Étiquette : Beethoven

  • La passionnante aventure discographique « Schubert + » de Can Çakmur pour le label Bis : une intelligence lumineuse, ramifiée et rhizomatique, des œuvres…

    Le pianiste turc Can Çakmur – né à Ankara en 1997 – poursuit une passionnante aventure discographique pour le label Bis, intitulée « Schubert +« ,

    au cours de laquelle il se propose d’enregistrer et nous donner à partager à l’écoute les principales œuvres pour piano (hors fragments) de Schubert, auxquelles s’ajouteront, chaque fois, en chacun de ces CDs, des compositions d’autres auteurs – antérieurs, contemporains ou postérieurs – dont la musique présente une parenté, directe ou indirecte – voilà ! selon ce mode actif si fécond d’imageance inventive, ramifiée et rhizomatique, que j’aime tant ! – , avec les œuvres de celui-ci.

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    Et à ce jour, 5 CDs sont d’ores et déjà parus  :

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    _ le CD Bis 2650 « Schubert + Schoenberg » – je ne le possède pas ; et n’en connais que ce qu’en déclare l’article « Can Çakmur éblouissant dans Schoenberg et inégal dans Schubert » de Patrice Lieberman, paru dans le magazine Crescendo du 5 septembre 2023 ; et c’est peut-être cette expression d « inégal dans Schubert«  qui m’avait alors dissuadé, en 2023, de faire l’achat de ce CD… – ;

    _ le CD Bis 2680 « Schubert+ Brahms » – avec de Brahms, les 4 Klavierstücke Op. 119 : ce chef d’œuvre majeur de tout le répertoire pianistique ! – ;

    _ le CD Bis 2690 « Schubert + Krenek » – avec de Krenek, la Sonate pour piano n°2 Op. 59 – ;

    _ le CD Bis 2710 « Schubert + Voříšek + Chopin + Scriabin » – avec de Voříšek, les « Impromptus n° 4 et n°6 » de l’Op. 7 ; de Chopin, les « Impromptus n°1″ Op. 29, « n°2 » 0p. 36 et « n°3 » Op. 59, et la « Fantaisie-Impromptu » Op. posthume 66/ WN 46 ; et de Scriabine, les « Impromptus n° 1 er 2 » de l’Op. 12 – : à propos de ce tout nouveau genre alors, et qui me plaît tant, qu’est l’ »Impromptu » (cf mes précédents articles « Découvrir le courageux talent de Can Çakmur dans les « Impromptus » D. 899 et D. 935 de Franz Schubert dans ses passionnants (et audacieux) CDs Bis 2680 et 2710 – SACD « Schubert + … » : un interprète désormais à suivre… » ainsi que « Ecouter le précédent CD « Franz Schubert – Impromptus – Klavierstücke », enregistré à Lisbonne en 2015, de l’extraordinaire pianiste Ammiel Bushakevitz : le charme fou des « Grätzer Walser » D. 924…« , articles en date du 5 mars 2025 et du 16 mai 2025) ; et ce magnifique CD « Schubert + Voříšek + Chopin + Scriabin » de Can Çakmur s’est ainsi révélé incontourable, et j’y reviendrai, forcément… ;

    _ et le CD Bis 2750 « Schubert + Beethoven« , que je viens juste de me procurer – avec de Beethoven, les « 32 Variations sur un thème original« , Wo080, composées, elles, en 1806… – .

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    L’entreprise de mettre chaque fois en relation ces diverses œuvres est absolument passionnante !

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    De même que ce qu’en indiquent, chaque fois, en chaque CD, les intelligents et lumineux livrets de la plume de Can Çakmur lui-même…

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    Et c’est cette autonomie à l’égard du modèle écrasant qu’était jusque là pour Schubert l’écriture beethovienne de la sonate pour piano, que le jeune Franz Schubert – il est né le 31 janvier 1797  – conquiert, en 1819 – il a tout juste 21 ans – , avec l’écriture tout à fait originale de cette sonate pionnière – à partir de lieder… – qu’est sa Sonate D. 664, que vient lumineusement éclairer pour nous le livret de Can Çakmur ;

    je lis :

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    à partir de cette Sonate en la majeur D. 664, Franz Schubert, « dont le domaine est le lied« , a enfin « trouvé une manière d’aborder cette forme – qu’est la Sonate pour piano – qui lui était propre : parmi les 32 sonates de Beethoven, il n’y en a pas une seule qui commence par la formule « mélodie + accompagnement ». Et aucune sonate de Schubert antérieure à la D. 664 ne le fait non plus. C’st ici que l’extraordinaire talent de compositeur de lieder de Schubert a trouvé le moyen de transformer la nature oppositionnelle de la – traditionnelle – forme sonate en un récit – original, schubertien… – tissé de mélodies – voilà ! – dans lequel les paysages semblent changer progressivement, comme s’ils étaient vus du point de vue d’un voyageur – le wanderer schubertien, qui marche et qui avance… – , sans qu’il soit nécessaire de juxtaposer des éléments – allegro – adagio... – contrastés« …

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    CQFD.

    L’intelligence de lecture des œuvres qu’opère Can Çakmur est vraiment lumineuse…

    Bravo maestro !

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    Ce samedi 13 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Quid des « Bagatelles » de Beethoven, et de leurs interprétations au disque ? Une question à propos de la parution du CD cpo « Ludwig van Beethoven – Bagatelles et Variations » de Michael Korstick. Mon choix après écoutes comparées : Ronald Brautigam faisant revivre sur ses pianofortes la flamme de Beethoven lui-même composant jubilatoirement à son piano !..

    C’est la récente parution – puis acquisition chez mon disquaire préféré et auditions répétées sur ma platine – du CD cpo 555 564-2 « Ludwig van Beethoven – Bagatelles et Variations » de Michael Korstick – enregistré à Cologne le 1er octobre 2020, et du 12 au 14 avril 2022 – qui m’a amené à me poser la question d’abord de la valeur en quelque sorte intrinsèque – si j’ose dire… – , de ces œuvres de Beethoven, à la fois par comparaison avec d’autres œuvres – chefs  d’œuvre plutôt… – pour piano de Beethoven, mais aussi avec des pièces un peu singulières proches, telles que les merveilleux « Impromptus » de Schubert, ou ceux de Vorisek ;

    mais aussi me poser la question de l’échelle de valeur – à mon goût personnel du moins… – des interprétations de ces pièces, par exemple par comparaison du jeu ici de Michael Korstick – un interprète assurément marquant ; et je possède son coffret Oehms OC 125 de 11 CDs « Beethoven Complete Piano Sonatas« , paru en 2012… – avec celui d’un Ronald Brautigam ou d’un Stephen Kovacevich, des pianistes que j’apprécie beaucoup beaucoup, tous les deux, pour le vivacité et la fraîcheur enthousiasmante de leur jeu, qui fait qu’à leur écoute on a l’impression d’assister à la création du compositeur lui-même improvisant à son piano…

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    D’ailleurs,

    en son article intitulé « La Queue de la comète » – qui m’a fait connaître la parution de ce CD de Michael Korstick pour le label cpo – ,  Jean-Charles Hoffelé, s’il ne dit rien de Ronald Brautigam, fait précisément référence à l’interprétation du « jeune Stephen Kovacevich«  – c’était en 1974 ; mais je possède aussi le coffret EMI de 9 CDs « Beethoven – The Complete Piano Sonatas , Bagatelles Op. 119 – Op. 126 » de Stephen Kovacevich,  où se trouve, aux plages 3 à 13 du CD n° 9, une magistrale interprétation de cet opus 119…  – des « 11 Nouvelles Bagatelles » Op. 119 de Beethoven, que Jean-Charles Hoffelé qualifie en cet article du 3 juin dernier, je le cite, de « chef-d’œuvre qui laisse espérer pour demain une autre apostille – de la part de Michael Korstick – aux Sonates et aux Diabelli déjà brossées par Michael Korstick : les Bagatelles Op. 126 et tant d’autres cahiers de variations, de pièces diverses – l’Allegretto en ut mineur – WoO 53, à la plage 7 de ce CD cpo de Michael Korstick, mais absent du splendide coffret Bis 2403 SACD « Beethoven – The Complete Variations, Bagatelles & Clavierstücke » de 6 CDs de Ronald Brautigam… – rappelle ici – et c’est magnifique ! – leur importance – espèrent ce piano magistral » – wow…

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    Voici donc cet article « La Queue de la comète » de Jean-Charles Hoffelé : 

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    LA QUEUE DE LA COMÈTE

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    D’où viennent – excellente question – les Bagatelles, ces pièces audacieuses que Beethoven aura jetées – fiévreusement improvisées – sur le papier d’un trait, et qui le montrent tout humeur, improvisant à loisir ? Dans son cosmos pianistique elles semblent ne subir en rien l’attraction des Sonates, leur fantaisie – c’est aussi tout un chapitre de notre histoire de la musique… – rappelle la manière de ces compositeurs bohémiens, Voříšek, Benda, Tomášek – voilà, voilà : les inventeurs des tous récents alors « Impromptus« … – , avec lesquels il entretenait des liens d’admiration mutuelle.

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    En mariant l’Opus 33 et l’Opus 119 – de Bagatelles – à trois cahiers de variations, Michael Korstick infuse dans les Bagatelles cette logique de cycle que les pianistes y entendent rarement : plus des vignettes, mais à chaque fois un tout.

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    Son clavier fusant et clair – oui – , le style classique pourtant capable d’aventure, le toucher net, coupant lorsqu’il faut, puis soudain dispensant des sfumatos à profusion, les magnifie, et me rappelle les audaces dont les avait parés – c’était en 1974 – le jeune Stephen Bishop Kovacevich – né en 1940, il avait 34 ans..

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    La même versatilité – ouverte aux grands vents de l’improvisation respirée – emporte les Variations, le tumultueux cahier en ut mineur évidemment, si intense – une merveille ! – , le grand jeu des turqueries de l’Opus 76, mais jusqu’à cette merveille trop peu courue qu’est le vaste cahier des Variations sur un thème de Righini, dont le demi-caractère, la lyrique un peu mozartienne, en aura désarçonné plus d’un.

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    Mais commencez par les Bagatelles Op. 119, chef-d’œuvre qui laisse espérer pour demain une autre apostille aux Sonates et aux Diabellidéjà brossées par Michael Korstick : les Bagatelles Op. 126 et tant d’autres cahiers de variations, de pièces diverses – l’Allegretto en ut mineur rappelle ici leur importance – espèrent ce piano magistral.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Ludwig van Beethoven(1770-1827)

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    32 Variations sur un thème original en ut mineur, WoO 80
    7 Bagatelles, Op. 33
    Allegretto en ut mineur, WoO 53
    6 Variations sur un thème original en ré majeur (« Marche turque »), Op. 76
    11 Bagatelles, Op. 119
    24 Variations en ré majeur sur l’air « Venni Amore » de Vincenzo Righini, WoO 65

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    Michael Korstick, piano

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    Un album du label CPO 555 564-2
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    Photo à la une : le pianiste Michael Korstick – Photo : © D 

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    Après plusieurs écoutes et ré-écoutes des interprétations présentes en ma discothèque personnelle de Stephen Kovacevich pour les « 11 Bagatelles » Op 119, et de Ronald Brautigam pour ces mêmes « 11 Bagatelles » Op. 119, ainsi que les « 7 Bagatelles » Op.33, mais aussi les « 32 Variations sur un thème original en ut mineur« , WoO 80 – superbissmes ! , les « 6 Variations sur un thème original (Marche turque)« , Op. 76, et les « 24 Variations sur l’Air de Righini « Venni Amore’ » sur de superbes pianofortes du facteur McNulty, d’après un Walter & Sohn ca. 1805 et un Conrad Graf ca 1819,

    je dois bien avouer que c’est aux interptrétations infiniment fruitées et proprement jubilatoires de Ronald Brautigam à ses pianofortes que va ma préférence…

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    A l’écouter,

    c’est le feu de Beethoven lui-même à son piano auquel nous avons comme miraculeussement accés…

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    Bravo !

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    Ce mercredi 18 juin 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter la « Suite pour flûte et petit orchestre » (de 1931) de Lucien Durosoir en sa transcription pour flûte et piano par le brillantissime et profond Philippe Hattat en un flamboyant concert « Durosoir invite Poulenc », au Château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, par les splendides Mathilde Calderini, à la flûte, et Philippe Hattat, au piano ; ou le génie titanesque de Lucien Durosoir splendidement magniflé par leur incarnation tragique superlative…

    Le 19 mai 2024, il y aura un an, j’avais été supérieurement enthousiasmé par le concert « Durosoir invite Ligeti« qu’avait donné le Quatuor Tana, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines,

    ainsi qu’en témoigne l’article « Puissance et génie de deux chefs d’oeuvre incisifs de deux compositeurs éblouissants du XXe siècle : le Quatuor n°3 (de 1934) de Lucien Durosoir et le Quatuor n°1 (de 1954) de György Ligeti, par un stupéfiant d’intelligence et sensibilité Quatuor Tana pour un très marquant concert « Durosoir invite Ligeti » au Festival Lucien Durosoir (Mai musical 2024) en Chalosse… Une révélation pour beaucoup et un émerveillement pour chacun ! » rédigé le soir même, à mon retour à Bordeaux…

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    Aussi pour rien au monde aurais-je manqué de venir jouir cette année, en ce même château Mombet, à Saint-Lon-les-Mines, du concert « Durosoir invite Poulenc« , donné samedi 3 mai par Mathilde Calderini, flûte, et Philippe Hattat, piano,

    en un programme cette fois constitué d’œuvres de Mel Bonis, Claude Arrieu, Claude Debussy, Francis Poulenc, et Lucien Durosoir, en une transcription pour flûte et piano réalisée par Philippe Hattat lui-même de la « Suite pour flûte et petit orchestre« , composée en 1931 à Belus par Lucien Durosoir… 

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    D’autant que j’avais bien sûr très très à cœur de revoir mes chers amis Luc et Georgie Durosoir, mais aussi de rencontrer – pour la première fois – Philippe Hattat, qui m’a bien aidé, à l’occasion, en mes recherches raveliennes – sur ce que j’ai nommé « les cousinages cibouro-luziens » de Maurice Ravel – , alors que je n’avais eu avec lui jusqu’alors que des échanges – très précieux, très féconds ! – par courriels :

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    ce dont témoignent mes articles successifs en date du 15 juillet 2019 « Engrace et Gracieuse Billac : parmi les enfants de Marie-Baptiste Delouart et Jacques Billac, à Ciboure« ,

    24 septembre 2019 « Nouvelles questions ravéliennes autour des Delouart et Billac de Ciboure, et Gachucha Billac« 

    et 30 septembre 2019 « Une confirmation : la date du mariage des parents du cibourien Jacques Billac, le mari de l’arrière-grand-mère de Maurice Ravel, et père de la « chère Tante Gachuch » ; et les Errecalde (ou Recalde) de Ciboure » ;

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    ainsi que celui du 1er septembre 2020 « Philippe Hattat, pianiste, en séquoia, pour le dossier « Les plus belles pousses du piano nouveau », du numéro de septembre de Classica« ,

    et celui du 14 avril 2022 : « Comment ma curiosité et le nom de Philippe Hattat m’ont conduit à la découverte de l’oeuvre d’Olivier Greif (1950 – 2000)« …

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    Le principe de ces concerts que Luc Durosoir et Georgie Durosoir conçoivent maintenant que l’œuvre entier de Lucien Durosoir est disponible en CDs, consiste principalement à faire dialoguer l’œuvre si singulière et si magnifique du cher Lucien Durosoir (1878 – 1955) avec des œuvres d’autres compositeurs – contemporains ou pas – :

    ainsi l’année dernière, outre le saisissant concert « Durosoir invite Ligeti« , notamment le concert « Debussy-Durosoir : Sonates en miroirs » – par Stanislas Kim et Marie Günter – du 5 mai 2024 ;

    et cette année-ci, outre ce concert « Durosoir invite Poulenc« , notamment un concert « Fauré et Durosoir en miroirs«  – par Briac Vourch et Guillaume Vincent – , à venir le 21 juin prochain, au château de Gaujacq… 

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    Le concert de Mathilde Calderini et Philippe Hattat, samedi dernier 3 mai, fut exceptionnel de beauté !

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    Et les deux interprètes, Mathilde Calderini et Philippe Hattat, ainsi que le magnifique transcripteur – quel exploit, pas seulement technique, mais surtout merveilleusement musical (!) de faire rendre ce que donne l’orchestre par le seul piano !!! – , qu’est aussi Philippe Hattat – compositeur qu’il est aussi… – , furent ovationnés longuement et très fort, comme ils le méritaient !

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    Pour ma part, j’ai découvert à cette occasion le charme délicieux et tout à fait prenant de la « Sonate pour flûte et piano » Op. 64 (de 1904) de Mel Bonis, que je ne connaissais pas jusque là ;

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    et j’ai été enthousiasmé aussi par leur interprétation de la très virtuose – un pur chef d’œuvre jubilatoire ! – « Sonate pour flûte et piano » FP 164 (de 1957) de Francis Poulenc…

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    Tout en constatant, cette fois encore, l’extraordinaire singularité (!) du génie musical de Lucien Durosoir, qui rend si difficile, au concert, l’appariement de ses œuvres si puissantes avec d’autres du – plus doux, beaucoup plus doux – répertoire français, auquel, pourtant, Lucien Durosoir appartient indubitablement aussi…

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    Et je confiais après le concert à Philippe Hattat, qu’à mes oreilles, le génie créateur de Lucien Durosoir, l’apparente à ceux, d’une puissance vraiment très rare, d’un Michel-Ange, d’un Walt Whitman, et en musique, d’un Beethoven…

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    Et je pense aussi à cet exceptionnel chef d’œuvre de poésie que sont « Les Tragiques » d’Agrippa d’Aubigné…

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    Et quand, revenu chez moi, je mets sur ma platine la « Suite pour flûte et petit orchestre » interprétée par le Taurida International Orchestra dirigé par Mikhail Golikov, avec la flûtiste Varvara Vorobeva, au sein du CD Vel 1568 Cascavelle « Dejanira  » – enregistré à Saint-Petersbourg au mois de juillet 2017 – , et en ce que le livret qualifie de « l’œuvre la plus optimiste du catalogue » de Lucien Durosoir ! – ,

    je trouve beaucoup plus idoine avec le génie propre de Lucien Durosoir ce qu’en ont incarné, pour nous, si sublimement en ce concert au château Mombet samedi dernier 3 mai, Mathilde Calderini et Philippe Hattat, dans ce que j’ai moi-même pu qualifier jadis de ligne serpentine – en l’occurrence celle d’un vaste et long énorme boa constrictor ! Je pense aussi au sublime contorsionnemnt douloureux du « Laocoon » du Musée du Vatican – , pour qualifier la « patte » titanesque et tragique, sublimée, de Lucien Durosoir, compositeur de génie…  

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    Ce jeudi 8 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour alourdir le dossier d’Arkadi Volodos, ou « l’insupportable lourdeur du paraître »…

    En complément à mon article d’hier 3 février 2025 «  » collectant mes précédents articles sur les Brahms très maniérés à mes oreilles d’Arkadi Volodos,

     
    voici, ce mardi 4 février, de plus brèves remarques, données seulement au passage, et par comparaison avec d’autres interprètes, en de précédents articles miens sur le jeu de Volodos en ses Chopin, Beethoven, Blasco de Nebra et Mompou,
    en comparaison, donc, avec des interprètes qui m’agréent bien davantage que lui, tels que Leif Ove Andsnes, Ronald Brautigam, Josep Colom ou Stephen Hough ;
    et c’est assez parlant ! :
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    « Pour son premier CD Chopin intégralement consacré à ce compositeur, Leif Ove Andsnes nous offre un parfait jeu droit, pleinement classique, vibrant de tendresse maîtrisée, sans la moindre once de maniérisme ; à comparer à l’insoutenable Volodos (cf l’article lucide L’Insoutenable lourdeur du paraître, d’Alexandre De Louit, le 1-2-2004, sur le site de Res Musica ; les choses ne se sont pas arrangées depuis… ni de froideur non plus ! ».

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    « Ronald Brautigam est un prodigieux, en même temps qu’éminemment simple : quel grand art d’y parvenir à ce point !, pianiste magicien, au jeu d’une magnifique vitalité, et naturel ! sans le moindre maniérisme, jamais ! Un anti Arkadi Volodos, en quelque sorte (un chichiteux qui s’écoute lui-même au lieu de se mettre à l’entier service des œuvres auquelles il s’essaie : un narcissique que j’abomine)… »
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     « Et tout un chacun peut en juger sur you tube, qui met en ligne de quoi écouter l’intégralité (de 56′) de ce magique CD de 6 Sonates (57′ 58) et de 2 Pastorelas (14′ 46) de Manuel Blasco de Nebra, interprétées par Josep Colom _ et lui seul ! Nul ne l’ayant égalé !!! Et certainement pas le sur-évalué Javier Perianes, ni l’insupportable de maniérismes Arkadi Volodos… »
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    « Si la dédicataire du quatrième cahier, Alicia de Larrocha, n’a laissé que ce témoignage partiel pour Decca, si Arcadi Volodos _ un interprète qui ne m’agrée pas : ni sobre, ni chaleureux… _ n’a gravé que des extraits de l’ensemble (Sony, 2018), d’autres se sont lancés dans l’intégrale, souvent avec bonheur. »
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    Mais je tiens aussi et surtout à donner ici et en entier le lucidissime (!) avis d’Alexandre De Louit en son article, assez génialement intitulé « L’insoutenable lourdeur du paraître », paru sur ResMusica le 1er février 2004, à propos d’un concert Scriabine, Rachmaninioff, Schubert, Liszt, Saint-Saëns, donné par Arcadi Volodos au Théâtre des Champs-Elysées le 12 janvier 2004 :
    https://www.resmusica.com/2004/02/01/linsoutenable-lourdeur-du-paraitre/
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    Arcadi Volodos : l’insoutenable lourdeur du paraître 

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    Le fait que le grand répertoire pianistique ait été tellement entendu et enregistré pousse certains pianistes d’aujourd’hui à ne l’aborder, pour ainsi dire, qu’au second degré : à travers un mentor, de préférence décédé. Au disque comme au concert, affiche la référence à Vladimir Horowitz : courtes pièces brillantes du répertoire (de son répertoire), refus des intégrales et des cycles ; surtout, transcription des œuvres, improvisations et versions enjolivées enregistrées par le « Satan en personne » du piano (dixit Clara Haskil).

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    La prouesse n’est pas nouvelle ; elle n’en est pas moins impressionnante, on l’a déjà constaté, au disque comme au concert. Cependant, le problème d’un pianiste qui a fait sa réputation sur une technique ostentatoire est qu’il doit ensuite conquérir ses lauriers de musicien « sérieux » – tout en ne décevant pas un public qui attend, bien évidemment, les morceaux de bravoure.

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    Le programme de ce concert est tout juste fait pour cela : une sonate de Schubert et des Scriabine tardifs, répertoires réputés austères ; des enchaînements de pièces d’auteurs pianistes (Liszt, Scriabine, Rachmaninoff), sans aucun « tube » toutefois et en prenant soin d’aligner plusieurs pièces lentes ; enfin, un ou deux morceaux de pure pyrotechnie pour couronner chaque partie.

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    Cela donne-t-il un concert entièrement satisfaisant ? Certes, la séduction est là, la vélocité aussi, aussi étincelante qu’au disque : les traits les plus ébouriffants passent avec une aisance sidérante. De ce point de vue, n’hésitons pas à dire que le modèle est dépassé, le jeu d’Horowitz n’ayant jamais été d’une propreté irréprochable.

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    En revanche, les doigts d’Horowitz n’étaient pas seulement ces « chevaux de course racés » (mot d’un autre pianiste : Tamás Vásáry) courant au triple galop sur la mécanique allégée de son célèbre Steinway. Ils étaient surtout le véhicule d’un sublime kaléidoscope de couleurs pianistiques. Qu’on écoute les derniers enregistrements de sonates de Scarlatti, et tous ses Scriabine : la vie de la polyphonie est d’une incroyable rigueur derrière l’impact immédiat du timbre. Chaque voix a sa couleur et chante avec sa couleur : car le maître a toujours avoué se mettre à l’école des grandes cantatrices du passé. La polyphonie est bien là chez Volodos ; mais la couleur ? le cantabile ? Comment faire vivre la Mélodie ou le Prélude en sol majeur (op. 23/5) de Rachmaninoff sans les références lyriques qui, de toute évidence, hantent le compositeur ?

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    Reste la virtuosité. On ne se donnera pas le ridicule de contester celle d’. Mais la vraie, la transcendante, pas celle des bêtes à concours mais celle des monstres sacrés auxquels il se réfère, réside-t-elle dans la facilité, dans la vitesse, dans le phénomène ? Arrau disait que pour faire leur effet, les traits ardus devaient avoir l’air ardu (il parlait du stretto de la 1ère Ballade) ; et de blâmer justement la manière d’Horowitz. Or, les effets d’Horowitz correspondent toujours à une prise de risques : plutôt que de se reposer sur ses dons, il se fragilise, se met en danger, recréant ainsi une difficulté qui ne lui est pas naturelle. C’est ce qui provoque ces strepitoso d’octaves alternées (précisément, dans la 1ère Ballade), et cette incroyable impression de tension que dégagent ses grandes interprétations – et aussi un certain nombre de fausses notes.

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    Prenez le trait d’octaves du 1er Concerto de Tchaïkovski, qu’Horowitz ne fait jamais deux fois de la même façon et qui est toujours aussi électrisant. Dans l’enregistrement de 1943 avec Toscanini, le plus féroce contempteur de l’œuvre et du pianiste se lèvera de son fauteuil pour applaudir. Voilà : c’est cela, un virtuose. Vous avez beau vous défendre, vous êtes arraché à vos habitudes, vous êtes (passez-moi l’expression) scotché – ou soulevé. Cela inclut une part nécessaire d’improvisation : encore une fois, Horowitz n’a jamais joué deux fois le même texte, soit dans ses œuvres (Fantaisie sur Carmen, Stars and Stripes) soit dans ses adaptations (Tableaux d’une exposition, Danse macabre). La Danse macabre, Volodos la joue beaucoup plus clairement, beaucoup plus sûrement, et même beaucoup plus musicalement que l’auteur de l’arrangement lui-même. A-t-elle la même saveur ? le panache désinvolte de la version Horowitz (sur le CD Horowitz Encores, BMG import) est cruelle pour le maelström très étudié de son cadet.

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    On pouvait s’en douter, c’est la « petite » sonate de Schubert qui signe la déception. Le désir de « faire délicat » n’aboutit qu’à « faire joli ». Encore une fois, on est tenté de faire le parallèle avec son modèle : pourquoi Horowitz arrive-t-il à rendre passionnante la moindre œuvrette de Clementi alors que, sous les doigts de Volodos, les thèmes légers de cette œuvre certes secondaire sonnent comme un maladroit sous-Mozart ?

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    On en revient à la couleur : de même qu’Horowitz trouve l’inspiration, pour son Rachmaninoff, dans la voix lyrique, de même il aborde le répertoire classique ou post-classique avec la mémoire de toutes les partitions d’orchestre qu’il lisait et réduisait à vue depuis son adolescence. Car la culture n’est pas inutile chez un pianiste. C’est grâce à elle qu’une sonate de Mozart sonne, par Arrau, comme le Requiem ou Don Giovanni ; par Horowitz, comme l’ouverture de Così. Et que la Danse macabre pourrait sonner comme autre chose que du très beau piano avec beaucoup de passages très rapides et très tonitruants.

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    Dans son répertoire comme dans son jeu, Arkadi Volodos force des comparaisons qui ne le flattent pas forcément. Cela dit, le seul fait qu’on puisse l’y soumettre dit assez le niveau de piano où il se situe : parmi les grands. Peut-être attend-on (et attend-il) de lui encore plus… il n’a que trente-deux ans, après tout. Mais, à juger seulement ce qu’on a entendu, cet Horowitz sans Horowitz, c’est du grand opéra en version de concert, du Krug sans les bulles.

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    Crédit photographique : (c)DR.

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    Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 12.I.2004. Alexandre Scriabine : Enigme, op. 52/2Guirlandesop. 73/1, Sonate n° 8 op. 66. Serge Rachmaninoff : Mélodie op. 3/3, Préludes op. 32/10 & 5, op. 23/10, Daisies op. 38/3, Esquisse orientale, Polka italienne. Franz Schubert : Sonate n° 6. Franz Liszt : 123e Sonnet de Pétrarque, 6e Consolation, Il Penseroso. Camille Saint-Saëns : Danse macabre (arrt Liszt/Horowitz). Arcadi Volodos, piano.

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    Voilà !
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    A très bon entendeur, salut !
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    Ce  mardi 4 février 2015, Titus Curiosus – Francis Lippa