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  • L’excellence toujours renouvelée d’Angela Hewitt : la merveille idoinement mozartienne – intime, légère, élégante, naturelle – de son troisième volet discographique des Sonates de Mozart, sur son piano Fazioli…

    Angela Hewitt (Ottawa, 28 juillet 1958) est une formidable pianiste :

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    à preuve la merveille subjuguante du troisième volet, le double CD Hyperion CDA 68431/2, de son intégrale des Sonates pour Piano de Mozart, sur un piano Fazioli, le CD « Mozart – Piano Sonatas – K457 – K533 – K545 – K570 – K576 » – enregistré à Marienmünster du 26 novembre au 3 décembre 2023 – qu’ouvre en supérieure beauté, à la plage 1 du CD n°1, la magique « Fantaisie en ut mineur » K476 – à écouter ici (13’08)…

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    C’est tout à fait par hasard qu’en fouillant dans la rangée de récents CDs non directement exposés sur la table des nouveautés de mon disquaire préféré que je suis tombé  sur l’image un peu kitch – une rose rose… – de ce CD d’Angela Hewitt, une pianiste que j’estime beaucoup – notamment pour ses fulgurants admirables CDs Bach des « Partitas » et des « Goldberg« , qui m’avaient beaucoup marqué ; cf mes articles «  » du 3 août 2018 et «  » du 15 décembre 2019… – , et je me suis laissé tenter…

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    Grand bien m’en a pris : c’est superbe, et surtout parfaitement mozartien – du moins à mon oreille : l’oiseau Mozart est si difficile à vraiment bien saisir et attraper.

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    Bien sûr, je suis déjà parfaitement mieux que comblé par le coffret de l’intégrale de ces « Sonates pour Piano » de Mozart sous les doigts idéalement idoines du grand Robert Levin, et sur le propre magique pianoforte de Mozart, à Salzbourg, en cette merveille lumineuse – un pur enchantement ! Cf mon article «  » en date du 22 septembre 2022 – du coffret ECM new Series ECM 2710-16 « First complete recordings of Mozart’s piano sonates on his own pianoforte from c. 1782« , paru en 2022…

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    Et c’est ainsi en parfaite inconscience-ignorance que  j’avais laissé passer les deux premiers volets (Hyperion CDA 68411/2 « Piano Sonatas K279-284 & 309 » et Hyperion CDA 68421/2 « Piano Sonatas K310-311 & 330-333« ) de cette intégrale des Sonates pour Piano de Mozart d’Angela Hewitt – parus en 2022 et 2023 – , qui vient donc ici de s’achever.

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    Mais en cherchant bien un peu,

    voici que, sur le site de Crescendo Magazine, je retrouve à l’instant ce très intéressant – et significatif surtout ! – article de Jean Lacroix, paru à la date du 4 décembre 2023 : « Toute en légèreté, Angela Hewitt poursuit son exploration des sonates pour piano de Mozart« …

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    Que je m’empresse de partager ici avec tout juste un an et demi de retard :

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    Toute en légèreté, Angela Hewitt poursuit son exploration des sonates pour piano de Mozart

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    LE 4 DÉCEMBRE 2023 par Jean Lacroix
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    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonates K. 310 et 311 ; Fantaisies K. 396 et 397 ; Sonates K. 330 à 333. Angela Hewitt, piano. 2022. Notice en anglais, en français et en allemand. 155’ 55’’. Un album de deux CD Hyperion CDA68421.

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    Voici le deuxième double album que la Canadienne Angela Hewitt (°1958) consacre aux sonates pour piano de Mozart, après la parution, chez le même éditeur l’an dernier – en 2022 – , des sonates K. 279 à 284, auxquelles venait s’ajouter la K. 309. Cette artiste, qui a aussi gravé pour Hyperion plusieurs concertos de Wolfgang Amadeus, avait, dans la première livraison, imprimé à ces partitions composées à Salzbourg, à Munich et sans doute à Mannheim en ce qui concerne la K. 309, un ton qui leur convenait à merveille, à la fois simple et intime – voilà – , avec des couleurs mesurées et un toucher qui alliait la virtuosité à la fraîcheur – comme il le faut. Le nouvel éventail, qui semble annoncer une intégrale – en effet – , se présente lui aussi comme un vrai moment de bonheur pianistique – c’est dit.

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    Pour rappel, cette originaire d’Ottawa, qui a été une enfant prodige et se produisait dès l’âge de neuf ans, a étudié le piano au Conservatoire de Toronto avec le Français Jean-Paul Sevilla (°1934), mais aussi le violon et l’art de la danse, avant de poursuivre sa formation à Aix-en-Provence et de s’établir en France en 1980. Spécialiste de Bach (elle a remporté le Concours de Toronto qui porte son nom en 1985), elle a gravé des versions de référence de son œuvre, mais s’est aussi attachée à la musique française (Debussy, Ravel, Messiaen…), avec un succès salué par la critique. Avant d’aborder sa vision des Sonates de Mozart ici rassemblées, arrêtons-nous un instant sur les deux compléments au programme. Selon une pratique devenue habituelle chez elle, Angela Hewitt signe de copieux – et très riches – commentaires, y compris au niveau des dates de composition, d’après des recherches récentes. Elle propose les deux Fantaisies, en ut mineur K. 396 (inachevée et complétée par l’abbé Maximilian Stadler), et en ré mineur K. 397, des pages qu’elle a jouées dès son enfance, en particulier la seconde nommée qui était incluse dans son tout premier récital donné à Toronto lorsqu’elle avait neuf ans. Elle y voit un Mozart presque en microcosme, pour apprendre la dynamique, le sens du rythme, les gestes dramatiques, les harmonies expressives, le style improvisé, comment utiliser un son chantant. En appliquant à son interprétation ces caractéristiques énumérées, la pianiste insère ces deux fantaisies à la fin du premier CD- de ce second volet, donc –  , comme un hommage fervent à leurs accents méditatifs mais aussi dramatiques.

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    Le programme a proposé avant cela les K. 311 en ré majeur (1777) et K. 310 en la mineur (1778), ainsi que la K. 330 en ut majeur, publiée en 1784, ce qui peut la faire dater des mois qui ont suivi le mariage avec Constance Weber en août 1782. Angela Hewitt aborde la première sonate, écrite à Mannheim, en évitant la tentation de la virtuosité facile que cette partition autorise, pour en souligner le contenu émotionnel, avec élégance et légèreté – voilà – , deux adjectifs que nous attribuerons globalement au toucher de la virtuose – et c’est bien sûr à souligner. La K. 310, dans l’ombre du décès de la mère de Mozart à Paris en juillet 1778, partage des instants de révolte (dans l’Allegro maestoso) avec la mobilité lyrique de l’Andante et l’inspiration mouvante du Presto final, plein d’agitation et d’anxiété, ajoute Angela Hewitt. Dans la K. 330, il y a du rayonnement, de l’insouciance même, avec cet Andante cantabile qui, pour la pianiste, évoque le futur Mendelssohn – remarque tout à fait intéressante – , et une expressivité qui sait se faire gracieuse et même, tout à la fin, frôler l’humour. Ce premier disque de l’album, qui s’achève donc par les deux Fantaisies, est parcouru par des couleurs qui sont à la fois discrètes et intenses – voilà – , vécues par Angela Hewitt avec un appel au partage et au rêve.

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    On aborde le second disque avec l’impatience de découvrir la fameuse K. 331 en la majeur, avec la célèbre Alla turca. Après la série de six variations, que la pianiste développe avec un sens très sûr de l’ornementation, la chaleur que développe son Fazioli – et c’est aussi à souligner – creuse la redécouverte d’un manuscrit de cette sonate en 2014 à Budapest, (explications à la clef, dans la notice), avant cet Allegretto si attendu d’inspiration turque. Le choix assumé de ne pas jouer trop vite ce mouvement lui apporte son poids d’originalité. Quelle finesse – voilà, voilà ! – est ici étalée dans le contrôle du dynamisme ! Avec la Sonate K. 332 en fa majeur, on peut apprécier d’autres commentaires interprétatifs d’Angela Hewitt, qui montre à quel point une notice intelligente peut se révéler un outil pédagogique des plus indispensables – mais oui !.. On est emporté par l’élan imprimé au chant de l’Allegro, par le cantabile de l’Adagio et par l’équilibre de l’Allegro assai. On est définitivement conquis (mais on l’est depuis le début !) par la Sonate K. 333 en si bémol majeur, dont la pianiste affirme qu’elle a toujours été l’une de ses préférées. Elle la situe, selon des recherches récentes, à Linz ou à Vienne en novembre 1783, et lui accorde, en guise de bouquet final à son album, toute la poétique joyeuse qui traverse la presque totalité de l’Allegro, avant un Andante cantabile racé et un Allegretto grazioso final des plus brillants.

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    Ce sera sans doute à l’aune de la totalité de l’intégrale en chantier, dont on attend le troisième volet avec avidité, que l’on pourra mesurer la remarquable vision – voilà – qu’Angela Hewitt a des sonates de Wolfgang Amadeus. Ce deuxième volume confirme en tout cas toutes les promesses du premier déjà paru, et place cette artiste au rang le plus convaincant des interprètes actuels de Mozart – oui, oui – , dont elle distille la richesse avec un art et un goût très sûrs – et c’est excellemment dit.

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    Son : 10  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

     

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    Pas d’article repéré à ce jour à propos de ce troisième volet des Sonates pour Piano de Mozart par Angela Hewitt ;

    mais la performance parfaitement mozartienne d’Angela Hewitt sur son piano Fazioli, est tout à fait à saluer !

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    Bravissimo Madame !

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    Et écouter ainsi de tels parfaits Mozart fait toujours un bien fou !!!

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    Ce jeudi 26 juin 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Célébrer en beauté et vérité le centenaire de la naissance du grand Dietrich Fischer-Dieskau (1925 – 2012) : le superbe et émouvant travail du baryton Benjamin Appl en son passionnant livre-disque « Hommage à Dietrich Fischer-Dieskau – Benjamin Appl – James Baillieu », Alpha 1131

    C’est un bien bel hommage que le baryton Benjamin Appl – avec le pianiste James Baillieu – que vient rendre à son maître Dietrich Fischer-Dieskau (Berlin, 28 mai 1925 – Berg, Bavière, 18 mai 2012), à l’occasion des célébrations du 100e anniversaire de la naissance de celui-ci, à Berlin, le 28 mai 1925…

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    Bien sûr, appréciant beaucoup beaucoup Benjamin Appl, je me suis empressé d’acheter chez mon disquaire préféré ce magnifique livre-disque Alpha 1131, dès sa mise en place sur la table des nouveautés.

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    Et j’y ai prêté tout aussitôt une première oreille – jamais la bonne : trop surprise !.. – , étonné par l’étendue du répertoire ici enregistré, de même que par le timbre de voix de baryton de Benjamin Appl, un poil plus bas, m’a-t-il alors semblé à cette toute première écoute, qu’auparavant : il me semblait que ce timbre de voix était plutôt celui qu’un Michael Spyres qualifie, pour sa part, de « barytenor« …

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    Et j’ai réservé à un peu plus tard des écoutes bien plus attentives, et à la variété et étendue du répertoire musical abordé ici, et à l’interprétation qu’en proposent ici, en 79′, Benjamin Appl et James Baillieu…

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    Et voilà qu’hier mardi 28 mai, le jour précis du 100e anniversaire de la naissance de Dietrich Fisher-Dieskau, est paru un splendide et précis article de Matthieu Roc sur le site du Magazine Crscendo :

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    Captivant hommage de Benjamin Appl à son maître Dietrich Fischer-Dieskau

    Pour le centenaire de la naissance de son maître (28 mai 1925),  propose un récital qui parcourt les étapes de la vie de , et qui donne lieu à des choix de lieder ou mélodies – très variés – très intéressants.

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    Dans l’histoire du Lied, dans l’histoire de la musique classique au  XXe siècle, occupe une position – en effet – d’exception. Qu’on l’encense ou qu’on émette des réserves, qu’on l’imite ou qu’on l’évite, son legs artistique et discographique est là, immense, fondamental et incontournable. Sa postérité pédagogique est grande aussi, et nombre de ses élèves ont fait une carrière remarquable : Roman Trekel, Michael Volle, Wolfgang Holzmair, Christian Gerhaher, Andreas Schmidt, Bernd Weikl… et parmi les derniers, , pour ne citer que les barytons.

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    Le parti pris dans ce livre-disque est de narrer la vie de DFD – voilà… – en illustrant chaque période ou chaque thème de sa vie avec de nombreux extraits de sa correspondance, de ses livres ou de son journal, ainsi que des pièces musicales qui constituent le CD. L’enfance à Berlin, la vie de soldat, de prisonnier, la naissance des ses enfants, les joies et les malheurs de sa vie conjugale, ses relations avec les collègues et compositeurs, l’enseignement, l’adieu à la scène… tout est évoqué avec franchise et dignité – parfaitement. Le salut nazi obligatoire, la perte du frère handicapé victime de l’odieux eugénisme du IIIe Reich, mais aussi le premier Winterreise public en 1942 entrecoupé de sirènes et de mises à l’abri, la vie sans liberté et la sortie du camp de prisonnier, le choc ressenti par Fricsay et Furtwängler quand ils l’entendirent la première fois, sa profonde amitié avec Britten et Pears… tous ces événements familiaux et artistiques évoqués construisent sans artifice une image de noblesse, de doute et d’exigence – voilà – qui se superpose bien avec l’aura du chanteur, pour ceux qui ne l’ont jamais connu que par ses disques et reportages télévisuels. Ce livre est en outre agrémenté de nombreuses photos et dessins personnels, c’est à dire qui échappent aux copyrights d’EMI ou DGG, parmi lesquels on découvre de nombreuses toiles de Fischer-Dieskau lui-même. Les portraits de Gerald Moore et de Jorg Demus peints par le chanteur en disent long sur le profond respect qu’il éprouvait pour ses collègues et amis. On aurait voulu en savoir un peu plus sur le rôle certainement important qu’a joué sa veuve Julia Varady dans la collection et le tri de ses précieuses archives familiales, mais tel qu’il est, le texte de est juste, précis, délicat – oui – , et il s’en dégage une forme de tendresse assez touchante – absolument…

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    Pour illustrer musicalement une vie aussi riche, Benjamin Appl s’appuie sur 32 pièces musicales de 21 compositeurs différents. Il ne s’agit pas de résumer les choix artistiques de DFD, qui sont incroyablement variés – mais oui ! – , mais d’illustrer sa vie et de rappeler son éclectisme – oui. Bien sûr, Schubert domine, et on trouve du Wolf, du Schumann (Mme et Mr), du Brahms, du Loewe, etc, mais rien de Mozart, Haydn, R. Strauss ou Mahler – en effet, et cela a de quoi étonner un peu… En revanche, on découvrira avec intérêt une délicieuse berceuse de , un lied Heidenröslein écrit par le papa , et deux lieder écrit par Klaus pour son frère Dietrich. Le Debussy, sur un texte traduit par DFD, n’était peut-être pas indispensable, tout comme les Three Songs de Barber, mais ils ne déparent pas un ensemble d’une richesse étonnante – oui, oui. Les découvertes des compositeurs Sinding, Künneke et Grothe sont très agréables – voilà – , surtout connectées comme elles le sont à la biographie – car c’est là le principe de ce travail d’hommage qu’a choisi de prendre ici Benjamin Appl – du grand baryton.

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    Pour ce kaléidoscope rétrospectif, Benjamin Appl prête une voix magnifique et souple – oui, oui – , qui ne cherche pas à imiter celle de son maître, mais qui en a néanmoins bien retenu les leçons. Celle du legato – voilà – est excellemment intégrée, celle de la diction un tout petit peu moins. Articuler et lier, c’est toujours la quadrature du cercle – certes – pour un chanteur – c’est excellement vu – mais reconnaissons que Benjamin Appl est déjà très avancé sur le chemin de l’idéal ) voilà ! – (comme il l’a déjà démontré dans un remarquable Winterreise) ; et c’est sans doute par déférence pour son mentor que dès le premier An die Musik, il choisit le legato comme priorité. Dans le profond – splendide ! – Die Götter Griechenlands, il ose avec le subtil et brillant  – oui – une longueur de tempo qui fait mouche et distille une « Sehnsucht » remarquable. Traités avec la même distinction, les extraits d’opérette (Künneke) et de musique de film (Grothe, pour piano seul) acquièrent les quartiers de noblesse qui auraient pu leur manquer, et font très bonne figure dans ce florilège hyper-select. Le plus impressionnant en termes de performance vocale est certainement le Tenebrae de Reimann sur un texte de Celan, qui exprime jusqu’au cri et la brisure de voix le non-sens, le vide total d’humanité de l’expérience concentrationnaire – oui. Très émouvant aussi, le Süsse Begräbnis de Loewe pour le souvenir de la perte de sa première épouse – Irmgard Poppen, décédée en 1963 – , ou le Meine Lieder, meine Sänge de von Weber, choisi pour exprimer les adieux à la scène. Tout est très réussi, même la réduction pour piano et voix d’un extrait du War Requiem de Britten.

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    Une superbe parution riche et équilibrée, émouvante et attachante – voilà. C’est à la fois une belle rencontre avec un chanteur mythique qui nous a tous profondément marqués, une découverte intéressante de quelques pièces inconnues, et encore un très beau récital de Benjamin Appl.

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    Voici aussi ce bel article rétrospectif de Pierre-Jean sur le site de Crescendo Magazine :

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    Dietrich Fischer-Dieskau, un centenaire en miroir du temps 

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    LE 28 MAI 2025par Pierre Jean Tribot
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    L’immense baryton Dietrich Fischer-Dieskau est né il y a 100 ans. A cette occasion les hommages se multiplient avec la réédition par Warner d’un coffret reprenant l’inégalité de ses albums de lieder et de mélodies pour les labels HMV, Emi Electrola, Teldec et Erato – et pas seulement ce coffret-là. De son côté, le brillant baryton Benjamin Appl, qui a eu la chance d’étudier avec le grand musicien, fait paraître un  superbe – oui ! – livre-disque (Alpha 1131)  qui est un hommage personnel – oui, de Benjamin Appl – à son mentor.

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    Il y a des artistes, comme Dietrich Fischer-Dieskau, ou Maria Callas, devant lesquels le critique est à court de mots, comment rendre compte, comment mettre des mots sur des talents légendaires.  Rien ne sert de refaire leur biographie ou de vider le dictionnaire de ses superlatifs, dans cet article-ci, nous laissons la parole à Manuel  Fischer-Dieskau, le fils de l’artiste et à Benjamin Appl.

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    La première réflexion qui nous vient à l’esprit est la place du musicien dans la mémoire collective et que retenir de cet immense artiste ? Benjamin Appl nous confie “en tant que chanteur, j’admire beaucoup de choses chez lui. Tout d’abord, bien sûr, sa voix magnifique, associée à une intelligence remarquable et à une profonde sensibilité. Mais au-delà de cela, je respecte profondément son importance historique dans la culture allemande, en particulier dans le domaine du lied.”. Pour son fils Manuel : “même s’il y a peut-être maintenant quelques dignes successeurs, à mon avis, il conservera toujours une position particulière dans le domaine du chant. Cela reflète au moins le grand respect que je ressens encore aujourd’hui parmi tous mes collègues chanteurs lorsqu’ils parlent de mon père. Ses enregistrements ont tout simplement établi des normes qui serviront certainement d’exemples à de nombreuses générations futures de chanteurs”.

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    Mais comment travaillait-il ses partitions en fonction de, son fils Manuel nous précise : “il n’avait certainement pas de « liste de classement ». Il était toujours ouvert à tous les types de bonne musique et consacrait cent pour cent de son énergie artistique au répertoire qu’il chantait, qu’il s’agisse de Bach, Mozart, Schubert, Wolf, Britten ou Reimann.  Pour mon père, la préparation d’un programme de concert incluait toujours une étude intensive de l’environnement _ ce que personnellement je nomme « le contexte« ... du compositeur, des influences – artistiques ou sociales – auxquelles le compositeur était exposé. Il a lu leur correspondance, étudié d’autres compositions créées à une époque similaire, regardé des tableaux de grands peintres créés l’année où les compositions respectives ont été créées, etc.

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    D’un point de vue purement « technique », mon père était l’un des rares artistes qui, dès leur plus jeune âge, avaient le « luxe » de répéter des programmes de chant ou des rôles d’opéra à l’aide de leurs propres enregistrements. Une image courante que j’ai en tête est celle de mon père se promenant dans le jardin avec un petit magnétophone à cassettes à l’oreille, chantant ses enregistrements pour rafraîchir sa mémoire de chansons ou de parties d’opéra.  D’un point de vue artistique, chaque nouvelle rencontre avec des partenaires différents au piano ou au pupitre du chef d’orchestre était, bien sûr, incroyablement importante et stimulante pour lui. C’est pourquoi il aimait changer si souvent de partenaire au piano.”

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    Le chanteur était passionné par l’enseignement, Benjamin Appl qui a participé à ses masterclasses et a bénéficié de cours particulier avec le maître, nous énonce : “son enseignement allait bien au-delà de la technique vocale et de l’interprétation : il s’agissait d’habiter émotionnellement et intellectuellement – incarner, dirais-je – le morceau, de s’y plonger aussi profondément que possible. Il encourageait à se remettre constamment en question, à toujours rechercher de nouvelles perspectives. Il ne se contentait jamais d’une simple interprétation, il cherchait à créer quelque chose d’entièrement nouveau à chaque fois. C’est surtout cela qui m’a le plus inspiré pendant les nombreuses leçons que j’ai eu la chance de suivre avec lui.” 

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    Autre caractéristique de sa personnalité, une infinie curiosité – tiens donc !!.  Naturellement, Dietrich Fischer-Dieskau excellait dans le lied allemand et ses grands classiques de Brahms, Mahler, Schubert, Schumann, Loewe, Strauss, Wolff, mais il allait également vers des univers moins fréquentés, comme ceux de Pfitzner, Eisler, Schoeck, Matthus. Polyglotte artistique, il pouvait être tout autant à son aise dans le répertoire français, anglais ou russe. Mais d’où venait cette curiosité, pour Benjamin Appl :   “c’était vraiment un artiste de la Renaissance, profondément curieux et intéressé par presque tout. Au-delà de son chant extraordinaire, il peignait beaucoup (il a créé environ 5 000 œuvres), jouait du piano tous les jours, écrivait de nombreux livres, enseignait beaucoup et s’adonnait à de nombreuses autres passions. Tout cela enrichissait profondément son enseignement. Il était sans cesse en quête de profondeur et de sens – voilà – , et il attendait la même chose des élèves avec lesquels il choisissait de travailler.”

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    Dietrich Fischer-Dieskau, c’est aussi un artiste et une figure qui dépasse le simple cadre de la musique, ainsi Benjamin Appl nous narre “ après la Seconde Guerre mondiale, il a contribué à transformer cette forme d’art qu’est le lied et il est devenu le symbole d’une Allemagne nouvelle, plus humaine – voilà. Dans des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni, où tant d’Allemands avaient fui pendant la période nazie, ayant perdu foi en leur patrie, il est devenu un symbole de paix et de réconciliation.”

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    • Un coffret magistral et essentiel

    Warner réédite un plantureux coffret de 79 disques reprenant l’intégralité de ses enregistrements de lied et de mélodies – voilà – , avec un accompagnement pianistique ou orchestral, en provenance de différents labels comme  HMV, Emi Electrola, Teldec et Erato.

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    Si certains grands enregistrements sont des classiques et ont été réédités à maintes reprises; d’autres nous étaient inconnus comme les quelques gravures pour Teldec avec les lieder de Hans Eisler, dont le Hollywood Songbook – je le possède – , ou les mélodies françaises de la Belle époque avec un parcours qui s’étend de Gounod à Fauré, en passant par d’Indy ou Pierné. Mais quel enregistrement retenir absolument pour Benjamin Appl  : “j’admire profondément ses enregistrements des Kindertotenlieder de Mahler, une œuvre qui a pris une importance considérable dans sa vie. Elle est étroitement liée à la perte précoce de son jeune frère, Martin, qui souffrait d’épilepsie. En 1944, les nazis ont enlevé Martin à sa famille et l’ont assassiné, un événement dévastateur qui a profondément bouleversé Fischer-Dieskau. Cette tragédie personnelle résonne dans chaque note de son interprétation, lui conférant une profondeur et une tristesse qui transcendent la musique elle-même. Pour notre part, ce serait également Mahler avec cette fabuleuse intégrale du Knaben Wunderhorn de grand luxe avec Elisabeth Schwarzkopf en compagnie du London Symphony Orchestra sous la direction de George Szell. La beauté du timbre de chanteur, sa maîtrise stylistique et sa connaissance de l’esprit même de ce cycle, nous mènent tant dans la musique que dans la narration. On admire aussi cette faculté à aller au fond des choses avec cette intégrale des lieder de Richard Strauss avec le fidèle complice Gerald Moore, dénominateur commun de tant d’aventures musicales. Saluons enfin, cette rencontre aux sommets entre le baryton et Sviatoslav Richter pour une Belle Maguelonne de Brahms Ce coffret est une boîte aux multiples trésors à déguster à la carte ou ou menu en fonction de ses humeurs du moment.

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    • L’hommage de Benjamin Appl, tel un livre de souvenirs

    De son côté, Benjamin Appl nous propose un véritable livre-disque avec une sélection d’œuvres qui retrace la chronologie de vie – voilà – de Dietrich Fischer-Dieskau. Comment cet album a-t-il été conçu : “depuis des années, je pensais créer un album pour rendre hommage à celui que Leonard Bernstein a un jour qualifié de « chanteur le plus important du XXe siècle ». Dès le début, je savais que je ne voulais pas enregistrer une compilation de ses chansons préférées ou des lieder les plus connus de Schubert. Il interprétait ces œuvres avec une telle profondeur et une telle perfection que toute tentative de suivre ses traces aurait semblé superflue, voire impossible.

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    Ce qui m’a toujours fasciné, ce sont ses premières années : son enfance à Berlin dans une famille où son père et son frère aîné, Klaus, composaient de la musique (certaines de leurs œuvres figurent sur cet album) ; son passage en tant que jeune soldat allemand en Russie ; et les années qu’il a passées comme prisonnier de guerre dans un camp américain en Italie. Il est évident que ces expériences formatrices l’ont marqué plus que toute autre période de sa vie. À partir de là, il m’est apparu évident que cet album devait suivre le chemin de sa vie, retracer le parcours émotionnel et artistique qui a fait de lui l’artiste qu’il est devenu” – et c’est très bien.

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    Cet album se distingue également par la richesse de son texte et de ses illustrations, Benjamin Appl nous précise : “au cours des deux dernières années, j’ai eu le privilège extraordinaire de pouvoir explorer presque tous les documents privés qu’il a laissés : lettres, journaux intimes, contrats, programmes, et bien plus encore. À partir de ces archives remarquables, j’ai décidé de créer un livre qui accompagnerait l’album, retraçant les moments clés de sa vie qui l’ont façonné en tant que personne et en tant qu’artiste.

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    Il était délicat de trouver le juste équilibre : honorer la vie privée d’un homme qui était de nature timide et qui se livrait rarement au public, tout en offrant un aperçu significatif des expériences personnelles qui l’ont profondément influencé. Ce processus a été extrêmement enrichissant, non seulement parce qu’il m’a permis de renouer avec mon ancien mentor à travers l’intimité de son écriture, mais aussi parce qu’il m’a fait découvrir des facettes nouvelles et inattendues de sa personnalité riche, complexe et nuancée.

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    A écouter – ici par exemple… – :

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    Dietrich Fischer-Dieskau. Lieder & Songs on Warner Classics: Complete HMV, Electrola, Teldec & Erato Recordings. 1 coffret de 79 CD Warner Classics. 5021732475459

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    Hommage à Dietrich Fischer-Dieskau. Benjamin Appl, baryton ; Julien Bailleu, piano. 1 Livre disque Alpha 1131

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    Crédits photographiques : Warner Classics

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    De bien beaux hommages qui nous vont tout droit au cœur !

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    Ce jeudi 20 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir et goûter le CD « Amy Beach – Joseph Bastian » : un splendide programme splendidement interprété au service d’une splendide compositrice, Amy Beach (1867 – 1944), très injustement contrariée en son activité de création…

    C’est l’article « Amy Beach : l’intensité dramatique au service de l’inspiration« , de Jean Lacroix, sur le site du Magazine Crescendo paru le 20 mai dernier, qui m’a fait désirer en savoir – et en goûter bien davantage ! – , en me procurant, chez mon disquaire préféré, ce jour ce CD Solo Musica SM 488 « Amy Beach – Joseph Bastian« , du Münchner Sÿmphoniker – et avec les chanteuses Angela Brower et Camille Schnoor – sous la direction du chef Joseph Bastian, consacré  à 5 œuvres de la compositrice américaine Amy Beach (Henniker, 5 septembre 1867 – New-York, 27 décembre 1944).

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    D’Amy Beach,

    le programme de ce passionnant CD comporte en effet la « Symphonie gaélique » Op. 32, la scène et aria Op 18 « Marie Stuart« , l’aria pour soprano « La Fille de Jephté » Op. 53, la mélodie pour soprano et orchestre « Extase » Op. 21 n°2, et le « Bal masqué » Op. 22.

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    Voici aussi cet article « Amy Beach : l’intensité dramatique au service de l’inspiration » de Jean Lacroix :

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    Amy Beach : l’intensité dramatique au service de l’inspiration

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    LE 20 MAI 2025 par Jean Lacroix
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    Amy Beach (1867-1944) : Symphonie « gaélique » en mi mineur op. 32 ; Maria Stuart, scène et aria op. 18 ; La Fille de Jephté, aria pour soprano op. 53 ; Extase, mélodie pour soprano et orchestre ; Bal Masqué, version pour orchestre op. 22. Camille Schnoor, soprano ; Angela Brower, mezzo soprano ; Orchestre symphonique de Munich, direction Joseph Bastian. 2024. Notice en allemand et en anglais. 78’ 52’’. Solo Musica SM488.

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    Après avoir croisé la route pianistique de l’Américaine Amy Beach grâce à un album Hortus, un autre label autorise un approfondissement de son œuvre symphonique et vocale. Rappelons que née Amy Marcy Cheney dans le New Hampshire, ce talent précoce apprit quelque peu le piano avec Johann Ernst Perabo (1845-120), qui avait étudié à Leipzig avec Carl Reinecke et Ignaz Moscheles. Mais la jeune femme fut surtout une autodidacte, qui donna avec succès des récitals dès 1883, avant d’être mariée deux ans plus tard au docteur Henry Beach, son aîné de vingt ans. Elle ne se produisit plus – dès lors – en public, dut se contenter de composer et de signer ses partitions du patronyme de son époux – voilà ! – , jusqu’au décès de ce dernier en 1910. Elle put alors voyager pendant quelques années en Europe, avec des concerts à Dresde, Leipzig ou Munich, avant de regagner les USA. Elle a laissé un catalogue varié, où voisinent œuvres symphoniques et concertantes (en petit nombre), piano, musique de chambre, pages vocales et chorales, ainsi qu’un opéra, Cabildo (1932), qui ne fut pas représenté de son vivant. Le présent album offre un bel éventail – oui – de sa production.

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    Créée triomphalement à Boston le 30 octobre 1896, la seule symphonie d’Amy Beach, qui porte le sous-titre « gaélique », s’inspire d’airs irlandais et écossais, mais aussi anglais. Cinq ans auparavant, une messe qui portait sa signature l’avait déjà fait remarquer, au point de la comparer audacieusement à Cherubini et même à Bach, comme le précise un texte de la musicologue Susanne Wosnitzka. On est séduit par la beauté de l’inspiration qui traverse cette symphonie, dont une version par l’Orchestre symphonique de Nashville, placé sous la direction de Kenneth Schermerhorn (Naxos, 2003), n’avait pas dévoilé toutes les richesses. Vaste partition en quatre mouvements d’une durée globale proche des trois quarts d’heure, la Symphonie « gaélique », traversée par des élans romantiques et servie par une orchestration riche et haute en couleurs, fait souvent penser à l’univers de Dvořák, dont la création newyorkaise de la Symphonie du Nouveau-Monde date de fin 1893. Le troisième mouvement d’Amy Beach, Lento con molto espressione, est un superbe moment de lyrisme de treize minutes, au sein duquel un violon épanoui fait, dans un climat chatoyant, un éloge éperdu de la nature – à la Walt Whitman, dirais-je. La variété des thèmes (évocation d’un voyage maritime tourmenté dans l’Allegro con fuoco initial) et la splendeur des développements séduisent l’auditeur de bout en bout et permettent de poser une évidente question : pourquoi une telle symphonie ne fait-elle pas l’objet de programmations régulières ? On qualifiera la version qu’en propose le Symphonique de Munich, que dirige le chef franco-suisse John Bastian (°1980), de visionnaire, dans une atmosphère gorgée de sève et de vitalité dynamique. Une magistrale leçon orchestrale !

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    Les compléments de programme révèlent d’autres qualités d’Amy Beach. Sur le texte Eilende Wolken, Segler der Lüfte de Schiller, Maria Stuart (1892) affronte la prison, scène à laquelle la mezzosoprano américaine Angela Brower, spécialiste de Richard Strauss, insuffle une poignante intensité dramatique.  L’air pour soprano et orchestre La Fille de Jephté (1903), évoque le personnage biblique du Livre des Juges, qui, suite à un vœu imprudent, doit sacrifier son enfant à Dieu. Sur un texte du poète et traducteur nancéien Charles-Louis Mollevaut (1776-1844), toute l’infortune de la malheureuse héroïne est confiée à la soprano franco-allemande Camille Schnoor, une habituée de Mozart, Puccini, Tchaïkowsky ou Offenbach, qui souligne de façon très émouvante, avec des aigus perçants, le tragique de la funeste situation. La même cantatrice dessine avec une exquise finesse et un sentiment éthéré la mélodie Extase (1893), d’après le poème de Victor Hugo, paru en 1829 dans Les Orientales. Le programme s’achève par un langoureux et élégant Bal masqué, orchestration par Amy Beach de sa pièce de salon pour piano du même titre.

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    Cet album, enregistré avec fougue et engagement par l’Orchestre symphonique de Munich et son chef Joseph Bastian, qui a pris ses fonctions depuis la saison 2023/24, est une belle découverte, celle de l’indiscutable talent d’une compositrice, dont l’exploration du catalogue mérite un élargissement. On notera que les trois pages vocales sont des premières mondiales au disque.

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    Son : 9    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

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    Une très bienvenue découverte musicale – et pas seulement discographique – à la fois émouvante et rafraîchissante, d’une compositrice entravée en sa vie de création…

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    Ce mardi 27 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Retour sur le marquant CD « Lines of life – Schubert and Kurtag », de Benjamin Appl, György Kurtag, Pierre-Laurent Aimart et James Baillieu…

    Les 22 mars dernier,

    en mon article « L’extraordinaire d’intimité bouleversante « Lines of lines – Schubert – Kurtág » de Benjamin Appl et György Kurtag : un sublime bijou tout de sobriété, pour nous accompagner à aller à l’essentiel, nous aussi, de nos vies…« ,

    j’ai déclaré l’enthousiasme éprouvé aux écoutes en boucle du merveilleux CD Alpha CD 1145 « Lines of life, Schubert & Kurtag« ,

    du baryton Benjamin Appl…

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    Et voici que sur le site de l’excellent magazine Crescendo, le 16 avril dernier,

    Jean Lacroix a signé un très intéressant article intitulé « György Kurtág et Benjamin Appl, une émouvante et féconde collaboration« ,

    que voici :

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    György Kurtág et Benjamin Appl, une émouvante et féconde collaboration

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    Le 16 avril 2025 par Jean Lacroix

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    Lines of Life. Lieder de György Kurtág (°1926), Franz Schubert (1797-1828) et Johannes Brahms (1833-1897). Benjamin Appl, baryton ; Pierre-Laurent Aimard, James Baillieu et György Kurtág, piano ; Csaba Bencze, trombone ; Gergely Lukács, tuba. 2024. Avec une conversation entre Kurtág et Appl. Notice en anglais, en allemand et en français. Textes chantés, avec traductions.  67’ 45’’. Alpha 1145.

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    Après trois parutions chez Alpha (The Christmas Album, Forbidden fruit et le Winterreise de Schubert), le baryton germano-britannique Benjamin Appl (°1982) en signe une nouvelle, fruit de sa collaboration, depuis 2018, avec le compositeur hongrois György Kurtág, qui a fêté, le 19 février dernier, son 99e anniversaire. Comme il l’explique dans la notice, Appl a répondu à un appel du Konzerthaus de Dortmund qui avait l’intention de donner en février 2020 un festival en l’honneur du créateur, celui-ci souhaitant que ses Hölderlin-Gesänge soient à l’affiche. Rencontres régulières à Budapest et travail commun ont suivi, pour aboutir au présent projet. Lors du premier contact, l’épouse de Kurtág, Márta Kinsker (1927-2019), pianiste et pédagogue réputée, vivait encore et donna son aval à la collaboration de son mari avec le chanteur. Kurtág, dans un message préliminaire, précise qu’il a tout de suite apprécié l’étonnante belle voix, la sûreté technique, la qualité de la diction et la personnalité attachante de Benjamin Appl, dont il écrit qu’il est actuellement le plus authentique interprète de ses Hölderlin-Gesänge. Après le décès de Márta Kurtág, et en hommage à cette dernière, l’idée est née entre les deux artistes d’adjoindre au cycle du compositeur des Lieder romantiques allemands, et d’associer au projet les pianistes Pierre-Laurent Aimard, un familier de longue date de Kurtág, et James Baillieu, partenaire d’Appl. Le tout a été concrétisé à Budapest en trois sessions (février, mars et mai 2024).

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    Dans une conversation en allemand de dix-huit minutes entre Kurtág et Appl, document qui complète le programme musical (traduction en français jointe), le compositeur répond à la question qui lui est posée sur son inspiration à partir de textes littéraires : Dans le cas des Hölderlin-Gesänge, cela s’est passé ainsi : nous habitions à Berlin, au Wissenschaftskolleg. Il y avait un petit lac à proximité. J’avais l’habitude d’en faire le tour, promenade qui durait en général trente minutes. Pendant longtemps, je me lisais les poèmes à haute voix – et puis, soudain, j’ai commencé à les mettre en musique. Cet opus 35a a été composé au cours de la décennie 1990 et est destiné à une voix non accompagnée, à l’exception du troisième lied, Gestalt und Geist, où interviennent un trombone et un tuba, lui conférant un côté dramatique. On apprécie la qualité de l’interprétation de Benjamin Appl dans ces pages de courte durée, le baryton alliant la clarté de la diction à une déclamation superbement chantée de ces vers au caractère énigmatique, un poème ravageur de Paul Celan complétant l’ensemble, ainsi que deux autres de Hölderlin, mis plus récemment en musique. On se souviendra qu’en 2002, Le baryton suisse Kurt Widmer (°1940) avait signé pour ECM un album convaincant, où figuraient des Hölderlin-Gesänge. Appl leur apporte un surplus d’émotion.

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    Le programme est conçu comme une alternance entre des Lieder de Schubert, de Brahms et de Kurtág. Une affiche somme toute assez courte ; on compte un peu moins de cinquante minutes de chant, le reste étant dévolu à la conversation citée. Mais le tout se présente comme un témoignage, plein de respect et de chaleur humaine, à l’égard d’un créateur qui participe à l’aventure, puisqu’il est lui-même au piano, avec une confondante clarté, pour les deux dernières plages : Der Jüngling an der Quelle D. 300 de Schubert, en recherche d’apaisement, et le chant d’amour Sonntag op. 47/3 de Brahms.

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    De Kurtág, on découvre encore, en tête de programme et en première mondiale, un émouvant Circumdederunt… de 2022 pour voix seule (d’abord conçu pour violoncelle). L’atmosphère, inspirée par deux psaumes, est proche du madrigal et plante tout de suite un décor dénudé au sein duquel la voix du Seigneur entend les appels de détresse face à la mort. Quatre autres très brefs lieder sur des poèmes au caractère expressionniste d’Ulrike Schuster, composés ou révisés entre 1996 et 2023, cette fois avec accompagnement du piano, s’y ajoutent. Le dernier d’entre eux sonne un peu comme un glas, avec des mots sobres : Tout doucement/presque imperceptiblement/mais pourtant vite/les lanternes s’éteignent. Il y a là une économie de moyens, quasi testamentaires, que le baryton, avec la complicité de Pierre-Laurent Aimard, cisèle avec délicatesse.

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    Six Lieder célèbres de Schubert (Ganymed, Totengräbers Heimweh, Im Frühling, Dass sie hier gewesen, Der Wanderer an den Mond, Litanei) complètent ce programme conçu, nous l’avons dit, en alternance. Benjamin Appl s’y coule d’une façon que l’on pourra estimer parfois linéaire, mais avec une sensibilité en adéquation avec l’atmosphère particulière de cet album conçu comme un hommage. Ici, c’est le pianiste sud-africain James Baillieu, son partenaire habituel, qui officie.

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    Dans son texte, Benjamin Appl ne cache pas sa fierté d’avoir été « choisi » pour ce qu’il considère comme un « énorme cadeau artistique » : Kurtág m’a montré le véritable sens de la vie de musicien, confie-t-il. En s’engageant profondément dans la musique, il m’a permis de mieux comprendre la nature humaine. Dont acte.

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    Son : 9    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation :  10 (Kurtág) – 8,5 (Schubert et Brahms)

     

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    Un CD que je recommande très chaudement…

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    Ce dimanche 27 avril 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa