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  • Vacances vénitiennes (I)

    Si vous avez assez de patience pour « suivre » jusqu’au bout les fils effilochés de mes rhizomes,
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    voici le premier des articles de ma série de l’été 2012 sur « Arpenter Venise »
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    série postérieure d’un peu plus d’une année _ le temps d’une bonne décantation _ à mes déambulations lors d’un séjour (enchanté !) à Venise de 5 jours en février 2011,
    au moment du colloque (les 10-11-12 février) Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878 – 1955), au Palazzetto Bru-Zane _ situé à la lisière nord-ouest du sestiere de San Polo _,
    où j’ai donné 2 contributions sur ce compositeur singulier (et sublime : écoutez le CD Alpha 125 de ses 3 Quatuors à cordes, de 1919, 1922 et 1934, par le Quatuor Diotima) :
    à propos duquel je me suis interrogé sur ce que pouvait être, ce en quoi pouvait consister, au sens fort,
    la singularité d’un auteur, son idiosyncrasie _ cf Buffon : « le style, c’est l’homme même » _, ou encore « son monde »,
    accessible, pour nous, via l’attention ardemment concentrée à son œuvre et ses œuvres.
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    L’œuvre musical de Lucien Durosoir est réalisé entre 1919 et 1950, mais surtout jusqu’en 1934 et la mort de sa mère, son interlocutrice majeure :
    là-dessus, lire l’intégralité de mes 2 contributions à ce colloque Durosoir de février 2011, à Venise,
    dont les Actes ont été publiés aux Éditions FRAction en juin 2013 _ mais tout est accessible via le site de la Fondation Bru-Zane ; et les deux liens ci-dessus.
    Peut-être y découvrirez vous quelques clés pour bien vous perdre dans Venise…
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    Le labyrinthe

    (à surprise : à culs de sac !.. quand le piéton de Venise se trouve _ mille fois ! cela devient un jeu, tant qu’on ne se décide pas à consulter la carte adéquate… _ sans pont à franchir, ni quai à suivre, à droite ou à gauche, face à un canal qui vous contraint à rebrousser chemin…

    _ ainsi, page 13 de son réjouissant et très alerte Venise est un poisson, au chapitre « Pieds« , Tiziano Scarpa, Vénitien, donne-t-il ce judicieux conseil à l’aspirant découvreur-arpenteur de sa Venise : « Le premier et unique itinéraire que je te conseille a un nom. Il s’intitule : Au hasard. Sous-titre : Sans but. Venise est petite, tu peux te permettre de te perdre sans jamais vraiment en sortir. Au pire, tu finiras toujours sur un bord, sur une rive _ une Fondamenta _ devant l’eau, en face de la lagune. Il n’y a pas de Minotaure dans ce labyrinthe« . Et « si tu ne retrouves pas ton chemin, tu rencontreras toujours un Vénitien qui t’indiquera avec courtoisie comment revenir sur tes pas. Si tu veux vraiment revenir sur tes pas » ; il venait juste de dire, page 12, que, au foot-ball, « faire le Vénitien« , ou « faire le Venise« , c’était « produire un type de jeu exaspérant, égoïste, le ballon toujours au pied, plein de dribbles et peu de passes, une vision du jeu très limitée » ; expliquant : « forcément : ils avaient grandi dans ce tourbillon variqueux de venelles, de ruelles, de virages en épingles à cheveux, de goulets. Pour aller de la maison à l’école, le chemin le plus court était toujours la pelote. Évidemment, quand ils descendaient sur le terrain en shorts et en maillots, ils continuaient à voir des ruelles _ calli _ et des petites places _ campielli _ partout, ils essayaient de se sortir d’une de leurs hallucinations personnelles labyrinthiques entre le milieu de terrain et la surface de réparation » ; aussi, le merveilleux conseil que Tiziano Scarpa donne à l’aspirant découvreur-arpenteur de sa Venise, est-il de ne surtout pas vouloir « lutter contre le labyrinthe. Seconde-le, pour une fois. Ne t’inquiète pas, laisse la rue décider seule de ton parcours, et non pas le parcours choisir ton chemin. Apprends à errer. Désoriente-toi. Musarde« .., toujours page 12… _)

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    le labyrinthe des calli _ parfois, et même très souvent, très étroits : par exemple, la Calesela de l’Ochio Grosso, dans le Sestiere de Castello, paroisse de San Martino (près du grand Portal del Arsenale), « mesure tout juste 53 cm de large« , est-il indiqué à la page 161 de l’album Secrets de Venise : un très bel album de photos (pas seulement de monuments, ou de clichés) commentées, publié aux Éditions Vilo ; et Tiziano Scarpa cite, lui, page 39 de son livre, « derrière la place San Polo« , la « Calle Stretta (étroite), large de soixante-cinq centimètres« … _

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    le labyrinthe des calli de la cité de Venise constitue un infini défi _ enchanteur ! et toute une vie n’y suffira pas : c’est aussi le constat que fait ce Vénitien d’excellence qu’est Paolo Barbaro en son merveilleux livre de « retour » à (et « retrouvailles » avec) sa Venise, dont le développement de sa carrière professionnelle (d’ingénieur hydraulicien)  l’avait éloigné : Venezia _ le città ritrovata (traduit pas très heureusement en français éditorial « Petit guide sentimental de Venise » : c’est un livre ADMIRABLE ! et qui n’est certes ni « petit« , ni « sentimental«  ! paru aux Éditions du Seuil en novembre 2000 et toujours disponible ! _ pour le promeneur-flâneur amoureux de beauté étonnante. Et la beauté de Venise, prise comme un tout strictement indémêlable ! _ ni classique, ni baroque, ni, encore moins, romantique ! maniériste, peut-être, si l’on voulait ?.. À la Montaigne… _, est assurément étonnante : face à l’inadéquation de tous nos repères _ d’aisthesis ; à commencer par les repères, primaires (et primordiaux) cénesthésiques…

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    Quand j’ai ouvert mon blog, le 3 juillet 2008, par un article _ se voulant d’annonce programmatique… _, que j’avais intitulé Le Carnet d’un curieux

    _ et je remarque au passage, me relisant, que j’y présentais ce qui y allait y être mon style : « attentif intensif, c’est-à-dire fouilleur, s’embringuant dans le fourré plus ou moins dense du “réel“ et se coltinant un minimum à l’épaisseur et résistance des “choses“, en leur lacis déjà dé-lié cependant par quelque “œuvre“«  : eh oui ! quelque chose d’un peu parent au « lacis«  de l’imbroglio vénitien, dans le défi quasi géographique de tâcher de s’y « orienter«  un peu… _,

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    je me plaçais, par anticipation, « dans l’ouverture d’un peu larges et mobiles (boulimiques ?) curiosités plurielles« ,

    parmi lesquelles des curiosités « géographiques aussi,

    à partir, je dirais, de villes-« mondes » (Rome, Prague, Istanboul, donc, Lisbonne, Naples, Buenos-Aires, etc… : presque toutes _ mais dans le « Conte d’hiver » la Bohème n’est-elle pas shakespeariennement « accessible” elle aussi « par la mer” ?! _ ; presque toutes des cités portuaires, ainsi que Bordeaux : ouvertes sur le large…) ; etc.« …

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    Or je m’avise (en m’en souvenant bien !) que parmi ces « villes-mondes« , auxquelles je disais aimer (et désirer) me confronter _ par le jeu multiplié d’abord du regard du piéton les arpentant et ré-arpentant sur le vif de tous ses sens en éveil ; puis celui de l’écriture revenant à plaisir se pencher un peu précisément attentivement sur ces expériences de regard du promeneur-flâneur, sans que jamais vienne quelque rassasiement, ou, si peu que ce soit, lassitude : la fidélité à ce que j’aime s’avérant décidément, et quasi sans anicroches, absolue ; en un approfondissement intensif… _,

    je m’avise (et me souviens bien ! donc…) que ne figurait pas Venise…

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    Probablement d’abord parce que d’autres déambulations-flâneries-promenades m’attiraient d’elles-mêmes  _ causa sui en quelque sorte _ davantage :  telle celle dans Rome, où j’aime infiniment me replonger (à l’arpenter-réarpenter) un peu souvent, et toujours neuvement ; ou celle dans Naples, toujours pas encore découverte, pour m’en tenir à ces deux sublimes cités italiennes ; auxquelles je dois adjoindre aussi celle dans Sienne, parfaite « cité-monde » elle aussi _ la ville (sise tout autour de sa Piazza del Campo si raidement pentu), si raffinée et démocratique à la fois, de Simone Martini et des frères Lorenzetti : quelle civilisation que celle de Sienne ! _, et demeurée _ au moins jusqu’à mon plus récent voyage en Toscane _ si bienheureusement vierge de banlieue _ à la différence de sa victorieuse Florence… La ville de Sienne n’ayant quasi pas connu d’expansion urbaine après sa défaite finale face à la cité guelfe des lys (à la bataille de Colle Val d’Elsa, en 1269).

    Sur ce non-choix alors de Venise, j’aurai assurément à revenir : un peu plus loin…

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    Venise, cité navale et portuaire s’il en est _ et shakespearienne aussi : Othello, Le Marchand de Venise, etc. _, demeure mieux que bien protégée par l’isolement de son caractère d’île (ou plutôt d’îles _ au nombre de 121… _, reliées les unes aux autres par quelques ponts _ au nombre de 435…, selon l’article (illustré de la photo de chacun d’eux) Liste des ponts de Venise de Wikipédia : n’y manque (!) que le quatrième pont sur le Grand Canal, celui de Santiago Calatrava, dit « Pont de la Constitution », inauguré le 11 septembre 2008 : de quoi cela peut-il donc être l’anniversaire ?.. _),

    mieux que bien protégée par l’isolement de son caractère d’île

    au milieu de sa lagune, entre le rivage de Terre ferme _ à la distance de plus de trois kilomètres _ et le cordon littoral devant la houle, parfois _ poussée par la bora _, de l’Adriatique, dont la langue sableuse (mouvante) du Lido bien calée comme une digue, devant Venise.

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    Ainsi, sur cette « situation » assez singulière _ et pas rien que géographiquement _ de Venise, par rapport à la Terre Ferme (et le reste du monde !), par la grâce de sa lagune, le très fin et archi-lucide Régis Debray notait-il excellemment pages 20-21 de son percutant Contre Venise (en 1995, déjà !) :

    « De même qu’au théâtre italien tout le dispositif pivote non sur la scène ou la salle, mais sur la rampe qui les sépare, car s’il y avait plain-pied il n’y aurait pas de spectacle _ du moins pour qui tient à en être le spectateur-voyeur plus ou moins invité (et agréé) ! _, le décisif de Venise _ formule-clé ! _ n’est pas Venise, mais la lagune qui la sépare du monde profane, utilitaire et intéressé » _ adjectifs mille fois pertinents !

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    Ce qu’il commente, en sémiologue averti qu’il est : « Cette tranche d’eau fait figure de « coupure sémiotique »« .

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    Et de remarquer on ne peut plus adéquatement _ cf la célèbre pièce de musique d’Antonio Biancheri La Barca di Venetia per Padova, en 1605 ! _ que « pendant des siècles, l’arrivée par Padoue et l’embarquement à Fusine, à cinq milles de la place Saint-Marc, pour une lente traversée, symbolisaient, tel un rite de passage, le changement d’univers _ voilà ! _ à la fois physique et mental _ soit un sas, et devenu, via l’inflation gigantesque du tourisme (lui-même devenu pour l’essentiel un tourisme patrimonial historiciste), temporel en plus de spatial…

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    La construction du pont route-fer de quatre kilomètres reliant Mestre au Piazzale Roma a _ depuis lors un peu _ simplifié les procédures, mais l’abandon assez compliqué de la voiture ou du car au parking _ du Tronchetto _ maintient l’essentiel _ mais oui ! _, qui est l’intransitif, la rupture de charge, avec changement _ obligé _ de véhicule et de tempo : ralentissement obligé du rythme vital _ ô combien ! Paolo Barbaro le souligne lui aussi… _ ; nous voilà ailleurs, et autrement monté, piéton ou bouchon sur l’eau ; pas de doute possible : on est bien passé de l’autre côté du miroir » _ du réel lui-même : l’opération se révèle magique !.. au moins pour l’étranger à Venise, sinon pour le Vénitien lui-même. Mais beaucoup de Jeunes adultes, désormais, quittent Venise pour la Terre ferme, ne serait-ce que pour résider à Mestre, où il est plus facile de disposer d’une voiture et de supermarchés.

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    Et Régis Debray de commenter encore, page 21-22 : « Au lieu de s’en plaindre comme d’un marteau piqueur dans un concerto de Vivaldi, les dévots _ du tourisme culturé à Venise _ devraient plutôt saluer l’astuce qui consista à « enlaidir » au mieux la terre ferme qu’ils ont abandonnée, tant les usines chimiques de Marghera, les raffineries, grues et hangars de Mestre, tubulures pétrolières et cheminées polluantes, à contre-jour, soulignent avantageusement l’abîme séparant le cercle enchanté du jeu esthétique _ c’est bien de cela qu’il s’agit ; cf là-dessus les magnifiques analyses du très bel essai de Rachid Amirou, L’imaginaire touristique, qui vient d’être réédité aux Éditions du CNRS _, la commedia dell’arte où nous venons de pénétrer, et la sordide réalité, tout juste conjurée _ du moins pour ce moment (ou parenthèse) de « vacance«  en ce lieu spécial-ci.. _, de la survie et des contraintes productives _ notre modernité encrassée par les infrastructures et l’oubli du grand art. Chaque coup d’œil de l’enculturé sur l’horizon « hideux » (qui me fait respirer, tout au bout des Zattere, comme un soupirail en cellule) renouvelle l’exorcisme du monde réel, à quoi se résume la fonction socialement réservée, du dehors, à la « fabuleuse merveille ».« 

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    Et pages 22-23, Régis Debray précise le fonctionnement du processus de la métamorphose de ce touriste culturé : « Le coup de génie, ici, (…) est la faculté qui nous est donnée de participer au spectacle _ de la comédie de Venise _ à tour de rôle, de nous y dépersonnaliser en personne, nous y dédoubler à volonté. La passerelle construite par Mussolini, et si bien nommée Ponte della Libertà (liberté d’échapper à l’enfermement, pour les claustrophobes du dedans, liberté d’échapper à soi-même, pour les hystériques du dehors), permet aux regardeurs de venir se mêler à la pièce _ toujours plus ou moins carnavalesque : même en dehors des festivités du Carnaval, ré-introduites seulement récemment : en 1979 ! _ en cours. Anch’io sono attore. (…) Loup et domino invisibles, guidé par les rails d’itinéraires fléchés, chacun s’en va par campi et calli fredonnant son petit air d’opérette, déguisé comme il convient (c’est encore lors du carnaval, où la pantomime s’avoue le plus, qu’on joue le moins). La fête est programmée, encadrée, répétée. (…) Touriste, on peut même jouer au touriste. Rien n’est pour de vrai« …

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    Quant aux « Vénitiens de naissance« , page 24, « ils savent que le show must go on, car c’est leur gagne-pain et une vieille habitude _ même avant le XVIIIe siècle et l’invention-institutionnalisation (aristocratique, alors) du « grand tour« … Le spectacle est dans la salle, et la salle est dans la rue« …

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    D’autant que, ajoute Régis Debray page 25, « ici, la représentation est miniaturisée ; cette cité-escargot n’étant pas vraiment grandeur nature ; le resserrement scénographique fait fonctionner la règle des trois unités, de lieu, de temps et d’action ; et le changement d’échelle ajoute à l’aspect « ville pour rire », toute en stucs et en dentelles, en cheminées coniques, en encorbellements de carton (sans humains derrière). Le côté maquette  (presque trop achevée ou finie) exalte une urbanité idéale, réduite à l’essence, comme une idée platonicienne de Cité, un microcosme autosuffisant. Ville-jouet, où se rejoue, dans la distance du comme si, le destin de toutes les splendeurs faites de mains d’homme, grandeur et décadence. Toute œuvre d’art met le monde réel en modèle réduit, et _ puisqu’en art moins est plus _ l’ellipse récapitulative accroît l’effet de capture.
    L’exiguïté du labyrinthe, facteur de surréalité, dramatise l’oratorio, en aiguise la pointe, la peur du dénouement, que chaque jour repousse, avec notre complicité, nous qu’on enrôle dans la distribution
    « …

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    Fin ici de cette incise debrayenne ; je reprends le fil de mon raisonnement.

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    Autrement que par bateau,

    la cité de la lagune n’est devenue accessible _ aux non-Vénitiens _, d’abord par le chemin de fer, que depuis l’inauguration _ il y a 166 ans _ du Pont _ ferroviaire _ des Lagunes _ long de 3, 600 mètres _ le 11 juillet 1846 (sous la domination autrichienne) ; puis par la route, que depuis l’inauguration _ il y a 79 ans _ du Ponte _ routier _ Littorio le 25 avril 1933 (par Mussolini) _ son nom fut changé en Ponte della Libertà en 1945…

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    Mais une fois débarqué à la Stazione ferroviale Santa Lucia, ou bien Piazzale Roma, halte-terminus des autobus de ligne vers Mestre ou l’aéroport Marco-Polo, le visiteur devient en effet un piéton obligé, même quand il parvient à gagner une station de vaporetto, ou emprunte le (très court) traghetto d’une rive à l’autre du Grand Canal ; quant aux gondoles, elles ne constituent pas, ne serait-ce que par le prix de leur minute, un moyen de transport commode ni fréquent : seulement une fantaisie un peu luxueuse…

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    À part pour les usagers de bateaux privés (sur les divers canaux sillonnant la ville), Venise est donc bien, pour l’essentiel de ceux qui y circulent, une cité de piétons-marcheurs ! Pedibus…

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    De fait, c’est bien toujours l’arrivée en bateau par la lagune _ à la vitesse plus lente de la navigation : par motoscafi et motonave, d’abord ;

    cf sur eux et leurs divers régimes de vitesse ou lenteur, les remarques magnifiquement senties que fait l’excellent Paolo Barbaro, page 220 et suivantes de son indispensable autant que merveilleux Petit guide sentimental de Venise ; ou plutôt Venezia _ la città ritrovata… ; cf aussi les pages 276-277, 264-265, 182, et 135… ; page 264, par exemple, ce magnifique passage sur les « étranges choses à affronter«  pour qui travaille à Venise sans être Vénitien (ce sont deux ingénieurs originaires d’Émilie-Romagne qui parlent, un soir d’acqua alta) : « c’est difficile à dire, c’est même difficile rien qu’à énumérer : lenteur, nonchalance, fragilité, asymétrie, vieillesse, compromis, torpeur, beauté, insécurité, tout ensemble. Cette beauté partout, entravée sans l’être, sur l’eau et sur terre, on n’y échappe pas. Bref, il y a un sacré nombre de problèmes, tous différents _ et ce sont des choses , toutes celles-là, qu’on n’affronte pas à l’école d’ingénieurs, ni même sur les chantiers«  ; et page 182 : « la vitesse du bateau est le vingtième (en moyenne) de la vitesse de la voiture. On le sent sur la peau : plus qu’une course sur l’eau, maintenant, dès qu’on met le pied sur le bateau, c’est un lent arrêt, une troublante décélération. Le mouvement et la mesure du mouvement changent, et le rythme et le sentiment du temps. Temps plus dilaté, peut-être ; plus lent, certainement _ vivrons-nous plus longtemps ?« … _

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    de fait, c’est bien toujours l’arrivée en bateau par la lagune

    qui sans conteste demeure _ comme depuis si longtemps (= toujours !) pour qui se rend à Venise _ à la fois la plus juste et la plus belle approche _ plus lente, donc _ de la cité de Venise ;

    au moins en contournant, depuis le Tronchetto _ où sont situés les parkings de stationnement des automobiles (et des autobus) _, la gare maritime, située juste à l’ouest de San Basilio et des Zattere, et en empruntant le large canal (déjà pleinement maritime) de la Giudecca pour déboucher sur le très vaste et noblissime Bacino di San Marco, avec à sa droite, depuis le vaporetto, la stature suprêmement élégante de San Giorgio Maggiore, avec sa superbe façade classique d’Andrea Palladio et son campanile élancé… A moins qu’on ne débarque aux Fondamenta Nuove, en provenance de l’aéroport Marco Polo… pour la majorité des visiteurs empruntant un bateau _ ici un motoscafe _ pour accéder à la cité de Venise.

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    D’autres, mais moins nombreux, découvrant peu à peu, de leurs _ beaucoup plus hauts ! le contraste avec les bâtiments de la ville sur les quais, par exemple aux Zattere, en est même tout simplement effrayant ! et les édiles s’en émeuvent !.. _ de leurs bateaux de croisière monstrueusement gigantesques, d’abord les espaces _ embrumés (ou pas) : selon la saison, et la qualité de lumière et le taux d’humidité _ de la lagune _ cf, ici, page 221, à propos de ces « espaces de la lagune«  entre Saint-Marc et Lido : « un bateau qui traverse une mer presque au pied des maisons, une course marine au cœur des maisons (…) Immense, l’ouverture d’eau et de ciel, à peine sort-on du labyrinthe ; mais tout entière parcourable, reconnaissable _ ni grande mer, ni océan« … ; et pour qui revient (ici du Lido) vers Venise par le motoscafe, ce très beau (et surtout si juste !) passage encore, page 223 : « Ici on approche dans les bienveillantes vibrations d’un moteur que l’on connaît bien, d’un bateau qui nous est familier : peu à peu nous entrons en participation avec chaque lumière, quai, maison, fenêtre… Nous la voyons de nos yeux, sans écran, Venise à l’arrivée, d’un moyen de transport aquatique encore humain, très humain. Ses yeux à elle, la ville, répondent à chaque regard : lumières et reflets nous arrivent de chaque fenêtre, s’approchent de plus en plus, jusqu’à ce que le bateau tourne juste là, entre San Giorgio et Saint-Marc, entre une fenêtre et l’autre, pour nous faire mieux voir le cœur, nous faire toucher le centre, du miracle qui continue«  : Venise !.. _,

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    D’autres découvrant peu à peu, de leurs _ monstrueusement surdimensionnés, donc, à l’échelle des bâtiments de Venise ! _, de leurs bateaux de croisière, d’abord les espace de la lagune,

    puis, dès que contourné la pointe de l’île de Santa Elena afin d’accéder au Bacino di San Marco,

    le cœur de la ville elle-même, avec, en son milieu, l’ouverture du Grand Canal, avec les profils joyeusement rythmés de ses églises _ avec coupoles (ou pas) et campaniles (divers) _ et de ses palais _ du Moyen-Âge jusqu’au XVIIIe siècle, la palette en est riche de diversité de styles, mais en très étonnante harmonie (et à très peu d’exception près jusqu’ici)… _,

    après franchissement préalable de la passe _ entre mer et lagune _  entre la pointe septentrionale du cordon littoral du Lido et la pointe méridionale de Punta Sabbioni, en quittant la mer Adriatique…

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    Ce qui rend Venise si différente de la plupart des autres cités-monde qui sont aussi bâties sur un réseau de canaux _  Amsterdam, Saint-Pétersbourg, ou même Bruges, pour notre Europe _, c’est son absence de tout plan si peu que ce soit concerté d’urbanisme, ainsi que de plan de circulation piétonne si peu que ce soit ordonnée par rues… Venise, constituée d’une juxtaposition purement empirique d’îles, et en plein milieu d’une lagune, s’est, maison par maison _ et la lagune servant de première et principale protection, avant même la flotte impressionnante de galères construites à l’Arsenal… _, élaborée essentiellement par rapport et autour des voies d’eau, ou canaux, par où s’effectuait l’essentiel des circulations et échanges, par bateaux.

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    Déjà, Philippe de Commynes, envoyé en mission diplomatique à Venise par le roi de France Charles VIII _ il y séjournera huit mois en 1494-95 _, pour qualifier « la grande rue qu’ils appellent le Grand Canal, et est bien large« , écrit, très impressionné : « la plus belle rue que je crois qui soit en tout le monde et la mieux maisonnée« …

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    Il décrivait ainsi, en ses Mémoires (livre VIII, chapitre XVIII), son arrivée par bateau à Venise :

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    « Ce jour que j’entrai à Venise, vindrent au devant de moy jusques à la Chafousine, qui est à cinq mil de Venise ; et là on laisse le bateau en quoy on est venu de Padoue, au long d’une rivière _ la Brenta _ ; et se met-on en petites barques, bien nettes et couvertes de tapisserie, et beaux tapis velus de dedans pour se seoir dessus ; et jusques là vient la mer _ la lagune où pénètrent les houles _ ; et n’y a point de plus prochaine terre pour arriver à Venise ; mais la mer _ la lagune _ y est fort plate, s’il ne fait tourmente ; et à cette cause qu’elle ainsi plate se prend grand nombre de poissons, et de toutes sortes. Et fus bien esmerveillé de voir l’assiette de cette cité _ voilà ! ces expressions sont très fortes ! _, et de voir tant de clochers et de monastères, et si grand maisonnement, et tout en l’eau _ voilà, voilà ! _, et le peuple n’avoir d’autre forme d’aller qu’en ces barques _ tout cela doit être strictement pris à la lettre ! _, dont je crois qu’il s’en fineroit trente mil, mais elles sont fort petites. Environ ladite cité y a bien septante monastères, à moins de demye lieue françoise, à le prendre en rondeur, qui tous sont en isle, tant d’hommes que de femmes, fort beaux et riches, tant d’édifices que de paremens, et ont fort beaux jardins, sans comprendre ceux qui sont dedans la ville, où sont les quatre ordres des mendians, bien soixante et douze paroisses, et mainte confrairie. Et est chose estrange de voir si belles et si grandes églises fondées en la mer » _ voilà.

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    Et il poursuit : « Audit lieu de la Chafousine vindrent au devant de moy vingt-cinq gentilshommes bien et richement habillés, et de beaux draps de soye et escarlatte ; et là me dirent que je fusse le bien venu, et me conduisirent jusque près la ville en une église de Saint-André, où derechef trouvay autant d’autres gentilshommes, et avec eux les ambassadeurs du duc de Milan et de Ferrare, et là aussi me firent une autre harangue, et puis me mirent en d’autres bateaux qu’ils appellent plats, et sont beaucoup plus grands que les autres ; et y en avoit deux couverts de satin cramoisy, et le bas tapissé, et lieu pour seoir quarante personnes; et chacun me fit seoir au milieu de ces deux ambassadeurs (qui est l’honneur d’Italie que d’estre au milieu), et me menèrent au long de la grande rue qu’ils appellent le Grand Canal, et est bien large. Les gallées y passent à travers, et y ay vu navire de quatre cens tonneaux au plus près _ mais oui ! _ des maisons ; et est la plus belle rue que je crois qui soit au monde, et la mieux maisonnée, et va le long de ladite ville _ d’est en ouest, jusqu’au Bassin de Saint-Marc et Saint-Georges Majeur. Les maisons _ ou palais _ sont fort grandes et hautes, et de bonne pierre, et les anciennes toutes peintes ; les autres, faites depuis cent ans _ durant le quattrocento _, ont le devant de marbre blanc qui leur vient d’Istrie à cent mil de là ; et encore ont mainte grande pièce de porphire et de serpentine sur le devant. Au dedans ont pour le moins, pour la pluspart, deux chambres qui ont les planchers dorés, riches manteaux de cheminées de marbre taillé, les chaslits des lits dorés, et les oste-vents peints et dorés, et fort bien meublés dedans. C’est la plus triomphante cité que j’ay jamais vue _ en résumé ! _, et qui fait plus d’honneurs à ambassadeurs et estrangers, et qui plus sagement se gouverne, et où le service de Dieu est le plus solemnellement fait. Et encore qu’il y peut bien y avoir d’autres fautes, si crois-je que Dieu les a en ayde, pour la révérence qu’ils portent au service de l’Eglise.

    …

    En cette compagnie de cinquante gentilshommes, me conduisirent jusques à Saint-Georges _ en face de Saint-Marc _, qui est une abbaye de moines noirs réformés, où je fus logé. Le lendemain me vindrent quérir, et menèrent à la Seigneurie _ le palais des doges _, où je présentay mes lettres _ de créance _ au duc _ le doge _ qui préside en tous leurs conseils, honoré comme un roy. Et s’adressent à luy toutes lettres ; mais il ne peut guères de luy seul. Toutesfois cestuy-cy a de l’auctorité beaucoup, et plus que n’eut jamais prince qu’ils eussent ; aussi il y a desjà douze ans qu’il est duc ; et l’ay trouvé homme de bien, sage et bien expérimenté aux choses d’Italie, et douce et aimable personne. Pour ce jour je ne dis autre chose ; et me fist-on voir trois ou quatre chambres, les planchés richement dorés, et les lits et les oste-vents ; et est beau et riche le palais de ce qu’il contient, tout de marbre bien taillé, et tout le devant et le bord des pierres dorés en la largeur d’un pouce par adventure ; et y a audit palais quatre belles salles richement dorées et fort grand logis ; mais la cour est petite. De la chambre du duc il peut ouyr la messe au grand autel de la chapelle Saint-Marc, qui est la plus belle et riche chapelle du monde pour n’avoir que le nom de chapelle, toute faite de mosaïques et tous endroicts. Encore se vantent-ils d’en avoir trouvé l’art, et en font besongner au mestier, et l’ay vu. En cette chapelle est leur trésor, dont on parle, qui sont choses ordonnées pour parer l’église. Il y a douze ou quatorze gros ballays ; je n’en ay vu nuls si gros. Il y en a deux dont l’un passe sept cens, et l’autre huit cens carras ; mais ils ne sont point nets. Il y en a douze hauts de pièces de cuirasse d’or, le devant et les bords bien garnis de pierreries très fort bonnes, et douze couronnes d’or dont anciennement se paroient douze femmes qu’ils appeloient roynes, à certaines festes de l’an, et alloient par ces isles et églises. Elles furent desrobées, et la pluspart des femmes de la cité, par larrons qui venoient d’Istrie ou de Friole _ Frioul _ (qui est près d’eux), lesquels s’estoient cachés derrière ces isles ; mais les maris allèrent après, et les recouvrèrent, et mirent ces choses à Saint-Marc, et fondèrent une chapelle au lieu où la Seigneurie va tous les ans, au jour qu’ils eurent cette victoire. Et est bien grande richesse pour parer l’église, avec maintes autres choses d’or qui y sont, et pour la suite, d’amatiste, d’aguate, et un bien petit d’esmeraude ; mais ce n’est point grand trésor pour estimer, comme l’on fait or ou argent comptant. Et ils n’en tiennent point en trésor. Et m’a dit le duc, devant la Seigneurie, que c’est peine capitale parmi eux de dire qu’il faille faire trésor ; et crois qu’ils ont raison pour doute des divisions d’entr’eux. Après me firent monstrer leur arsenal qui est là _ un peu plus à l’est, dans le sestiere de Castello _ où ils esquipent leurs gallées, et font toutes choses qui sont nécessaires pour l’armée de mer, qui est la plus belle chose qui soit en tout le demourant du monde aujourd’huy, mais autresfois il a esté la mieux ordonnée pour ce cas.

    …

    En effect, j’y séjournay huit mois, deffrayé de toutes choses, et tous autres ambassadeurs qui estoient là. Et vous dis bien que je les ay connus si sages, et tant enclins d’accroistre leur seigneurie, que s’il n’y est pourvu tost, tous leurs voisins en maudiront l’heure ; car ils ont plus entendu la façon d’eux deffendre et garder, en la saison que le roy y a esté, et depuis, que jamais ; car encore sont en guerre avec luy ; et si se sont bien osés eslargir, comme d’avoir pris en Pouille sept ou huit cités en gage ; mais je ne sçay quand ils les rendront. Et quand le roy vint en Italie, ils ne pouvoient croire que l’on prist ainsi les places, en si peu de temps (car ce n’est point leur façon) ; et ont fait, et font maintes places fortes depuis, et eux et autres, en Italie. Ils ne sont point pour s’accroistre en haste, comme firent les Romains ; car leurs personnes ne sont point de telle vertu ; et si ne va nul d’entre eux à la guerre de terre ferme, comme faisoient les Romains, si ce ne sont leurs providateurs et payeurs, qui accompagnent leur capitaine et le conseillent, et pourvoyent l’ost. Mais toute la guerre de mer est conduite par leurs gentilshommes, en chefs et capitaines de gallées et naves, et par autres leurs subjets. Mais un autre bien ont-ils, en lieu d’aller en personne aux armées par terre : c’est qu’il ne s’y fait nul homme de tel cœur, ni de telle vertu, pour avoir seigneurie, comme ils avoient à Rome ; et par ce n’ont-ils nulles questions civiles en la cité, qui est la plus grande prudence que je leur voie. Et y ont merveilleusement bien pourvu, et en maintes manières ; car ils n’ont point de tribun de peuple, comme avoient les Romains (lesquels tribuns furent cause en partie de leur destruction) ; car le peuple n’y a ni crédit ni n’y est appelé en riens ; et tous offices sont aux gentilshommes, sauf les secrétaires. Ceux-là ne sont point gentilshommes. Aussi la plus part de leur peuple est estranger. Et si ont bien connoissance, par Titus-Livius, des fautes que firent les Romains ; car ils en ont l’histoire, et si en sont les os en leur palais de Padoue. Et par ces raisons, et par maintes autres que j’ay connues en eux, je dis encores une autre fois, qu’ils sont en voye d’estre bien grands seigneurs pour l’advenir« …

    …

    L’empreinte du regard sur l’Italie de la fin du Quattrocento et du début de la Renaissance, des rois Charles VIII (1483-1498), Louis XII (1498-1515), et bientôt François Ier _ devenu roi de France le 1er janvier 1515 : et ce sera bientôt, le 13 septembre, la bataille de Marignan ! et neuf ans plus tard, celle de Pavie _ allait durablement marquer la civilisation française de la Renaissance et de ses suites : cf ne serait-ce que la marque si décisive de son parrain Mazarin sur Louis XIV… Fin de l’incise.

    …

    Pas de plan si peu que ce soit concerté d’urbanisme, ni de plan de circulation piétonne si peu que ce soit ordonnée, donc, à Venise.

    De très rares voies de circulation piétonne rectilignes furent ouvertes à une fin un peu utilitaire et pratique, au moment du développement de la modernité, et encore sur d’assez courts tronçons, telle la Strada Nova, entre Santa Fosca et le Santi Apostoli, dans le Sestiere de Cannaregio (en 1867-71), facilitant surtout le trajet piétonnier _ loin d’être rectiligne ! _ entre le Rialto et la gare ; ou bien l’élégante large, mais courte, Via XXII Marzo, en face de San Moise, dans le Sestiere de San Marco (en 1875-85) ; ou encore la très ample Via Giuseppe Garibaldi, dans le Sestiere de Castello, au temps de l’occupation napoléonienne) : mais la rareté des noms mêmes de « Strada » et de « Via » dénote déjà leur étrangèreté aux voies piétonnes purement vénitiennes ; dont Paolo Barbaro s’amuse, page 188 de son excellentissime à tous égards (!) Petit guide sentimental de Venise (ou plutôt, en italien, Venezia _ la città ritrovata, je le répète), à recenser les variations de qualificatifs, rien qu’entre Sant’Aponal et le Rialto, dans le Sestiere San Polo, par exemple : « Calle, calletta, ramo, campo, campiello, salizzada, portico, fondamenta, sottoportico, arco, volto, crosera, riva, ruga, corte, pissina, piscina, pasina« … L’esprit vénitien est demeuré assez sourcilleux de sa propre _ irréductible ? irrédentiste ? _ singularité…

    …

    De même qu’assez nombreux sont, parmi les 435 au total, de la cité sérénissime, les ponts posés complètement de biais _ tels le Ponte Storto, le Ponte del Vinante, etc. _ par-dessus quelque rio ou canal, afin de joindre tant bien que mal des calli en rien destinées au départ à se joindre, et donc non alignées _ sans compter les ponts débouchant sur seulement une (ou deux) porte(s) privée(s), tel le seul pont de Venise demeuré sans parapet (il en existe un second : à Torcello) par-dessus le rio di San Felice, dans le Sestiere de Cannaregio…

    …

    Cf ce qu’en dit Tiziano Scarpa, pages 22-23 de son Venise est un poisson : « Souvent les calli qui donnent sur les deux rives du canal _ reliées par ces ponts si fréquemment « en diagonale« … _ n’ont pas été alignées pour être unies par un pont : c’étaient simplement des débouchés sur l’eau où mouiller les barques pour monter à bord ou descendre à terre, pour charger et décharger des marchandises _ pour les maisons n’ayant pas de débouché direct à elles sur un canal. En d’autres termes, il y a d’abord eu des maisons, et entre les maisons les calli, disposées selon leur propre loi _ sans concertation avec d’autres : anarchiquement en quelque sorte… Les ponts ont été construits après : ce sont les ponts qui ont dû s’adapter aux déphasages entre les calli presque en vis-à-vis, mais pas tout à fait dans l’axe d’une rive à l’autre des canaux » _ qui sont bien la voie principale de circulation de la Venise de départ, par conséquent ! Et cette « adaptation au déphasage entre les calli » s’est réalisée quand on a développé les voies de circulation piétonne au détriment des canaux : ainsi nomme-t-on à Venise « Rio Terra«  la voie piétonne remplaçant un canal qu’on a décidé de combler…

    …

    Ainsi les entrées nobles des palazzi, donnent-elles sur le canal, et pour la barque ; pas sur la calle, pour la circulation piétonne _ de statut domestique, secondaire… _ : vers le campo ou le campiello et ses puits, ou vers l’église de la paroisse, elle, au mieux, et tout proches, eux, dans le seul périmètre de sa petite île même…

    …

    Cf ce qu’en dit Tiziano Scarpa, page 22 encore, de son  : « Aujourd’hui _ et donc désormais _, à Venise, on se déplace beaucoup plus à pied _ que par bateau. À l’origine, les palais et les maisons en bordure des canaux étaient orientés avec leur façade sur l’eau, l’entrée et l’accostage pour les barques. Sur les calli s’ouvrent les entrées secondaires : de Venise, aujourd’hui, nous nous servons _ donc _ surtout de l’arrière, la ville nous tourne le dos, elle nous montre ses épaules, elle nous séduit par son derrière » _ seulement : il faut en avoir conscience…

    …

    Aussi le flâneur-promeneur-piéton parcoureur de Venise aujourd’hui n’a-t-il pas, sans cesse désorienté qu’il est (y compris quand il pensait posséder un excellent, du moins ailleurs et jusqu’ici, « sens de l’orientation« ), sa tâche facilitée parmi le labyrinthe piégeant _ même en toute innocence ! _ des calli de Venise : spécialement, ai-je pu le remarquer, au sein du dédale ombreux même en plein jour des calli tout particulièrement étroites du Sestiere Santa Croce, par exemple, autour de San Giacomo dell’Orio ; au point que s’y déplacer vers une direction désirée en tournicotant sans cesse d’un angle de rue à l’autre, devient à soi seul bientôt purement ludique…

    …

    Aussi ne puis-je que fort bien comprendre qu’on devienne « accro » de séjours répétés d’une semaine ou d’une quinzaine en ce labyrinthe à la fois fini et infini de calli qu’est Venise, face au défi inépuisable de parvenir à en faire enfin le tour et en venir à bout : mais c’est là pur mirage ! Car l’infini de Venise n’est pas spatial, ou géographique : le territoire de l’île-Venise n’est certes pas infini (et demeure tout à fait à la portée de nos pas) ; mais il est bel et bien involutif, ainsi que le remarque et l’analyse excellemment Paolo Barbaro à propos de sa Venise : « On ne parviendra jamais à la suivre, à l’observer suffisamment« , écrit-il ainsi, page 90 ; « Regarder, passer, répondre, sourire, revenir. Aimer, en somme _ rien d’autre » : oui !..

    …

    Et une des raisons de cette frustration délicieusement infinie (et irrémédiable aussi) -là, tient au fait, qu’il « découvre » _ en y réfléchissant en l’écrivant, comme il le note aux pages 98-99-100 _, que « aujourd’hui on ne peut plus découvrir _ par le regard au cours de sa promenade-exploration ainsi infinie de la ville _ certaines beautés, jusqu’à hier sous les yeux _ et il s’en souvient, lui, Vénitien de toujours, même si sa carrière d’ingénieur hydraulicien l’a éloigné un temps de sa Venise quasi natale _ de tous ceux qui avaient des yeux _ et qui ne sont certes pas tout un chacun : l’exercice (du regard) s’apprend et se forme lentement et patiemment : il lui faut à la fois se cultiver, mais aussi savoir se dé-cultiver au moment adéquat, afin de pouvoir accueillir avec toute la fraîcheur nécessaire des sens (et pas seulement du regard : soit tout une complexe et riche aisthesis ! cf là dessus et L’Acte esthétique et Homo spectator de mes amies philosophes de l’aisthesis Baldine Saint-Girons et Marie-José Mondzain…) ; afin de pouvoir accueillir, donc, l’émerveillement de la singularité de la beauté de la ville quasiment hors références savantes… L’enchevêtrement du Palazzo Magno _ dans le quartier qui jouxte à l’ouest l’Arsenal _, par exemple, fermé au passant comme moi, citoyen quelconque de cette ville. Barré par une grille imposante, avec son bel escalier externe presque invisible. Même chose à Corte del Tagliapietra, Corte Falcona, Corte del Forno, aux passages entre San Geremia et le Grand Canal, et je ne sais combien d’autres. Le dédale _ demeurant publiquement accessible au promeneur-arpenteur curieux de parcourir toute la beauté singulière de Venise _ se réduit ça et là, se referme _ comme une huitre ou un coquillage _ sur lui-même. Par bonheur, la Corte Bottera est restée ouverte, mais dans la limite d’horaires _ « jusqu’à la tombée du jour ». Venise n’est plus pénétrable comme avant en tant d’endroits dits « mineurs » _ mais qui peut-en décider ?.. La recherche d’une plus grande sécurité, la peur des uns, l’indifférence ou l’avidité de certains autres, la présence de la drogue, tendent à porter tout le trafic _ nos pas _ à l’extérieur des cours, des campielli, des insulæ. A l’intérieur, où elle est davantage elle-même _ voilà ! _, la ville ne se voit plus : de moins en moins visible _ peut-être plus vivable, nous en savons de moins en moins.

    …

    En même temps _ poursuit-il sa méditation sur l’invisibilité de la vraie Venise, page 99 _, je découvre, dans tout l’arsenal de guides que nous avons à la maison, je découvre qu’aucun d’entre eux n’est complet : il manque ici une chose, là une autre, rues, palais, quartiers, canaux, ensembles petits et grands _ le guide total d’un lieu infini _ et en l’espèce, du fait de son invraisemblable dédale entre l’anarchie des calli et la fantaisie du réseau compliqué des canaux, Venise en est un très singulier, parmi la collection de tous les autres lieux semblablement « infinis » disponibles à explorer… _ est impossible. Il n’existe même pas, en cette fin de millénaire _ le livre à paru à Venise en 1998_, un relevé photographique complet, systématique, de la ville-œuvre d’art. Il s’agit d’un travail long et difficile, mais il faut le faire. (…) Pour l’instant, il ne reste qu’à continuer à la photographier rue après rue dans la rétine _ ce à quoi se livre pour commencer Paolo Barbaro en piéton archi-curieux de sa Venise… _, à l’observer et la déposer dans notre tête _ d’abord _, entre quelques diapositives et quelques rares feuillets _ ensuite.

    …

    Des jours et des semaines passent : je continue à me dire que _ un peu chaque jour, j’y arrive _ je dois _ par un devoir sacré ! _ la voir tout entière.

    …

    Les mois passent, et j’en suis de moins en moins sûr. Quoi qu’on voie et revoie, il reste toujours plus _ en effet ! selon un « infini involutif« , qui irréductiblement ne cesse de se creuser, approfondir… _ à voir, à digérer, à intérioriser, à comprendre. Et puis à comparer, participer, écouter, chaque pierre parle comme parle chaque être humain _ il faut savoir (et apprendre) aussi à écouter ; et écouter-décrypter  tout cela. Les jours prochains, les jours de ma vie _ et Ennio Gallo (Paolo Barbaro) a maintenant, cette année 2012, 90 ans… _ n’y suffiront pas. J’essaierai d’en dire quelque chose à mes enfants, à ceux qui me suivent ou me font suite.
    …
    L’impression qu’on a, c’est qu’échappe toujours ce qui compte le plus
     » _ avec encore, page 100, cette impression puissante que « les nœuds du dédale, et ce qui en nous les poursuit » demeurent bel et bien « impossibles à atteindre« , et à rejoindre en leur choséité même, au-delà de ce qui peut nous apparaître phénoménalement ponctuellement…

    …

    Et, au-delà des difficultés matérielles d’accession à ces « détails essentiels » de Venise,

    il faut surtout ajouter ces remarques-réflexions d’une infinie justesse que se fait Paolo Barbaro, pages 113-114, puis page 133-134-135, mais que j’ai personnellement très fort ressenties sur le terrain même, alors que j’ignorais tout alors de son _ si juste et si beau ! _ livre, en arpentant les six Sestieri de Venise lors de mon séjour de six jours à Venise en février 2011, par exemple en passant du Campo dei Frari _ très animé et vivant, lui ! _ au tout voisin Campo San Stin _ mortellement désolé et désert… _, puis à celui si beau de San Giovanni Evangelista, pour accéder à la jolie cour qui précède le jardin du Palazzetto Bru-Zane, dans les locaux _ splendides ! _ duquel allait se dérouler, les 19 et 20 février 2011, le colloque _ « Lucien Durosoir (1878-1955) : un musicien moderne né romantique » _ auquel j’allais donner deux contributions, et qui constituait la raison de ma présence (invitée) à Venise ;

    …

    voici, en leur détail, ces remarques d’une justesse incomparable sur les variations puissantes quoiqu’infinitésimales de « climats« , amenant Paolo Barbaro à employer l’expression si juste (pour qualifier la chair même de Venise) de « micro-villes »  :

    …

    « Quelques pas, et nous sommes _ sensuellement _ déjà loin _ d’où nous nous trouvions à la seconde précédente _ : la ville est faite de tellement de micro-villes _ purement et simplement juxtaposées, sans transitions, ni solutions de continuité aucunes ! _ plutôt que de quartiers _ les Sestieri sont au nombre de six : Santa Croce, San Polo, Dorsoduro, Cannaregio, San Marco et Castello _, toutes semblables _ et composant sans incongruité et quasiment continûment, la Venise globale et (incomparablement !) unique… _ et toutes différentes. Combien sont-elles, et qui sont-elles ? Nous en comptons _ déjà, en la promenade entreprise alors par l’auteur ce jour-là _ dix, douze.., en commençant par Santa Marta, l’Angelo Raffaele, les Carmini, l’Avogaria, Santa Margherita, San Barnaba, les Frari… Nous n’en finissons plus. Un ensemble continu de maisons-îles ; chacune avec sa place, son campo ou son campiello, les gens qui passent et qui s’arrêtent, les flots de visages et de souvenirs _ selon chacun, forcément… _, les magasins, les « boutiques », l’église, la vieille osteria (souvent fermée aujourd’hui : là où elle est ouverte, c’est une vraie fête), le canal tout autour qui délimite et termine l’île, les ponts qui relient toute chose à l’île voisine.

    …

    Parfois, de l’autre côté du pont, « il suffit d’un rien et tout change », selon _ l’ami _ Martino. En réalité, peu de chose change, ou rien ; mais la première impression est que ça change, et la première impression compte toujours _ c’est à croire qu’à Venise de telles variations (et même micro-variations) d’atmosphère sont beaucoup plus intenses, puissantes, et en très peu (= beaucoup moins) d’espace, qu’ailleurs ; et cela, alors même que le tempérament de ses habitants, les Vénitiens, est d’une étonnante placidité ! et avare d’éclats… Lumières, canaux, rétrécissements des calli, magasins, cours, jardins. Souvent, un peu ou beaucoup, c’est l’air aussi qui change, le climat : Venise est faite de tant d’îles, de quartiers, de sestieri, de mini-canaux, micro-villes, on ne sait comment les appeler ; et aussi d’ »airs différents », de tellement de microclimats, qui se différencient juste assez pour qu’on les reconnaisse _ = ressente étonnamment puissamment. (…) Les microclimats ne correspondent assurément ni aux découpages historiques en sestieri ni aux quartiers, ni à l’écoulement des années ni aux statistiques climatologiques. Ils changent avec un arbre, un mur abîmé, un souffle de brume, le tournant d’un canal » _ page 114 : quelle admirable justesse !..

    …

    Or il se trouve que, sans aller jusqu’à découvrir, lui, la Corte sur laquelle ouvre le jardin du Palazzetto Bru-Zane, où je me rendais à plusieurs reprises ces jours-là de février 2011, il se trouve que Paolo Barbaro aborde, pages 133-134, les variations de climats de cette même « zone » de San Polo – Santa Croce :

    …

    « Par ici _ San Giovanni Evangelista _ Venise est splendide non seulement comme construction, comme « mur après mur » (Martino) ; mais comme rapport d’espaces, comme lieux accordés, ensemble musicaux : comme musique de pierre. Les ruelles par lesquelles on arrive _ apparemment pas par le Campo San Stin (cependant, j’ai découvert une superbe vieille photo (anonyme) de ce même Campo San Stin (« Femmes et enfants autour du Campo San Stin, vers 1875« …), pagc 91 de l’album Venise, vue par Théophile Gautier, dans la collection Sépia des Éditions de l’Amateur, qui en donne une impression de vraie vie ! : huit personnages bavardant ou jouant autour et sur la margelle du puits… _, la petite place d’entrée _ le Campiello San Giovanni _, l’interruption brusque de l’iconostase (comment l’appeler ?) _ un chef d’œuvre d’architecture et sculpture ! de Pietro Lombardo, en 1481 : Commynes a pu le contempler ! _, la reprise du mur ajouré, l’accueil de l’autre petite place _ le Campiello della Scuola _, les sculptures en attente. Les pas des hommes traversent, tantôt plus rapides, tantôt plus lents, des inventions harmoniques et des murs transpercés _ une merveille de raffinement !
    …

    Un peu plus loin _ séparant ici (ou plutôt ajointant, par les Fondamente qui le bordent) le sestiere de San Polo de celui de Santa Croce _, le Rio Marin _ non moins extraordinaire, mais complètement différent comme lieu : maisons + eau + boutiques + jardins + quais + gens sur les ponts, dans les magasins, dans les osterie, le long des berges, en barque… La laiterie à moitié sur le pont à moitié sur le quai. Le café, à moitié dans la calle à moitié sur l’eau. L’osteria, un peu en ville et un peu à la campagne au milieu des potagers.

    …

    Quelques pas, deux villes, je ne sais combien de villes _ englobées en une seule. Peut-être n’a-t-on inventé à Venise ni philosophie _ sinon l'(excellent) philosophe-maire de Venise, Massimo Cacciari ! (cf cet article-ci, dans le numéro de Libération du 29 juin 2012 : Cacciari, un philosophe qui vous veut du bien) _, ni poésie, ni métaphysique, ni géométrie. Mais sans aucun doute on y a inventé la ville _ et un mode particulièrement civilisé d’urbanité. Inventé à partir de rien _ eau, sables, horizons, il n’y avait rien d’autre. Dans la ville, l’art de vivre (d’y vivre) et de la représenter (la vie). Théâtre _ Goldoni _ et peinture _ les Bellini, Giorgione, Carpaccio, Titien, Tintoret, Veronese, Tiepolo… _ , un certain type d’architecture, de technique, d’institutions sociales : ce qu’il fallait à la ville, ce qui lui suffisait, siècle après siècle. Alors, je crois, ils n’en doutaient pas : tout cela serait transmis jusqu’à nous. C’est là, ça nous attend _ à continuer à transmettre, à notre tour… _ : à nous d’agir« …

    …

    Et Paolo Barbaro de préciser alors _ pages 134-135 de son Journal de bord de ses retrouvailles de vieux Vénitien avec sa mille fois plus vieille Venise _, ce qui éclaire la qualité nécessaire de l’aisthesis à apprendre à gagner :

    « Peu à peu, un point fondamental me devient évident, qui ne me l’était guère les premiers jours : il n’est pas nécessaire de se promener tant que ça _ en extension parmi la ville _, on peut aussi _ presque _ rester arrêté _ en intensité attentive _ au même endroit. Plus exactement, il faut bouger, oui, mais pas beaucoup ; surtout savoir s’arrêter _ pour fixer un peu sa pupille afin de voir apparaître vraiment. S’arrêter pour voir, pour parvenir à voir ; et pour participer, comprendre, raconter _ quelque chose qui se tienne vraiment.

    …

    Sinon, « des millions de touristes ne voient pas grand chose, ou ne voient rien, prennent les lieux les plus mystérieux pour une fête foraine«  et « ils ont le terrible pouvoir de faire croire dans le monde entier que Venise est une ville trop vue, trop visitée, pleine de monde, connue, bien connue désormais, dont il ne vaut plus la peine de s’occuper à un certain niveau. Alors qu’en fait elle reste aujourd’hui de plus en plus elle-même, et donc de moins en moins reconnaissable dans un monde toujours plus _ sinistrement ! misérablement _ identique à lui-même, uniforme, standardisé« , lui : pages 138-139. Si bien que « d’ici peu« , « il nous reviendra de chercher _ avec mille difficultés _ la ville, présente avec toutes ses pierres et ses eaux, mais disparue, invisible«  _ qu’elle sera devenue pour nous, avertit Paolo Barbaro, page 139.

    …

    Ville micrométrique _ je reprends le passage si important, page 135 _, où les grandes perspectives sont considérées _ depuis toujours _ comme inhumaines. « Le contraire de Paris », fait Martino en riant : « excessif, pompeux, tout y est grand, grand, même quand ça ne l’est pas » _ soit le point de vue du pouvoir politique et de son ambition de maîtrise technicienne, je dirais ; cf le couple Haussmann-Napoléon III, par exemple (lire ici et La Curée et L’Argent, de Zola)… Ici _ à l’exact inverse de Paris _, un tout petit déplacement de celui qui regarde, et tout change : perspectives, couleurs, repères, voix. Cela exige un regard patient, attentif _ voilà ! _, capable d’enregistrer les phénomènes microcosmiques _ voilà le concept crucial ! _ plutôt que macrométriques.« 

    …

    Et Paolo Barbaro de splendidement préciser alors :

    « En substance : s’arrêter en un certain point, un point quelconque _ stop, rester immobile, ouvrir les yeux, regarder, recommencer à regarder et aussi fermer les yeux ; accepter d’écouter si quelqu’un vous parle de vieilles histoires, les yeux ouverts ou fermés ( ça fait _ absolument _ partie du tableau), se reconcentrer, se déconcentrer. Quelques pas, et suivre _ avec l’infinie patience du seul amour vrai _ les rapports entre eux des lignes, des profils des maisons, des ouvertures des fenêtres, des couleurs de l’eau. (Je suis maintenant au Ponte delle Maravegie _ un haut lieu vénitien pour Paolo Barbaro ! dans la partie la plus vivante de Dorsoduro, non loin de ce quartier du Rio de la Toletta que personnellement j’aime beaucoup _ : voir et revoir ces profils là-haut ; si on en est capable, les dessiner.) Puis, peu à peu, les nuances des façades, le fondu perpétuel des choses. Suivre et « comprendre » au sens d’essayer de prendre en nous, et comparer. Surtout ne pas bouger: une marche du pont, ou du quai, en montant ou en descendant. On retrouve tout/toute Venise dans peu d’espace ; puis on en trouve une autre, quelques pas plus loin, qui lui fait écho.

    …

    Avec ces remarques, page 135, absolument fondamentales :

    « Peu d’espace ; mais beaucoup de temps. Le contraire du monde moderne. Plutôt de la lenteur dans le temps » _ celle de l’attention capable et de mémoire riche et de concentration non décérébrée, mais pleinement sensible, sur un présent lui aussi pleinement habité, et hautement civilisé…

    …

    …
    Titus Curiosus, ce 26 août 2012

    …
    …
    Ce lundi 16 juillet 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Philippe Sands, vidéo de la semaine, pour sa présentation de Retour à Lemberg, le 28 mars dernier

    Après la mise en ligne, avant-hier, 11 avril,

    du podcast  (de 55′ 38″) de la présentation par Philippe Sands de son merveilleux Retour à Lemberg,

    …

    C’est la vidéo de ce même entretien (de 55′ 42) qui s’est vue décerner le titre de vidéo de la semaine

    sur le site de la librairie Mollat ce soir.

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    Et je suis en train de terminer le peaufinage de mon article sur ce livre,

    commencé de publier le 2 avril dernier :

    «

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    Un conseil : lisez ce livre merveilleux !

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    Ce vendredi 13 avril 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

     

     

  • Deux lucides lectures californiennes de Call me by your name et du jeu de ses acteurs, sur le site de Seventh Row

    En surfant sur le web,

    et alors même que je me plaignais de n’avoir rencontré, pour l’essentiel, que des lectures bien superficielles du pourtant si captivant film de Luca Guadagnino Call me by your name,

    …

    voici que je m’aperçois,

    et avec le retard que nécessitait une réelle lecture !,

    de la très haute teneur en lucidité d’un article

    vers lequel,

    mais en l’ayant bien trop rapidement seulement survolé alors, Armie Hammer is much more than an object of desire in CMBYN _ il est vrai que c’était la justesse de son titre qui m’avait, bien sûr, interpellé ! _,

    renvoyait, mais sans y insister, au passage, au vol…,

    mon précédent article du 12 mars dernier : Call me by your name : le captivant film de Luca Guadagnino ;

    …

    et qu’amené ainsi à regarder d’un peu près ce que proposait, sur ce sujet, ce site (californien, basé à San Francisco) intitulé Seventh Row,

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    je découvre là plusieurs autres passionnants et tout aussi lucides et magnifiques articles…

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    Sur la série des sept proposés par Seventh Row, du 11 au 18 décembre 2017 :

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    Words are futile devices: On Timothée Chalamet in Call Me by Your Name

    Our six favourite scenes from the first half of CMBYN

    Review: Call Me by Your Name is a gorgeous, erotic tale of first love

    Keeping a straight face: How CMBYN‘s queer characters get misread

    Our five favourite scenes from the second half of CMBYN

    Armie Hammer is more than an object of desire in CMBY

    ‘You’re missing it!’: Tricks with time in Call Me by Your Name

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    voici l’intégralité des deux qui concernent les qualités d’interprétation des rôles d’Elio

    et Oliver

    par les magnifiques Timothée Chalamet

    et Armie Hammer ;

    ainsi que la qualité de direction d’acteurs du superbe Luca Guadagnino :

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    D’abord l’article Words are futile devices: On Timothée Chalamet in Call Me by Your Name

    concernant Timothée Chalamet :

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    JOANNA DI MATTIA / DECEMBER 11, 2017

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    Words are futile devices: On Timothée Chalamet in Call Me by Your Name

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    In Call Me by Your Name, Timothée Chalamet conveys how words aren’t enough for Elio _ en effet. His body reveals the feelings he leaves unspoken _ c’est exactement cela : quel acteur ! quel travail de préparation, puis d’incarnation ! Et quelle direction d’acteur, aussi, de la part de Luca Guadagnino !

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    When Elio Perlman (Timothée Chalamet) finds the courage to speak and tell his family’s summer house guest, Oliver (Armie Hammer), how he really feels about him, he does so indirectly. The 17-year-old’s words are futile devices, posing questions more than providing answers. Words alone can’t convey the enormity of Elio’s feelings for the 24-year-old American graduate student. His body, moving closer to Oliver’s, speaks more clearly _ voilà. The question “Is it better to speak or to die?” – drawn from a medieval tale in which a young knight anxiously wonders if the woman he loves feels the same way – echoes throughout Luca Guadagnino’s Call Me By Your Name.

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    Timothée Chalamet’s performance as Elio reveals just how out of synch Elio’s words and actions are when it comes to his burgeoning desire for Oliver. Elio is a character who barely speaks ; when he does, he’s rarely able to say what he means. Chalamet’s line readings convey how Elio’s precocious intelligence and bookish knowledge are a shield against his lack of life experience. As the son of an academic, Elio has faith that language can reveal the truth about the world ; that words give ideas a discernible shape. But Oliver’s arrival completely dismantles this _ Elio n’ y étant en rien préparé ! Elio comes to understand his desire for Oliver through his body, not his mind _ c’est cela.

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    Revealing his true feelings is a risk _ forcément : s’exposer en pareille matière d’intimité est ultra-dangereux _ for Elio. He protects himself _ d’abord _ by keeping his distance from Oliver and he’s initially abrasive when he does venture closer. Elio is aware of this flaw. After their piano flirtation, we see Elio scribbling in his diary that he had previously been “too harsh” towards Oliver. Even when Elio is ready to tell Oliver how he feels, he stumbles over words and circumvents what he really means. When Elio and Oliver walk around the Battle of Piave monument, Oliver’s question, “Is there anything you don’t know?” is a loaded one. About to divulge how he feels, Elio says that he knows little _ si peu _ about “the things that matter”, but isn’t able to elaborate aloud on what those things are. “You know what things”, he says, instead. Chalamet’s emphasis on ‘things’ poses an innocent challenge _ en effet : charge à Oliver d’y répondre. He looks up, hoping the older man will speak for him.

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    ‘Elio has faith that language can reveal the truth about the world. Oliver’s arrival dismantles this.’

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    If words _ à propos de choses si délicates _ don’t come easily to Elio, Chalamet’s performance makes sure that his physical and facial gestures are less ambiguous _ oui. We see this when Oliver doesn’t show up for dinner one night early in his stay. With an exaggerated flourish of his hand, Elio mocks Oliver’s habit of saying “Later !”. But behind this air of irritated indifference, Chalamet lets Elio reveal _ oui _ something more fragile. As the housekeeper, Mafalda (Vanda Capriolo), removes Oliver’s plate from the table, Elio’s attitude shifts from swagger to disappointment. His eyes are visibly wet and close to tears as he looks towards his mother _ éminemment consolatrice, en toute discrétion : magnifique Amira Casar, aussi _ for reassurance and comfort. That night, Elio is restless and horny. We see him tossing and turning in bed, unable to sleep. Chalamet’s sharp, jerky movements reveal once again how Elio’s body betrays his words. He might seem impervious to Oliver, but something is clearly stirring inside him.

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    Without first-person narration to bring us inside Elio’s head (as André Aciman uses in the novel _ et qu’à la différence du projet d’adaptation initial de James Ivory, Luca Guadagnino a délibérément choisi d’écarter _), we access his inner life almost entirely through Chalamet’s physical performance _ voilà : et c’est beaucoup plus fort. Guadagnino favours wide shots over close ups, which demand that Chalamet use all of his slight, lanky body to show us how Elio feels. He varies his posture, shrugs his shoulders, slumps, and struts to communicate the tumultuous mess that lies beneath Elio’s seemingly calm surface _ c’est parfaitement observé. Chalamet’s body shows us that Elio’s confidence is increasing, too _ mais oui, progressivement, pas à pas. When Elio takes Oliver to his secret reading place by the river, Chalamet’s spine straightens, allowing Elio to look him directly in the eye _ en effet. A two-shot captures this very deliberate incursion into Oliver’s space. Without words, we understand that Elio is daring Oliver sexually _ voilà _, as well as revealing his own emotional growth _ tout à fait : il se déclare encore indirectement, mais en même temps frontalement aussi, ainsi ; étant sur son terrain.

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    ‘Chalamet is a watchful, unguarded performer.’

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    Chalamet is a watchful, unguarded performer. Elio is shy and uncertain. He reveals the most about himself when he seems to be doing nothing more than sitting, standing, sulking silently, or lying still _ et c’est bien là l’atout du cinéma, quand il est aussi bien interprété, et par l’acteur, et par le réalisateur. The tension in Chalamet’s body and face make it clear _ mais en s’abstenant de la moindre parole (ou du moins très explicite de ses raisons) ; et là le monologue intérieur du roman d’Aciman est mille fois trop bavard, et désordonné, qui plus est _ that Elio is always actively _ et pas qu’un peu : les émotions puissantes se bousculent et cognent _ thinking and feeling something. Elio’s earliest interactions with Oliver are shaped around this dynamic of looking and listening at a distance _ tout particulièrement dans le mouvement à distance des deux interlocuteurs dans la scène de la Piazzetta au monument à la Bataille du Piave. He first sees him from his bedroom window _ c’est l’ouverture même du film _ where he says to Marzia (Esther Garrel) that Oliver “seems very confident” _ et la scène est bien différente dans le roman : c’est Elio qui accueille Oliver ; il ne se trouve donc pas à l’étage de la maison, en surplomb, en compagnie de Marzia… While Chalamet delivers the line with a resentful, judgmental tone, his body practically leaps to the window _ en effet _ to see Oliver, suggesting excitement and acute curiosity _ c’est cela : mais c’est aussi qu’il a déjà vu Oliver en photo, au moment du choix du nouvel invité pour l’été 1983 ; il avait donc déjà été impressionné par son image…

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    Whether Elio is watching Oliver from across the lawn, or as Oliver slow dances with Chiara (Victoire Du Bois), Chalamet translates _ c’est là son très grand talent _ Elio’s constant internal monologue with eyes lowered and lips often slightly parted. This gives him both a thoughtful and sensual expression _ tout à fait. At Oliver’s first breakfast with the Perlmans, Elio watches Oliver intently and silently. Guadagnino moves the camera in so we see Elio observing Oliver’s necklace, a Star of David pendant that becomes a symbol of connection _ voilà un premier terrain de compréhension _ between the two Jewish men. In addition, Oliver’s statement about his appetites — if he eats more than one oozing soft-boiled egg, he won’t be able to stop — intrigues _ tiens, tiens ! _ Elio _ en rendant compte du très fort contrôle sur soi d’Oliver ; du poids de son sur-moi. “I know myself”, Oliver declares, and Chalamet registers the significance of this statement with a shift in expression _ il est bien aux aguets. Elio doesn’t speak but looks at Oliver quizzically, unsettled by this decisiveness ; he’s less sure of himself _ il a ses failles… Similarly, when Marzia tells Elio that Chiara wants Oliver “at any cost”, Elio is fascinated by this intensity of feeling — as well as the sight of Oliver moving. Both inflame his interest _ ainsi piqué au vif _ ; he leans forward in his chair, eyes wide open, biting his lip in consideration.

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    Timothée Chalamet and Armie Hammer in Call Me by Your Name

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    Chalamet’s performance captures Elio’s insecurity and teenage arrogance _ mêlés. When Oliver attempts to take control of the situation between them, massaging Elio’s shoulder during a volleyball game, Chalamet draws attention to his confusion. The incursion into his space stops Elio dead in his tracks. Guadagnino is keenly interested in Elio’s response to being touched here. The camera moves from Elio’s shoulder around to face him and takes in how his entire body reverberates. His expression hardens. He looks stunned ; his shoulders tense. He doesn’t know what to say, except, unconvincingly, that he is relaxed. Is Elio annoyed, uncomfortable, turned on, or some combination of all of these ? The way Chalamet looks at Hammer in this scene, along with his stiff movements — stepping away, refusing to surrender his body into Oliver’s hands — captures an authentic reaction. Elio is not yet _ à ce moment encore un peu précoce _ able to read the signs that Oliver is trying to send him about his own desire _ qu’il ne comprend donc pas.

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    Elio’s desire for Oliver, who is so comfortable in his own skin, effectively draws him out of his head and into his body _ soit une nouveauté qu’il ne sait pas encore, à ce moment, comment prendre. Chalamet builds Elio’s aroused physicality into his performance. Once his desire is awoken, he seems to be in perpetual motion _ en effet ; et en cela suivre ses mouvements et expressions sur le vif de ce qui survient et le surprend, est d’une grande richesse pour notre observation. Chalamet employs nervy but daring physical gestures to communicate Elio’s eagerness to discover more. We see this first when Elio joins Oliver _ il court en direction Oliver, perdu dans sa danse, mais sans le rejoindre, lui, puisque c’est Marzia qu’il rejoint là, mais tout près d’Oliver, plongé dans sa danse solitaire au milieu de tous les autres… ; jusqu’à même en manquer tomber _ on the dance floor for “Love My Way” by The Psychedelic Furs _ un des sommets d’excitation (et même sublime) du film ; Oliver étant ici seul avec ses fantômes : c’est sans doute contre (ou avec) eux qu’il « boxe«  ici… Elio zooms in and out of Oliver’s space, enjoying a new sense of physical freedom _ lui, l’intellectuel, il se lance dans la danse ; et ça va continuer… Chalamet’s body roll communicates how Elio is becoming more at ease with himself _ c’est cela : c’est avec son corps qu’il prend ici confiance. In the days after, Elio finds himself home alone and bored _ car Oliver (qui garde ici les yeux fermés) est encore hors d’atteinte de lui. He ends up in Oliver’s bedroom and places Oliver’s red swimming shorts over his face. He breathes in Oliver’s scent, absorbed in the urgency and arousal of this clandestine moment _ de fétichisme sexuel. Chalamet builds and releases sexual tension with his body, thrusting up and down slowly on the bed. With the shorts placed over Elio’s head, Guadagnino doesn’t focus simply on Chalamet’s facial expression but the full extension of his body _ oui : la connivence de jeu entre l’incarnation de l’acteur et l’intelligence magnifique de la camera est entière _ in these actions.

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    ‘Elio’s desire for Oliver effectively draws him out of his head and into his body.’
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    Chalamet’s performance deepens as Elio’s experience does. Gestures highlight Elio’s inexperience and hungry enthusiasm _ entremêlés. We see that Elio is propelled by desire and fear _ très logiquement : il lui faut vaincre et surmonter le vertige du trouble… _ in equal parts. His moves towards Oliver are tentative and exploratory _ peu à peu. Elio’s fingers reach out to touch Oliver’s face and neck during a foot massage ; his tongue explores Oliver’s lips, not daring to venture further in _ pour le moment ; l’avancée procède pas à pas _ ; he playfully bites Oliver’s shoulder and practically scampers up his body before they have sex.

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    In the lead up to, during, and after Elio and Oliver sleep together, Elio’s feelings continue _ c’est logique, et nous suivons cela… _ to travel a turbulent course. We see his insecurity before they fall into bed, as Oliver takes the lead and undresses more quickly. We see it when Elio wakes up, confused, maybe unsure about what has happened between them ; he is once again cool and remote. While Oliver warmly moves closer, Elio sits up and draws his body away, turning his head to the window. Chalamet conveys the full impact of Elio’s experience with Oliver. Having sex isn’t simply the achievement of an ultimate goal, but an event that unleashes ecstasy, confusion and further self-doubt _ c’est complexe, en effet ; mais l’appréhender par les mouvements et expressions sans mot de l’acteur est bien plus efficace que par les élucubrations contradictoires et confuses du monologue intérieur d’une voix-off, comme dans le roman. Ce cinéma physique et sobre là est bien mieux éloquent !

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    Call Me by Your Name concludes with an extended close-up sequence _ un très long plan détaillé _ of Elio’s face _ seulement _ that highlights the wisdom and authenticity of Chalamet’s performance. It is Hanukkah, the winter after the summer that has changed _ à jamais même ! _ Elio’s life. After a devastating phone call from Oliver _ qui a cette fois pris l’initiative ; à distance (protectrice pour lui), il est vrai, de l’océan entre eux deux _, Elio sits down in front of the fireplace, ostensibly seated before the camera, and silently expresses his grief. He cries. He aches. He gets angry. There is a flash of a smile ; a joyous memory _ aussi. Perhaps bittersweet acceptance and resolution, too. For several minutes, as the credits roll and Sufjan Stevens sings the line, “I have loved you for the last time” (from the song “Visions of Gideon”), Chalamet doesn’t speak and barely moves, beyond subtle modulations of his mouth, eyes, and breath _ voilà, sans hystérie. Yet he does everything required to bruise our hearts while showing us that Elio’s is caving in.

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    ‘Chalamet’s eyes reveal the memory of the ecstasy of being with Oliver and the agony of losing him.’
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    Chalamet’s eyes reveal both the memory of the ecstasy of Elio’s time with Oliver _ et pour toujours _ and the immense agony of losing him _ à jamais, en même temps. It is no exaggeration to say that, through them, he allows us to see inside his soul. In a film of acutely sensitive moments, what Chalamet does here, as Elio breaks down and begins to put himself together again, is very special. It’s a completely transparent performance _ quel talent ! There are no masks. Mr Perlman (Michael Stulhbarg) has wisely advised his son _ c’est en effet important _ not to make himself “feel nothing so as not to feel anything”. Here, Chalamet exposes how Elio feels it all. We do, too — the totality of his experience of first love, from lust to heartbreak. No words required _ le fond de l’art du cinéma, fondamentalement physique, est bien de l’ordre du muet. Guadagnino has described Chalamet as a “beautiful, budding flower”, but in Call Me By Your Name, he is truly an actor in full bloom _ c’est parfaitement vrai. Chapeau l’artiste !

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    Et maintenant l’article Armie Hammer is more than an object of desire in CMBYN

    concernant Armie Hammer :

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    ORLA SMITH / DECEMBER 16, 2017

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    Armie Hammer is more than an object of desire in CMBYN

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    In Call Me by Your Name, Armie Hammer’s performance as Oliver weaponizes his star persona, allowing us to misread his character in the same way that Elio does. This is the sixth piece in our Special Issue on Call Me by Your Name. Read the rest of the issue here.

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    Armie Hammer has spent his entire career _ jusquà ce film-ci non compris _ playing _ sans rien forcer, tant c’est massivement évident _ the object of our desire. Leave it to the ‘proper’ actors to go deep ; Hammer shall play the pretty face, with his blue-eyed, golden-haired, six-foot-five, all-American good looks. His star appeal is almost too obvious _ mais oui ! _, as if he’d been hand-crafted by the Hollywood machine to embody _ avec le plus grand naturel _ everything it represents : dashing looks, easy charm, and casual comfort in his own skin _ c’est dit.

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    From the beginning of his career, studios have leapt at the chance to cast him as all the classic archetypes _ oui, sans rien avoir à forcer _ : western hero, Russian spy, literally Prince Charming. Even his critically-acclaimed breakout performance — as the arrogant, preppy, Harvard-educated Winklevoss twins in The Social Network — perpetuated the idea of Hammer as an extrovert _ voilà _with extraordinary self-assurance _ en forme de bénéfice immédiat sans conteste… Role after role after role has taught us unequivocally who Armie Hammer is supposed to be : a matinée idol, impossibly polished, masculine to a fault _ oui.

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    Luca Guadagnino is the first director to not only recognise that perception, but weaponize it. In Call Me by Your Name, 17-year-old Elio Perlman (Timothée Chalamet) is taken aback to discover that, underneath a varnished surface, Hammer’s Oliver is a man with fear, pain, and desires of his own _ voilà : on ne peut plus humainement, enfin… In casting Hammer, Guadagnino allows us to go on the same complex journey as Elio _ mais oui _ : we are entranced and infatuated by Hammer’s image, and therefore just as disarmed as Elio is to discover _ c’est cela, par-delà le vernis poli, joliment glacé et brillant, de l’image _ the complex man (and gifted actor _ et combien ! _) hiding underneath his intimidating, statuesque beauty. As unfathomable as it might seem given his leading-man looks, Hammer has the talent, the bravery, and the will _ oui : c’en est même héroïque ! _ to strip away every trace of that persona and expose his soul _ rien moins ! ôtés tous les masques (et vêtements !!!) _ on screen.

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    ‘Guadagnino is the first director to not only recognise our impossibly polished perception of Hammer, but weaponize it.’
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    At the start of Call Me by Your Name, Oliver seems like a physical manifestation of everything Elio wants and aspires to be _ en terme d’idéal de virilité accomplie. Elio desires Oliver in much the same way that we have been expected to desire Hammer in his previous films ; in the words of Elio’s mother (Amira Casar), Oliver is “la muvi star”, a label _ hollywoodien _ Hammer carries with ease. Oliver’s near arrogant self-assurance, and the confidence with which he inhabits his body _ c’est même impressionnant _, are irresistible _ en effet _ to the gangly and uncertain Elio. Guadagnino repeatedly shoots Hammer from below, gazing up at his perfection just as Elio does, such as when he downs a glass of apricot juice in one go ; Elio takes small sips. Oliver drinks life _ oui _ in with relish and without hesitation _ selon les plus évidentes, massives et très persuasives apparences. Qui pourrait le contester ?

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    ‘Hammer has the talent, the bravery, and the will to strip away every trace of persona and expose his soul on screen.’
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    His exaggerated cool attitude comes close to being a caricature of the ‘object of desire’ _ voilà ; or, derrière ce presque trop parfait objet (de désir), nous allons découvrir un sujet (actif !) beaucoup plus incertain, et bien plus humain (et touchant), lui… Guadagnino’s camera either deifies Oliver from below, or objectifies him, adopting Elio’s gaze _ en effet, d’abord pris, mais un peu plus tard, décillé _ when he observes Oliver from afar and above. When Elio watches Oliver from his balcony, Oliver seems present only as an object to be gazed at and lusted after _ voilà _ by his desirer. Hammer’s movements are quick and decisive : he jumps off his bike before it’s even stopped moving and strides confidently forward while removing his shirt _ en tout geste capté par le regard. He teases the camera, and the lens glorifies him in return. Guadagnino and his star indulge our impulse to fawn over Hammer’s good looks, tricking us into objectifying his character. After watching Oliver from the balcony, Elio lies back on his bed and begins to masturbate _ comme devant une image (fût-elle, comme ici, mentale) _, Oliver still on his mind _ c’est l’élément moteur de l’excitation. He takes pleasure solely from Oliver’s appearance and projected confidence ; his star persona.

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    ‘Oliver drinks life in with relish and without hesitation.’
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    In the earlier scenes of Call Me by Your Name, Oliver is guarded, and Guadagnino’s camera doesn’t question the ‘easy read’ of his attitude. Oliver is an enigma _ oui ! faute d’aspérité offerte, directement visible _ to Elio and to us : he hides his eyes behind sunglasses and is often too far from the camera for his expression to be discerned _ ici, c’est le talent de la réalisation qui aide… Elio perceives _ mal _ Oliver’s seemingly indifferent attitude as rudeness, and interprets _ à tort _ the impromptu backrub Oliver gives him as casual and too-forward. Elio is the more active character in the frame in this scene _ en effet _ : our attention is drawn to his shifting body (which is foregrounded), along with his face, which flits wildly between indignation, annoyance, panic, and swooning.

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    ‘Hammer teases the camera, and the lens glorifies him in return.’
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    We’re so busy reading the open book that Chalamet is during the backrub that we only spare a cursory glance in Hammer’s direction, and thus take his ‘don’t care’ attitude as given. Our focus on Elio’s rather demonstrative reaction distracts us _ mais oui _ from the hesitant cracks _ tiens, tiens ! _ in Oliver’s voice, or his nervous intake of breath as he realises he may have taken things a step too far. “I think he’s shy”, Mr. Perlman (Michael Stuhlbarg) muses one night over dinner, but that explanation seems ridiculous to Elio at the time. As the film later reveals, Oliver’s outward confidence is indeed a veil _ de protection _ to insecurity, but a veil so opaque _ pour le moment _ that Elio cannot imagine _ pour le moment, donc _ what might be behind it. Neither can we _ en effet _ ; throughout his whole career, the characters Hammer has played have behaved just as Oliver does, so why would we _ du moins, les familiers du cinéma hollywoodien _ question that behaviour this time around ?

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    Yet from the beginning, Guadagnino punctuates the film with subtle hints at Oliver’s complex inner life by demonstrating his independence _ voilà _ from Elio’s gaze — he exists as a fully-fledged human being, and not just an aspirational object _ pour Elio. His work as Mr. Perlman’s research assistant, and his relationship with Chiara (Victoire Du Bois) either happen off-screen, or are seen from a distance. When Elio and Oliver are walking through Crema together, Elio is surprised _ et nous avec lui _ to learn that Oliver has already befriended a group of men with whom he plays poker. It’s a reminder that Oliver has a life elsewhere _ en effet ! _ that Elio doesn’t have access to _ Oliver n’est donc pas sa chose. ; non plus qu’un simple sex-toy pour Elio ; Oliver a sa vie à lui, et même sa vie secrète ; qu’il sait assez bien cacher…

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    ‘Guadagnino and his star indulge our impulse to fawn over Hammer’s good looks, tricking us into objectifying him.’
    …
    We are even allowed a glimpse of Oliver when he is not being watched by anyone, let alone Elio, in a blink-and-you-miss-it scene early on that plants the seeds of the singular, complicated _ voilà _ person we will soon know Oliver to be. On his first morning at the Perlman’s villa, we watch him descend the stairs from his bedroom, alone. He runs his hand over the fabric on the walls, searching the corridor for signs of life, and peers through gaps in the wall at Mrs. Perlman preparing breakfast with her maid, Mafalda. He is careful _ oui, il en a l’habitude, donc _ to remain out of sight from them — the audience alone is privy to this intimate moment, in which we follow Oliver’s gaze in the same way that we usually follow Elio’s. Oliver is not only an object of Elio’s curiosity _ voilà, voilà ! _, but also a man with curiosities of his own _ en effet ; et nous allons peu à peu le découvrir, avec (et grâce à) Elio ; et même là le principal ressort de l’intrigue.

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    ‘At first, Elio takes pleasure solely from Oliver’s appearance and projected confidence ; his star persona.’
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    Call Me by Your Name is the story of Elio’s coming of age _ oui _, but as he and Oliver become more intimate _ voilà _ and begin to understand each other _ oui ; et très intimement aussi… _, we are allowed access to Oliver’s perspective _ voilà _, too _ c’est tout à fait cela. We are no longer alongside Elio, looking for clues to what Oliver gets up to when Elio’s not around. Instead, we get a direct line _ oui _ to the man himself. Shortly before Elio confesses his feelings to Oliver, Guadagnino signals this shift in perspective : we see Oliver’s foot swaying back and forth in the water of the Perlmans’ swimming pool, echoing an earlier shot of Elio gazing down at Oliver’s half naked body submerged in the same water. But a cut away to Oliver’s face — unseen by a distant Elio — reveals that Oliver’s foot can only be seen by himself, and is not the subject of a longing gaze as his body was before. Watching it float idly is a private moment that we are privy to, because Guadagnino is asking us _ voilà _ to see the world through Oliver’s eyes. Guadagnino challenges _ oui, c’est très bien vu ! _ the perception he had previously indulged : that Oliver is an empty vessel onto which Elio can project his desires.

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    ‘It’s a reminder that Oliver has a life elsewhere that Elio doesn’t have access to.’
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    As Guadagnino gives us more access to Oliver’s perspective, his bravado is revealed to be a performance _ seulement ! _ put on for others. It disappears only when he’s not being watched, or later, when he allows himself to be vulnerable with Elio. Oliver’s suave masculinity is practiced : he walks with a strut and clips his sunglasses onto his shirt or shorts in one, swift motion ; the comparatively inexperienced Elio fumbles when trying to execute the same move. Oliver tries to exert ownership over Chiara in an attempt to demonstrate that he fits in with the perceived conventions of heterosexual attraction. While Elio watches, Oliver kisses her with insistence and possessively wraps his arm around her — but as soon as he turns away, Hammer’s controlled, disingenuous smile drops and his face becomes blank ; his romancing of her is all a performance _ voilà, seulement pour donner le change… Il pratique l’art de la dissimulation. When he is with Elio (for whom he holds genuine affection) later in the film _ ses protections tombant… _, his behaviour is far more cautious, considerate, and respectful _ enfin vraiment aimant…

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    ‘Oliver is not only an object of Elio’s curiosity, but also a man with curiosities of his own.’
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    We know practically nothing _ en effet : du moins peu de choses _ about Oliver’s life outside of this summer in 1983, ‘somewhere in northern Italy’, and Oliver wants it that way _ étant plus que discret sur lui-même, et sur sa vie ailleurs. Freed of the baggage of backstory _ laissé chez lui, outre Atlantique, en Nouvelle-Angleterre _, he becomes a blank slate onto which the people around him, and the viewer, are able to project _ seulement _ an image _ soit un cliché : ça lui est non seulement commode, mais même nécessaire _ of the American male ideal _ un cliché (cinéma hollywoodien aidant !) quasi universalement partagé… Hammer’s casting _ en effet _ further encourages us to see Oliver this way, as he has always maintained that ideal throughout his career _ d’acteur brillant à Hollywood. Most of his characters can be sorted into suave, heroic, or stoic archetypes — but if they had rich inner lives that revealed sensitivity, it wouldn’t be so easy to reduce them to one thing. We, and Elio, reduce Oliver to a “muvi star” at first precisely because he cultivates _ pour avoir la paix _ his own enigma.

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    ‘Guadagnino challenges the perception he had previously indulged : that Oliver is an empty vessel onto which Elio can project his desires.’
    …
    Hammer is not simply coasting on our shallow perceptions of him, though ; his Oliver is a thoughtfully conceived character with a backstory _ bien sûr ! _, even if the latter is scarcely _ oui _ revealed in any explicit way. Hammer’s body language and voice work grant us access _ mais pas très aisément, pour Elio le premier… _ to Oliver’s past : after Elio and Oliver have sex, Oliver casually cleans his own chest with his shirt and candidly reassures Elio over his concern that Mafalda will look for signs _ de sperme _ : “Don’t worry, she won’t find any”. His assurance hints at years of training to hide _ à ses proches _ his same-sex relationships _ voilà _, and to appear more masculine than he might naturally want to be _ voilà _ in order to appease his parents _ voilà : il ne prononcera qu’à la fin, in extremis, le mot de « père » à propos de ce qu’aurait fait, chez lui, son père, s’il avait découvert les pratiques homosexuelles de son fils… ; soit le représentant (ou l’origine) de son propre Sur-Moi.

    …

    During his final _ et a posteriori _ phone conversation _ cruciale ; elle est la clé de la révélation des énigmes du comportement d’Oliver l’été précédent, à Crema _ with Elio in the film, this subtext is _ enfin pour notre compréhension, à nous surtout, de son comportement _ made text. He’s envious of the Perlmans’ acceptance _ tout particulièrement de la part du père d’Elio, le Professeur Perlman _ of Elio’s relationship with a man : “You’re so lucky. My father _ voilà !!! _ would have carted me off to a correctional facility” _ voilà ; mais Oliver est-il jamais sorti de cette soumission à son père ? Only now, when the summer is over _ et qu’Oliver se trouve loin, de l’autre côté de l’océan _ , is Oliver willing to speak about his past. But that past was already evident _ ah ! _ in Hammer’s physicality _ ses cachotteries et son malaise. No matter how hard Oliver tries to separate himself from it, his history is ingrained _ oui ! _  in every fibre of his being _ d’un habitant de Nouvelle-Angleterre ?

    …
    Hammer’s performance is all about the peeling back of protective layers to expose the man inside. He shows the difference between Oliver’s constructed self and true self through the variation in his voice _ à mieux repérer… In the beginning, he speaks with the same resonant, deep, and amiable tone that we know Armie Hammer for — in previous roles, and in interviews _ à Holywood. But after Elio confesses his feelings and makes himself vulnerable, Hammer starts to break down _ voilà _ his own public persona. Oliver’s voice gradually becomes gentler _ ah ! _ because he, too, is allowing himself _ oui : il va lui aussi se livrer : à Elio _ to be vulnerable _ du fait de sa complète dénudation envers Elio. The night they have sex, Oliver has finally gathered the courage to expose his true self completely _ mon cœur mis à nu… His whispered greeting of “I’m glad you came” comes out almost as a whimper _ voilà. It’s a startling moment precisely because it comes from an actor who has built his image _ voilà _ on macho sturdiness _ certes. Nobody _ d’un peu familier du cinéma hollywoodien _ ever imagined he could sound so fragile _ et si humain…

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    ‘Hammer is an actor who has built his image on macho sturdiness. Nobody ever imagined he could sound so fragile.’
    …
    Guadagnino lingers _ oui _ on this surprising development, and is far more interested in observing Oliver during the ‘morning after’ than he is the suddenly despondent Elio : why show a face that’s closed off when you have one that’s willing to bare its soul ? Hammer’s gestures and expressions aren’t calculated anymore _ enfin ! _ ; his adoring, open-hearted gaze at Elio _ oui _ is striking and emotionally disarming _ oui ! _ because, for the first time in the actor’s career, he has a complete lack of affectation _ il s’est en effet dépouillé du reste. There’s _ enfin _ no amiable wit, self-deprecation, or bravado to shield him.

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    As Oliver lies in bed watching Elio silently get dressed, his defenceless smile _ oui _ wilts into concerned fear. He reads _ à tort _ Elio’s indifference as rejection : now that Elio knows who Oliver is underneath the mystique, does he prefer the idea of Oliver that he had before ? Hammer’s change of expression is heart-breaking because we know it is genuine — Oliver worked so hard to get to a point where he could completely strip away _ voilà _ “la muvi star”. When Elio resurfaces later that day and admits, “I just wanted to be with you”, the smile that breaks across Hammer’s face _ à nouveau _ is one of immense relief and joy that he no longer tries, or is able, to hide _ à Elio seulement.

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    Over the course of Call Me by Your Name’s runtime, Guadagnino and Hammer exploit, question, and then shatter the façade _ oui _ that the actor has been confined to his entire career. It’s an act of extreme meta-textual daring ; Hammer’s career will never be the same again _ ce point est tout à fait intéressant ! Nous allons bien voir… _, now that he has shown us the truth _ voilà _ behind the false fronts that many of his previous characters maintained. In the final act of the film, at the highest point of Elio’s and Oliver’s intimacy, Hammer completely lets loose physically_ voilà… As the pair drunkenly wander the streets of Rome _ Bergamo ! _, Oliver races towards the sound of The Psychedelic Furs’ “Love My Way” on a nearby car radio. Hammer bounds across the stone pavement, giddily screaming “You’re missing it !” His manner is silly, and filled with unchecked joy _ oui. Oliver is finally happy because he’s no longer performing ; Hammer has finally given a performance that strips away all traces of performativity _ on peut dire cela _, because he found a director _ voilà _ willing to do more than just desire him _ mais accéder au plus fragile de son humanité vraie… Sans doute…

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    Deux magnifiques articles, par Joanna Di Mattia et Orla Smith, sur le site de Seventh Row, à San Francisco, les 11 et 16 décembre derniers.

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    Bravo !!!

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    Ce mardi 20 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

     

  • Karol Beffa, Prix du Compositeur de l’année aux Victoires de la musique classique 2018, à Evian

    Du compositeur Karol Beffa

    _ qui vient de recevoir, le 23 février dernier, à la Grange-au-Lac, à Evian, le prix du compositeur de l’année, aux Victoires de la musique classiques 2018 _,

    nous demeurons très attentif à l’œuvre, en la richesse de sa grande diversité.

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    Outre un superbe Bateau ivre, pour orchestre _ sous l’inspiration, forcément, puissante de Rimbaud ? _,

    Karol Beffa a ajouté au nombre de ses créations récentes, un émouvant Tenebrae,

    un quatuor pour flûte, violon, alto & violoncelle _ en deux mouvements, du moins pour l’instant : y aura-t-il une suite ? En cet état, Tenebrae dure 10′.

     

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    Nous connaissons bien Karol Beffa,

    avec lequel je me suis déjà _ mais trop brièvement _ entretenu à la Station Ausone le 11 octobre 2016, pour son passionnant Comment parler de musique ? ;

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    sur ce livre,

    ainsi que sur ses 8 merveilleuses Leçons au Collège de France (du 25-10-2012 au 17-1-2013),

    cf mon article  » sur mon blog En cherchant bien en date du 1er juin 2016.

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    Ces 8 passionnantes et très riches Leçons étaient les suivantes _ et elles sont par ces liens aux vidéos, visibles et écoutables _ :

    1) « Comment parler de musique ?«  (25-10-2012)

    2) « Clocks and Clouds : le Clocks«  (22-11-2012)

    3) « Qu’est-ce que l’improvisation ?«  (29-11-2012)

    4) « Clocks and Clouds : le Clouds«  (6-12-2012)

    5) « Musique et imposture«  (13-12-2012)

    6) « Comment accompagner un film muet ?«  (20-12-2012)

    7) « Bruit et musique«  (10-1-2013)

    8) « Sur quelques mouvements lents de concertos de Mozart«  (17-1-2013)

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    Sept de ces conférences ont été publiées en mars 2017 en version papier sous le titre Parler, composer, jouer : 7 leçons sur la musique, aux Éditions du Seuil.

     

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    Maintenant,

    j’attends avec curiosité de pouvoir bien écouter ces Tenebrae _ prolongée, ou pas, d’autres mouvements ?.. _ au disque…

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    Et de m’entretenir, à nouveau, avec Karol Beffa

    sur les joies (et anxiétés !) de son travail de compositeur,

    pour prolonger les remarques du passionnant dernier chapitre, intitulé Créativité,

    de son Par volonté et par hasard _ théorie et pratique de la création musicale,

    paru le 15 février dernier aux Presses de la Sorbonne. 

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    Ce mercredi 7 mars, Titus Curiosus – Francis Lippa