Catégorie : Rencontres

  • Au pays du off shore : l’élan du port de voix ; ou la vérité du style…

    Sur « Voix off » de Denis Podalydès, au Mercure de France,

    dans la (très) belle collection « Traits et portraits« , de Colette Fellous

    (avec photos ; cf déjà ses très beaux « Tuiles détachées« , de Jean-Christophe Bailly ;

    et « La première main« , de Rosetta Loy)…

    …

    _ avec un CD de 14 plages de textes, dits par Denis Podalydès lui-même

    et bien d’autres (et quelle anthologie sonore !!!) :

    Jean Vilar , Gérard Desarthe, André Dussolier, Jean-Louis Trintignant, Pierre Reverdy, Daniel Mesguich, Michael Lonsdale, Roland Barthes, Sarah Bernhardt, Michel Simon, Charles Denner, Marcel Bozonnet, Richard Fontana, Ludmila Mikaël, Christine Fersen, Jean-Luc Boutté, Eric Elmosnino, Orson Welles & Fernand Ledoux, Pierre Mendès-France, Coluche, Guy Lux, Roger Lanzac, Valéry Giscard d’Estaing, Jean Cocteau, Paul Claudel, Paul Léautaud, Gérard Philipe, Michel Bouquet, Jacques Weber et Bruno Podalydès… ;

    et, accessoirement, prix Fémina de l’Essai 2008…

    …

    « Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible,

    qu’un studio d’enregistrement ?

    _ énonce tranquillement, en ouverture de ce livre (et disque), l’acteur diseur (lecteur) Denis Podalydès…

    …

    Enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute _ sans effort de projection, dans le médium _, deux ou trois heures durant,

    je lis les pages d’un livre.

    …

    Le monde est alors _ féériquement _ celui de ce livre.

    Le monde _ tout entier _ est _ miraculeusement _ dans le livre.

    Le monde est le livre.

    …

    Les vivants que je côtoie, les morts que je pleure, le temps qui passe, l’époque dont je suis le contemporain, l’histoire qui se déroule, l’air que je respire,

    sont _ entièrement _ ceux du livre.

    …

     J’entre _ sacralement _ dans la lecture« ,

    s’ouvre

    _ en beauté, et mystère, comme une cérémonie (un peu secrète) d’intronisation (à Éleusis) _

    le livre, page 11 ;

    …

    et ces mêmes mots-là, et à plusieurs reprises,

    soit avec (quelques) coupures,

    soit avec de légères variantes,

    vont revenir scander l’ouverture (ou la clôture) des divers chapitres

    donnant à retentir et vibrer, à nouveau, toutes ces voix : pages 97, 153 et 219…

    …
    (…) 13 lignes plus loin, à la page 12 :

    …

    « Nacelle ou bathyscaphe,

    le réduit sans fenêtre où je m’enferme _ pour l’enregistrement, en ce studio (ou studiolo)… _

    autorise une immersion ou une ascension totales.

    …

    Nous

    _ Denis Podalydès inclut en cette « expédition » et l’ingénieur du son et le directeur artistique (de l’enregistrement) _

    descendons dans les profondeurs _ page après page, abyssales _ du livre,

    montons dans un _ septième _ ciel de langue.

    …

    Je confie à la voix le soin _ = une ascèse… _ de me représenter _ furieusement, bien que tout soit tranquille _ tout entier.

    Les mots écrits et lus me tiennent lieu _ métamorphose quintessentielle _ de parfaite existence. »
    …
    Et un tout petit peu plus loin, encore, page 14, le fin mot de tout ce « dispositif » :

    …

    « Mais de ma voix

    _ Par l’odeur de la pluie m’était rendue _ en un « admirable tremblement du temps«  ! _

    l’odeur des lilas de Combray,

    par l’assourdissement des bruits dans la chaleur de la matinée,

    la fraîcheur des cerises : quels délices ! _,

    lisant les mots d’un autre _ Marcel Proust, en l’occurrence, pour ici

    (« Combray » : l’ouverture de « La Recherche« , « Du côté de chez Swann« ) _

    ceux d’un mort lointain _ le 18 novembre 1922 _,

    dont la chair est anéantie _ peut-être bien… _,

    mais dont le style,

    la beauté de ce style,

    fait surgir _ tel son pouvoir _

    un monde _ oui ! _ d’échos, de correspondances et de voix vivantes _ ou le seuil ! _

    par lesquelles je passe,

    parlant à mon tour,

    entrant dans ces voix _ soit la clé de la métamorphose ! _,

    me laissant aller à la rêverie,

    à l’opération précise d’une rêverie continue, parallèle et libre,

    …

    je sais que je parle,

    je sais que c’est de moi qu’il s’agit,

    non pas dans le texte,

    bien sûr,

    mais dans la diction

    _ voilà l’opération de trans-substantiation qui, ici, donc, se livre _

    de ces pages. »
    …
    Pour aboutir à cette ultime phrase, de l’ouverture,

    et clé de tout ce « Voix off« , page 15 :

    « Alors d’autres voix encore se font entendre,

    dans la mienne.« 

    …

    Deux exemples, j’élirai, seulement :

    …

    d’abord,

    celui d’une voix « personnelle » au récitant,

    celle de « Mamie d’Alger«  _ Jeanne, la mère de son père (Jean-Claude Podalydès) ;

    qui n’est même pas « la plus proche » de ses deux grand-mères ;

    lui, Denis, se sentant bien davantage « du côté » des Ruat _ versaillais _, et de Mamie Odette :

    …

    « Elle parle lentement. Son accent pied-noir froisse, accroche chacune des syllabes qu’elle prononce. Discours patiemment élaboré, au discours toujours plus ralenti. La salive lui manque toujours. Phrases infiniment longues et détaillées. ses évocations ont une précision maniaque, dont Maman _ versaillaise, elle : côté Ruat ; et pas Podalydès _ gentiment se moque :

    « Nous étions donc un lundi, lundi 23 février, il devait être neuf heures trente du matin, en tout cas il n’était pas dix heures, la température, je m’en souviens, était tout de même assez fraîche, tu me diras que c’est normal en février, Papi, le pauvre, ne s’était pas encore rasé, il se rase toujours au rasoir à main, tu le sais

    _ l’histoire qu’elle raconte ne commence jamais avant l’inventaire de toutes les circonstances énonçables, infinies _ en effet !… _,  dont la mémoire ne lui fait jamais défaut _ ;

    c’était la Saint-Lazare, je m’en souviens parce que Papi disait toujours, le pauvre, tu sais s’il était drôle, même s’il pouvait avoir des colères, mon Dieu, des colères ! Ton père a dû t’en raconter quelques unes, bon, je disais, oui, alors, bon, voilà, Papi disait qu’il était curieux de fêter les gares, de fêter celle-là particulièrement, alors qu’on ne fêtait pas la Saint-Montparnasse ! Tu comprends la blague, je pense, alors, nous étions donc le 23 février… »

    …
    L’histoire alors reprend à son début,

    on s’aperçoit peu à peu qu’il n’y a pas d’histoire,

    que l’histoire est ce qui précède _ en abyme(s) _ l’histoire,

    que l’argument principal, par lequel, en principe, le récit a commencé depuis une vingtaine de minutes,

    est perdu,

    inexistant,

    …

    ou si maigre,

    que sa venue enfin,

    dans le cours des phrases,

    ne sera pas même remarquée,

    emportée _ comme chez Montaigne ! _ par les fioritures infimes et inutiles _ pas tout à fait, toutefois… _,

    divisées à l’infini.

    …
    Et pourtant,

    de sa voix asséchée de mélancolie et de médicaments,

    ralentie par les menus détails, les regrets et lamentations sempiternels,

     elle m’en dit des choses«  : en effet ! pages 134-135…

    …

    Mon second exemple sera la voix de Roland Barthes (pages 201 à 204),

    parmi les « Voix des morts« …

    …
    « On entend toujours affleurer ce qu’il désigne lui-même _ Roland Barthes _ sous l’expression l’ »angoisse de délicatesse ».
    La voix découpe les masses, ou plutôt les ensembles signifiants

    en haïkus » _ page 201.
    …

    « Barthes échappe cependant à toute affectation.

    Tout le long de ce cours  _ au Collège de France, sur le Neutre _

    si précis dans la conduite de son propos

    _ il faudra donc entendre qu’il y a une violence du Neutre _

    malgré les sinuosités _ encore, aussi : Montaigne… _ de l’exposé

    _ mais que cette violence est inexprimable _ ;

    si scrupuleux dans la tension de ses paradoxes

    _ qu’il y a une passion du Neutre, mais que cette passion n’est pas celle d’un vouloir-saisir _

    si constamment anxieux d’échapper aux déterminations,

    aux partis pris,

    à toute voie trop droite

    _ revoilà donc notre Montaigne ! _

    mais plus encore aux attaques de sa profonde mélancolie,

    dont les leçons successives révèlent le travail souterrain,

    à laquelle il accorde sa place dans le système ;

    …

    et c’est peut-être à ce mélange de la mélancolie et de la méthode,

    à cette acceptation d’un fond irrémédiable de tristesse dans la progression même de la pensée,

    que la voix de Barthes doit sa beauté,

    son phrasé généreux,

    musical. » 

    …
    On voit combien l’oreille _ et la voix _ de Denis Podalydès a de justesse de générosité et de sens,

    autant que de

    musicalité…

    …

    Et je n’ai même pas encore écouté le CD !!!

    …
    L’écriture de Denis Podalydès est une exploration _ magnifiquement inspirée ! et de quelle justesse ! _
    de ce que peut être « l’œuvre de voix »

    _ c’est-à-dire l’œuvre de la voix _,
    au premier chef des comédiens eux-mêmes,
    et au théâtre, d’abord _ bien sûr ! _ ;

    mais pas seulement d’eux ;
    …
    et elle constitue,
    cette écriture même en ce livre
    _ rare, et/ou peut-être même unique ! _,
    un véritable « bréviaire »
    théâtral
    pour qui voudrait _ et voudra _ « retrouver »
    ce que furent les « apports »
    _ singuliers ! _ de quelques grands noms

    désormais

    …

    _ car désormais _ sinon, bientôt… _ fantômes

    hantant _ ou voués à « hanter »… _ rien que notre mémoire et notre nostalgie :

    …

    cf la page (page 90) consacrée au souvenir d’Annie Ducaux :

    …

    « époque où l’on s’évanouit, où l’on se pâme, en écoutant une tirade d’« Athalie«  _ C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit _ ;
    époque dont Annie Ducaux, voix noble, drapée
    _ Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée _
    aisée, rythmée, _ Comme au jour de sa mort pompeusement parée _
    capable de frapper le dernier rang de spectateurs _ J’ai senti tout à coup un homicide acier _ d’une violence inouïe qui les transperce plus vivement que le gel _ Que le traître en mon sein a plongé tout entier _,
    …
    époque révolue, dis-je,

    dont Annie Ducaux est _ on note, ici, l’usage du présent ! _ peut-être la dernière manifestation vocale«  (page 91) ;
    …
    maintenant que non seulement

    le moment de la « représentation »
    _ ou « performance« , comme cela se dit en anglais ;

    et « performance » sur la scène même, sur les « tréteaux » dressés _,
    a passé

    _ mais ce n’est rien là que la loi (de l’éphémère !) du spectacle vivant, hic et nunc, ce soir-là, sur cette scène-là ; et pas le lendemain, ni la veille, « au théâtre » !..  ;
    …
    et que le temps a fait son œuvre ;
    …
    et, pire que le temps,
    la « maladie de la mort », aussi ;

    et son fruit

    _ qui tout à la fois va germer,

    nous nourrir,

    et pourrir…

    …

    Mais c’est ce qu’il nous faut _ et vite ! _ apprendre de la vie,

    que cet « éphémère »-ci ;

    et « lui rendre grâce »,

    …

    comme le fait (notre) Montaigne…

    …
    Ainsi,
    Denis Podalydès a-t-il des pages bouleversantes
    sur son souvenir vivant
    _ ô combien ! et comment ! _
    de comédiens en de derniers moments sur la scène,

    …

    ou ailleurs :

    …

    un tournage de cinéma,
    ou même croisé en quelque rue :
    …

    tels que Richard Fontana (« il joue « La Fausse suivante » à la Comédie-Française« , page 94),
    et Jean-Luc Boutté (« à quelques pas de moi, sur le tournage de « Mayrig« , où je fais un petit rôle » :
    « il attend immobile, sans un mot ni regard. Je scrute son décharnement, sa patience, sa souffrance irradiante et mutique » (page 94, aussi) ;

    …

    ainsi que quelques _ « grands » _ autres (Gérard Philipe, Bernard Blier, page 93),
    déjà…
    …
    De plus longs passages, plus loin, seront consacrés aux voix _ en action _ de ces mêmes Richard Fontana et Jean-Luc Boutté, sur la scène ;
    …
    comme
    à la voix d’Éric

    _ le frère de Denis, de Bruno, de Laurent Podalydès _,
    suicidé « le 10 mai 1997 » (pages 144 à 147) ;
    …
    ou comme
    aux « Voix des toreros« 
    ,

    « Voix sans voix« ,

    car
    « nuit fait homme
    il

    _ le torero José Tomás , « le 10 septembre à Nîmes« , en 2007 _ ;
    …
    il appelle les taureaux d’un souffle. Ce même souffle que l’arène retient. Silence médusé. La respiration du taureau. Halètement. Ce va-et-vient du poitrail.
    José Tomás avance la main. Regard du taureau. Saisi, tenu. Flexion du poignet. Ondulation de la muleta. Appel, absence de voix. Charge.
    Le taureau entre dans l’illusion, la voilure fuyante du leurre. Navigation de la bête, ralentie, allégée. Courbe. Absence de voix.
    Toujours du silence au principe de chaque mouvement.
    « 

    Etc… : encore 13 lignes…

    …

    C’est magnifique : parce que juste ! (aux pages 147-148).
    …
    Chapeau ! Monsieur le regardeur-écrivain !..
    …
    Ou

    l’œil d’un artisan praticien, probe ;

    et maître artiste,

    simplement…

    …

    Merci…

    …

    Titus Curiosus, ce 25 novembre 2008

  • « Care », sollicitude et vulnérabilité : pour un changement de paradigme…

    Pour prolonger la réflexion sur le « care« ,

    à l’occasion du choc éprouvé à la vision du film « Two lovers » de James Gray ;

    de la conférence à venir, mardi prochain, à 18 heures, dans les salons Albert-Mollat, de la Librairie Mollat, 15 rue Vital-Carles à Bordeaux, dans le cadre de la saison 2008-2009 de la Société de philosophie de Bordeaux,

    de Fabienne Brugère, présentant « Le Sexe de la sollicitude » ;

    et de la lecture de « La Privation de l’intime » de Michaël Foessel,

    …

    ces rapides réflexions-ci :

    …

    mardi 25 novembre prochain,

    ainsi que j’ai l’ai déjà annoncé en mon article  du 10 novembre « la Société de philosophie de Bordeaux reçoit« ,

    notre collègue et amie Fabienne Brugère présentera son tout récent travail « Le Sexe de la sollicitude« ,

    dans le cadre prestigieux des salons Albert-Mollat, 15 rue Vital-Carles, à 18 heures…
    …
    Si la démarche de l’auteur qu’est Fabienne se centre davantage sur des enjeux éthico-socio-économico-politiques
    que directement existentiels,

    pour le film « Two lovers« ,
    ou existentialo-politiques,

    pour l’approche de Michaël Foessel, dans « La Privation de l’intime« ,

    de l’ordre de « l’intime » en tant que tel, très précisément, ici ;

    ainsi que dans la perspective _ inquiète ! _ de ce que j’ai qualifié de (la) « réalité de la démocratie« 

    dans le titre même de mon article sur ce livre :

    « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie« …

    …

    il n’en demeure pas moins que le point commun

    au film,

    à l’angle d’analyse de Michaël Foessel,

    ainsi qu’au regard de Fabienne Brugère sur le « care » _ ou « sollicitude« ,

    ainsi que Fabienne le traduit _, et qu’elle s’efforce de distinguer, et de la « compassion« , et de la « charité » ;
    …
    il n’en demeure pas moins que le point commun

    _ et proprement nodal ! _

    aux « regards » de Fabienne Brugère, de James Gray et de Michaël Foessel
    _ soit un cinéaste new-yorkais et deux philosophes d’Outre-Atlantique (français)… _
    est bien le concept _ qui me paraît crucial, en effet _, de « vulnérabilité » humaine.
    …
    Avec la conséquence qu’il faudra « mettre en chantier »,

    et non sans même une certaine « urgence » _ dont l’appréciation dépend en partie de la conjoncture politico-économique ! _ ;
    …
    « mettre en chantier »

    une « anthropologie fondamentale »
    de l’ »humain » comme sujet

    _ et non « objet »

    de ce que qu’Axel Honneth appelle, à nouveau (après d’autres), la « réification« , en son récent « La réification _ petit traité de théorie critique« , paru en traduction française aux Éditions Gallimard en février 2007 ;
    …
    et comme, « aussi, et en même temps, fin »
    _ et non « seulement moyen »,
    comme je me suis autorisé à l’indiquer en un autre de mes récents articles, celui du 18 novembre : « Conversation de fond avec un philosophe« .
    …
    J’ajouterai, encore, que,
    comme le souligne bien à diverses reprises Fabienne Brugère en son essai,
    les philosophes du « care » ont le souci de ne pas en rester à une approche seulement théorique, formelle et juridique _ générale _ du rapport à « l’autre » ;
    …
    mais incitent à une pratique effective et singulière, au cas par cas, de la « sollicitude » à l’égard des plus vulnérables et blessés,
    notamment parmi les « exclus »
    de la société néo-libérale, surtout…

    …

    En relisant le livre _ par mes soins annoté _ de Michaël Foessel, « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« ,

    je m’aperçois, après en avoir abordé l’idée au téléphone avec Fabienne Brugère, qu’il centre toute sa troisième partie sur la « sollicitude » et la « vulnérablité » humaines…

    …

    Lisons :

    Page 112, après avoir montré que « l’amour n’implique nullement de rompre avec le monde« , il pose : « Mais il faut aller plus loin en demandant ce qu’il y a de commun entre la démocratie et l’intime. Comment expliquer que la même menace pèse sur l’un et sur l’autre ? Peut-on dessiner les traits d’une vulnérabilité du « vivre ensemble » qui caractérise autant la sphère personnelle que celle des liens politiques ? »

    …

    Michaël Foessel en vient alors à une analyse de la « sollicitude« , page 127 :

    « Dans ses relations intimes, un individu attend des autres qu’ils lui permettent d’acquérir une confiance en lui-même qui est la première forme de l’estime sociale. On peut appeler « sollicitude » cette forme de reconnaissance affective, à condition de distinguer ce sentiment _ -ci _ de la pitié ou de la compassion, où le sujet _ qui s’y adonne _ jouit de se savoir _ lui _ secrètement épargné _ par la misère ou le malheur qui accable l’autre ; à la Lucrèce du « Suave mari magno… » du « De natura rerum« …

    …

    La sollicitude désigne le soin que l’on prend de l’autre, en tant qu’il n’est pas vécu comme une charge pour celui qui le prodigue, ni comme un dû pour celui qui le reçoit _ hors du calcul d’intérêt du contrat, nous voici plongés, celui qui « prodigue«  le « soin« , l’égard, comme celui qui le « reçoit », d’emblée dans l’ordre _ absolument généreux, lui ! _ de la grâce… Le point est d’importance _ en effet ! _ : à l’instar de toute relation intime _ amour, amitié : toujours uniques ! ni interchangeables, ni remplaçables ! _, la sollicitude est réciproque. Il n’y a pas d’un côté celui qui « donne », de l’autre celui qui « reçoit ». Les rôles de l’agent et du patient sont réversibles, puisque même le sujet qui offre son aide ou sa présence accepte d’être _ au moins _ instruit par l’autre » _ l’amour et l’amitié vont beaucoup plus loin, bien sûr, sur le don (de soi) et l’accueil (de l’autre) : le don y étant absolu ; au point que c’en est même un critère ; ou un révélateur !

    …

    Pour un exemple cependant « limite » (d’amour), je citerai ce que nous donne à voir Patrice Chéreau dans son très fascinant « Intimité » _ « Intimacy« , à Londres, en 2000 : en matière de don charnel de soi (à l’autre)…

    …

    Avec ces effets-ci : « Loin de se cantonner à la sympathie pour la souffrance, la reconnaissance affectuve joue un rôle dans la prise de conscience, par un sujet, de sa faculté d’agir. Le point commun à toutes les théories de la reconnaissance réside dans cette conviction que la constitution du Moi est inter-subjective« , page 128.

    …

    Et sur l’ »intime« , ceci, page 142 : « L’intime désigne un ensemble d’expériences où le savoir ne fonctionne plus comme la promesse d’une maîtrise _ technique, reproductible, mécanisable. Ainsi que le note Judith Butler, « la reconnaissance commence avec l’idée que l’on est perdu dans l’autre, absorbé dans et par une altérité que l’on est et que l’on n’est pas » _ in « Défaire le genre« , aux Editions Amsterdam, en 2006, page 272. Dans une relation intime, il est exclu de se retrouver tel que l’on était au départ. C’est le sens de la décision implicite qui préside à n’importe quel rapport d’intimité, et qui consiste à concéder à un autre le droit de porter un discours de vérité sur soi _ amour comme amitié sont « connaissance » en vérité ! (…) Le véritable désir, emblème d’une forme de liberté _ dit alors magnifiquement Michaël Foessel, page 143 _ est celui de se trouver lié à l’autre » _ en pareille vérité révélée (alors entre soi) : un beau risque ! Et par là « l’intime désigne un apprentissage de la précarité«  _ des soi qui s’y livrent, en se donnant (à cette altérité-là)…

    …

    Vient alors la conclusion, pages 157-158 : « L’intime est un ensemble de liens qui nous constituent et nous dépossèdent _ et décentrent : on est loin de s’y retrouver inchangé ! La préservation _ à défaut d’avancée, ou a fortiori de « conquête » _ de l’authenticité _ terme de vérité crucial et nodal en pareille affaire ! _ est une indication pour aborder la démocratie _ avec une relative confiance (et foi) _ depuis le point où elle s’apparente à l’intime : sa vulnérabilité.« 

    …

    Et c’est donc sur ce terme de « vulnérabilité« 

    _ capacité de recevoir une certaine dose (non mortelle) de blessure faisant un minimum souffrir _,

    que s’achève ce beau livre de salubrités personnelles et collectives démocratiques (ou civilisationnelles) de Michaël Foessel : « La Privation de l’intime« .

    …
    A mardi 18 heures, 15 rue Vital-Carles,

    pour écouter Fabienne Brugère

    aussi sur la « vulnérabilité« , à partir du « Sexe de la sollicitude« …

    …

    Sans négliger, non plus, de courir aller voir _ ou plutôt regarder _ le « Two lovers » de James Gray…

    …

    Titus Curiosus, ce 22 novembre 2008

    …
    …

    Post-scriptum :

    …

    je peux

    _ et même dois ! _

    encore ajouter la conclusion _ terrible ! _ d’Yves Michaud à propos de la « sollicitude« ,

    en le plus récent article_ à ce jour _ de son (excellent !) blog « Traverses« , sur le site de Libération,

    quant à l’impératif prioritaire

    de pratiquer _ « effectivement », sur-ajouterais-je, pléonastiquement !… _ la sollicitude, et ne pas faire seulement qu’en parler ou en écrire… :

    …

    « Un suicide dans les règles (5) : sur la sollicitude des philosophes et la sollicitude heideggerienne en particulier« 

    …

    cf là-dessus mon article du 20 novembre :

    « Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (4 _ en forme d’apothéose)« …

    …

    Cela nous rappelle bien des « pratiques » politiques d’aujourd’hui

    « rongeant » (gravement…) la « réalité » même de la démocratie :

    …

    dire _ et « proclamer » sur l’estrade ; « où sont les caméras ? » _

    en même temps qu’on « fait » _ hors estrade, et hors caméras _

    tout le contraire exactement de cela…

    …
    Soit la pratique _ « magicienne » _ de bonimenteur

    du camelot,

    dans le jeu _ virtuôse, voire virtuôsissime ! _ de bonneteau…

    …

    Éthique, politique, vérité, droit, justice : ou les enjeux bien réels de l’ »authenticité« ,

    dans l’éventail déployé des « pratiques », en camaïeu :

    de la sphère de l’ »intime« , à la vie publique de la démocratie,

    en passant par le champ ouvert de la « sollicitude« …

  • « Two Lovers » _ ou de l’ »humanité » vraie du « care » dans le regard cinématographique de James Gray

    Sur le bouleversant film « Two lovers » de James Gray, sur les écrans français depuis mercredi 19 novembre ;

    et son « usage » sublime du « care » :

    …

    Je sors ébloui et ravi de la première séance (de 11 heures) du 4ème film de James Gray : « Two lovers« 

    _ ou quelque chose, pour moi, comme « du care«  :

    …

    après trois œuvres déjà impressionnantes (de beauté) dans le genre « polar » de ce « très grand » James Gray : « Little Odessa« , en 1994 ; « The Yards« , en 2000 ; et « We own the night » (ou, en français, « La nuit nous appartient« , il y a tout juste un an), en 2007…
    …
    Déjà le titre

    _ en dépit qu’au générique (celui de la v. o.) le titre « Two lovers«  suive immédiatement les noms des deux « premiers » interprètes : Joaquin Phœnix et Gwyneth Paltrow  ; s’agirait-il donc, quant à ces « two lovers« , des deux personnages _ Léonard, Michelle _ que ces deux acteurs-là, ainsi mis en relief, incarnent ?.. _,

    …
    déjà le titre _ « Two lovers« _, donc,

    est ambigü ;

    …

    même si l’amour est d’abord, le plus visiblement _ bien sûr ! _, une relation duelle

    (de deux corps…) ;
    …
    car dans ces relations
    _ plurielles ! _ d’amour-là, dans ce film-ci, « Two lovers« , de James Gray,
    la relation n’est,

    apparait-il ici

    _ et davantage, pourrait-on, donc, dire, que jamais ! : sublimement !!! _ ;

    …

    la relation n’est

    jamais, en aucun de ces (divers) cas d’amour-là (de ce film), simplement

    et uniment

    duelle…

    …

    Pareille « ambiguïté« ,

    si telle ambiguïté il y a bien

    _ ou complexité de quelque chose comme une ambivalence au cœur même de l’amour, ou du désir (amoureux), éprouvé _ ;

    …

    pareille complexité (d’ambivalence) et ambiguïté

    est-elle,

    même,

    profondément voulue _ jusqu’à en faire le cœur battant du titre de son film-œuvre _ ;

    …

    profondément voulue, donc, par l’auteur,

    l’immense artiste qu’est James Gray ?..

    …
    Il nous faut, nous

    _ chacun des « spectateurs«  (actifs

    cf sur ce qu’est

    « être vaiment » « spectator »

    et « L’Acte esthétique« , de Baldine Saint-Girons ;

    et « Homo spectator« , de Marie-José Mondzain) _;

    …

    il nous faut nous y interroger :

    car c’est d’abord à cette énigme (fondamentale !)-là

    de la relation (d’amour) entre deux êtres « humains«  : « non-inhumains« , veux-je dire

    _ cf Bernard Stiegler en son « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » ;

    je reviens toujours, forcément, aux mêmes fondamentaux de ma réflexion æsthétique _ et « humaniste » !.. : les deux sont viscéralement liés, conjoints ! ;

    …

    que ce film « tendre »

    vient frontalement

    et en _ et par _ son immense et terrible douceur _ à distance océanique du mélo !!! _

    sublimement _ Baldine… _ nous confronter…

    …
    Nous sommes confrontés, tout en douceur et délicatesse, à,

    et profondément émus, touchés et complètement remués et retournés, par
    les permanentes ambivalences de l’ »humain » le plus authentique, en cette ambivalente complexité même (de l’amour vrai), qu’il _ nous _ faut, en effet, nous _ « spectateurs » _, « assumer » : comme assez rarement au cinéma,
    en une véritable (modeste en même temps, et sans esbroufe) « œuvre » (d’art) cinématographique.

    …
    De même que les personnages, eux aussi _ (l’amant _ the « lover« ) Léonard, (l’amante _ the « lover« ) Sandra, (l’amante _ the « lover« ) Michelle _, évoluent, changent, se métamorphosent,

    à la fois lentement, quasi insensiblement, sans manœuvre brutale (= esbroufe) de la caméra, ni changement grossier (= vulgarité) du décor _ même si on change (et magnifiquement) de « quartier » (de New-York :

    ô combien amoureusement la ville de James Gray est-elle ici filmée par cet enfant de Brighton Beach, à Coney Island, qu’est James Gray !) _,

    …

    tout est doux, tout se déploie sans brusquerie aucune, ni coup de revolver, pour une fois,

    …

    et sous le choc des « accidents » _ contingents _ qui les effleurent, touchent, blessent, jettent à terre, et, même, à l’occasion, presque les noient,

    littéralement,

    ces « personnages »…

    …
    qui ont

    _ ou/et connaissent, ainsi :

    et il leur faut un minimum de temps, forcément, pour essayer de « s’en remettre » _

    leurs chutes de tension _ dé-préssurisation _, là, à terre…
    …
    Le personnage de Léonard Kraditor _ qu’incarne « magiquement », et magistralement dans sa quintessence (sublime) d’ »humanité » !.. ; quel « acteur » !.. ;

    en ses métamorphoses physiques,

    de la balourdise la plus traînante (et courbure de dos, juste ce qu’il faut, pataude),

    à la grâce de la lumière, et de la danse, et de l’éclat _ de diamant _ de son regard, perçant et « droit »sous le velours d’un voile infinie de tristesse,

    un plus qu’ »évident » Joaquin Phœnix _ ;
    …
    le personnage de Léonard Kraditor, donc,
    un trentenaire célibataire qui vit, loge, habite et travaille chez « papa et maman »,
    est partagé,

    …

    sans compter la toute première fiancée partie, enfuie

    _ présente en forme de photo encadrée au chevet de son lit, dans sa chambre _,

    qu’il n’a pas pu

    _ pour raison médicale (leurs enfants auraient été « porteurs malades » d’une maladie dont ces deux fiancés-là étaient et sont « porteurs sains ») _ ;
    …
    sans compter, donc, la toute première fiancée qu’il n’a pas pu

    épouser ;

    …

    qui l’a quitté et mis au désespoir

    en s’enfuyant,

    et sans que, pour jamais, il puisse la « re-joindre »

    …

    _ d’où plusieurs tentatives de suicide

    dont celle par noyade en ouverture, sublime, du film

    _ tranquillement alentie :

    juste avant, le convoyeur (de la blanchisserie paternelle, nous le découvrirons un peu plus tard) laisse glisser à terre, sur le ponton, ou pont-passerelle, l’étui à vêtements (nettoyés à sec) qu’il était chargé, donc, de convoyer à un client de la blanchisserie : se lit par dessus le porte-manteau du vêtement nettoyé : « we love _ avec un gros cœur rouge _ our customers« … _

    …

    dont celle par noyade en ouverture, donc,

    du film, de depuis un ponton, ou un pont-passerelle, pour piétons : la scène, dans la douceur moite d’un crépuscule d’automne new-yorkais, est proprement « magique » ! ;

    …

    en plus de s’être tailladé les veines du poignet gauche ;
    et de divers séjours à l’hôpital pour « troubles bi-polaires« … ;

    …
    le personnage de Léonard Kraditor, donc, est partagé

    entre deux femmes qu’il aime

    _ et aime aussi physiquenent, charnellement (à l’écran, dans ce que nous donne à voir, ou nous montre, de l’intimité ;

    …

    (sur cette « intimité » du personnage de Léonard,

    je pense ici au magnifique « La Privation de l’intime » de Michaël Foessel ;

    cf mon article « La pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie »  ;

    ainsi qu’au très beau « Amitier » de Gilles Tiberghien :

    cf mon article « L’acte d’ »amitier » : pour une anthropologie fondamentale (du sujet actant)« ) ;

    …

    dans ce que nous donne à voir de l’ »intimité »

    _ = « des liens à » (d’autres sujets _ et non « objets » _ humains), nous a excellemment montré Michaël Foessel _,

    de Léonard

    et des autres _ au moins deux, si l’on en croit le titre : « Two lovers » _ des « lovers in love« ,

    la caméra pudique

    _ toujours superbe de puissance autant que de délicatesse, quant à ce qui secoue physiquement ces amants… _

    du magnifique James Gray) :
    …
    la brune Sandra Cohen

    _ qu’incarne l’excellente, toute de sobriété attentive et tendre (« care« ), Vinessa Shaw _

    qui l’a « remarqué », lui, Léonard, à la boutique (de blanchisserie-teinturerie) où il traîne tant bien que mal sa dégingandée carcasse (et promène erratiquement, sans se fixer sur grand chose, ses yeux de velours) ;

    …

    et à laquelle il plaît (déjà) bien… ;

    …

    et que les deux familles (les Kraditor et les Cohen _ professionnellement alliés : en voie d’association) voudraient (bien) lui voir épouser ;
    …
    et Michelle, une intrigante superbe « voisine » blonde, tout récemment installée _ par un (riche) amant marié _, de l’autre côté de la cour de l’immeuble (de briques de couleur ocre) ;
    …
    tandis que ce personnage de Michelle

    _ qu’incarne (avec beaucoup, beaucoup d’élégance, et de charme, et jamais trace d’hystérie) Gwyneth Paltrow _

    ne parvient pas, « de son côté », à quitter

    l’homme marié
    _ riche, et d’une génération plus âgée que la sienne
    (ce dernier, Ronald Blatt, confie à Léonard qu’il a lui-même un fils _ d’une trentaine d’années, vraisemblablement, lui aussi _ qui lui ressemble étrangement, en son allure quelque peu « empruntée »… _) ;
    …
    ne parvient pas à quitter l’homme marié, donc,

    qui lui-même ne se décide décidément pas à quitter sa (propre) femme-épouse
    pour épouser (et vivre complètement avec) sa maîtresse,
    qu’il vient
    ,
    quand débute le film,
    d’installer (faire aménager), donc, dans le quartier _ un peu délabré : Brighton Beach, sur Coney Island, à New-York  _ où habite encore sa propre mère âgée…
    …

    Soit un portrait d’ »humanité »,

    notamment, et d’abord, de Léonard _ qu’incarne si magistralement Joaquin Phœnix (Chapeau !) ;

    et de Sandra _ splendidement attentive et bienveillante (ou le « care » :

    Sandra offre à Léonard une paire de gants protecteurs),

    en ce qu’en donne la très belle, elle aussi, et non transparente, Vinessa Shaw ;

    …

    sans oublier la figure extraordinairement attentive de la mère, Ruth Kraditor, portée par une radieusement sobre et belle (et aimante) Isabella Rossellini

    _ fille d’Ingrid Bergmann et Roberto Rossellini ;

    à la formidable « humaine » présence…

    …

    Soit une œuvre (de cinéma) majeure _ sublime, oui ! _ de James Gray, que ce « Two lovers« ,

    sur ce qui demeure, encore, un peu, de plus « humain » _ si vulnérable _ dans notre humanité de plus en plus inattentive (= « in-humaine« , barbare)…

    …

    Titus Curiosus, le 21 novembre 2008

  • Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (4 _ en forme d’apothéose)

    Sur l’épisode n°5

    _ « sur la sollicitude des philosophes, et la sollicitude heideggerienne en particulier«  _

    d’une série d’articles d’Yves Michaud _ « Un Suicide dans les règles » _,

    à propos la (bien) pénible affaire du « suicide d’une philosophe«  suite à sa non-titularisation,

    dans des circonstances (universitaires) de formes (on ne peut plus) légales (« dans les règles« ), certes,

    mais sans guère de « sollicitude«  (« care » : donc éthique), semble-t-il :

    …

    voici, du moins, une nouvelle pièce (d’analyse philosophique _ pointue…) à verser, aujourd’hui, à ce dossier ;

    et on ne perdra certes pas son temps à accepter de bien vouloir lire in extenso ce nouvel article d’Yves Michaud en son blog « Traverses » du site de Libération, à la date de ce jour : « Rédigé le 20/11/2008 à 16:54« …

    …

    En pleine lecture de l’essai « Le Sexe de la sollicitude » de Fabienne Brugère,

    qui le présentera à la Société de Philosophie de Bordeaux, dans les salons Albert-Mollat de la Librairie Mollat _ 15 rue Vital-Carles, à Bordeaux _ mardi prochain, 25 novembre, à 18 heures,

    …

    je n’ai donc pu que me trouver « interpellé »

    par le sous-titre de ce nouvel « épisode »

    de la (très remarquable) analyse michaldienne de ce (bien) pénible « cas » :

    « sur la sollicitude des philosophes, et la sollicitude heideggerienne en particulier« , donc…

    …

    Dans une forme absolument « désopilante«  (!!!)

    qui n’est pas sans rappeler le talent _ ou le génie : déchaîné ! _ du Swift des « Instructions aux domestiques »

    (afin de « résoudre » « au mieux » l’assez difficile famine irlandaise _ de son temps, en 1745),

    …

    Yves Michaud nous prie, nous, lecteurs, de bien vouloir lui pardonner quelque « excès » d’humour noir » :

    …

    l’adjectif « désopilant » est, en effet, employé par l’auteur de cet article (d’anthologie) lui-même, pour l’usage de « Heidegger » que « se permet » _ sans doute en vertu de la « méta-fiction » ! _ un auteur de romans japonais, M. Tsutsui Yasutaka ;

    en voici le détail :

    …

    « Histoire de sourire dans une affaire sinistre,

    je renvoie sur ces quelques points à un roman désopilant du japonais Tsutsui Yasutaka, grand maître de la méta-fiction, « Les cours particuliers du professeur Tadano » _ ce roman, de 1990, est paru en traduction française aux Éditions Stock, en 1996.

    …

    Que les Brestois se rassurent, le livre de Yasutaka _ né en 1934 à Ōsaka _ ne se passe pas à l’Université de Bretagne occidentale ; et le professeur Tadano n’y enseigne pas la philosophie allemande !

    …

    Dans ce  roman, le professeur Tadano, qui a l’air de s’y connaître en jargon heideggerien authentique _ comment ne pas admirer l’emploi d’un tel terme en pareille occurrence ?!.. _, paraphrase ainsi la pensée du maître :

    …

    « Tenez, par exemple, quand on aide les autres, quand on couche avec eux, quand on les trahit, quand on se fait transmettre le virus du sida, tout ça, c’est de la sollicitude dans la terminologie de Heidegger » ;

    ou encore :

    « L’authenticité, c’est quand l’homme fait face à sa souffrance et à sa peine, qu’il l’assume, sans chercher à lui échapper

    en faisant du tourisme de masse ou en se réfugiant dans la bouffe,

    bref,

    qu’il existe réellement en tant que lui-même. » Fin de la citation du roman japonais.

    …

    Yves Michaud s’en excuse un peu plus loin, au final de l’article :

    …

    « Qu’on me pardonne, pour finir, mes quelques traits d’humour noir.
    D’abord ils soulagent.
    Ensuite j’espère bien qu’ils ne dissimulent pas mon sentiment profond : que toute cette histoire fut et demeure strictement
    _ l’adverbe aussi est important _ « dégueulasse ». »

    …

    Merci…

    Et sur le fond, maintenant,

    lire tout le détail de l’article sur le site « Traverses » d’Yves Michaud…

    …
    Titus Curiosus, ce 20 novembre