Étiquette : Blog En cherchant bien

  • Ce que m’apporte la méditation sur les « Bagatelles » (ou « Moments musicaux ») de Valentin Silvestrov dans la préparation de mon entretien à venir mardi 14 janvier prochain, à la Station Ausone, avec l’ami philosophe Bernard Sève à propos de son magistral « Les Matériaux de l’art »…

    M’étant remis à la lecture plus passionnante que jamais _ son regard incisif de « penser » est tout aussi profond et essentiel que formidablement ample _ du magistral « Les Matériaux de l’art » _  j’adore le croisement (et lien charnel) de ce pluriel-ci avec ce singulier-là ! _ de l’ami Bernard Sève _ avec qui je m’entretiendrai de ce travail puissant, large et profond, le mardi 14 janvier prochain à la Station Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux _,
    et méditant sur la palette infinie des degrés d’ « artisticité » des œuvres _ un concept essentiel de ce livre… _,
    et sur l’inépuisable infinité des liens que toute création artistique rencontre et affronte pour aimer s’y confronter _ telle l’huitre perlière face à son grain de sable… _, et à son tour aller une marche plus loin et « créer », face aux « matériaux » qui déclenchent jubilatoirement, en forme d’infini dialogue nourri, acharné et ouvert avec ce qui devient ainsi, par ce geste comme à nouveau inaugural, son « matériau » à elle, en faveur de sa propre inventivité (que je nomme pour ma part _ et d’après les travaux si pertinents de Marie-José Mondzain _ « imageance », un mot forgé à partir d’un actif participe présent…),
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    je relis _ du verbe « relier », mais aussi du  verbe « relire » ; à la source et base-fondation de toute « culture » qui tant soit peu se tient… _ ces fécondissimes intuitions de Bernard Sève, à la musique bouleversante et carrément sidérante de Valentin Silvestrov, qui présentement vient m’enchanter aux disques ;
    …
    et tout particulièrement à ce que lui, Valentin Silvestrov, nomme très modestement, humblement, en son œuvre, « Bagatelles », ou encore « Moments musicaux » _ on pourrait dire aussi « Intermezzi »… _,
    et qui forment d’abord, et fondamentalement, son tout simple et nécessaire atelier d’improvisations, inspirées et inspirantes, respirées,
    en vue, possiblement, peut-être _ et c’est ce qui est espéré pour plus tard, et plus loin, à l’épreuve du temps _, mais cela c’est le temps à venir qui pourra, lui, se prononcer, d’ « œuvres » notées sur quelque support un peu durable et éventuellement matériellement transmissible, et pas trop vite effaçable non plus ; 
    mais le processus n’est jamais, non plus, lui-même vraiment tout à fait achevé, du moins l’artiste vivant et en capacité de « jouer », et poursuivre son œuvrer ; 
    « tant qu’il y aura de l’encre et du papier », dirait notre cher Montaigne, ainsi que notre cher Proust…
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    Et sur ce travail compositionnel de ces « Bagatelles », je me permets de citer ici ces mots éclairants de Tatjana Frumkis aux pages 13 et 14 du livret du CD PDD030 « Valentin Silvestrov – Boris Berman » :
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    « Les deux dernières décennies de travail de Silvestrov sont caractérisées par le sens de l’intimité, de « faire de la musique pour soi-même » _ sans considération de public. Le flot de petites formes avec leurs titres récurrents, valses, berceuses, postludes, nuits, barcarolles, sérénades, élégies et pastorales, entre autres, se poursuit encore aujourd’hui. Tous ces titres sont conditionnels et peuvent être facilement remplacés par le terme générique « bagatelle », introduit par le compositeur lui-même, ou « moment », un autre terme qu’il utilise. Selon Silvestrov, la principale impulsion créative _ voilà le geste de départ ! _ pour composer est une intonation, une exclamation ou un motif qui émerge momentanément et ne quitte pas l’oreille interne du compositeur _ c’est dèjà là un indice de quelque chose qui insiste pour exister si peu que ce soit, minimalement, pour le moment au moins… Une bagatelle est donc une occasion « pure » de capturer, de définir et « arrêter le moment » sans l’accabler de ce qu’on appelle le travail thématique. Puis, pour reprendre les mots du compositeur, commence un « duo avec le silence », d’abord mené par lui-même avec son inimitable toucher de piano en apesanteur (« comme s’il marchait sur de la glace au printemps »). Au début, toutes les bagatelles existent « oralement » _ sans écriture notée. Silvestrov poursuit : « Si les bagatelles survivent _ résistent, insistent _ à plusieurs jeux, encore plus, si une année passe et que je continue à y revenir encore et encore, c’est le signe qu’elles existent, ne peuvent pas être annulées et doivent être écrites ». Ce processus, de « matérialisation de l’immatériel » _ à partir de ce que Silvestrov nomme ailleurs des « graines d’intonation« … _, est très laborieux et parfois douloureux lorsqu’il s’efforce de capturer avec la plus grande précision une composition qui est née sous ses doigts, non pas une improvisation, mais une œuvre entièrement composée « prête ». C’est ainsi que les cinq premiers opus sont apparus : ils ont d’abord été enregistrés par le compositeur sur le CD (Bagatellen und Serenaden ECM, 2007), et ce n’est que plus tard qu’ils ont été couchés sur le papier et publiés sous le titre Bagatelles for piano op. 1-5 (M.P. Belaieff). (…) Jusqu’à présent, le volume de Belaieff est la seule publication de la « bagatelle epic »  _ ou les « épopées bagatelles » _ (Silvestrov), autrement dite écrite à la main, qui se compose aujourd’hui de plus de 300 opus. Les pièces de caractère ne sont plus ici des « petits riens musicaux » (traduction littérale du mot bagatelle), mais élevées au rang de « nobles insignifiants », comme Silvestrov les appelle , en plaisantant à moitié. »
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    Tout se tient donc, et est consubstantiellement lié, entrelacé en ces sentes improbables et intriquées de la création, même s’il faudra, aussi, à quelques moments ultérieurs, et choisir et trancher_ et coucher ce qui devient alors œuvre sur le papier… _,
    et laisser l’œuvre s’émanciper de soi, et vivre sa vie à elle, de par le plus ou moins vaste monde, à côté et loin de soi, 
    telle la bouteille confiée aux courants assez aléatoires de la mer dans l’espérance aléatoire de quelque destinataire qui la recevra, ou pas…
     
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    Sur ma découverte (sidérante !) de l’œuvre musical de Valentin Silvestrov,
    que pour ma part je place aussi du côté singulier hyper-intimiste bouleversant en leur pudeur et modestie des chants de la nuit de Federico Mompou (sa « Musica callada« …) et Domenico Scarlatti, mais aussi Louis Couperin, Froberger, ainsi que leurs amis luthistes,
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  • La magnifique surprise d’un passionnant « Dictionnaire » vraiment « amoureux du Pays basque » par Alain Gardinier : une mine de superbes rencontres et découvertes…

    C’est vraiment une excellente surprise que la vraie satisfaction éprouvée, ce vendredi 20 décembre, au final de ma lecture des 544 pages du « Dictionnaire amoureux du Pays basque« , d’Alan Gardinier, paru aux Editions Plon le 24 octobre dernier,

    dont j’avais entamé la lecture, non sans scepticisme au départ, il me faut l’avouer _ le défi était grand ! pour l’auteur devant un si imposant objet ! _ le 13 décembre dernier,

    comme le signalait mon article de ce jour : « « …

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    Ce nom de Gardinier non seulement m’était inconnu, maus ne présentait en tant que tel guère de proximité avec quelque ancrage un tant soit peu basque _ mais, et avec un peu de recherche de généalogie, et à partir de très faibles indices présents dans le livre, nous découvrirons que les noms de ses ancêtres bayonnais (et cantaliens, marchands de parapluie) Mialet ; et surtout Uthurbide, de Larrau – Larrain, en Haute Soule, ont davantage de marque et bayonnaise pour les Mialet, et basque pour les Uthurbide (ou les cousins Fagalde) ; les chapitres « Cinq cantons » et « Diaspora » étant eux-mêmes encore plutôt avares  de précisions familiales claires ; à quoi s’ajoutent les prénoms de Léo et Tom de ses deux petits-fils, les enfants de sa fille Tina, qui sont deux des trois dédicataires du livre ; la troisième étant une certaine Karine (d’une cryptée « Larrau connexion« )…

    Et; de plus, l’auteur semblait, d’après sa bibliographie, avoir été un journaliste surtout spécialisé dans les culture surf et rock _ sur lui, regarder cependant cette belle vidéo de 26′ d’Eric Perrin, intitulée « Le Temps d’un détour sur la côte basque avec Alain Gardinier » : Alain Gardinier s’y découvre un peu davantage, avec sa fille Tina, surtout en leur beau village de Guéthary, mais pas seulement…

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    Mais la lecture exhaustive de son travail ici, en un style de plume, de plus, fort agréable et non dénué d’esprit (!), que l’auteur explorait avec un véritable amour de très nombreux aspects, et très variés, et passionnants, de la culture basque, tant présente que passée, a beaucoup intéressé l’amoureux passionné que je suis moi-même, et depuis mon enfance, de ce si beau et si attachant Pays basque :

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    rien qu’apercevoir la silhouette de la Rhune (Larrun) qui tend comme maternellement ses larges bras verts, et accueille, me fait chaque fois, et depuis quasiment toujours, un bien fou : je prends un grand bol d’air et je respire l’air du large ;

    et c’est la même chose dès que je vois l’océan…

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    Un Pays basque parcouru de long en large, et par monts et par vaux, d’abord avec mes parents _ qui adoraient eux aussi l’arpenter, surtout en voiture ; ainsi qu’aux restaurants : par exemple à Ascain, Bidarray, Aincille ou Esterençuby… _, lors de nos vacances d’été, puis en ayant moi-même travaillé presque trois années durant _ de janvier 1972 à juillet 1974 au lycée de Marracq (bientôt René Cassin) et à l’ancien lycée technique Paul Bert, dans le Petit Bayonne _ à Bayonne, et initié par quelques collègues et amis à une basquitude véritable et profonde _ dont la participation, avec l’ami débridé Georges Bordalecou (Anglet, 16 juin 1948 – Bayonne, 21 août 2004), aux fêtes de Pampelune, au mois de juillet 1972 ; je fus présent, aussi, aux côtés de Françoise Talazac, biarrote de cœur (Tarbes, 10 septembre 1941 – Pau, 28 août 2020 ; cf mon article « En forme d’adieu à une amie de près de cinquante années : Françoise Talazac » du 30 août 2020 ; Françoise habitait rue Larralde, en plein centre de Biarritz ; son père était commissaire de police…), à sa prise de robe d’avocat à Pau : en 1974 ? Georges Bordalecou m’avait fait découvrir aussi, le premier, la très chaude ambiance des cidreries d’Hegoalde ; la première fois, ce fut à Irun, je m’en souviens encore ; et j’adore le goût unique du sagardo, le cidre basque ; cf mon article « L’incontournable Cidrerie Camino Berri de Biriatou, de la famille Beloqui, vient de fermer ses portes : vive émotion et bien chaleureux remerciements ! » d’il y a aujourd’hui presque un an, c’était le 23 décembre 2023 ; lire ici le beau chapitre « Txotx! » d’Alain Gardinier… ; fin de l’incise…

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    Je résidais déjà alors en notre cher appartement d’Urdazuri _ face aux pelouses bien vertes du lycée Maurice Ravel _, à Saint-Jean-de-Luz, que j’aime tant…

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    A suivre : j’aurai bien des choses à en dire, et qui me tiennent à cœur, dans le détail…

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    Mais d’ores et déjà déjà :

    bravo, bravo, et merci, Monsieur Gardinier !..

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    Vous savez fort bien partager, par l’écriture, votre amour puissant de cette si attachante belle terre basque.

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    Ce vendredi 20 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La sublime lecture de Grec de Barbara Cassin : « L’Odyssée » d’Homère entre mythos et logos, ou le poète Homère en philosophe

    Simplement,

    admirer la lumineuse leçon de langue de la vidéo (de 54 ‘) de Barbara Cassin s’entretenant mardi 3 novembre dernier avec Pierre Coutelle, à la Station Ausone, de son stupéfiant « L’Odyssée au Louvre. Un roman graphique » ;

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    ou le regard sagace d’une presque simple visiteuse _ et quelle lectrice ! _ du musée,

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    tout particulièrement les collections du marquis Campana (Rome, 1809 – Rome, 10 octobre 1880)…

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    Et, peut-être en appendice superfétatoire,

    jeter un œil à mon article d’hier, « En relisant le magnifique « Le bonheur, sa dent douce à la mort _ Autobiographie philosophique » de Barbara Cassin, quelques remarques de lecture attentive sur le séjour de ses parents, Pierre et Hélène Cassin, et sa sœur aînée Nelly, à Navarrenx de 1940 à 1943, protégés par Henriette Verdalle…« ,

    soit un petit courriel adressé à Barbara Cassin, après la lecture, enchantée elle aussi, de son merveilleux « Le Bonheur la dent douce à la mer _ Autobiographie philosophique« …

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    Merci ! Merci !! Merci !!!

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    Ce mardi 10 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En relisant le magnifique « Le bonheur, sa dent douce à la mort _ Autobiographie philosophique » de Barbara Cassin, quelques remarques de lecture attentive sur le séjour de ses parents, Pierre et Hélène Cassin, et sa soeur aînée Nelly, à Navarrenx de 1940 à 1943, protégés par Henriette Verdalle…

    Voici ce courriel à Barbara Cassin,

    postérieur à notre bref mais jubilatoire échange, au terme de son magnifique entretien avec Pierre Coutelle à la Station Ausone mardi dernier, à propos de son superbe « L’Odyssée au Louvre : un roman graphique« ,

    à propos, ici, du séjour à Navarrenx, les années 1940 à 1943, de ses parents Pierre et Hélène Cassin, sa sœur Nelly et son frère Jacques :

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    Chère Barbara,

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    Après la formidable sensation éprouvée, à l’écoute attentive de votre parole, de votre enthousiasmante, mais aussi très justement ce qu’il faut exigeante, fierté de liberté de penser et générosité de partage, en votre riche entretien de mardi dernier à la Station Ausone avec l’ami Pierre Coutelle, je viens de lire et relire avec passion votre merveilleux « Le bonheur, sa dent douce à la mort : autobiographie philosophique » _ ce superbissime titre est emprunté à la formidable « Alchimie du verbe » d’ « Une Saison en enfer » d’Arthur Rimbaud : « Le bonheur ! Sa dent douce à la mort, m’avertissait au chant du coq _ ad matutinum , au Christus venit _ dans les plus sombres villes ! »… _,
    où j’admire votre si féconde approche philosophico-autobiographique, justement, du passage toujours furtif et quasi sauvage, libre, si difficile à tenir, impossble à dompter, « de l’anecdote à l’idée » et « de la vie à la pensée » _ « Comment procède-t-on parfois, certaines fois et pas d’autres, de manière imprévue et précise, comme autoritaire, de la vie à la pensée » ; et « Je me souviens, je ne me souviens pas. Il y a tant de charme, mais aussi tant de ruse dans ce dont on choisit de se souvenir. Ces phrases sont comme des noms propres, elles titrent les souvenirs. Quand j’en parle, quand je parle, je comprends pourquoi et comment elles m’ont fait vivre et penser. Si dures soient-elles parfois, elles donnent accès à la tonalité du bonheur », écrivez-vous ainsi superbement…  _,

    comme vous l’annoncez on ne peut plus clairement en l’ouverture de votre « Présentation », pages 9-10.
    …
    Soit ce processus, cette alchimie étrange et magnifique du penser et créer, tout ce qui me passionne moi aussi, et depuis tant d’années _ je suis né le 12 décembre 1947 : la même saison que vous, donc, après la guerre… _ 
    d’abord en tant qu’ayant enseigné jubilatoirement 42 années durant à « philosopher » en lycée, par l’entretien ouvert et exigeant, de chaque jour, avec mes élèves de Terminale (et la correction hyper-attentive elle aussi des tombereaux de copies : c’est probablement là  que j’ai appris à lire vraiment : avec le mieux possible de justesse d’appréciation de leur propre travail de penser, et non pas réciter, recopier, et maintenant copier-coller…) ;
    puis en l’écriture absolument libre et sans censure de mon blog « En cherchant bien », ouvert le 3 juillet 2008 par mon programmatique «   », signé longtemps seulement Titus Curiosus 
    _ je n’ai jamais recherché une quelconque reconnaissance publique, à commencer éditoriale : trop attentatoire à ce que j’estime être la sacro-sainte liberté de l’expression de mon idiosyncrasie ! Une expression, quelle qu’elle soit, est une bouteille confiée aux courants de la mer : elle atteindra forcément quelques destinataires, et j’ai confiance en ces secrets magiques cheminements… _,
    ainsi qu’en l’improvisation tellement jouissive (sur un fond de lectures minutieuses et fouillées, hyper-attentives, bien sûr, auparavant) des entretiens, avec leurs merveilleux cadeaux-surprises, dont j’ai la chance encore de disposer un peu, principalement chez Mollat
    le premier de ceux-ci à avoir été enregistré _ ces podcasts, puis vidéos, sont une initiative géniale de Denis Mollat _ est celui du 13 octobre 2009 avec Yves Michaud, sur son « Qu’est-ce que le mérite ? » : j’avais proposé à la librairie de l’inviter…
    …
    Cf aussi mon article de reprise «  » en date du 5 janvier 2024, en avant-propos à l’entretien que j’allai avoir le 9 janvier suivant _ cf ici la vidéo de cet entretien lui aussi passionnant _ avec François Noudelmann, à propos de son magnifique récit (familial) « Les Enfants de Cadillac » , mais aussi un regard rétrospectif sur le reste (!) de son œuvre philosophique singulière… Et je n’apprécie vraiment que les singuliers libres…
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    Oui, ce passage fécond (à laisser venir et surprendre sur le champ) des instants fugaces de la vie passagère à ce qu’en forge métaphoriquement, poïétiquement, la pensée, trop souvent figée et figeante et dogmatique, mais pas toujours _ Montaigne, Nietzsche, et quelques autres, en sont de miraculeuses exceptions philosophiques… _  par la manie obsessionnelle des « concepts » à instrumentaliser plus ou moins méthodiquement afin de « saisir, tenir » ; mais, toujours de bric et de broc, le vrai penser est fondamentalement ouvert à l’altérité qui vient le fracturer, en ce que vient proposer la rencontre ; ce que, et d’après les travaux passionnants de mon amie Marie-José Mondzain, je me suis permis de nommer « l’imageance »…
    …
    Bref, c’est plus précisément sur le passage (aux pages 31-32 de votre si beau livre d’autobiographie philosophique) concernant le séjour à Navarrenx de vos parents, votre sœur Nelly et votre frère Jacques, que je désire ici venir me pencher un peu ;
    un récit enté sur ce que vous a narré Nelly d’après quelques uns de ses souvenirs demeurés remarquablement vivaces de Navarrenx sous l’Occupation, entre 1940 et 1943, quand ils logeaient dans ce que vous qualifiez, d’après Nelly (je n’avais pour ma part jamais entendu prononcer cette expression, ni de la bouche de Nelly, ni des personnes rencontrées à Navarrenx quand j’ai pu rechercher et découvrir moi-même, de visu, sur le terrain, elle existe toujours, cette toute petite maison du quartier excentré, dit du Bois de Navarrenx, à la lisière de la forêt, et au bord de la route), « la maison de la putain », écrivez-vous page 30…
    …
    Et j’ai pas mal échangé, surtout au téléphone, avec Nelly, dans le cadre, au départ, de ma recherche sur le propre parcours de mon père _ taiseux, blessé, intimidant, pas facile, impossible à questionner : seulement deux fois en tout et pour tout, et de lui-même, violemment ému, il s’est mis à parler : en 1962, au camp de Gurs où nous nous étions arrêtés, entre Saint-Jean-de-Luz et Oloron, le cimetière du camp venait d’avoir été réhabilité… ; et en 1967, en voyage en Tchécoslovaquie, une nuit à Karlsbad – Karlo-Vivary, où il se souvenait d’avoir accompagné là, en 1928, sa mère Fryderika qui y avait fait une cure… _ en Béarn (camp de Gurs, Oloron) et Toulouse, entre juillet 1942 et septembre 1944, pour survivre, la Gestapo à ses trousses.
    D’où l’attention que j’ai porté sur cette famille Cassin protégée à Navarrenx par Henriette Verdalle, la fille du maire et conseiller-général Paul Verdalle, dont la route avait croisé, de même que mon père (!), le commandant de Groupes de Travailleurs Etrangers (GTE) Marcel Brenot, demeuré toute leur vie, ami d’Henriette devenue, en 1945, Henriette Wachsner-Verdalle…
    …
    Et cela à partir d’un témoignage extrêmement précieux, parlant expressément d’une famille Cassin (au départ, c’était « deux frères Cassin » ! Et je me suis mis à chercher frénétiquemment qui donc ils pouvaient être ; puis j’ai trouvé de quels Cassin il s’agissait là : Pierre et Hélène Cassin, et leurs enfants Nelly et Jacques, qui venaient de franchir la ligne de démarcation à Salies-de-Béarn, et avaient trouvé tellement délicieux les haricots du restaurant Camdeborde, à Navarrenx, qu’ils ont décidé, et tout spécialement Hélène, de demeurer là, plutôt que de tenter de gagner Nice, le berceau de la famille Cassin : ce que m’a narré par le menu, et avec gourmandise, Nelly Cassin…) résidant, sous l’Occupation, à Navarrenx, et spécialement protégée par Henriette Verdalle (1896 – 1988), fille du maire et conseiller général de Navarrenx Paul Verdalle (1860 – 1948) ; le témoignage de départ préciosissime, donc, d’une des filles de Marcel Brenot (1893 – 1986), ami d’Henriette Verdalle _ avec laquelle Marcel Brenot avait sympathisé (il avait adressé à Henriette Verdalle le TE Frédéric-François Wachsner (1893-1958), avocat berlinois, retenu au camp de Gurs, afin que celui-ci donne des cours d’allemand au fils d’Henriette, André Laclau-Barrère (1925 – 2001), qui préparait à domicile, plutôt qu’en son lycée de Pau, son baccalauréat _ en l’occurrence Huguette Brenot (Montrichard, 18 septembre 1925 – Angers, 3 juin 2019) ;
    soit un préciosissime témoignage rapporté au téléphone par l’époux de la nièce de celle-ci, Bruno Le Marcis, qui avait pris contact avec moi sur les conseils du spécialiste du camp de Gurs, le palois Claude Laharie, qui connaissait mes  recherches sur les GTE (Groupes de Travailleurs Etrangers) des Basses-Pyrénées, et tout spécialement ceux du camp de Gurs, où mon père a été lui aussi TE à partir de juillet 1942 ; Bruno Le Marcis est désormais un ami : nous partageons chaleureusement les avancées de nos recherches respectives… _ cette nièce d’Huguette Brenot dont Bruno Le Marcis est l’époux étant la fille de la sœur jumelle d’Huguette, Denise Brenot (Montrichard, 18 septembre 1925 – Voisins-le-Bretonneux, 27 novembre 2014)…
    Et c‘est de là que j’ai pu reconstituer toute la généalogie depuis 1800 des Cassin, Juifs du pape, revenus de Cuneo à Nice, et suis devenu l’ami de Gilbert Cassin (né à Marseille le 18 novembre 1929), le dernier neveu vivant de René Cassin (Bayonne, 5 octobre 1887 – Paris, 20 février 1976) ; et Gilbert Cassin et votre sœur Nelly ont pu ainsi se rencontrer et faire connaissance, eux aussi…
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    Votre sœur Nelly, j’y reviens, m’a en effet parlé de divers et assez nombreux réfugiés à Navarrenx, protégés par Henriette Verdalle _ militante des Droits de l’Homme _ qui en a hébergés pas mal en son propre domicile du Vieux-Logis, au Faubourg de Navarrenx ; et Nelly a cité, je m’en souviens _ cela m’avait bien sûr frappé ! _ le nom de Dior _ mais il ne s’agissait peut-être pas, et pour cause, de Christian Dior lui-même : celui-ci n’est jamais venu à Navarrenx… _ ; de même, j’ai retrouvé mes notes de 2015, comportant en effet le nom de Reinach, sans le prénom de Paul toutefois ; ni encore moins le nom de son épouse Yvonne Laborde ; non plus que celui de Colette Ferenczi…
     
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    Je vous lis donc, page 31 de l’édition du livre de poche (n° 36356) :
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    « Paul _ Paul Reinach (Paris 8e, 12 mars 1895 – Saint-Avertin, 12 décembre 1968) _ était à Navarrenx parce que sa femme Yvonne _ Yvonne Reinach née Laborde (Colombes, 22 juillet 1907 – Mouans-Sartoux, 15 décembre 1997) _, mannequin chez Dior _ il y a là une difficulté de dates, ce ne peut en effet pas être en 1943 que Yvonne Laborde, épouse Reinach, avait été mannequin chez Dior ; ce ne pourra être que plus tard, après 1945, et même 46 : car la maison de couture Christian Dior n’a été créée que le 6 octobre 1946, et a été inaugurée le 16 décembre 1946 ; et son premier défilé de mode a eu lieu le 12 février 1947… _, en était originaire _ pas tout à fait de Navarrenx : Yvonne Laborde était seulement la fille du basque Pierre Laborde (né à Bayonne le 12 mars 1867) et son épouse Angélique Veitman (née à Thionville le 23 février 1870), qui s’étaient mariés à Paris 19e le 25 mai 1889 ; Pierre Laborde, lui, était fils de deux basques : Martin Laborde (né à Tardets-Sorholus, en Soule, le 19 juillet 1818) et son épouse Marie Iribarne (née à Suhescun, en Basse-Navarre, le 13 mars 1827) ; alors que la cité de Navarrenx ne se situe pas, elle, en pays basque, mais en Béarn…
    Ils avaient recueilli _ qui : les Reinach – Laborde ? Ou bien plutôt les Verdalle ? en leur Vieux-Logis du Faubourg de Navarrenx, où Pierre Cassin allait donner des leçons de grec au fils d’Henriette Verdalle (Navarrenx, 22 août 1896 – Mauléon-Licharre, 27 février 1988), André Laclau-Barrère (Cierp, 4 novembre 1925 – Pau, 1er mai 2001), qui préparait à domicile chez lui à Navarrenx (et non en son lycée à Pau) les épreuves du baccalauréat… _ d’autres Juifs, dont Colette Ferenczi, la jeune veuve de l’éditeur _ Alexandre Ferenczi est décédé à Antibes le 9 avril 1943 : ce qui démontre qu’à cette date d’avril 1943 Pierre Cassin et sa famille se trouvaient bien encore à Navarrenx, et n’avaient pas encore fui le Béarn, dénoncés à la Gestapo… _ avec ses deux enfants Claude _ Claude-Jeannine Ferenczi : 11 novembre 1929 – Boulogne-Billancourt, 5 août 2023 _ et Philippe _ Philippe-Gilbert Ferenczi, qui épousera Catherine Boss ; ce couple aura 3 enfants :
    Nicolas Ferenczi, époux de « Martine » Marie-Chantal Moutton (née au mois de mai 1958) : et le couple a 2 enfants : Alizée Ferenczi et Antoine-Louis Ferenczi (né le 24 mai 1988) ;
    « Laurent » Etienne-Gilles Ferenczi (Toulon, avril 1959 – Paris 14e, 7 octobre 2022), époux de « Manuelle » Estelle Salama ; le couple a 3 enfants : Adrien-Moïse-André Ferenczi (né le 26 décembre 1987), Paul-Augustin-Alexandre Ferenczi (né le 7 avril 1991), et enfin Emile-Claude-Philippe Ferenczi (né le 13 février 1995) ;
    et Gilles Ferenczi (né au mois de mars 1968).
    Claude _ Claude-Jeannine Ferenczi, née donc le 11 novembre 1929 _ avait l’âge de ma sœur _,
    et Papa
     
    …
     
    Plus tard, d’autres fils (de rencontres effectives ? ou de mémoire seulement ?..) se noueront ou renoueront plus ou moins pour vous autres Cassin avec certains des survivants Reinach, notamment à l’occasion de visites à la merveilleuse villa Kerylos, construite pour Théodore Reinach (1860 – 1928), le père de Paul, à Beaulieu-sur-Mer ; et léguée par théodore Reinach en 1928 à l’Institut de France…
    …
    Peut-être que se trouve là la raison de ce nom de Dior associé par Nelly se souvenant de son séjour à Navarrenx sous l’Occupation… C’est à tirer au clair…
    …
    …
     
    J’espère, Barbara, que cette avalanche de précisions historiques (du maniaque de la précision que je suis) ne vous est pas trop indigeste ;  mais la réalité des faits advenus sous l’Occupation me paraît digne d’être avérée, ainsi que transmise : trop d’effaceurs de l’Histoire nous assaillent d’un peu partout spécialement ces derniers temps-ci…
     
    …
     
    A suivre,
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    Ce lundi 9 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa