Étiquette : Crescendo Magazine

  • Belle confirmation d’appréciation du CD Mirare « Emmanuel Arakélian – Oeuvres pour orgue et clavecin – de Louis Marchand »…

    Ce jeudi 23 janvier 2025,

    l’article de Christophe Steyne « Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle« , sur le site de Crescendo Magazine,

    vient amplement confirmer mon propre article « Un magique CD « OEuvres pour orgue et clavecin » de Louis Marchand (1669 – 1732), par un diablement inspiré et rayonnant Emmanuel Arakélian… » du 2 novembre 2024,

    qui lui-même citait l’article de la veille, 1er novembre 2024, « Le « Grand Marchand » sonne en gloire sur deux instruments historiques sous les doigts d’Emmanuel Arakélian« , de Frédéric Muñoz, sur le site de ResMusica…

    …

    …

    Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle

    …

    …

    LE 23 JANVIER 2025 par Christophe Steyne

    …
    …
    …
    …

    …

    …

    Louis Marchand (1669-1732) : Suites pour clavecin en ré (1669), en sol (1703). Livres pour orgue : extraits du Livre I et du Livre II. Grand Dialogue en ut majeur (Livre III). Emmanuel Arakélian, clavecin, orgue. Louis Alix, orgue troisième main. Livret en français, anglais. Décembre 2023. TT 80’49’’. Mirare MIR 740

    …

    …

    Pour son premier album en solo, Emmanuel Arakélian s’est penché sur un éminent virtuose du Baroque français, dont il aborde les pièces pour clavecin et pour orgue sur deux prestigieux instruments. À notre connaissance, il s’agit du seul disque abordant ces deux versants de l’œuvre pour clavier de Marchand par un même artiste, fruit de la double habileté de l’élève d’Olivier Latry, Michel Bouvard, Olivier Baumont et Blandine Rannou. Le programme alterne séquences pour clavecin (les deux Livres sont là en bon ordre) et pour orgue, celles-là d’une structure moins évidente : entrée en fanfare sur le Grand Dialogue en ut majeur, conclusion sur la Suite en ré, à laquelle ne manquent que les deux redondantes Tierce en taille et Basse de trompette, et dont le sublime Quatuor s’interpose en milieu de CD, encadré par des extraits du Livre II.

    …

    …

    Même si la toute première contribution entièrement consacrée au legs pour tuyaux reste celle de Michel Chapuis à Souvigny (Harmonia Mundi, 1962), les aînés de nos lecteurs le découvrirent peut-être grâce au vinyle d’une cinquantaine de minutes qu’André Isoir grava une décennie plus tard pour Calliope à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. C’est ce chef-d’œuvre des neveux Isnard, qui a bénéficié d’une récente restauration en 2017, qu’a retenu Emmanuel Arakélian, comme Bernard Coudurier avant lui (BNL, 1993). Il en est l’heureux titulaire, raison suffisante _ en effet ! _, qui nous permet d’admirer _ oui _ ce joyau de la facture française à son apogée (1772-1774), rescapé de la Révolution et des vicissitudes du temps. On imagine combien le Grand Jeu et la Fugue du Livre II, le Grand Dialogue en ut majeur profitent de la formidable batterie d’anches du Couvent Royal, avec Trompette à chaque plan sonore et Bombarde 16’ activable à la Résonance et son pédalier en tirasse. Cette tribune, on connaît la profonde suavité de ses Montres et Bourdons, on s’en délectera dans les Fonds.

    …

    …

    À l’orgue du Temple de la Fusterie à Genève (Cascavelle), reconstruit par le jeune Pascal Quoirin (son deuxième chantier, quarante ans avant le relevage de Saint-Maximin), François Delor avait proposé un enregistrement vif et piquant. Emmanuel Arakélian s’en tient à une approche plus majestueuse, magnifiée dans l’austère grandeur du Plein-jeu à six parties, à l’instar de Frédéric Desenclos à Sarlat (Tempéraments) _ oui _, puis cisèle des phrasés émus, qu’on appréciera dans tel Trio, exquisément balancé, tel Récit dessiné sur un murmure, telle Tierce en taille exhalée sur une ample rumeur. Outre Chapuis, Isoir et Coudurier à la même console, cette prestation rejoint le meilleur de la discographie, marquée par Marie-Claire Alain à Caudebec-en-Caux (Erato), Jean-Baptiste Robin à Poitiers (Triton) et Marina Tchebourkina à Versailles (Natives).

    …

    …

    Sous les doigts de Scott Ross, il a vu passer tout François Couperin et tout Rameau, cet emblématique hôte du château d’Assas, attribué à Pierre Donzelague (1668-1747), qu’aujourd’hui visitent Jean Rondeau, Pierre Hantaï et Justin Taylor dans la famille du Dijonnais ou dans les rivages italiens de Bach. Sans alourdir les basses, les micros d’Hugues Deschaux _ le magicien _ discernent sa limpidité mais aussi ses arômes complexes, excités dans la Gigue en plage 6. Philippe Beaussant (1930-2016) disait que la Gavotte de la seconde Suite permet de saisir, par contraste avec le reste de la production du compositeur lyonnais, combien l’art de François Couperin relève du style luthé.

    …

    …

    Et pourtant, dans les deux cahiers, le toucher d’Emmanuel Arakélian nous rapproche souvent de l’auteur des Idées heureuses et de La Mézangère _ François Couperin. À le bien entendre, rien de plaqué, de claqué, mais une fluidité qui convient parfaitement au Prélude non mesuré, à l’Allemande du lot en sol, et même aux caractères plus incisif de la première Suite, dont la science harmonique apparaît subtilement diffractée, privilégiant le ruissellement des accords. Certes le panache n’est pas absent, mais il se domine, comme dans la Gigue. Ou les ruminations obstinées de la Chaconne, dont Emmanuel Arakélian enserre fermement le gabarit pour mieux l’animer, dans une invention sans cesse recommencée, rappelant ce que Jean-Paul Sartre écrivait des Mobiles de Calder : « il faut vivre dans son commerce et se fasciner sur lui. Alors l’imagination se réjouit de ces formes pures qui s’échangent, à la fois libres et réglées ».

    …

    …

    Dans cette part du récital pincée aux becs, on n’applaudira pas les machinations ombrageuses qu’exaltait Blandine Verlet (Astrée, 1978), ni plus récemment la démonstration de brio d’Ewa Mrowca (Dux), mais une exemplaire attention accordée à la ductilité _ voilà _ typique de Marchand. À d’autres le contraste forcené, les brassées d’épices : l’interprète avignonnais nous offre une exploration de poète, où l’on peut s’abandonner à la rêverie nonchalante de la Sarabande, sondée non sans détachement, entretenant l’ambivalence envers ce qui s’apparenterait à la componction. Sans esbroufe mais non sans intensité _ oui _, Emmanuel Arakélian réveille l’intensité de ces pages auxquelles il accorde toute sa sensibilité. Dans la paire de Courantes, ces mines vaguement poseuses qu’il esquisse, mais sincères, comme éperdues devant l’indifférence des cœurs, seraient celles du Mezzetin peint par Antoine Watteau.

    …

    …

    Christophe Steyne

    …

    …

    Son : 9 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8-10 – Interprétation : 10

    …

    …

    Un grand CD pour un très grand compositeur ;

    et un article de commentaire d’écoute très riche et très précis…

    …

    …

    Ce jeudi 23 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir l’oeuvre de musique classique (hors cinéma) du hongrois Miklos Rosza (Budapest, 1907 – Los Angeles, 1995)…

    La parution toute récente du CD LSO  0886 « Bartok – Rosza » par Roman Simovic et le London Symphony Orchestra dirigé par John Edusel pour le Concerto pour violon n° 2 de Bela Bartok, et Simon Rattle pour le Concerto pour violon de Miklos Rosza _ cf l’article de Pierre-Jean Tribot « LSO Live célèbre son aniversaire » paru sur le site de Crescendo magazine le 16 décembre dernier  _,

    m’a mis en recherche d’interprétations plus anciennes de ce Concerto pour violon de Miklos Rosza (Budapest, 18 avril 1907  – Los Angeles, 27 juillet 1995)…

    …

    …

    Et c’est ainsi qu’en fouillant un peu dans les bacs, j’ai fini par dénicher un très intéressant  CD Alto ALC 1488 « Miklos Rosza – Violon Concert – Theme & Variations – Vintner’s Daughter – Hungarian Nocturne » du New-Zealand Sylphony Orchestra dirigé par James Sedares,

    avec le violoniste Igor Gruppmann dans le Concerto pour violon _ l’enregistrement du Concerto pour violon de ce CD Alto a eu à Wellington au mois d’avril 1996…

    …

    …

    Le concerto pour violon, Op. 24 de Miklos Rosza, composé en 1943, a été créé à Dallas en 1958 par le grand Jascha Heifetz…

    …

    …

    Et j’aime beaucoup les compositeurs hongrois…

    …

    …

    Ce mercredi 25 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Redécouvir Jérome Hantaï interprétant Mozart sur un piano forte : le délicieux CD Mirare « Mozart – Sonates – Rondos » enregistré en 2020…

    Avec surprise je découvre sur le site de Crescendo à la date du 30 novembre dernier, et sous la plume de Jean-Noël Régnier, l’article intitulé « Sonates et Rondos de Mozart : une lecture vivante et authentique par Jérôme Hantaï« , consacré au CD Mirare MIR 730 « Mozart – Sonates – Rondos«  _ enregistré à Hardelot les 10 et 11 février 2020 _,

    auquel j’avais consacré, à la date du 21 mai 2024, un article intitulé « L’épatant « Mozart – Sonates – Rondos » du plus ludique et jeune que jamais Jérôme Hantaï…« …

    …

    …

    Sonates et Rondos de Mozart : une lecture vivante et authentique par Jérôme Hantaï

    …

    …
    LE 30 NOVEMBRE 2024 par Jean-Noël Régnier
    …
    …
    …
    …

    …

    …

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate en ut majeur K 309, Rondo en Fa Majeur K 494,  Rondo en ré majeur K 485,  Sonate en si bémol majeur K 333,  Suite en ut majeur K 399 (Allemande en ut mineur : Andante),  Rondo en la mineur K 511. Jérôme Hantaï, pianoforte./2020. Livret en français et en anglais. 72’27’’. Mirare MIR730.

    …

    …

    Jérôme Hantaï partage ses activités musicales d’interprète entre la viole de gambe et le pianoforte _ voilà ! _, deux instruments qu’il maîtrise à un suprême degré. Passionné par la recherche d’une interprétation baroque authentique, il étudie la viole de gambe au Conservatoire Royal de Bruxelles avec Wieland Kuijken. Il collabore avec les plus grands interprètes, initiateurs du mouvement baroque prônant le retour aux instruments d’époque comme Wieland, Sigiswald et Barthold Kuijken, mais aussi Jean-Claude Malgoire, René Jacobs, Phillipe Herreweghe et Gustav Leonhardt. Avec ses frères Pierre (clavecin) et Marc (traverso) ils constituent le Trio Hantaï _ oui _ et explorent ensemble cet immense répertoire baroque et classique tout en conservant cet objectif d’authenticité. Jérôme Hantaï, tout comme le furent en leur temps Paul Badura-Skoda où Jörg Demus, s’intéresse de près aux pianos historiques et à leur facture. A la période classique à Vienne, la facture instrumentale évolue très vite passant en seulement quelques décennies du clavecin au pianoforte. Au sein même des pianofortes l’évolution est elle aussi très rapide, les instruments devenant de plus en plus puissants et possédant une tessiture de plus en plus étendue. Les pianofortes évoluent de façon fulgurante et les instruments construits vers 1780 par Andréas Stein pour Mozart, avec qui il s’était lié d’amitié, n’ont plus rien de commun ni en envergure, ni en puissance avec les pianos de Conrad Graf, de John Broadwood ou de Sébastien Erard, que Beethoven utilisera quelques décennies plus tard.

    …

    …

    Les œuvres composées en cette fin de dix-huitième siècle témoignent de ces transformations techniques _ voilà _ qui modifient sans cesse les sonorités et accroissent les possibilités de chaque instrument. Cette évolution de la facture instrumentale génère de multiples modifications, au niveau de la puissance, de la résonnance (par l’utilisation de pédales et d’étouffoirs appropriés), de la répétition rapide des notes (par le double échappement), de la gestion des nuances, et bien sûr par l’accroissement de la tessiture de l’instrument, de plus en plus étendue. Cela entraîne une extension du clavier, qui passe de cinq octaves en 1775 à six octaves et demie vers 1820.

    …

    …

    Le passage du clavecin au premier pianoforte entraîne déjà une modification importante de l’écriture musicale _ oui _ et Mozart participera de manière très active à cette évolution.

    …

    …

    Le disque témoignera bien plus tard de cette mutation et depuis les années 1930 d’innombrables enregistrements des pièces pour clavier de Mozart voient le jour et tout d’abord sur piano moderne avec Edwin Fischer, Artur Schnabel. Chaque décennie aura « son » interprète mozartien de Lili Kraus à Clara Haskil, de Christoph Eschenbach à Alfred Brendel, de Maria Joao Pires à Christian Zacharias, et cela perdure avec les enregistrements les plus récents d’Elisabeth Léonskaja ou de Mao Fujita. Si l’on excepte quelques tentatives moins probantes _ en effet… _ de certains grands clavecinistes comme Wanda Landowska, Gustav Leonhardt ou Huguette Dreyfus, le disque voit fleurir depuis la fin du vingtième siècle des interprétations sur pianoforte. Ces pianofortistes historiquement informés sélectionnent leurs instruments en fonction des partitions interprétées en tenant compte de la facture de chaque instrument, de son étendue, de sa puissance etc. Cela commencera avec Paul Badura-Skoda et Jörg Demus _ oui _ jouant sur des instruments d’époque restaurés. D’autres pianofortistes viendront s’ajouter à la liste lorsque les facteurs de pianoforte feront des copies d’instruments tels que Mozart les a connus. On trouve alors des enregistrements d’Andréas Staier, de Malcolm Bilsom, d’Alexeï Lubimov, puis plus récemment de Kristian Bezuidenhout, Ronald Brautigam ou Robert Levin _ excellents ! Contrairement au piano moderne qui peut tout jouer mais dont le son est standardisé, chaque pianoforte a ses propres caractéristiques et sa propre personnalité _ voilà : sa singularité. Il devient le véritable partenaire de l’interprète pour un répertoire précis, puisque ce dernier en connait parfaitement les caractéristiques, mais aussi les limites.

    …

    …

    L’instrument utilisé par Jérôme Hantaï pour cet enregistrement est un magnifique pianoforte (anonyme du dix-huitième siècle, restauré par Christopher Clarke) à la sonorité claire et chaleureuse. Il est parfaitement adapté à l’interprétation des pièces proposées ici. Celles-ci ont été composées sur une période d’environ dix ans, de 1777 à 1787, dans les divers centres musicaux où Mozart a séjourné comme Mannheim, Paris, Linz, et bien sûr Vienne où il résidait.

    …

    …

    Au cours de sa vie Mozart a beaucoup voyagé. Depuis sa plus tendre enfance, il a sillonné l’Europe, accompagné généralement par son père. Son statut d’enfant prodige le menait de Cour en Cour, où il éblouissait par ses talents musicaux tous les monarques et hauts personnages avides de divertissements et de curiosités. Devenu adulte, il continuera à voyager beaucoup et les nombreux concerts qu’il donne au cours de ses tournées l’obligent _ si l’on veut ; lui s’amuse… _ à composer sans cesse de nouvelles pièces afin de renouveler en permanence son répertoire. Ces œuvres font souvent l’objet de dédicaces à des personnages rencontrés au cours de ses voyages comme cette Sonate K 309 composée à Mannheim en 1777 pour son élève, la fille de son collègue et ami Christian Cannabich alors âgée de treize ans.

    …

    …

    Toutes les œuvres proposées ici par Jérôme Hantaï ont été composées par Mozart à l’âge adulte, à une époque moins sereine, où il n’était plus considéré comme un enfant prodige éblouissant, et pas encore comme le génie universel que nous connaissons. A cette époque son succès décline puisqu’il n’est plus en âge de réaliser des pirouettes musicales dont était friand un public versatile qui dorénavant lui tourne le dos. Certains de ses voyages tournent au fiasco comme celui entrepris à Paris en 1778 où il assistera impuissant et sans ressources à la maladie subite et à la mort de sa mère _ certes _, loin des siens et de son pays, son père ayant été retenu par l’archevêque de Salzbourg pour les besoins de sa charge.

    …

    …

    La Sonate en ut majeur K 309 témoigne de cette vie de voyages où Mozart et sa mère résident chez Christian Cannabich, chef de l’orchestre de Mannheim alors extrêmement réputé. Cette œuvre est composée pour sa fille Rosa, dont Mozart veut faire de l’andante le portrait musical. Comme le notent le père et la sœur de Mozart, cette œuvre fait référence au style alors à la mode à Mannheim et possède une indéniable dimension orchestrale dans son premier mouvement où, après un « tutti à l’unisson », un thème plus lyrique vient prendre par contraste toute sa couleur. Tout au long du mouvement, Mozart joue sur des contrastes mélodiques et de structure. Léopold Mozart considérait le second mouvement comme affecté puisque celui-ci est parsemé de brefs soupirs (typique de l’Ecole de Mannheim) et est écrit avec une précision extrême dans un style chargé d’ornements complexes. Le Rondeau final tranche par sa sérénité, mais comme les deux précédents mouvements Mozart exploite les contrastes.

    …

    …

    Le Rondo en fa majeur K 494 (Andante) composé en juin 1786 est le second des trois composés pour piano seul. Il s’agit d’une œuvre destinée à l’origine à l’enseignement et que Mozart réutilisera pour compléter la sonate en deux mouvements K 533, composée dix-huit mois plus tard dans ma même tonalité. Il se contentera simplement d’en accélérer légèrement le tempo, passant d’andante à allegretto. Il s’agit d’une œuvre pleine de charme où les difficultés techniques sont relativement limitées, sans doute pour l’adapter aux capacités de l’élève à qui il était destiné.

    …

    …

    Le Rondo en ré majeur K 485 (Allegro) composé en mars 1787 était certainement destiné lui aussi à ses élèves puisque Mozart le classait lui-même parmi ses œuvres « très faciles ». On retrouve dans cette pièce charmante un thème du Quatuor avec piano K 487 composé par Mozart en 1786.

    …

    …

    Il semblerait que Koechel ait estimé à 1778 la date de composition de la Sonate en si bémol majeur K 333 alors que les musicologues actuels considèrent plutôt qu’elle a été écrite en 1784, compte tenu de son style. Elle serait donc contemporaine de la symphonie « Linz » K 425, et on peut supposer qu’elle a été écrite dans cette ville lors d’une halte effectuée par les époux Mozart revenant de Salzburg à Vienne après avoir rendu visite à leur famille.

    …

    …

    Tout comme dans le Rondo K 485, on remarque dans cette sonate certaines analogies thématiques avec Jean Chrétien Bach. Cependant Mozart laisse s’exprimer tout son génie en condensant dans les premières mesures les thèmes qu’il développe ensuite dans une grande variété mélodique et rythmique. Le premier mouvement oppose par ses deux thèmes, un lyrisme lumineux à une rythmique resserrée où les idées musicales se succèdent rapidement sans jamais nuire à l’unité du mouvement, y compris dans le développement plus sombre et bouillonnant. Ici Mozart utilise toutes les possibilités offertes par le pianoforte, utilisant à profusion les syncopes, les staccatos tranchants et les doubles croches jouées très rapidement avec un parfait détachement. L’andante cantabile figure parmi les plus beaux composés par Mozart. Il baigne dans la sérénité jusqu’à l’arrivée du développement, plus dense et tendu, qui évolue par de multiples et subtiles modulations. Le dernier mouvement en forme de rondo est conçu comme un mouvement de concerto. Il débute traditionnellement sur un ton serein et aimable mais s’amplifie en intégrant de nouveaux motifs. Il devient de plus en plus brillant et virtuose jusqu’à l’apothéose de la partie cadentielle où là encore, les motifs et les rythmes s’enchaînent rapidement pour terminer la sonate de façon éclatante et jouissive.

    …

    …

    Comme pour montrer la curiosité de Mozart s’affrontant au style des anciens, Jérôme Hantaï a la bonne idée d’interpréter l’Allemande de la Suite K 399. Cette œuvre renvoie bien entendu au modèle de la suite baroque déjà abandonné à l’époque classique. Mozart a composé cette suite (restée inachevée) en 1782, vraisemblablement pour faire des essais musicaux dans le style de Bach ou de Haendel _ oui _, et c’est d’ailleurs sous le titre de Suite dans le style de G. F. Haendel que l’on connait cette œuvre. Sur les trois mouvements achevés, Jérôme Hantaï a choisi d’interpréter la brève Allemande en ut mineur (andante). Si l’esprit de Haendel y est évoqué, on sent néanmoins que Mozart se fait violence pour écrire dans un style qui n’est pas le sien, et c’est sans doute pour cela qu’il n’est pas allé au terme de son projet.

    …

    …

    Jérôme Hantaï a choisi de terminer ce disque particulièrement copieux par un pur chef d’œuvre : Le Rondo en la mineur K 511. Composé en mars 1787 alors qu’il revient de Prague (après l’immense succès des Noces de Figaro), Mozart compose ce Rondo qui fait preuve d’un étonnant modernisme en usant de chromatismes poignants et dramatiques, sur un rythme de sicilienne. Cette œuvre au ton élégiaque est d’une écriture particulièrement complexe. Sa structure mouvante est accentuée par les chromatismes et les nombreux ornements. A chaque réapparition du thème ou du refrain Mozart conçoit de nouvelles variations où le rythme et la mélodie évoluent de façon très subtile et mouvante, sans que cela ne soit flagrant pour l’auditeur. Comme le prouvent les dernières mesures de cette œuvre d’un dramatisme bouleversant, Mozart s’exprime d’une façon intime et discrète comme le fera plus tard Chopin dans ses Nocturnes.  A cette époque, Mozart traverse une période très difficile : Il vient de perdre un ami très cher (le comte Hatzfeld), et ressent douloureusement le départ de la cantatrice Nancy Storace, la Suzanne des Noces de Figaro. En outre, il rencontre des problèmes financiers importants, et ses succès auprès du public viennois déclinent rapidement (contrastant avec l’accueil chaleureux du public pragois). Il est probable que le ton accablé de ce rondo ne soit que l’expression musicale de ces évènements.

    …

    …

    Jérôme Hantaï donne une lecture passionnée _ ultra-vivante _ de ces œuvres aux caractères multiples dont il distille avec bonheur et pertinence chaque tournure et chaque ornement.

    …

    …

    Notes : Son : 9 Livret : 8,5 Répertoire : 9 Interprétation : 10

    …

    …

    Jean-Noël Régnier

    …

    …

    Bravo !!!

    …

    …

    Ce mercredi 4 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La merveille Huw Montague Randall, baryton, en un CD « Contemplation » essentiel de cette année 2024 (Suite)…

    Un nouvel article, cette fois sur le site de Crescendo et sous la signature de Bénédicte Palaux-Simonnet, « Huw Montague Randall, baryton céleste« , vient très heureusement à son tour amplifier si besoin en était, en plus d’un évidentissime bouche-à-oreilles,

    la reconnaissance médiatique parfaitement justifiée que mon article « « , en date, lui, du 26 octobre dernier, et citant aussi déjà l’excellente reconnaissance compétentissime de Jean-Charles Hoffelé en son article « Chant pur » sur son site Discophilia, en date, lui, du 26 septembre précédent _ mais le CD n’était pas encore parvenu sur la table de mon disquaire préféré, il m’avait fallu patienter tout ce temps-là pour en éprouver la jouissance émerveillée de l’écoute : un véritable événement ! _, ne pouvait aussi que remarquer et célébrer, déjà ;

    …

    une reconnaissace que mérite à un point assez incroyable (!) le chanteur, à l’écoute enchantée de ce merveilleux et enthousiasmant CD Erato 5021732363787 « Huw Montague Rendall Contemplation«  _ enregistré à l’Opéra de Rouen du 20 au 24 novembre 2023 : écoutez-le ici ! C’est absolument splendide ! _ :

    …

    sans conteste un des disques essentiels de cette année 2024…

    …

    …

    Voici donc ce nouvel article,

    très précis en ses appréciations des pièces si magnifiquement interprétées ici,

    de l’excellent magazine Crescendo :

    …

    …

    Huw Montague Rendall : baryton céleste

    …

    …
    LE 24 NOVEMBRE 2024 par Bénédicte Palaux-Simonnet
    …
    …
    …
    …

    …

    …
    Contemplation.
    Airs de Ambroise Thomas (1811-1896), Charles Gounod (1818-1893),Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), Gustav Mahler (1860-1911), Benjamin Britten (1913-1976), Henri Duparc (1848-1933), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Richard Rodgers (1902-1979).

    Huw Montague Rendall, baryton ; Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, direction : Ben Glassberg. 2024.

    Livret en anglais, français, allemand- 75’30’’. Erato 5021732363787

    …

    …

    Le baryton gallois Huw Montague Rendall a choisi d’intituler son premier récital au disque, « Contemplation ». Il s’en explique dans la présentation, invitant l’auditeur à le suivre parmi les chemins d’introspection qu’il a lui-même explorés sur scène et en récital. Déjà, chaque apparition de ce chanteur âgé seulement de trente ans a, en effet, créé l’événement _ on le comprend ! _, qu’il chante Mozart, Ambroise Thomas ou Benjamin Britten.

    …

    …

    Sa réserve _ sa maîtrise naturelle _ témoigne d’une intelligence et d’une maturité _ oui _ d’autant plus remarquables qu’il aurait pu se contenter de grandir dans le sérail. Fils d’ interprètes lyriques de haut vol -la mezzo-soprano Diana Montague et le ténor David Randall- _ mais oui ! excellents tous deux… _, il est au contraire parvenu à développer une personnalité originale pleine de charme _ et à quel degré ! _, de doutes _ de retenue : dénuée de la moindre grandiloquence narcissique _ et de vigueur _ quand le rôle le nécessite : tout cela est parfaitement juste _ tout en s’inscrivant dans une tradition exigeante _ mais oui, tant du chant lui-même que de l’incarnation dramatique des rôles interprétés.

    …

    …

    Ce programme longuement mûri _ oui _ est également porté par des moyens vocaux _ splendides ! _ impeccablement maîtrisés _ oui, et à un point rare. Le timbre est émouvant, naturel _ oui, oui : sans jamais rien d’artificiel, maniéré ou forcé… _, riche en harmoniques feutrés _ voilà, d’une incroyable variété et douceur de nuances, et justesse, chaque fois ! _ et la conduite du phrasé quasi instrumentale _ absolument : quelle musicalité, quel art ! C’est magiquement enchanteur !

    …

    …

    Enfin, la réussite de ce coup d’essai ne serait pas complète sans la fusion des sensibilités musicales, celle du soliste comme celle de l’orchestre _ et c’est aussi très juste. Car c’est bien une véritable « conversation en musique » qui se tisse entre voix et pupitres (avec des cuivres splendides) sous la direction vivifiante de Ben Glassberg _ oui ; et c’est très juste aussi.

    …

    …

    Tout semble fluide _ oui, et même admirablement !.. _ et changeant _ avec une incroyable justesse _, passant de la tendresse d’Hamlet (Ambroise Thomas) aux couleurs viennoises de Korngold, du duo voix et piccolo de Britten (Billy Budd), aux Lieder de Mahler (Lieder eines fahrenden Gesellen) d’une bouleversante beauté _ mais oui : à un point sidérant. En guise de conclusion, un stratosphérique _ oui ! _ Ich bin der Welt abhangengekommen, extrait des Ruckert Lieder, semble suspendre le cours du temps.

    …

    …

    Aussi électrisant chez Mozart _ oui, oui _, l’interprète explore une infinité de nuances _ tout à fait _ et de contradictions _ des personnages complexes incarnés. Il se montre capable de passer en un éclair de la férocité (Hai già vinta la causa ! ) à la douceur ronronnante… irrésistiblement câline ; de telle sorte que -dans le même geste- la caresse se fait outrage et consolation (Deh, vieni alla finestra).

    …

    …

    « Au jardin où les fleurs sont écloses », l’innocence retrouvée propose un contraste savoureux. Ce rare extrait de Monsieur Beaucaire (André Messager) le montre tour à tour rêveur ou sentimental ; puis fougueux et précis lorsqu’il se métamorphose en oiseleur (Papageno, Zauberflöte), rôle qu’il chérit particulièrement.

    …

    …

    Aux antipodes, l’air de Gounod Mab, la reine des mensonges  (Mercutio) laisse entrevoir des abîmes de cynisme qui font écho à la douloureuse introspection d’Hamlet (Ambroise Thomas) placée en tête du programme. Avec l’aisance d’un caméléon _ oui, quel art, quel art ! _, il devient démonstratif voire consensuel lorsque le genre l’exige, ainsi de la comédie musicale américaine Carousel (Richard Rodgers).

    …

    …

    Inutile de souligner la perfection de la diction _ et c’est aussi un des traits frappants de cet artiste impeccable en même temps qu’ extrêmemennt émouvant, chaque fois, et sans jamais rien forcer… _ dans toutes les langues chantées _ oui, oui, oui. Récemment Pelléas à Rouen, Huw Montague Rendall fait ainsi miroiter ici les plus subtiles _ oui ! _ modulations de la Chanson triste d’Henri Duparc ; choisissant dans l’ensemble des tempi qui ne cèdent jamais à la précipitation _ c’est très juste aussi : quelle maîtrise…

    …

    …

    Si le chanteur gallois confie avoir méthodiquement écouté les barytons les plus illustres…  au jeu des portraits, il ne ressemble à personne _ en effet. Un _ incontestable et rayonnant _  coup de maître !

    …

    …

    Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

    …

    …

    Bénédicte Palaux Simonnet

    …

    …

    Un admirable interprète se découvre ainsi à nous _ en ce récital extraordinairement parfait _ ;

    qui le suivrons à coup sûr avec la plus grande attention…

    …

    Quel artiste ! Quel art !

    …

    …

    Ce lundi 25 novembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa