Catégorie : Rencontres

  • De ce que c’est qu’un « maître » de philosophie _ quand s’effondre l’Ecole…

    Sur le passionnant et riche _ à foison _ « Portraits de maîtres _ les profs de philo vus par leurs élèves« ,
    recueil d’une pléïade de contributeurs

    _ d’Alcibiade (et Pierre Laromiguière, Jules Lagneau et Alain) à Frédéric Brahami, Barbara Stiegler et Pierre Bergounioux parmi un peu plus d’une soixantaine) _,
    sous la direction de Jean-Marc Joubert & Gibert Pons, aux Editions du CNRS (paru au mois d’octobre 2008)
    …
    Un témoignage non seulement très riche, mais plus que nécessaire et sans prix

    à un moment _ comme il en est d’assez « récurrents » (de la part de ceux que « trop penser » dérange !) _ de particulière « déconstruction » de l’Ecole, sous divers prétextes (vertueux) d’efficacité et économie

    en temps de compétitivité commerciale exacerbée et de « vaches (particulièrement) maigres » (pour certains ; pas pour tous…)…
    …
    Après _ au chapitre d’entrée : « Quelques maîtres du passé » _ de fort beaux et très puissants textes issus des plumes de Platon (« le portrait de Socrate par Alcibiade« , in « Le Banquet » de Platon),
    de Taine (le portrait de « Pierre Laromiguière » (1756-1837), in « Les Philosophes classiques en France » d’Hippolyte Taine _ 4ème édition en 1876 à la Librairie Hachette),
    d’Alain (des « Souvenirs concernant Jules Lagnaud« , in « Les Passions et la sagesse » d’Alain)
    et de Georges Bénézé (« Généreux Alain« ),
    ainsi que de Michel Alexandre (« Rencontre d’Alain« , in un numéro spécial d’ »Hommage à Alain » de la N.R.F? en 1952 ;
    …
    la principale partie concerne les « Maîtres d’ici » _ 59 articles _ ;
    suivie d’un appendice « Quelques maîtres d’ailleurs » (qu’en France, et au nombre de 4)…
    …
    « Profs de philo » ? « Maîtres« ? L’intuition de départ de Jean-Marc Joubert
    _ « Directeur du département de Lettres Modernes de l’ICS« , à La-Roche-sur-Yon _
    allait vers les premiers ;

    mais le titre _ « bien meilleur » ! (page 9) _ de « Portrait de maîtres » lui a été suggéré par son ami
    _ « et complice » : co-animateur de l’entreprise éditoriale ; critique d’art, photographe, et professeur de philosophie au lycée d’Ussel & à l’Université de Limoges ; dont le préambule est de belle qualité… _
    Gilbert Pons :

    …

    les articles des contributeurs ayant tendance à se focaliser plus ou moins sur ce « qualificatif » _ toujours un peu problématique _ de « maître », envers un élève ;

    ou envers un disciple ;
    depuis que nous avons appris, de Kant
    (dans la « Critique de la raison pure« ) que :

    …

    « On ne peut apprendre aucune philosophie ;
    car où est-elle,
    qui la possède
    et à quoi peut-on la connaître ?

    …

    On ne peut qu’apprendre à philosopher ?« 
    …
    Nietzsche, lui, nous donnant à entendre, par son Zarathoustra,
    ou ailleurs _ ainsi dans la préface du « Gai savoir« ,
    que l’unique sagesse à « gagner »
    est, non de « suivre » la voie de son maître,
    mais de « découvrir la sienne
     » :
    « Vademecum _ si tu veux vraiment me suivre _, vadetecum » _ c’est toi-même qu’il te faut « découvrir » et apprendre à « inventer »-« suivre »…
    …
    How to teach
    how to learn
    …
    …
    A titre d’exemple, ce petit échange hier
    _ j’ai commencé par « grapiller », en relevant les noms de maîtres personnellement connus ;
    ainsi que de leurs élèves, que je connais aussi _
    avec un des contributeurs : l’excellent Frédéric Brahami :
    …
    De :      Titus Curiosus
    Objet :     Camille Pernot
    Date :     6 décembre 2008 19:30:33 HNEC
    À :       Frédéric Brahami

    …
    Quel bel (et juste) article sur ce que peut être le « charme » d’un enseignement philosophique,
    à travers ce superbe portrait de Camille Pernot,
    cher Frédéric !

    …
    Pour moi qui ose écrire sur la « délicatesse » du « rencontrer » _ et son « non-art » !

    cf le titre de ma conférence samedi prochain à Aix, à la NonMaison : « pour un nonart du rencontrer » !.. _,

    ….

    de même que je me suis risqué à quelques remarques-réflexions sur l’intime (à travers le beau livre de Michaël Foessel « La Privation de l’intime« )
    cf mon article du 11 novembre : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie »

    …
    et sur le « care«  _ et la traduction (discutable…) de « sollicitude » _ (à travers le livre de Fabienne Brugère : “Le Sexe de la sollicitude“)
    cf mon article du 26 novembre : « pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère »

    …
    quelle magnifique leçon, cher Frédéric…
    …
    Je ne sais si se trouve encore aisément « La politesse, et sa philosophie« 

    _ parue au PUF, en 1996 _,
    mais voilà quelque chose qu’il me plairait assurément de déchiffrer bien attentivement.
    …
    Merci pour ton (pas petit) talent (d’attention) !
    …
    Bien à toi,
    …
    Titus
    …
    Sur la conférence bordelaise _ à mon initiative _ de Bernard Sève,
    encore ceci :
    l’article du 14 novembre : « Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève : sur le tissage de l’écriture et de la pensée de Montaigne »

    …
    La réponse de Frédéric :
    …
    De :       Frédéric Brahami
    Objet :     Rép : Camille Pernot
    Date :     6 décembre 2008 21:28:16 HNEC
    À :      Titus Curiosus

    …
    Merci à toi. Tu sais que M. Pernot est mort, je suppose.
    à un de ces jours, peut-être
    fred

    …
    Et la mienne :
    …
    De :       Titus Curiosus
    Objet :     Notices (sur Camille Pernot)
    Date :     6 décembre 2008 22:25:12 HNEC

    À :       Frédéric Brahami
    …
    J’ignorais que M. Pernot était mort :
    les notices du livre sont si rudimentaires, qu’elles en sont, carrément, « déficientes ».
    Tout au plus, peut-on le deviner, car la notice (page 372) emploie pour M. Pernot l’imparfait…
    …
    Je vais rédiger un article demain sur mon blog mollat
    sur ce livre (« Portraits de maîtres« )

    à la fois symptomatique de notre présent,
    et bel hommage à ce qui demeurait encore de « qualitatif » (à travers les personnes de ces « maîtres« ) dans l’Ecole
    qu’on est en train présentement d’allégrement démolir…

    …
    J’ai plaisir en tout cas à lire certains « portraits » _ notamment de ceux que j’ai pu connaître personnellement (Ferdinand Alquié, Eric Blondel, Etienne Borne, Bernard Bourgeois, François Dagognet, Jacques Derrida, Christiane Menasseyre, Jean-Claude Pariente, André Pessel) _,
    de même que l’écriture et le style (de penser) de certains des « portraitistes », dont toi (et Pierre Bergounioux, Barbara Stiegler, Frédéric Worms)…
    …
    Titus
    …
    En fait, la table des matières fournit quelques dates (de naissance et de décès) ; mais pas systématiquement !..
    …
    Bien sûr,
    les initiateurs de ce très beau projet ont _ un peu aléatoirement _ reçu réponse, ou pas, des « élèves » (de « maîtres« ) qu’ils avaient sollicités ;
    et de qualité un peu variable ;
    certaines
    _ et même beaucoup _ sont magnifiques :

    …

    outre celles de Barbara Stiegler (« la philosophie comme discipline érotique« ) à propos de son professeur (en khâgne à Henri IV, en 1990) Pierre Jacerme _ pages 255 à 259 _ ;
    et de Frédéric Brahami à propos (du « charme _ proprement _ philosophique« ) de Camille Pernot _ pages 139 à 142 _,
    sur le « charme philosophique », donc :
    …
    en cette dernière, de Frédéric Brahami, je relève ceci :
    …
    « Le trait le plus marquant

    _ du « charme proprement philosophique » de Camille Pernot _

    en était l’identité de la précision et de la distance.
    (…) C’était la précision elle-même qui mettait à distance l’objet du cours. Je me souviens d’une séance sur l’animal chez Descartes.
    (…) A mesure que l’exposé doctrinal se construisait dans une rigueur sans faille, c’étaient les failles de Descartes qui venaient au jour.
    Ce n’était pas l’incantation des grands mots attendus et bien-pensants sur la nécessité de penser par soi-même,
    mais la droiture intellectuelle,
    la netteté de la précision,
    l’attachement au détail toujours reporté à l’ensemble,
    qui engendrait, par la pure efficacité de l’analyse, la distance critique.
     »
    …
    Ou, à propos de David Hume :
    « Ainsi le mot obvious

    ne signifiait-il plus évident, comme les traducteurs sont plus ou moins obligés de le rendre :
    s’y manifestait toute une philosophie de la rencontre,
    de l’apparaître,
    de l’événement même ;

    …

    et la phrase que Hume avait ironiquement écrite dans un anglais scrupuleusement facile et apparemment transparent,
    se métamorphosait en une autre phrase, dans laquelle les catégories fondamentales, comme celles d’évidence et de vérité,
    se détachaient de leur ancrage classique,
    de leur milieu « cartésien »,
    et devenaient inquiétantes par leurs implications.

    …

    L’évidence n’avait plus rien à voir avec la saisie tranquille d’une intuition intellectuelle indubitable par un esprit maître de soi,
    elle résultait de la force d’une rencontre
    qui faisait violence à l’esprit
    en lui imposant son autorité.

    …

    C’était d’une efficacité parfaite, parce que c’était encore l’union des qualités contraires :

    la profondeur de la pensée dans la transparence« …

    …

    Quelle acuité, cher Frédéric !
    …
    Et, en conclusion de l’article de Frédéric, encore ceci :

    …

    « Il peut paraître paradoxal de parler de l’enseignement d’un maître de philosophie en témoignant de l’efficacité de son charme

    _ philosophique !
    Le charme relève de la magie, de la fascination,
    de tout ce contre quoi, en somme, lutte la philosophie.

    La philosophie, c’est la raison ; et la raison désenchante le monde. C’est vrai.

    …

    Mais ce n’est vrai que d’une vérité générale, cela ne vaut que dans les manuels scolaires.
    Car nous savons tous,
    nous qui avons été marqués par un professeur,
    que la philosophie n’a pris un sens vivant pour nous
    que par la force affective qu’enveloppait une présence.

    …

    L’intelligence de l’acuité n’est pas sèche ;
    et la distance elle-même,
    ce qu’on appelle en anglais
    carelessness,
    est un délicat affect philosophique.« 

    …

    Fin

    _ superbe (parce qu’aussi belle que juste, et juste que belle !) _

    de l’article de Frédéric Brahami, page 142.
    …
    Quant à la contribution de Barbara Stiegler (à propos des « séances » de cours _ « musicales » !.. _ de Pierre Jacerme,

    …

    je lis (page 256) :

    …

    « Du côté de la partition,

    nous avions toujours accès au meilleur,
    c’est-à-dire aux plus grands textes.
    Du côté de l’interprétation, ce que nous entendions ressemblait à une lente rhapsodie,
    apparemment libre et décousue.
    Pierre Jacerme savait prendre son temps
    pour laisser venir sa lecture,
    qu’il semblait inventer devant nous,
    comme un pianiste invente chaque fois son interprétation, ici et maintenant,
    et ce en dépit des innombrables
    « répétitions » qui le prémunissent seulement de l’improvisation
    et jamais de l’invention.

    …
    La parole de Pierre Jacerme ne visait ni les effets (du théâtral),
    ni le brio ou la virtuosité (du prétoire),
    ni l’autorité (de la parole politique).

    …

    C’était la parole lente
    et comme étouffée
    d’un travailleur souterrain,
    s’épuisant à forer les profondeurs d’une question
    jusqu’à atteindre son point brûlant et incandescent
    : les contradictions en fusion,
    constituant, pour lui et nous, la seule matrice possible de la pensée philosophique.

    …
    Parce qu’il n’ y avait jamais de « message » dans la séance que nous vivions,
    parce qu’en un sens il n’y avait aucune « démonstration » défendant une thèse positive avec les ressources habituelles de l’argumentation rationnelle,
    parce que ce à quoi nous assistions
    était bien plutôt un forage des profondeurs à la recherche des tensions internes du sous-sol,

    la matière sonore qui coulait dans nos oreilles
    ressemblait plus à de la lave en fusion
    qu’à un cours structuré
    avec ses parties et ses sous-parties, ses arguments et ses contre-arguments.

    …
    Bref,
    nous étions comme des chairs ayant à organiser le flux, elles-mêmes en première personne,
    situation hautement philosophique

    que je retrouvais quelques années plus tard,
    précisément dans ces termes,
    du côté de Nietzsche décrivant les amours de Dionysos et d’Ariane
    « …
    …
    « Car il s’agissait, en effet, d’amour.
    Je me souviens que Pierre Jacerme lui-même nous avait montré avec insistance,
    commentant le
    « Ménon » de Platon,
    que la philosophie ne pouvait être qu’une
    « discipline érotique ».
    …
    L’éros devait, pour que la séance se déroule, exister de part et d’autre :
    du côté du texte et de son interprétation,

    qui avaient besoin d’oreilles aimées et amies qui les entendent et les reçoivent,
    du côté des oreilles elles-mêmes, qui avaient besoin d’aimer le flux saturé de contradiction
    pour le supporter
    et prendre le risque de s’y exposer.

    …
    Or, comme dans le « Ménon« , l’éros n’allait pas sans les conflits violents d’un corps à corps.
    Comme dans toute pratique érotique,
    nous faisions l’expérience,
    parfois pénible et douloureuse,
    d’une haute circulation affective.
    …

    (…) Cette circulation affective
    avait de tout autres enjeux que psychologiques.
    Elle prenait sens
    sur le fond d’une pratique intensive de l’
    « amour du lointain ».

    …

    Avide de lointain et d’étranger,
    Pierre Jacerme s’efforçait de nous initier par intermittences à la lumière dépaysante des contrées les plus lointaines
    :
    celles notamment des
    « primitifs » d’Océanie et d’Asie, deux continents qu’il connaissait et qu’il aimait,
    et qui jetaient leur lueur lointaine
    et, pour nous,
    « tout autre »,
    sur la Grèce et sur l’Occident.

    …
    Je découvris plus tard que cet effort
    prolongeait fidèlement l’ambition de Nietzsche :
    « Enseigner l’éloignement vers l’étranger (« Entfremdung« ) dans tous ses sens »,
    en vue de « creuser des fossés » brisant « l’égalisation » des modes de pensée (in « Fragment posthume« , 1855 36 (17) )
    …
    Je ne voudrais _ non plus que ne pourrais _ conclure cet article
    sans
    saluer tendrement Simone Gipouloux,
    mon professeur de philosophie de Terminale,
    qui m’a donné ce même désir (de l’ »amour du lointain« ) du philosopher,
    comme sens de la non-inhumanité ;

    …

    ainsi que le cher souvenir de Jean-Marie Pontévia,
    maître en æsthétique

    cf, qui demeurent, ses « Ecrits sur l’Art et Pensées détachées » (aux Éditions William Blake and Co)…
    …
    Titus Curiosus, ce 7 décembre 2008

  • Sur la vie (et/ou la « philosophie ») d’un blog

    Quelques intéressants _ significatifs _ échanges de messages à propos d’articles du blog sur la « vie d’un blog » (ou sa « philosophie »)…
    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : A propos d’autres arts que la musique
    Date : 30 novembre 2008 09:21:18 HNEC
    À :   jpc
    _ amateur passionné d’Inde !

    …

    Ces 2 articles-ci (des 28 et 29 novembre) :

    « Ce que j’apprends d’un blog : l’expo “la photo américaine à la BNF” sur le passionnant blog “Amateur d’Art”, de (ou par…) “Lunettes rouges”, sur le site du Monde »

    et

    « Ce que j’apprends d’un blog (2) : confirmation qu’il commence enfin (!) à se dire que le roi (d’”Art”) est nu »

    Pour penser un peu à d’autres choses que les attentats de Bombay…
    …

    De :   jpc

    Objet : Rép : A propos d’autres arts que la musique
    Date : 1 décembre 2008 12:55:13 HNEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    Excellent, ton deuxième article.

    …

    Mais, à lire les commentaires

    …

    _ vraisemblablement celui de « cul d’ours occidental » :

    « Crève, Occident, crève… Je suis très fatigué par l’achat d’une voiture d’occasion… Crève, Occident… Oui, je préfère l’église au musée, oui, je veux prier, je veux ressentir, je veux me révolter… Crève, Occident… Une bonne guerre, tu vas l’avoir, la raison se pourrit… « Personne n’a pu donner une définition de l’Art, Môssieu ! » – non. De l’amour, non plus ; de Dieu, non plus ; de moi, non plus ; de l’électricité, de la lumière, non plus. Ah, les beaux arguments. De mon cul, non plus. Crève, Occident. Du courage, du courage, le néant (der thal) est là devant nous, allez, allez, est-ce que j’en ai des solutions, moi ? œuvrez, priez, adorez, sanglotez, faites n’importe quoi, mais cachez-vous, cachez-vous, éjaculez un bon coup avant de crever, trouvez-vous, « Trovarsi« , « Connais-toi toi-même« , à bas la réussite, à bas la gloire (je sais : « Ils sont trop verts » _ ces raisins-ci !), et MEMENTO MORI, souviens-toi que tu dois mourir, mais crève, crève vite, dans ta lumière interne, n’oublie pas que le Jugement Dernier, pas la télé, pas la critique, pas les articles, le vrai Jugement Dernier, c’est toi qui te le donneras, si tu es encore un peu lucide, sur ton lit de mort… MAIS AVANT TOUT, CREVE… » _
    …

    au texte polémique que tu analyses, j’ai l’impression que c’est peine perdue.

    Les paroles ne servent plus à rien, elles sont détournées et manipulées à des fins d’expressions narcissiques et laxatives.

    Je t’admire de continuer à dire des choses tant il me semble que le silence est devenu la seule forme d’expression signifiante…

    …
    JP

    …

    Et ma réponse de ce matin :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Sur le silence « seule forme d’expression signifiante »
    Date : 2 décembre 2008 05:37:11 HNEC
    À :   jpc

    …
    A propos du silence,
    voici les sujets de dissertation que je suis en train de corriger, justement :
    Le silence a-t-il un sens ?
    L’Art est-il un langage ?
    Le langage permet-il de tout dire ?
    …
    cf aussi cette thèse de Wittgenstein : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » (in « Tractatus logico-philosophicus« )…
    Les pistes de solution se trouvant du côté des différences entre « dire » (= « parler ») et « signifier » ;
    soient les « chemins du sens »,
    face à l’absurde, au vide, au rien au néant ; et au nihilisme _ « le désert gagne » (Nietzsche
    , cette fois, in « Ainsi parlait Zarathoustra«  _ IV, « Parmi les filles du désert« ).

    …

    De même que face au bling-bling
    _ et autres brillants paravents des « affaires » qui continuent de « tourner » et « fleurir » (= sont « florissantes ») ;
    et, encore, « the show must go on« …
    …
    Titus

    …

    Et aussi, cet échange-ci, avec « Lunettes rouges » :

    …

     De :   webmaster

    Objet : [En cherchant bien…] Commentaire : « Ce que j’apprends d’un blog : l’expo « la photo américaine à la BNF » sur le passionnant blog « Amateur d’Art », de (ou par…) « Lunettes rouges », sur le site du Monde »
    Date : 30 novembre 2008 19:23:39 HNEC
    À :   Titus Curiosus

    Répondre à :   lunettes.rouges

    …

    Merci de cette lecture de mon billet _ in « Ce que j’apprends d’un blog : l’expo “la photo américaine à la BNF” sur le passionnant blog “Amateur d’Art”, de (ou par…) “Lunettes rouges”, sur le site du Monde« .
    C’est vrai que cette fois-ci j’ai eu des commentaires de qualité (ce qui n’est pas toujours le cas sur mon blog, même si ça y dérape rarement autant que chez Passou).
    Et vive la curiosité !!!

    …

    Titus Curiosus

    Objet : Rép : « Seventies »
    Date : 30 novembre 2008 19:43:46 HNEC HNEC
    À :   lunettes.rouges

    …

    Merci à vous !
    Etablir de telles conversations un peu éclairées ; qui ne se contentent pas de squatter le blog

    _ comme je trouve que c’est le plus souvent le cas, en effet, sur le blog de Pierre Assouline _
    est, personnellement ce que je souhaite « réaliser » par ce blog du site de la librairie Mollat…
    …
    Donner le goût de découvrir des œuvres
    me passionne, en essayant de se former le goût avec « honnêteté », l’esprit libre et ouvert, sans « esprit de chapelle »…

    …
    Cela dit,
    découvrant hier matin le catalogue « 
    Seventies » à la librairie Mollat,
    j’ai été « un peu déçu » par le livre lui-même, car il ne suffit pas d’exposer les images d’une collection,
    pour « réussir » un grand livre ;
    il y faut une certaine « unité » ;
    et/ou, du moins, la « patte » d’un regard d’artiste…

    …
    Ce qu’offrent maints albums de « grands » photographes, tels que Ray Metzker, Saul Leiter, Robert Frank, parmi des parutions récentes ;
    et comme je l’ai entendu dire, viva voce,
    et, mieux encore, vu pratiquer
    par l’ami Bernard Plossu
    …
    …
    Même si pas mal des photos retenues ici, en ce « Seventies« , sont effectivement splendides…
    Je pense que je ne résisterai pas longtemps encore à l’achat de ce livre,
    témoin d’une riche activité de collection,
    …
    Bien à vous,
    vive la curiosité,
    vivent les artistes !
    …
    Titus Curiosus

    …
    De :   lunettes.rouges

    Objet : RE: [En cherchant bien…]
    Date : 30 novembre 2008 19:50:06 HNEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    C’est le catalogue de l’exposition au CAPC, non ? Très pédagogique, mais pas
    ébouriffant.
    J’étais à Bordeaux ce week-end, principalement pour le festival au CAPC,
    mais aussi vu la galerie ACDC devant l’école des Beaux-Arts et l’expo sur la
    femme américaine « Portrait of a Lady » à la galerie des Beaux-Arts.

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Rép : « Seventies »
    Date : 30 novembre 2008 20:02:37 HNEC
    À :   lunettes.rouges

    …

     Non, je parle de l’album « Seventies« , à la BNF…
    …
    Tant que j’y suis,
    vendredi 12 décembre je visiterai avec Bernard Plossu ses 2 actuelles expos marseillaises.
    …
    A celle de la Charité (« Écrivains de rencontre« , avec Patrick Sainton

    _ cf  http://www.vieille-charite-marseille.org/),

    il a « intégré » le portrait qu’il a fait de moi l’année dernière, en septembre, lors du vernissage de son expo toulousaine.
    Quand je ne suis qu’un « écrivant »…
    …
    Et le lendemain, le samedi 13 décembre (à 17 heures),
    je donnerai une conférence à la NonMaison à Aix,
    sur le sujet de « Pour un NonArt du rencontrer« …
    Michèle Cohen doit y diffuser la séquence ferraraise de « Par-delà les nuages » d’Antonioni (en 1995)…
    …
    A suivre,
    Titus

    …

    Et ce mot de Michèle Cohen à propos de l’article « Ce que j’apprends d’un blog (2) : confirmation qu’il commence enfin (!) à se dire que le roi (d’”Art”) est nu » : « vraiment magnifique » ; qui me va droit au cœur.

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 2 décembre 2008

    …

    Post-scriptum _ le 3 au petit matin :

    …

    Sur cet idéal d’un blog comme vraie « conversation« 

    (= « conversation vraie » !..),

    ce mot _ important ! _ de Solis (S. T.), posté le 3 novembre

    _ à propos de ma lecture des “Promenades sous la lune” de Maxime Cohen, aux Éditions Grasset (en mon article « Sous la lune : consolations des misères du temps » du 24 octobre) :

    …

    Posté par Solis

    Le 3 novembre 2008 :

    …

    « Impressionnante analyse

    d’un livre qui mériterait plus de lecteurs, car, s’il “agace” parfois, il enthousiasme souvent.

    …

    Merci de votre lecture sans affectation ;

    si chaque auteur pouvait s’honorer d’une poignée de lecteurs comme vous,

    il trainerait moins d’aigreur dans les Salons

    où l’on ne cause plus guère.

    …

    Que revienne l’âge de la conversation ! »

    …

    S.T.

    …

    Voilà : c’est à un tel

    nouvel

    « âge de la conversation« 

    …

    que j’ose avoir une foi de charbonnier (et « chevillée au corps », encore !..),

    envers et contre tous les mépris

    des nihilismes

    qui se déchaînent,

    digues, fragiles (et négligées d’être avec assez de soins « entretenues »),

    rompues ;

    …

    et leurs cortèges

    d’assourdissants vacarmes de blings-blings

    qui les « accompagnent » de leurs carillons et fanfares

    et sunlights aveuglants,

    médiatiques, en renfort ;

    …

    afin de rien moins que

    faire taire

    les voix pas (encore assez) « impressionnées »,

    ni « achetées »

    _ telles celles serviles, « achetées », « du sérail » _ ;

    …

    afin de faire taire

    les voix

    de ceux qui doivent bien convenir

    et crier

    qu’en fait ce « roi

    _ paon de parade _ est nu » :

    …

    écouter ici, sur « le paon« , le merveilleux chant _ en son plus « droit » ! _ de Maurice Ravel

    (sur le texte d’une imparable justesse _ de vérité (cruelle ?) _ de Jules Renard !)

    des « Histoires naturelles » (en 1906) :

    …

    « Il va sûrement se marier aujourd’hui.

    Ce devait être pour hier. En habit de gala, il était prêt.

    Il n’attendait que sa fiancée. Elle n’est pas venue. Elle ne peut tarder.

    Glorieux, il se promène avec une allure de prince indien et porte sur lui les riches présents d’usage.

    L’amour avive l’éclat de ses couleurs et son aigrette tremble comme une lyre.

    La fiancée n’arrive pas.

    Il monte au haut du toit et regarde du côté du soleil.

    Il jette son cri diabolique :

    Léon ! Léon !

    C’est ainsi qu’il appelle sa fiancée.

    Il ne voit rien venir et personne ne répond.
    Les volailles habituées ne lèvent même point la tête..

    Elles sont lasses de l’admirer.

    Il redescend dans la cour,

    si sûr d’être beau qu’il est incapable de rancune.
    Son mariage sera pour demain.

    Et, ne sachant que faire du reste de la journée,

    il se dirige vers le perron.

    Il gravit les marches comme les marches d’un temple, d’un pas officiel.

    Il relève sa robe à queue

    toute lourde des yeux qui n’ont pas pu se détacher d’elle.

    Il répète encore une fois la cérémonie…« 

    …

    Choisir la version la plus âpre :

    ni Gérard Souzay,

    ni Susan Graham, qui me viennent d’abord sous les doigts, ne sont assez « nus », ici…

    Camille Maurane me convient déjà mieux ;

    …

    il me faudrait mettre la main sur un José Van Dam,

    tapi quelque part, en quelque récital,

    selon mon (bon) souvenir…

    …

    Bref,

    « ce roi est nu« …

  • Ce que j’apprends d’un blog : l’expo « la photo américaine à la BNF » sur le passionnant blog « Amateur d’Art », de (ou par…) « Lunettes rouges », sur le site du Monde

     Ce que j’apprends _ sur l’art de photographie (et son histoire) _ d’un article : « la photo américaine à la BNF« 

    sur le passionnant blog « Amateur d’Art« , de (ou par…) « Lunettes rouges« ,

    sur le site du Monde ;

    à propos de l’expo à la Bibliothèque Nationale de France « Seventies : le choc de la photographie américaine« , à la galerie photographique du « site Richelieu », 58 rue Richelieu, du 29 octobre 2008 au 25 janvier 2009…

    …

    …

    Je me contenterai, en forme de commentaire minimal

    _ réduit, ici, à l’acte premier (et minimal, au moins, par là) de « LIRE » vraiment _

    surtout de mettre en gras
    après le très remarquable article « 
    la photo américaine à la BNF » _ sur le blog « Amateur d’Art » de « Lunettes rouges« , sur le site du Monde (http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/  ),
    …

    ce qui dans ses commentaires (http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2008/11/24/la-photo-americaine-a-la-bnf/#comments ) vraiment très éclairés,

    …

    attire (= sollicite) mon attention ;

    et nourrira

    et la connaissance, toujours trop lacunaire ;
    et la réflexion ;

    …

    « cultivant » par là

    probablement un peu judicieusement,

    et parfois même  assez jubilatoirement _ youpeeh !.. _

    la curiosité
    et d’un Titus Curiosus ;

    et, en relais,
    celle aussi des curieux qui le lisent _ et/ou le liront…
    …
    Un très rapide commentaire sur les tropismes de « curiosité »

    _ peu artistiques (peu plasticiens, peu musiciens, et même, peu « vraiment littéraires » _

    de nous autres, Français,

    …

    concluera cet article…
    …

    …

    Bonne lecture !
    …
    Voici l’article ;

    que suivront les commentaires

    des lecteurs, souvent fort « cultivés » en matière d’art photographique !..

    ….

    24 novembre 2008
    La photo américaine à la BNF

    La Bibliothèque Nationale Richelieu présente, jusqu’au 25 janvier, une sélection de 320 photographies de sa collection américaine des années 70s. C’est une présentation thématique, plutôt didactique, qui rend bien compte de la période, de l’évolution de la photographie pendant cette décennie. « C’est l’histoire d’une libération, d’une découverte, puis d’un refaçonnage de la vision. » Ici n’est pas le lieu pour un cours d’Histoire (mais la matière en est là), mais sachez néanmoins que l’exposition se déroule en six séquences : des précurseurs, l’influence du snapshot (séquence un peu attrape-tout, mais la plus intéressante), géométrie et espace, paysage, matière et forme, et finalement le miroir obscur (qui s’ouvre vers surréalisme et fantasmes). Ce dont je veux vous parler, c’est ce qui est à la marge,

    ce qui se dévoile soudain,

    ces quelques photos qui soudain vous ébranlent.

    …

    joe-deal1227571940.jpg

    …

    La série « The Fault Zone« , de Joe Deal, vous ébranlerait au sens premier, car ce travail sériel longe la faille de San Andreas en Californie : dans ces paysages habités malgré le danger, on voit ici et là des signes imperceptibles qui détonent dans le calme confortable de l’endroit, des remblais, des rochers amoncelés, des dénivelés. Ce sont des dissonances annonciatrices de catastrophes futures avérées. La série les banalise, les apprivoise, les rend domestiques, jusqu’au jour où la nature furieuse balaiera tout. Ces photos simples, froides, sans apprêts n’en sont que plus inquiétantes (« The Fault zone », San Fernando, California, 1978).
    …

    ken-ruth1227571951.jpg
    …

    Tout aussi frontalement brutale est cette photo de mariage, « The Wedding picture » (1979), de Ken Ruth : ni têtes, ni jambes, le buste et le giron de la mariée en robe blanche brodée, émergent de l’obscurité. L’homme n’est qu’une masse noire informe, on ne voit que sa main puissante et le filet blanc de sa manchette. La main droite de la femme, dans son dos, se crispe sur son bras gauche avec une violence insoutenable. La marque de ces doigts dit la nervosité, l’angoisse, la peur, le désamour. C’est, sans yeux, sans poses, une photo éminemment sentimentale.

    …

    gary-winogrand1227571921.jpg

    …

    Un peu plus loin, une jeune femme, un cornet de glace à la main, rit aux éclats devant un homme sans tête, qui n’est qu’un mannequin de vitrine : ce Winogrand-là (New York, 1972) est comme une revanche sur la photo de mariage.

    …

    bruce-gilden1227571909.jpg

    …

    Les photos de rue sont pour la plupart des scènes de communauté, d’échange, de communion, de confrontation, de désir, mais parfois, au milieu d’une d’elles, apparaît la marge, l’exclusion, la bizarrerie, invisible dans la foule. Bruce Gilden a ainsi su saisir cette femme dans une rue de la Nouvelle Orléans (1987), masse sombre et voûtée que nul ne voit, sinon lui, aux dépens de la chemise rayée du premier plan.
    …

    kenneth-josephson1227571961.jpg

    …

    Le bizarre est aussi une affaire de forme. Kenneth Josephson joue à cadrer de manière étrangère, à faire écho au paysage au sein même de la photo, à insérer un double décimètre indiquant l’échelle du paysage dans un jeu d’abyme, parfois de manière plutôt drôle. Ce que nous voyons ici, est-ce un cadre de photo, ou un cadre de paysage ? Seule l’ombre portée du photographe peut apporter la réponse (Los Angeles, 1982).
    …
    Des anecdotes ? Sans doute, mais, sous ces titres génériques, des anecdotes impensables dans la décennie précédente, des visions différentes, un autre rapport aux gens et aux paysages.

    …

    24 novembre 2008

    …

    Publié Expos Paris | 18 Commentaires | Lien permanent | Alerter

    …

    …
    Et maintenant, voici les _ très riches ! _ « commentaires » publiés :

    …

    Commentaires
    …

    1.

    Mais fotos em paris.
    Beijos
    Monica
    Rédigé par : irineu | le 25 novembre 2008 à 10:59

    …

    2.

    C’est un beau parcours qui se révèle là. Peut-être le profil d’une autre Amérique. Loin de Mickey, de John Wayne et du bling-bling décérébrant. Et si Obama faisait bientôt de son pays un musée haut, musée bas, que l’on parcourerait (sic) de long en large afin de savourer TOUS ses fruits ? On the road again, je suis prêt. Et vous, CHEESE ?
    Rédigé par : Vince Vint@ge | le 25 novembre 2008 à 11:35

    …

    3.

    Bonjour Marc,

    J’ai trouvé cette exposition assez décevante, peut-être du fait de sa prétention exhaustive. Il y a trop d’absents pour qu’on puisse parler de « photographie américaine des années soixante-dix« . D’abord les artistes conceptuels (Dan Graham avec «Homes For America» aurait constitué un formidable prolongement à Ed Ruscha). Il y a d’autres absents, les photographes du banal, de l’anodin qui ont généralisé l’usage de la photographie couleur (Shore, Meyerowitz, Eggleston). Seule une photo d’Eggleston est présentée ici, et encore, bien cachée et mal éclairée au fond de l’expo. L’accrochage de la seule œuvre d’Ed Rucha est surprenant : un livre accroché au mur, la preuve que cette photo là, continue à être mal appréhendée ici.

    L’expo donne une importance démesurée à la Street Photography démontrant que l’exposition se déroule bien au pays des héritiers de Cartier-Bresson. Les expérimentations photographiques concernent soit des auteurs dont le travail (dépassé aujourd’hui) a « cartonné » dans les années 80 (Les Krim) ou alors des expérimentations formelles qui restent dans le cadre d’une photographie autoréférencée (Burk Uzzle).

    Ces partis pris empêchent de mesurer à quel point les années soixante-dix furent la scène d’un immense brassage entre des pratiques purement photographiques (historiques et “street”), des expérimentations formelles (Shore / Eggleston bien plus que Uzzle) et conceptuelles. Cette période est essentielle dans l’émergence des travaux des photographes / scénographes des années 80 (parmi lesquelles Philip Lorca di Corcia _ dont l’œuvre m’a personnellement beaucoup intéressé, me permettrai-je d’ajouter _ , Jeff Wall et d’autres).

    Enfin, le découpage est un peu trop didactique, en effet. Du coup, il porte atteinte à la lecture de l’œuvre de certains photographes et notamment Friedlander et Winogrand.

    Cela étant dit, si on évacue la question de la prétention initiale de l’expo et que l’on parle de la collection BNF même (puisque c’est de ça qu’il s’agit), il faut reconnaître qu’elle est très belle et que certaines séries sont éblouissantes (Winogrand, Arbus et Larry Clark).
    Rédigé par : Assia Naïl | le 25 novembre 2008 à 11:38

    …

    4.

    Bonjour,

    De quelle décennie parlez-vous? S’il s’agit des années 70, je crains qu’elle ne soit qu’un prétexte : ce que nous voyons à la BNF est tout simplement l’accrochage hasardeux d’une collection, assortie de classifications ridicules et enveloppée dans un concept inopérant. Exactement le genre d’entreprise dont je sortais furieux quand j’avais 20 ans, en me demandant pourquoi les échos publics étaient si unanimes.
    Car que vient faire ici Bruce Gilden, clairement hors-sujet si l’on s’en tient à l’énoncé ?
    Pourquoi encore Shore ou Eggleston (une photo pour lui !) sont-ils quasi-absents, si ce n’est parce que monsieur Lemagny n’aimait pas la couleur ?
    Quelles perspectives la mise en espace nous ouvre-t-elle ?
    Etc., etc., etc.
    Il aurait été tellement simple de déballer la collection et de dire : “Voilà ce que nous avons”. De penser un accrochage pertinent en faisant appel exactement aux mêmes images plutôt que de monter cette recension à prétentions historique, inévitablement biaisée par le matériau disponible.

    Si l’on oublie la forme de cette exposition et le catalogue qui l’accompagne, il faut bien dire que l’on y voit des images magnifiques et que l’ensemble confirme la place de certains _ Baltz par exemple, vers le haut, et Uzzle ou Harbutt, de toute évidence pas au niveau _ alors que d’autres, comme le remarquait le commentaire précédent, sont sacrifiés.
    Quelles que soient les frustrations qu’elle génère, il faut donc voir cette exposition, pour le casting incroyable et l’impact des tirages.
    Y aller averti aidera à s’épargner l’exaspération et à profiter sans retenue d’une matière qui se fait de plus en plus rare.
        Rédigé par : C. | le 25 novembre 2008 à 12:34

    …

    5.

    Au delà de l’exposé historique, ces gens là (les absents, mais aussi Clark, Arbus, Deal, Ruscha…) inventent une nouvelle façon de faire parler la photo, loin de la dénonciation frontale des misères et du discours ressassé sur l’autre visage de l’Amérique.
    On aborde du coup d’autres sujets, l’ennui et la monotonie du quotidien (Eggleston, Shore, Clark, Ruscha). On réinvente le road trip (Shore) et le portrait du territoire (Deal, Ruscha) hors des mythes. On aborde l’inhumanité des lieux où vivre (Dan Graham, même si c’est un gros raccourci) …
    Surtout, la photo dit le moins de choses et ouvre des portes à d’autres lectures. Une photo où on se sent libre de penser, libéré de toute prescription.

    Au final, c’est surtout de ça dont l’expo oublie de parler.
    Rédigé par : Assia Naïl | le 25 novembre 2008 à 12:50

    …

    6.

    Une petite remarque !
    Ne trouves-tu pas étrange qu’il n’y ait qu’une photo couleur _ et en plus qui clôt le parcours ?
    Est-ce le simple fait de l’absence de telles photos dans les collections de la BNF, et si c’est le cas, n’aurait-on pas du être averti ?
    Et si c’est un choix, n’aurait-il pas dû être expliqué plus clairement ?
    Parce qu’on ressort avec l’impression que la couleur, l’existait pas encore ; et ça c’est bien étrange !!
    C’est vraiment ce qui m’a suprise dans cette expo!
    Rédigé par : Alexie | le 25 novembre 2008 à 13:24

    …

    7.

    Oui, l’expo est un peu terne et un peu sérieuse… De là à parler de « visiteur exaspéré au final« , il ne faut rien exagérer…
    Il ne faut pas bouder son plaisir. Les photos sont belles.
      Elles viennent d’une collection gouvernée par des choix, des manques et des ratages (comme toute collection) ; d’où l’absence, je pense, de photos de Stephen Shore, précurseur lui aussi d’une autre vision de l’Amérique…

    J’ai trouvé que l’exposition complétait bien le travail accompli depuis quelques années par certains commissaires, notamment au Jeu de Paume et à Sully, autour de la photo américaine des année 50/70. Cf. Stephen Shore, Ruscha, Friedlander.
    …

    Mais c’est vrai, j’ai eu la chance d’être curieuse et de voir ces expos sans parfois rien connaître de ces artistes…

    Pour ma part, je me suis pris les photos de Larry Clark en pleines gencives (je connaissais son travail de cinéaste, mais non de photographe) _ la série intitulée “teenage lust” est magnifique, très violente et bouleversante.
    Rédigé par : Cécile B | le 25 novembre 2008 à 15:01

    …

    8.

    Sinon, Lunettes rouges, la « wedding picture » … oui … oui … bien sûr …
    J’ai eu du mal à la quitter _ Je l’ai lâchée à regret _ J’y suis revenue.
    Je suis revenue la contempler au moins cinq fois !!!

    Rédigé par : Cécile B | le 25 novembre 2008 à 15:12

    …

    9.

    Je rejoins le concert des déçus.
    Un enchaînement hétéroclite d’œuvres qui, je le confirme, donne très vite le sentiment d’un accrochage aléatoire, en vrac, de pièces qui méritaient mieux que ça.
    Etrange aussi le parti pris de ne pas exposer de photos couleurs, même si il est vrai que la photographie couleur n’a été admise dans les institutions qu’à partir des années 80… Et ça repose donc, et encore, la question de la lisibilité de cette expo qui aurait pu être tout autre chose si elle s’était voulue un peu plus ambitieuse.
    Rédigé par : arslan | le 25 novembre 2008 à 18:34
    …

    10.

    Comme il est dit plus haut, Jean-Claude Lemagny, le conservateur du cabinet des estampes, ne s’intéressait pas à la photographie en couleur, et à peine à celle qui est montrée dans cette exposition…
    C’est la raison de l’aspect fragmenté de cette collection qui, historiquement, n’est pas représentative. La réflexion semblant avoir été réduite au minimum, on ne comprend pas grand-choses aux intentions des commissaires, à la période et à ses enjeux, ou du moins on comprend qu’il faut encore aller puiser dans des anthologies incomplètes pour se refaire l’histoire (ceux qui ont par exemple assisté à la conférence de Larissa Dryansky à la Mep il y a deux ans seront un peu plus avancés).
    Rédigé par : susanna | le 25 novembre 2008 à 19:38
    …

    11.

    Merci de le rappeler avec autant de force, mais, en effet, c’est l’exposition d’une collection, pas un panorama représentatif.
    Elle repose en effet les questions des définitions excluantes de la photographie de la part des critiques et commissaires des années 70s : noir et blanc ou couleur, et prudence face au conceptuel. Ce n’est pas que « Monsieur Lemagny n’aimait pas la couleur« , c’est que sa vision de la photo à cette époque était conditionnée par certains paramètres culturels (disons, pour simplifier, Henri Cartier-Bresson), historiques ou personnels (son père était graveur), et que la collection a été construite sur ces bases (il y aurait sans doute une histoire critique de la collection BNF à écrire, mais ce n’était pas mon propos).

    Mais, à l’intérieur de ce cadre pré-défini, j’ai trouvé, pour ma part, à votre différence, le discours assez clair et le parcours, certes trop didactique, mais plutôt lisible (à l’exception de la série sur les gens ordinaires, incompréhensiblement déplacée), ni aléatoire, ni hétéroclite tant qu’on veut bien en accepter les prémisses.

    Le seul commentaire sur lequel je ne sois pas d’accord est le second d’Assia Naïl :
    “la photo dit le moins de choses et ouvre des portes à d’autres lectures. Une photo où on se sent libre de penser, libéré de toute prescription.
    Au final, c’est surtout de ça dont l’expo oublie de parler.
    ”
    Les photographes dont tu regrettes l’absence auraient certes aussi ouvert des portes, d’autres portes, mais ceux présentés ici me semblent être à même d’offrir des espaces de liberté tout aussi enivrants, que ce soit Larry Clark, Gary Winogrand, John Deal ou Kenneth Josephson. Et c’est là, me semble-t-il, la rupture face aux deux décennies précédentes, ce refaçonnage de la réalité, cette liberté face aux règles établies. J’ai eu le sentiment que l’expo parlait justement de ça, dès la première section d’ailleurs.
    Rédigé par : Lunettes Rouges | le 25 novembre 2008 à 20:28

    …

    12.

    10 posts, l’Amérique intrigue toujours. On veut nous bombarder avec les Chinois, les Russes et les Indiens ; mais, n’en déplaise au marché de l’art qui surgonfle les cotes pour attirer les collectionneurs bling bling de ces contrées-là, les Etats-Unis restent une grande mythologie. Un territoire déjà peinture, photo ou film. Du Cinémascope et du Technicolor en live.
    Rédigé par : Vince Vint@ge | le 25 novembre 2008 à 20:31

    …

    13.

    Lunettes rouges,
    M. Lemagny n’aimait vraiment pas la couleur, et il s’est au fil des ans enfermé dans sa propre utopie. Un regard à son dernier livre, “L’ombre, la matière, la fiction” _ en 1995, publié par Nathan/Bibliothèque nationale _ est édifiant de ce point de vue, quinze ans après sa sortie. Mais Lemagny a fait un gros travail pour aider à la reconnaissance de la photographie en France et on peut lui pardonner de ne pas avoir été totalement réceptif à certains courants. Cette collection, avec ses défauts, reste tout de même un beau morceau.

    Ceci dit, l’exposition est effectivement claire, et, comme vous le dites, il faut accepter les prémisses. Pour ma part, je trouve celles-ci singulièrement louvoyantes. Malgré tout, avec “Objectivités” et ces photos américaines, on a actuellement à Paris de quoi comprendre un peu mieux la photographie d’aujourd’hui.
    Rédigé par : susanna | le 25 novembre 2008 à 21:23

    …

    14.

    C’est un commentaire mal formulé en fait ; et qui contredit en partie le précédent… Tu as raison, ceux que tu cites ouvrent au même titre que les autres et la cellule “Arbus” à l’entrée réjouit dès le premier coup d’œil. Par “c’est surtout de ça dont l’expo oublie de parler”, je pensais plus à la variété des pratiques, y compris celle qui ne figure pas dans les collections, quitte à la mentionner uniquement.

    Pour ceux qui sont exposés, c’est une vraie chance de pouvoir les voir à Paris, comme le dit Susanna. D’autant plus qu’une partie des “absents” est à « la Maison rouge » en ce moment.
    Rédigé par : Assia Naïl | le 25 novembre 2008 à 23:37

    …

    15.

    Je rejoins ce que dit “Lunettes rouges”.

    La BN (et notamment Richelieu) monte régulièrement quelques expos d’ampleur faisant le tour transverse et approfondi d’un sujet (voir il y a bien bien longtemps “Tous les savoirs du monde” ou encore “Proust” ou plus récemment “Artaud”). Elles se tiennent souvent à Tolbiac.

    Pour ce qui est de la BN Richelieu, les expos, bien souvent, me semble-t-il, pour beaucoup les pratiquer, valorisent et donnent à voir aux visiteurs les fonds d’estampes, d’enluminures et de photos (car ces fonds, nationaux, très riches et extraordinaires, se doivent d’être accessibles à tous et toutes et pas seulement aux chercheurs).
    Les commisssaires, contrairement à ce que disent certains posts, s’en cachent rarement et mettent carte sur table dès le début de l’expo.

    Après on peut toujours regretter et critiquer :
    _ la manière dont une collection s’est constituée (c’est toute la question des musées et des bibliothèques : comment être en prise avec le réel, être fouineur, avoir du flair et de l’intelligence, avoir l’esprit d’avant-garde… et les moyens pour le faire)
    ,
    _ les choix frileux ou contestables des commissaires d’expo (mais c’est ausssi la dure loi du goût de quelques-uns et de la sélection dans la sélection !!),
    _ l’état d’esprit de certains conservateurs… régulièrement et volontairement conservateurs…
    _ la muséographie souvent sobre, austère et terne des expos à Richelieu (mais ça fait du bien aussi … Au moins, le regard ne se disperse pas et ne s’attarde que sur les œuvres présentées),
    _ et enfin, et là j’insiste, le constant manque affreux de mise en perspective historique des expos de la BN Richelieu…
    Pour certaines expos _ et par exemple celle-ci, je n’en tiens pas compte… _, je navigue à vue et me laisse séduire. Pour d’autres, c’est plus ennuyeux…
    (voir l’expo “Daumier” extrêmement pauvre à ce niveau _ je ne suis pas spécialiste du XIXème et de la Monarchie de Juillet, de ses turpitudes et de ses mouvements d’opposition révolutionnaires socialistes ou républicains ! Malgré une petite culture générale encore présente, j’en ai bavé. J’ai dû compulser des manuels d’histoire en sortant !!) (mais je m’éloigne de la photo des années 70…)
    Rédigé par : Cécile B | le 26 novembre 2008 à 14:12

    …

    16.

    Chère Cécile B,

    La vie des artistes, mise en contexte historique, me fait penser à cette phrase du toréador et astrologue espagnol du XVIII Diego Torres Villarroel, que “l’Histoire était le pénible exercice de déterrer des cadavres déjà pourris”. L’historien qui se veuille humain ne peut pas s’empêcher de faire son travail avec des remous dans l’estomac.
    Rédigé par : Manuel Montero | le 26 novembre 2008 à 20:32

    …

    17.

    « l’Histoire était le penible exercice de déterrer des cadavres déjà pourris » (Diego Torres Villarroel)
    Oui, j’ai bien connu sa tante, Maria Elena Torres Villarroel del Sol.

    A part ça, la science humaine, et pourquoi ne pas mettre la recherche artistique là-dedans, et la mort font bon ménage, Platon ne disait-il pas : “Philosopher, c’est apprendre à mourir” ?

    Et pensons à la démarche d’un Opalka, rien que ça. Blanc sur blanc, tel une peinture-linceul, ou la chronique d’une mort annoncée.
    Rédigé par : Vince Vint@ge | le 27 novembre 2008 à 19:56

    …

    18.

    Je me devrais d’arrêter le lettrisme que je fais avec mes miettes ? Il est oraculaire, donc une prospection propre à la science artistique. Je peux sentir la mort et nonobstant la mémoire invente une nouvelle vie.
    Rédigé par : Manuel Montero | le 28 novembre 2008 à 01:28
    …

    …

    Pour faire un peu personnellement le point sur tout cela, très riche :

    …

    les commentaires sont certes « inégaux » ; mais beaucoup, et même la plupart, sont fort bien informés (= cultivés) ; et donc on ne peut plus enrichissants pour le lecteur.

    Par là, ce blog-ci (« Amateur d’Art« , de « Lunettes rouges », donc), me paraît même globalement plus précieux à lire en ce qui concerne les interventions des lecteurs-commentateurs

    que ma référence « littéraro-culturelle » (sic) : « La république des livres » ;

    si riche et intéressante, elle, par la densité d’information (sur ce qui se publie) _ et « appréciations cultivées » _ de son auteur, Pierre Assouline ;

    mais un peu moins par la majorité _ à ce qu’il me paraît (et suis bien contraint d’en juger) _ des commentaires de bien des intervenants qui le « squattent » _ avancerais-je :

    …

    voilà qui est me semble-t-il

    _ et c’est sur ce point-ci, que je veux mettre ici mon accent ! _

    révélateur

    des tropismes du « public » « culturel »

    _ je ne peux m’empêcher chaque fois que j’emploie de ce mot-ci, de « culturel« , de ressentir, le regard sourcilleux, et ô combien à juste titre ! de Michel Deguy, penché juste au-dessus de moi, légèrement en arrière, et en surplomb, tout près de mon épaule _ ;

    …

    voilà qui est révélateur

    des tropismes du « public » « culturel » _ et désormais « blogger » _

    français,

    toujours (bien) trop peu assez curieux

    _ peu assez « vrai lecteur », « vrai écouteur », « vrai regardeur » _ ;

    …

    et,

    en conséquence (puis cause, par feed-back) de la faiblesse insigne de cette « curiosité », pas assez « attentive intensive »,

    (bien) trop peu assez familiarisé, aussi (ou non plus, ce « public »),

    pour se frotter _ et avec régularité (et amour, passion !) _ à davantage d’étrangeté _ « inquiétante » :

    …

    soient des « fantômes« ,

    …

    « fantômes » aimés et régulièrement fréquentés, eux, d’un Hervé Guibert

    _ écrivain, auteur de « Vous m’avez fait former des fantômes » (paru aux Éditions Gallimard en octobre 1987) ; et aussi (grand) photographe _,

    et d’un Eugène Green

    _ écrivain, auteur du magnifique et très important « Présences _ essai sur la nature du cinéma » (publié en coédition par Desclée de Brouwer et les Cahiers du cinéma en octobre 2003), homme de théâtre, et aussi (grand) cinéaste ;

    …

    d’Hervé Guibert, vient de paraître, ce mois de novembre, « Articles intrépides _ 1977-1985 » ;

    et d’Eugène Green, ce mois de septembre dernier, « La Reconstruction« _ ;

    ..

    voilà qui est (grandement) révélateur, donc,

    des tropismes du « public » « culturel » (et désormais « blogger ») français

    toujours (bien) trop peu assez curieux,

    je reprends le fil de ma phrase,

    …

    des arts plastiques _ et donc de la photo ! _ ;

    ainsi que de la musique, d’ailleurs ;

    …

    par rapport à l’écrit

    _ je ne dirais toutefois pas : « le littéraire » ;

    soit, et encore une fois, le révélateur symptomatique (!) d’une certaine (bien dangereuse…) superficialité ;

    …

    quand pareilles curiosités _ plus fines… _ me semblent assez mieux partagées par d’autres publics latins,

    usagers des langues (et cultures) espagnoles, italiennes et portugaises, par exemple…

    …

    A moins que ce ne soit là le simple fruit

    de l’impact _ à force de blietzkrieg : bombardement massif et permanent _ du décervelage à immense échelle des media

    et de l’appauvrissement, renforcé encore ces temp-ci, de « l »école » !!!

    …

    Et sur cette question, et ce danger-ci (de la « pulvérisation » de la « culture » en « milieu scolaire »),

    et face à toutes les manœuvres destructrices

    et propagandes anesthésiantes, en constante inflation et avancées,

    lire l’excellentissime « École : mission accomplie » _ eh oui ! _

    du lucidissime Pierre Bergounioux _ « Entretiens avec Frédéric Ciriez et Rémy Toulouse« , paru aux Prairies ordinaires en août 2006…

    …

    Avec les conséquences _ tout bonnement suicidaires ! _ qui sapent au quotidien

    le sol fragile _ tout se tenant et se délitant solidairement… _

    de « civilisation » d’une humanité » « non-inhumaine« …

    …

    Ce que la photographie _ et américaine : elle a ses « lucides » ! _ aussi peut « montrer », quand elle est celle de « regardeurs » sans complaisance, mais libres…

    …
    Titus Curiosus, ce 28 novembre 2008

  • Pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère : penser la « sollicitude » et l’ »intime »

    Pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère, sur « Le Sexe de la sollicitude« 

    _ dans les salons Albert-Mollat,

    et dans le cadre de la saison 2008-2009 des conférences de la Société de philosophie de Bordeaux _,
    ce petit mot (à un ami) :

    …
    Cher Rolandas,
    …
    Après Fabienne,
    c’est Guillaume
    qui hier soir, en aparté à la conférence _ salle pleine (des salons Mollat illuminés) _ de Fabienne _ en forme olympique _
    m’a « confié » qu’il s’était mis à « re-lire » « La Privation de l’intime« 

    (de Michaël Foessel)

    que je t’ai chaleureusement recommandé (cf mon article du 11 novembre : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie«  ;

    …

    en convenant que le faisceau du projecteur en direction du phénomène de « pipolisation »
    n’était, en effet que marginal dans l’ »économie » du livre _ ainsi que je le lui avais bien soutenu en notre échange téléphonique de dimanche après-midi…
    …
    Quant à Fabienne,
    elle a, elle aussi, convenu _ au sortir de la conférence, et en nous dirigeant vers le restaurant du repas convivial qui allait suivre (au « Café Louis« , du Grand-Théâtre),
    que la conception de « l’intime » de ce livre (de Michaël Foessel)
    s’attachait bien à un rapport d’attention à
    (la personne de) l’autre (comme sujet ; et « aimé » vraiment…) ;
    et pas à quelque repli sur quelque « intériorité » (d’un Moi séparé, en quelque « fort » _ sic _ intérieur ; vis-à-vis de quelque « objet » _ ou « moyen » _ que ce soit…) ;

    …

    ainsi qu’au concept _ si crucial _ de « vulnérabilité » « humaine »…

    …

    Et que la troisième partie de « La Privation de l’intime » était, en effet, très riche
    de bien fécondes perspectives (quant au devenir démocratique)…
    …

    Pour ce qui concerne le fond de la conférence de Fabienne hier soir,
    je vais tâcher d’en rédiger un article (sur mon blog) ;

    …

    et pour ce qui concerne « la forme »,
    Fabienne l’avait hier soir
    :

    …

    claire, précise sur les détails de ses analyses,
    _ encore mieux que dans son livre, ai-je « trouvé »…
    …
    Il n’empêche,
    le fond

    _ sinon une quasi « fusion », du moins de très fortes « passerelles » revendiquées,

    du « descriptif » (disons, de nature sociologique) et du questionnement (proprement philosophique, lui) de ce qui peut venir « fonder » des normes (morales, sociales, politiques) _

    …

    continue de, « quelque part », « me gêner » un peu (aux entournures)…
    …
    Céline Spector, avec sa clarté synthétique coutumière _ bien précieuse ! _,
    a tranquillement ouvert le débat avec cette question _ de fond, cruciale _
    quant au statut de la « sollicitude » (et du « care« ) :
    la visibilité
    _ « demandée » (par Fabienne, et à plusieurs reprises, je l’avais repéré, dans le livre) _ ne tombe-t-elle pas (un peu) sous les coups
    des critiques du tout-Etat-Providence ?..

    …

    même si Fabienne, en son exposé, avait solennellement « récusé » par avance les arguments _ type Michel Schneider _ anti « Big Mother » : in « La confusion des sexes » (paru aux Éditions Flammarion en février 2007)…
    …
    Quelle est donc « l’authenticité » d’une « croisade » (en faveur de cette « sollicitude« -là) ?

    …

    Que penser des arguments cherchant à bien dissocier la « sollicitude« ,
    et de la « compassion«   ;
    et, plus encore, de la « charité »
    _ présentée comme illégitime
    parce que prétendant se fonder sur quelque transcendance (divine) ?..

    …

    Je me le suis demandé à la lecture du « Sexe de la sollicitude« ,
    et continue de m’y interroger après ce (très) clair exposé
    de la conférence d’hier soir…
    …
    Bref, cette « sollicitude« -là _ et à l’égard de quels « pauvres« , de quels « blessés » (de la vie) ? _
    sur quoi donc vient-elle « se fonder » ?

    …

    Parvient-elle à échapper, et comment, au statut (et fonctions) de l’ »idéologique » ?
    …

    Voilà qui continue pas mal de me « travailler » encore…
    …
    Et sur quoi se détermine la différence entre « le proche« 

    _ ayant « droit » à de « pleins » rapports de réciprocité _
    et « le lointain« 

    _ « réduit », lui
    (sur « qui » on vient alors « se pencher » : le « surplombant« …),
    à des rapports a-symétriques ?

    …

    même si la « liberté » de chacun d’eux est très clairement revendiquée,

    et notée « à respecter »…

    …

    Par quel « sur-plomb »

    qui soit « de droit » ?..
    et pas rien que « de fait »…
    …
    Bruce et Christophe
    se le demandaient aussi…
    …
    N’y a-t-il pas là quelque chose comme de l’ »inauthentique »,
    ainsi que quelque chose comme des « larmes de crocodile » _ « Où sont les caméras ?« ..
    …
    Voire : n’y aurait-il pas, ici,
    rien que cela ?..
    …
    Le « second » dix-huitième siècle, enivré de « vertu »

    _ et de « larmes » (je pense ici aux beaux livres de Chantal Thomas : « Les Adieux à la reine » ; « La reine scélérate. Marie-Antoinette dans les pamphlets » ; « Sade » ; « Sade, la dissertation et l’orgie » ; « Casanova. Un voyage libertin« ) _ sous le règne de ce brave bougre de Louis XVI _,
    n’aboutit-il pas

    aux paniers de sciure des têtes coupées (à la « réception » du couperet de la guillotine)

    de la Terreur robespierrienne…

    …

    Du Laclos des « Liaisons » _ dangereuses, en effet, certes ! _
    au Beaumarchais de la « Mère coupable » ;
    et, immédiatement après, au Sade des « Infortunes »

    de cette « vertu« …
    …
    De même,
    l’expression de Fabienne

    _et dans son livre,
    et lors de sa conférence _,
    d’un « usage de la politique« 
    me fait toujours assez (fortement) « question » ;

    me « trouble »…
    …
    Tout cela n’étant vraisemblablement pas sans nul rapport, non plus,
    avec les querelles, pressions, cris d’orfraies
    du congrès _ et suites _ du PS,
    en train de s’achever pendant que nous dînions _ fort agréablement, et convivialement _ hier soir…
    …
    Voilà de toutes premières réflexions sur cette conférence

    très réussie

    d’une Fabienne très en forme,
    dans ce si beau lieu,
    si bien éclairé,
    des salons Albert-Mollat, hier soir…

    …
    Bien à toi,
    …
    Titus
    …
    qui tâchera de rédiger quelque chose sur « Le Sexe de la sollicitude » aussi sur son blog…

    …
    La question de l’ »authenticité » n’en paraît que plus « forte » ;
    ainsi que la question des « fondements » _ et de l’ »autorité » _,
    en régime

    _ désormais : Fabienne citait très justement la position, notamment, de David Hume _ ;
    …
    en régime d’immanence,

    de la « sollicitude »…
    …
    Sur le terrain de l’esthétique,
    je n’ai pas encore lu « L’expérience de la beauté : essai sur la banalisation du beau au XVIIIe siècle » de Fabienne (Brugère),
    mais _ j’avais écouté Fabienne en (bien) parler sur France-Culture ;
    à l’émission de Raphaël Enthoven, il me semble me souvenir _ ;
    …
    je ne me situe personnellement pas tout à fait
    sur ce champ
    _ rien que « de fait » _ de la « banalisation » des valeurs (esthétiques ; et autres !)…
    …
    Idem quant aux réflexions de l’ami Bruce (Bégout),
    avec lequel j’ai échangé quelques mots hier soir, à la conférence (mais lui participait à un autre « banquet philosophique »),
    sur le « quotidien » (in la « Découverte du quotidien » ; cf aussi « De la décence ordinaire« , qui est sur ma table de chevet)…
    …
    « Banal » ; « quotidien« 
    versus _ peut-être ?… _ « intime« , en quelque sorte (pour se référer au livre si riche de Michaël Foessel
    et versus, aussi, le « sublime«  de l’amie Baldine Saint-Girons (« Le Sublime » ; cf aussi son très beau « L’Acte esthétique« )…
    …
    ou l’ »indécrottable » point de vue du « baroqueux »
    que je demeure ad vitam æternam !..

    …
    Dernière chose :

    …
    j’ai très envie de « lire » Stanley Cavell,
    notamment son « Déni de savoir » :
    …
    au repas hier soir, Layla Raïd me l’a présenté très favorablement,
    à partir des mots de « rencontre » et de « conversation« 

    _ qui sont, aussi, de « mon » vocabulaire, comme de celui de Layla :
    le vocabulaire de l’ »intime« 
    , donc,

    cher Rolandas…
    …
    J’espère ne pas trop te faire perdre de ton temps en étant si prolixe…
    à rebours du B-A BA de l’ »art de la conversation », justement : sans pesanteur, lui…
    Vive Marivaux !
    …
    Titus Curiosus, ce 26 novembre 2008