse
    et un très grand sérieux !
    …
    …
    Suivront d’autres précisions documentées : cette fois sur les Hiriart de la rue Gambetta…
    …
    …
    Ce samedi 21 septembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    Ce dimanche 6 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La soie charnelle des Wesendonck Lieder de Jessye Norman en concert à Salzbourg, le 6 août 1991

    Le 22 août dernier, sur son site Discophilia, Jean-Charles Hoffelé chroniquait,

    sous le titre JESSYE CHEZ MOZART (MAIS SANS MOZART),

    le CD Orfeo C 926 161 B,

    d’un récital, à Salzbourg, le 6 août 1991, de la superbe Jessye Norman,

    accompagnée au piano par le chef James Levine.

    …

    …

    Le programme de ce récital est excellent,

    mais son clou est sans conteste l’interprétation par la grande Jessye Norman

    des cinq sublimes Wesendonck Lieder, de Richard Wagner.

    …

    …

    Voici l’article :

    …

    …

    JESSYE CHEZ MOZART (MAIS SANS MOZART)

    …

    …

    All mein Gedanken qui ouvre ce récital salzbourgeois _ chez Mozart, donc… _ est une surprise : la grande voix essaie de s’y faire légère, mais non, même surveillée, la petite vocalise manque du piquant qu’une Hilde Güden lui donnait. Pourtant, comment ne pas entendre que les gloires du timbre, la pulpe des mots, les lignes radieuses _ oui, oui, oui _ trouvent aussi toute la lyrique de Richard Strauss ?

    …

    …

    Le plus beau de ce concert _ oui !!! _ reste les Wesendonck-Lieder, James Levine infusant dans son piano des sortilèges maritimes qui inspirent à Jessye cette Isolde qu’elle n’osa pas.

    …

    …

    Pour elle comme pour lui, des retrouvailles avec le Festival de Salzbourg qui les avait déjà accueillis pour une autre soirée placée sous le signe de Wolf, mais égrénant aussi quelques Debussy : c’est que Jessye ne résistait pas au plaisir de chanter en français, et cette fois, elle aura été chercher le très rare avec cinq des six mélodies de l’Opus 65 de Tchaikovski, merveille si peu courue.

    …

    …

    Puis elle ose les charges et les fantaisies salées des Brettl-Lieder du Schönberg de cabaret, cycle qu’elle chérissait, et il faut entendre comment Levine lui accompagne cela ! Deux bis, Zueignung, radieux, puis façon ogresse, la Habanera de Carmen.

    …

    …

    On en redemande ! _ oui.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …


    Richard Strauss
    (1864-1949)

    …
    All mein Gedanken, mein Herz und mein Sinn, Op. 21 No. 1
    Nachtgang, Op. 29 No. 3
    Du meines Herzens Krönelein, Op. 21 No. 2
    Allerseelen, Op. 10 No. 8
    Ständchen, Op. 17 No. 2
    Zueignung, Op. 10 No. 1

    …

    Piotr Ilyitch Tchaikovsky (1840-1893)

    …
    6 Mélodies, Op. 65, TH 108 (4 extraits : Nos. 1-3, 6)

    …
    Richard Wagner (1813-1883)

    …
    5 Gedichte für eine Frauenstimme, WWV 91 “Wesendonck-Lieder”

    …
    Arnold Schönberg (1874-1951)

    …
    Brettl-Lieder

    …
    Georges Bizet (1837-1875)

    …
    L’amour est un oiseau rebelle (extrait de « Carmen, WD 31 »)

    …

    …

    Jessye Norman, soprano
    James Levine, piano

    …
    Enegistré à Salzbourg le 6 août 1991

    …

    Un album du label Orfeo C926161B
    …

    …

    Photo à la une : la soprano Jessye Norman – Photo : © DR

     

    …

    …

    Ce samedi 5 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Rithy Panh et la mort de Douch : un témoignage…

    Il y a quelques années, au mois de novembre 2003, au Festival du Film d’Histoire de Pessac,

    j’avais assisté, très impressionné, à une présentation par Rithy Panh en personne

    de son film S21, la machine de mort khmère rouge.

    …

    …

    Et voici que,

    à l’occasion de la mort du bourreau Douch,

    …

    le Figaro du 3 septembre publie un entretien avec le cinéaste Rithy Panh,

    intitulé Rithy Panh : L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch.

    …

    …

    Rithy Panh : «L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch»

    …

    …

    FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le tortionnaire du régime khmer rouge, Kang Kek Ieu, aussi appelé «Douch», est mort le 2 septembre 2020. Si beaucoup de questions restent sans réponse, le cinéaste Rithy Panh continue d’œuvrer au devoir de mémoire et cherche encore à comprendre comment cet homme cultivé a pu devenir l’auteur d’une véritable purge.

    …

    …

    Par Aziliz Le Corre
    …
    …
    Publié hier à 15:05, mis à jour hier à 15:55
    …
    …
    Douch apparaît dans la salle d’audience des chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge à Phnom Penh, le 5 décembre 2008.
    …
    …
    Douch apparaît dans la salle d’audience des chambres extraordinaires des tribunaux du Cambodge à Phnom Penh, le 5 décembre 2008. MAK REMISSA/AFP

    …

    …

    Rithy Panh est cinéaste. Il a réalisé, entre autres, Les gens des rizières, Bophana, S21 – La machine de mort khmère rouge et Duch, le maître des forges de l’enfer. Il a écrit avec le romancier et éditeur Christophe Bataille, L’élimination(Grasset, 2012) et La paix avec les morts(Grasset, 2020).

    …

    …


    FIGAROVOX. – Pouvez-vous rappeler qui était «Douch», tortionnaire du régime khmer rouge, décédé le 2 septembre à 77 ans? Quel était son rôle au sein de la machine khmère rouge?

    Rithy PANH. – Kang Kek Ieu, aussi appelé «Douch», est né le 17 novembre 1942 dans un village au nord de Phnom Penh, d’où je suis également originaire. Douch était fils de commerçants, élève brillant, il est devenu professeur de mathématiques dans les années 1960. Il a rejoint les les Khmers rouges en 1967, comme beaucoup de progressistes qui croyaient dans les forces révolutionnaires.

    …

    Entre 1971 et 1973, il a tenu un camp de rééducation dans la jungle, dénommé M13. Il y affinait déjà sa méthode, en recrutant de jeunes enfants, issus de la classe moyenne ou pauvre. Il les formait déjà aux méthodes d’interrogatoire. Très vite, il est devenu un membre important du régime. L’univers carcéral ne lui était pas inconnu, car il avait été arrêté le 5 janvier 1968 et condamné à 20 ans de prison pour «atteinte à la sûreté de l’État en relation avec l’étranger», après avoir pris le maquis. Il est libéré après la déposition de Norodom Sihanouk, en mars 1970. Immédiatement, il reprend ses activités clandestines.

    …

    Les Khmers rouges entendaient libérer le pays de la dictature du maréchal Lon Nol, allié des Américains pendant la guerre du Vietnam. En 1975, quand les Khmers rouges gagnent le pays, Douch est directement nommé à la prison Tuol Sleng, aussi connue sous le nom S21, située dans le centre-ville de Phnom Penh. Le bâtiment, qui à l’origine abritait un lycée, a servi de centre de torture. Plus de quinze mille opposants au régime, que ce soient des hommes, des femmes ou même des enfants, y ont été torturés et exécutés dans des «champs de la mort» voisins. D’abord adjoint, il a rapidement remplacé le chef après sa purge.

    …

    Douch ne fait pas que diriger S21, il perfectionne son fonctionnement pour en faire en camp d’internement et d’extermination. Tous ceux qui y sont rentrés n’en sont jamais sortis, ils ont tous été interrogés, torturés, puis exécutés.

    …

    L’objectif des révolutionnaires était d’«accoucher d’un homme nouveau, pur, libre des influences occidentales, à l’abri de la corruption des villes». Mais Pol Pot voit des espions et des contre-révolutionnaires partout, CIA, KGB et autres. Ainsi, dans les zones qu’ils contrôlent, les Khmers rouges arrêtent, interrogent et exécutent quiconque pourrait s’opposer à eux.

    …

    Douch ne fait pas que diriger S21, il perfectionne son fonctionnement, pour en faire en camp d’internement et d’extermination. Tous ceux qui y sont rentrés n’en sont jamais sortis, ils ont tous été interrogés, torturés, puis exécutés _ voilà. Les rares survivants sont les artistes qui participaient à la propagande à la gloire de Pol Pot depuis le bâtiment de la prison.

    Il faut bien comprendre que S21 n’était pas une prison comme il y en a eu d’autres dans le pays. Elle était vraiment au cœur du système khmer rouge. Douch n’était pas un chef de prison ordinaire, il était en lien direct avec le comité permanent du régime et sous l’autorité de Ieng Thirith, numéro 2 du régime. Si l’on peut dire qu’il existe une hiérarchie dans le parti, Douch faisait partie de ceux qui pensaient, organisaient la propagande et traquaient l’ennemi. Entre les murs du S21, tout passait par lui.

    …

    Il est resté à la tête du centre de sécurité 21 jusqu’en 1979. Après la chute du régime, il a continué d’appartenir au mouvement, mais s’est enfui. Avant d’être retrouvé en 1999, par un photographe néerlandais, Nic Dunlop.

    …

    …

    L’ethnologue français François Bizot, trois mois captif de Douch en 1971 dans la jungle, a, lui, évoqué la «sincérité fondamentale d’un homme […] prêt à donner sa vie pour la Révolution, et qui accomplissait la mission qui lui avait été attribuée». Partagez-vous son analyse?

    …

    …

    Que signifie ici le terme «sincérité»? Évidemment, tous les Cambodgiens étaient en accord avec la révolution, parfois pour éviter d’être purgés. Certains prisonniers du S21 criaient encore depuis leur geôle: «Vive l’Angkar !» ; d’autres écrivaient des lettres à Pol Pot pour exprimer leur fidélité au régime dans l’espoir d’être graciés. C’était sans compter sur Douch, qui leur interdisait de s’adresser directement à Pol Pot et les faisait torturer en retour.

    …

    Douch était plus que sincère, il était zélé, il contrôlait les interrogatoires, ordonnait les tortures, y participait même. Il maîtrisait tout ce qui se passait au S21. Quand Bizot a connu Douch, il n’était pas encore dans le processus du génocide. Les Khmers rouges n’avaient pas encore gagné le pays et Douch dirigeait encore le M13. À cette époque, beaucoup de gens ont cru sincèrement à la révolution, comme mouvement international. Leur sincérité relevait de la nécessité de justice, de leur volonté d’indépendance face à l’impérialisme américain.

    Avant 1975, beaucoup de gens croyaient sincèrement à la révolution, comme mouvement international. Leur sincérité relevait de la nécessité de justice, de leur volonté d’indépendance face à l’impérialisme américain.

    …

    Si au cours de la captivité de François Bizot, Douch s’assurait qu’il ne manque de rien, sa volonté sanguinaire s’exprimait déjà dans les mots rapportés par l’ethnologue dans Le Portail (éd. La Table ronde, 2001): «Peu importe l’ampleur du sacrifice, ce qui compte, c’est la grandeur du but que l’on s’assigne.» En libérant Bizot, peut-être souhait-il laisser un témoin vivant.

    …

    Quand les révolutionnaires ont pris le pouvoir, la sincérité ne correspondait plus à la fidélité aux idéaux, mais à la fidélité au régime. Il ne s’agissait plus de croire en la justice, il fallait traquer l’ennemi de l’intérieur. C’était le début d’un totalitarisme.

    …

    …

    Converti au christianisme dans les années 1990, il a demandé pardon aux rares survivants et familles des victimes, acceptant d’être condamné à «la peine la plus stricte». Pensez-vous qu’il éprouvait des regrets sincères?

    …

    …

    Je pose là encore la question de la sincérité. En considérant ce qu’il a mis en place et les crimes dont il était coupable, il aurait dû se mettre une balle dans la tête. La vérité était trop difficile à affronter. Comment pouvait-il survivre? Il lui fallait trouver une croyance, un chemin spirituel dans lequel il pouvait noyer son passé.

    …

    Après avoir accepté la peine la plus stricte et avoir présenté ses excuses aux familles des victimes, il a abandonné cette stratégie d’aveux et de coopération avec la justice et réclamé sa libération en se qualifiant de simple secrétaire du régime.

    …

    Dans la culture cambodgienne, il y a une forte croyance dans le karma bouddhiste. Si vous faites le mal, vous recevrez le mal. On peut penser que le karma aurait été très lourd le concernant. S’il a choisi le christianisme, il n’a pas choisi le catholicisme, mais l’évangélisme, une religion dans laquelle on s’adresse, non pas à des intercesseurs comme les prêtres, mais directement à Dieu. On peut croire qu’il cherchait la rédemption. Si depuis des années je cherche à comprendre sa construction psychologique, on ne pourra jamais connaître la profondeur de sa spiritualité.

    …

    On peut aussi penser que ce n’était qu’une stratégie de défense. Après avoir accepté la peine la plus stricte et avoir présenté ses excuses aux familles des victimes, il a abandonné cette stratégie d’aveux et de coopération avec la justice et réclamé sa libération en se qualifiant de simple secrétaire du régime. L’accusation a décrit son «enthousiasme et sa méticulosité dans chacune de ses tâches», mais aussi sa «fierté» de diriger le centre de torture et «son indifférence à la souffrance» d’autrui.

    …

    …

    Dans votre livre, écrit avec Christophe Bataille, «L’élimination», vous racontez avoir perdu toute votre famille à l’âge de 13 ans, décimée par le régime des Khmers rouges. Vous sentez-vous soulagé par la mort de Douch?

    …

    …

    L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch. Les images sont ineffaçables. Depuis que les Khmers rouges ont quitté le pouvoir en 1979, je n’ai pas cessé de penser à ma famille. C’est un chagrin sans fin.

    …

    L’histoire des Khmers rouges ne s’arrête pas avec la mort de Douch. Les images sont ineffaçables. Depuis que les Khmers rouges ont quitté le pouvoir en 1979, je n’ai pas cessé de penser à ma famille. C’est un chagrin sans fin.

    …

    Mais ce qui m’intéresse depuis des années, c’est de comprendre l’origine de ce mal. Comment un homme aussi brillant, qui aimait les lettres, qui connaissait aussi bien Van Gogh, et de Vinci qu’il préférait à Picasso ; comment ce fils de commerçants qui parlait français couramment, qui citait Balzac et de Vigny, a pu devenir ce tortionnaire? Comment, malgré sa culture, ce révolutionnaire a-t-il pu devenir l’auteur d’un génocide? Beaucoup de questions resteront sans réponse.

    …

    Toute ma vie je continuerai à me battre contre l’obscurantisme, pour l’humanisme, la liberté, la vérité et la dignité des êtres. Même si on perd très vite du terrain, il faut continuer ce travail de mémoire, qui ne concerne pas seulement les Cambodgiens. Je veux croire qu’une autre idée de l’homme est possible.

    …

    …

    Ce vendredi 4 septembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa