Étiquette : Discophilia

  • A nouveau à propos du superbe coffret Supraphon « Karel Ancerl – Live Recording – Concertos »…

    A nouveau à propos du superbe coffret Supraphon de 7 CDs « Karel Ancerl – Live Recording – Concertos« , auquel j’avais consacré un article le 31 mars dernier :

    « L’immense Karel Ančerl dirigeant l’immense David Oistrakh et l’immense Mstislav Rostropovich avec l’Orchestre Symphonique de la Radio de Prague dans deux Concertos d’Antonin Dvořák : à vénérer !« ,

    …

    voici ce dimanche 4 mai, sur son site Discophilia, un bel article bien développé de Jean-Charles Hoffelé, intitulé « Les Concertos de Karel » :

    …

    …

    LES CONCERTOS DE KAREL

    …

    …

    Une perle parmi ces gravures éparses commanderait de toute façon – oui ! – l’acquisition de cette belle petite boîte : le 2e Concerto de Chopin piaffé par un Wilhelm Kempff plein d’autorité, nonobstant quelques traits de travers dans le Finale, broutilles !, ajout majeur à sa discographie officielle où le compositeur des Mazurkas fut aussi modestement présent que parfaitement compris.

    …

    …

    Le Chant du Monde l’avait fugitivement publié, Supraphon rend le concert dans toute la beauté d’une prise de son qu’on croyait jusque là étroite. Le geste du pianiste est vif avec constance, les rythmes prennent toujours le pas sur le cantabile, et les contrechants épicent la ligne mélodique, manière qui s’accorde au geste volontiers drastique de Karel Ančerl, comme aux verdeurs des Tchèques.

    …

    …

    Cette direction si preste, et assez carrée, en rebutera certains : Henryk Szeryng ne s’y retrouve pas pour un Beethoven oubliable, alors qu’à chaque fois le violon rhapsode d’Ida Haendel y gagne un cadre où discipliner son jeu et envoler son archet : leur Sibelius, leur Beethoven, le Stravinski sont simplement impérissables.

    …`

    …

    Les Russes sont omniprésents, Sviatoslav Richter toujours au diapason du chef, et comme lui jouant carré – écoutez d’abord le 1er de Tchaikovski et comparez le à la tempête de celui d’Emil Gilels – , Mstislav Rostropovitch retrouvant pour le Dvořák l’élan de sa gravure princeps à Prague avec Václav Talich, mais plus animé encore par les tempos prestes que lui exige Karel Ančerl. L’accord est fulgurant – oui, oui ! – avec David Oistrakh pour ce qui reste son plus lyrique enregistrement du Dvořák.

    …

    …

    Et les Tchèques ? Plutôt qu’Eva Bernáthová, parfois égarée dans le Concerto en sol de Ravel – mais les sortilèges d’orchestre qu’Ančerl fait fuser valent d’être entendus – courrez au justement célèbre Premier de Prokofiev joué avec feu, élégance et humour – voilà, voilà ! – par Ivan Moravec, et écoutez bien la leçon de style de Jan Panenka dans le Concerto de Schumann, pianiste trop oublié, dont l’art dépassait le seul domaine chambriste.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Karel Ančerl
    Live Recordings Concertos

    …

    …

    CD 1
    Ludwig van Beethoven(1770-1827)

    …
    Concerto pour piano et orchestre No. 1 en ut majeur,
    Op. 15 (1956)

    Concerto pour piano et orchestre No. 3 en ut mineur,
    Op. 37 (1962)

    Sviatoslav Richter, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …

    …

    CD 2
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)

    …
    Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 61 (1966)
    Henryk Szeryng, violon – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …
    Robert Schumann (1810-1856)
    Concerto pour piano et orchestre en la mineur, Op. 54 (1955)
    Jan Panenka, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …

    …

    CD 3
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)

    …
    Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 61 (1957)

    …
    Jean Sibelius (1865-1957)
    Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, Op. 47 (1957)
    Ida Haendel, violon – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …

    …

    CD 4
    Franz Liszt (1811-1886)

    …
    Concerto pour piano et orchestre No. 1 en mi bémol majeur, S. 124 (1954)

    …
    Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893)

    …
    Concerto pour piano et orchestre No. 1 en si bémol mineur, Op. 23 (1954)
    Sviatoslav Richter, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …

    …

    Frédéric Chopin (1810-1849)

    …
    Concerto pour piano et orchestre No. 2 en fa mineur, Op. 21 (1959)
    Wilhelm Kempff, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …

    …

    CD 5
    Antonín Dvořák (1841-1904)

    …
    Concerto pour violoncelle et orchestre No. 2 en si mineur,
    Op. 104, B. 191 (1952)

    Mstislav Rostropovich, violoncelle – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …
    Concerto pour violon et orchestre en la mineur, Op. 53, B. 108 (1950)
    David Oistrakh, violon – Orchestre Symphonique de la Radio de Prague

    …

    …

    CD 6
    Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893)

    …
    Concerto pour piano et orchestre No. 1 en si bémol mineur, Op. 23 (1953)
    Emil Gilels, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Concerto pour piano et orchestre en sol majeur, M. 83 (1959)
    Eva Bernáthová, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …

    …

    CD 7
    Francis Poulenc (1899-1963)

    …
    Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur, FP 61 (1960)
    Juliane Lerche, piano – Ingeborg Herkomer, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, K053 (1962)
    Ida Haendel, violon – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …
    Sergei Prokofiev (1891-1953)
    Concerto pour piano et orchestre No. 1 en ré bémol majeur, Op. 10 (1962)
    Ivan Moravec, piano – Orchestre Philharmonique Tchèque

    …

    …

    Karel Ančerl, direction

    …

    …

    Un coffret de 7 CD du label Supraphon SU4349-2
    …

    …

    Photo à la une : le chef d’orchestre Karel Ančerl, avec son ainé
    Václav Talich – Photo : © DR

     

    …

    …

    Un immense chef, et d’immenses concertistes….

    …

    Et merci Supraphon pour ces très bienvenues rééditions de CDs…

    …

    …

    Ce dimanche 4 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le « Schubert au sommet », de paradis, « à un degré d’accomplissement rarissime », de Samuel Hasselhorn, baryton, et Ammiel Bushakevitz, pianiste : la perfection de leur CD « Franz Schubert – Licht und Schatten », avec aussi le miraculeux sublimissime « Franz Schubert – Fantasies » de ce même fabuleux musicien-pianiste qu’est AmmIel Bushakevitz : deux révélations musicales absolument bouleversantes…

    Il y a déjà quelques jours que je m’apprête à célébrer, ré-écoutes après ré-écoutes émerveillées – et même carrément stupéfaites d’un tel « degré d’accomplissement » poétique et musical constaté ! – , le CD HMM 902747 « Franz Schubert – Licht und Schatten » – enregistré à Berlin au mois de mars 2024 – du baryton – né à Göttingen le 15 mai 1990 – Samuel Hasselhorn, et du pianiste – né à Jérusalemle 9 avril 1986  – Ammiel Bushakevitz,

    …

    tant « l’écoute réitérée de ce disque nous laisse – nous aussi, comme Sylvain Fort à la page 91 du n° 743 du Diapason de ce mois d’avril, qui décerne à ce CD un Diapason d’or archi-mérité ! – sans mots » d’admiration suffisants, à la hauteur de la performance extraordinaire d’interprétation de ce chanteur et ce pianiste d’exception – écoutez donc ici ce degré inouï de perfection !!!

    …
    …

    Et voici que deux articles viennent, coup sur coup, ce vendredi 11 et ce samedi 12 avril, en renfort de cette sidération admirative…

    …

    …

    Hier vendredi, celui de Jean-Charles Hoffelé intitulé « Vers l’ombre« ,

    que voici :

    …

    …

    VERS L’OMBRE

    …

    …

    « Ombre et lumière » – « Licht und Schatten » – annonce la couverture, plus pourtant du côté ombre, la sélection – splendide de justesse – de grands lieder nocturnes ou tragiques l’atteste, le timbre même et où en est rendue la voix de Samuel Hasselhorn le confirment, baryton plus sombre – en effet – à mesure des albums – que je n’ai pas manqué de me procurer…

    …

    …

    À cela s’ajoute que l’on chante ici moins qu’on ne dit, c’est le Schubert déclamatoire – voilà ! – qui pointe, manière de présenter quasiment l’envers d’une Schöne Müllerin (voir ici) où le chant était capiteux, ce qui permet à Samuel Hasselhorn de se faire diseur – magnifique ! – , ce qu’il faut pour le ton de ballade de Des Sängers Habe et Auf der Bruck, entre autres.

    …

    …

    Dans ce voyage secret, Ammiel Bushakevitz ajoute – à son piano seul – Ländler et Deutsche Tänze, échappées tendres qui permettent de reprendre souffle avant de replonger dans les lieder, qui flirtent avec la ténèbre, où le pianiste nous guide – génialement ; je vais y revenir… – avec l’art qu’on lui connaît. Schubert est – en effet – son monde.

    …

    ..;

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Schubert 200. Volume 2
    Licht und Schatten

    …

    …

    Franz Schubert (1797-1828)

    …
    Die junge Nonne, D. 828
    Auflösung, D. 807
    Die Allmacht, D. 852
    17 Ländler, D. 366 (2 extraits : No. 3 en la mineur – No. 4 en la mineur – No. 3 en la mineur)
    Der Einsame, D. 800
    Abendstern, D. 806
    Normans Gesang, D. 846
    Das Heimweh, D. 851
    6 Deutsche Tänze, D. 820 (3 extraits : No. 1 en la bémol majeur – No. 2 en la bémol majeur – No. 1 en la bémol majeur – No. 3 en la bémol majeur – No. 1 en la bémol majeur)
    Fülle der Liebe, D. 854
    Des Sängers Habe, D. 832
    Auf der Bruck, D. 853
    Im Abendrot, D. 799
    18 Deutsche Tänze & Ecossaises, D. 783 (5 extraits : No. 2 en ré majeur – No. 4 en sol majeur – No. 5 en si mineur – No. 6 en si bémol majeur – No. 7 en si bémol majeur)
    Lied des gefangenen Jägers, D. 843
    An mein Herz, D. 860
    Wandrers Nachtlied II, D. 768
    Wiedersehn, D. 855

    ..;

    …

    Samuel Hasselhorn, baryton
    Ammiel Bushakevitz, piano

    …

    …

    Un album du label harmonia mundi HMM902747

    …

    …

    Photo à la une : le baryton Samuel Hasselhorn – Photo : © Nikolaj Lund

    …

    …

    Et aujourd’hui, ce samedi,

    cet autre article-ci, dans ResMusica, sous la plume de Matthieu Roc, intitulé « Samuel Hasselhorn et Ammiel Bushakevitz : Schubert au sommet » :

    …

    …

    Samuel Hasselhorn et Ammiel Bushakewitz : Schubert au sommet

    …

    …

    …
    …

    Il n’y a pas d’interprètes définitifs – certes ! – pour Schubert, et surtout pas dans le Lied, tant les potentialités d’interprétation sont variées – oui. Mais Schubert porté à un degré d’accomplissement pareil – voilà, voilà ! –  , c’est quand même bien rare – et cela bien sûr nous marque considérablement…

    …

    …

    Tant en reconnaissant les talents et les très belles choses que peuvent faire ensemble ce baryton et ce pianiste, on avait formulé quelques réserves à propos du disque où ils donnaient La belle Meunière. Ici, toutes ces réserves tombent, et le bonheur est complet – voilà ! – d’entendre un Schubert aussi juste – oui, oui : c’est en effet cela ! – , aussi profond et aussi poétique – parfaitement ! Dès le premier Lied, Die Junge Nonne, on trouve la confirmation que nous sommes face à des interprètes d’exception – oui, oui. La violence des éléments déchaînés comme des émotions, l’épuisement de l’âme qui veut renoncer au monde (Wie das Grab allégé, blanchi jusqu’au murmure …), l’aspiration à l’union mystique, le bonheur du dernier Alleluja… Chaque mot, chaque inflexion, chaque nuance est délicate et porteuse du sens profond du texte – oui. Fera-t-on un jour à ces deux-là le reproche d’en faire trop, comme on l’a fait à Dietrich Fischer-Dieskau et Gerald Moore ? Ce n’est pas certain, car tout semble couler de source, comme une évidence d’authenticité – absolument : tant pour le chant que pour le piano. Il ne fait pourtant aucun doute que tout est extrêmement travaillé, mais cela ne se ressent absolument pas – non, en effet. Il n’y a que beauté, émotion et spontanéité qui apparaissent et nous submergent – voilà, voilà ! – , et ceci encore après une demi-douzaine d’écoutes – et je le confirme à mon modeste tour… Evidente, l’infinitude de ces roulements sur ätherischen Chöre dans Auflösung. Lumineux, le ciel scintillant d’étoiles évoqué dans Die Allmacht, et impressionnante, la posture de prophète adoptée sur les mots Gross ist Jéhovah. Tout est parfaitement réussi – tout simplement, c’est cela. Chaque Lied est un sommet – oui. Avouons une fascination toute particulière pour Im Abendrot, où les couleurs étirées jusqu’au bout du phrasé le plus long et le plus souple qui soient créent une prière d’une humilité totale. Redisons : un degré d’accomplissement pareil, c’est rarissime – je contresigne cette justissime impression ressentie.

    …

    …

    Le programme compte quinze lieder qui sont entremêlés de pièces pour piano seul, comme on a pris l’habitude de le faire dans les concerts de Lieder de nos jours. Ce n’est pas en soi nécessaire dans un CD, mais il faut avouer que c’est très agréable. Cela permet de relâcher un peu – voilà – la tension de l’écoute, qui est forte – pour le cas de ces lider choisis ici – , et ce que fait Ammiel Bushakewitz de ces Ländler et Deutsche Tänze est délicieux de légèreté toujours dense de sens – c’est très exactement cela… La phraséologie éditoriale parle d’ombres et de lumière, « Licht und Schatten », ce qui est un peu passe-partout, mais c’est sans importance. Ce qui compte, c’est que ces deux artistes-là continuent – dorénavant – à nous graver des Lieder, et à un CD annoncé par année anniversaire de 1824 à 1828, cela nous amène à 2028. A défaut d’une intégrale Schubert, que mériterait un schubertien aussi remarquable que  (lauréat ICMA 2025), on est preneur !

    …

    …

    Voilà, voilà.

    …

    Il faut donc écouter et ré-écouter à ce degré de perfection de plaisir ce CD-ci…

    …

    …

    Mais je dois ajouter qu’en demandant à mon ultra-compétent – quelle justissime oreille ! – disquaire préféré ce qu’il pensait de la performance musicale assez bouleversante du piano d’Ammiel Bushakevitz,

    il est allé tout de suite me rechercher le récent CD « Franz Schubert – Fantasies » d’Ammiel Bushakevitz, le CD Hänssler classic HC 24025 – enregistré à Eppelheim du 8 au 11 janvier 2024 – , dont l’écoute et les ré-écoutes, à leur tour, totalement me subjuguent ;

    …

    et je n’ai encore rien lu nulle part sur ce miracle d’interprétation de la Sonate pour piano Op. 78, D. 894 « Sonate-Fantaisie » et de la Fantaisie Op. 15, D. 760 « Wanderer-Fantaisie » par Ammiel Bushakevitz en ce CD du paradis !

    …

    …

    Mais écoutez donc ici :

    ce lumineux toucher schubertien d’Ammiel Bushakevitz est tout bonnement sublimissime !

    …

    Quel artiste !!!

    …

    …

    Ce samedi 12 avril 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter Thomas Albertus Irnberger et Michael Korstick (dans le double CD Gramola « Französische Violinsonaten – Fauré – Lekeu – Ravel – Poulenc – Messiaen » : quel violon ! quel piano ! Admiration !!!

    Les noms – et certaines de leurs interprétations au disque que j’ai pu remarquer dans la presse ou sur les blogs spécialisés, et me procurer  – du violoniste Thomas Albertus Irnberger et du pianiste Michael Korstick ne sont en rien inconnus de moi

    – cf, sur ce blog, mes articles « La singularité et la perfection du goût d’Edoardo Torbianelli, à travers deux récentes parutions de CDs de cet excellent pianofortiste triestin, avec, ici, le superbe violoniste salzbourgeois Thomas Albertus Irnberger« , du 12 septembre 2021 ; « Les deux concertos pour violon et orchestre de Bohuslav Martinu (suite)« , du 23 mars 2019 ; et « La sonate pour violon et piano de César Franck « sans violon » : un merveilleux CD de Michael Korstick« , du 3 mars 2019…

    …

    …

    Aussi, découvrant hier l’enthousiasme de l’article « Passage du siècle » du bon Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia, à l’écoute du tout récent double album Gramola 99336 « Französische Violinsonaten – Fauré – Lekeu – Ravel – Poulenc – Messiaen« ,

    et m’étant empressé, ce matin même, de me le procurer ; et bien sûr d’illico l’écouter,

    …

    est-ce ma profonde admiration pour le jeu absolument saisissant – mais sans rien du tout forcer… – de ces deux extraordinaires interprètes – encore pas assez bien connus en France – que je tiens à exprimer ici – et à mon tour… – immédiatement !

    – j’ai débuté mon écoute de ce double CD par les pièces de Maurice Ravel, en cette année du 150e anniversaire de sa naissance. Un Ravel parfait !!! Ecoutez-ici…

    …

    …

    Voici donc l’excellent et justissime article « Passage du siècle » de Jean-Charles Hoffelé :

    …

    …

    PASSAGE DU SIÈCLE

    …

    …

    D’un siècle l’autre ce (premier ? – à suivre ?.. -) panorama du violon français en musique de chambre va de Fauré et Lekeu à Messiaen. Le jeu clair, altier – particulièrement en symbiose avec le génie français de ces compositeurs – de Michael Korstick tire la Première Sonate de Fauré des salons, l’alliage avec le violon subtil – voilà – de Thomas Albertus Irnberger réalisant la quadrature du cercle où se dissout la sentimentalité au profit de l’émotion – oui, simplement oui…

    …

    …

    La conjonction de ce violon élégant et de ce piano décidé – on ne saurait en effet mieux les qualifier ! – sera plus saisissante encore dans les abimes de la Sonate tardive, sauvera de l’anecdotique les pièces brèves et donnera une sensualité inédite à la Sonate de Lekeu, éloignée par cette relecture drastique – un peu trop sec – du modèle franckiste, et entendue comme en prémices à celle de Debussy, qui justement manque (mais le violoniste l’avait enregistrée tout jeune homme avec Jörg Demus).

    …

    …

    Le plus saisissant de ce double album reste le XXe siècle : Sonate de Poulenc rageuse, moderniste – oui  -, sait-on seulement que c’est l’une de ses plus grandes œuvres, composée sous le joug de l’Occupation et écrite en mémoire de l’assassinat de Federico Garcia Lorca ? Ce que le piano de Michael Korstick fait entendre d’urgence, de sensualité aussi, me laisse penser qu’il ferait bien de se pencher sur les œuvres de piano de l’auteur – Poulenc, donc – des Mamelles de Tirésias.

    …

    …

    Sonate de Ravel virtuose en diable, d’une projection assez fabuleuse – oui : saisissante ! – , mais chez le compositeur de Montfort, Kaddish est encore plus vertigineux à force d’émotion contenue. Au bout du chemin, les fantaisies dorées du Thème et Variations de Messiaen laissent espérer que les deux amis reviendront à Paris : la Sonate de Pierné, celles de Roussel, tant d’autres les espèrent, dont la Sonate de jeunesse de Ravel, et puis il serait peut-être temps de songer à une nouvelle version de la Sonate de Debussy !

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    French Violin
    Sonatas

    …

    CD 1

    …

    …
    Gabriel Fauré (1845-1924)

    …
    Sonate pour violon et piano No. 1 en la majeur, Op. 13
    Sonate pour violon et piano No. 2 en mi mineur, Op. 108
    Romance pour violon et piano, Op. 28
    Andante pour violon et piano, Op. 75
    Sicilienne, Op. 78 (version avec violon)
    Berceuse pour violon et piano, Op. 16

    …

    …
    Olivier Messiaen (1908-1992)

    …
    Thème et variations

    …

    …

    CD 2

    …

    …
    Guillaume Lekeu (1870-1894)

    …
    Sonate pour violon et piano en sol majeur

    …

    …
    Maurice Ravel (1875-1937)

    …
    Sonate pour violon et piano No. 2 en sol majeur, M. 77
    Berceuse sur le nom de Gabriel Fauré, M. 74
    Kaddisch (No. 1, extrait des « 2 Mélodies hébraïques, M.A 22 » ; version pour violon et piano : Lucien Garban)

    …

    …
    Francis Poulenc (1899-1963)

    …
    Sonate pour violon et piano, FP 119

    …

    …

    Thomas Albertus Irnberger, violon
    Michael Korstick, piano

    …

    …

    Un album de 2 CD du label Gramola 2025
    …

    …

    Photo à la une : le violoniste Thomas Albertus Irnberger et le pianiste Michael Korstick – Photo : © DR

    …

    …

    Un double CD admirable d’incisivité et élégance – la quadrature du cercle, peut-être bien… – qui nous marque très intimement, en cette musique de chambre en rien salonnarde ni sucrée ;

    et qui vient rafraîchir très justement nos oreilles musicales parfois un peu encalminées…

    …

    …

    Quels parfaits interprètes de cette musique clarissime française sont donc Thomas Albertus Irnberger et Michael Korstick !!!

    …

    …

    Ce jeudi 10 avril 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Elegance (suite) : le lumineux CD « Mozart – 1 – 2 – 3 – 4 – solo – duo – trio – quartet » de Julien Libeer et ses amis : une connivence de ressentis…

    En forme de reprise – en totale connivence… – à mon article enthousiaste « Mozart, ou la radicale innocence : en forme de suite à mon article récent sur ce qui lie Ravel à Mozart, l’élégance naturelle réjouissante du très beau lumineux CD « Mozart – 1 – 2 – 3 – 4 – solo – duo – trio – quartet » de Julien Libeer, Pierre Colombet, Máté Szücs et Eckart Runge… » du jeudi 27 avril dernier :

    …

    …

    Mozart, ou la radicale innocence : en forme de suite à mon article récent sur ce qui lie Ravel à Mozart, l’élégance naturelle réjouissante du très beau lumineux CD « Mozart – 1 – 2 – 3 – 4 – solo – duo – trio – quartet » de Julien Libeer, Pierre Colombet, Máté Szücs et Eckart Runge…

    …
    …
    — Ecrit le jeudi 27 mars 2025 dans la rubrique “Blogs, Musiques”.
    …
    …

    Comme en forme de réponse bien concrète à l’approche de mon article « Ravel et Mozart, ce qui les lie, selon une lucide remarque un peu détaillée de l’excellent pianiste Julien Libeer (« Mozart, l’exemple absolu de Ravel »), au final d’un entretien de présentation de son présent CD « Mozart 1-2-3-4 – solo – duo -trio – quartet », à propos de ce qu’il qualifie d’ »une virée Ravel qui s’annonce pour l’automne »… » en date du 24 mars dernier, à propos des profondes intenses affinités mozartiennes de tout – ou presque tout, ou beaucoup de… – l’œuvre de Maurice Ravel, en leur semblable merveilleuse élégance absolument naturelle, et leur identique sublime sublimation – toujours impeccablement réussie, et sans nulle trace d’effort ! – du tragique de la vie en la profonde légéreté-fantaisie – ponctuée toujours  d’une très très fine touche, quasi imperceptible, sans le moindre appesantissement, de mélancolie… – de leur musique,

    …

    ce soir, à l’audition du CD Harmonia Mundi HMM 902699 « Mozart – 1 – 2 – 3 – 4 – solo – duo – trio – quartet« , de Julien Libeer, Pierre Colombet, Máté Szücs et Eckart Runge – enregistré en octobre 2024 à Schiedam (Pays-Bas) ; regarder ici cette vidéo (de 1′ 40) d’un extrait du Quatuor avec piano n°1 K. 498, pris en concert au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, le 30 septembre 2024 ; et sur l’excellent Julien Libeer lui-même, cf mon article « Le Beethoven rayonnant et solaire de Lorenzo Gatto et Julien Libeer : les CDs Alpha 240, 407 et maintenant 565, des Sonates pour violon et piano de Ludwig van… » en date du 23 novembre 2019… –, c’est une très profonde lumineuse joie porteuse que je ressens…

    …

    …

    Lire aussi les quelques très justes mots de présentation au dos de ce CD :

    …

    « C’est le sourire et la lumière – voilà ! – de Mozart que Julien Libeer et ses complices nous proposent dans ce programme très original : une sonate pour piano seul absolument solaire – oui – , une sonate pour violon et piano où la joie triomphe des inquiétudes – et les sublime ! – , un flamboyant – voilà ! – trio de l’époque des Noces, pour ne rien dire du – somptueux ! – quatuor avec piano K. 478, formation rare où le compositeur s’amuse aux frontières du concerto et de la musique de chambre… Le tout dans une progression dramaturgique surprenante !« …

    …

    …

    Et encore ces simples mots de Julien Libeer, pour dire en quelques mots la double difficulté, et de bien saisir à l’interprétation la musique même de Mozart, et la difficulté aussi de bien parler d’elle, en un bref entretien avec Pierre-Jean Tribot pour le magazine Crescendo, à propos de ce très beau CD « Mozart – 1 – 2 – 3 – 4 – solo – duo – trio – quartet » :

    …

    …

    JULIEN LIBEER, FACE À MOZART 

    …

    …
    Notre compatriote Julien Libeer fait paraître un album un peu solo mais surtout chambriste – oui ! –  consacré à des partitions de Mozart (Harmonia Mundi). Le pianiste est en compagnie de  Pierre Colombet, violon ;  Eckart Runge, violoncelle et Máté Szücs à l’alto. Ce quatuor de brillants musiciens – que Julien Libeer a réuni tout spécialement pour cet enregistrement-ci – livre une prestation exceptionnelle, ce qui nous a donné envie d’en savoir plus et de poser quelques questions à  Julien Libeer.

    …

    …

    Vous êtes le dénominateur commun d’un album chambriste consacré à des œuvres de Mozart. Pourquoi choisir Mozart à ce moment de votre carrière?

    …

    …

    On ne m’attribuera aucun prix d’originalité si je vous dis que Mozart m’accompagne depuis ma tendre jeunesse, et que notamment ses opéras comptent parmi mes plus intenses souvenirs d’enfance. Ce n’en est pas moins la vérité pour autant, et il fallait bien un jour que je fasse quelque chose avec cette fibre qui est à la racine de mon chemin de musicien. J’ai attendu avant de lui consacrer une monographie entière, car je voulais le faire dans un programme pertinent, et surtout avec les bonnes personnes. Il se trouve que les étoiles se sont alignées à ce moment-ci !

    …

    …

    Dans le booklet du disque, vous écrivez “demandez à un musicien de vous parler de Mozart, il y a fort à parier qu’il peinera à dire quelque chose”. Pourquoi Mozart semble si difficile à caractériser par des mots ?

    …

    …

    Si j’avais une réponse claire à ça, je n’aurais pas écrit cette phrase !  Peut-être parce que toutes les choses dont il est facile de parler en musique ne s’appliquent pas directement à Mozart.

    …

    …

    Son intelligence est aussi fulgurante mais moins ouvertement intellectuelle que Bach ; son évolution esthétique est plus subtile que celle de Beethoven ; à l’exception de Haydn aucun de ses contemporains ne lui arrive à la cheville, donc difficile de le comparer ou le mettre en contexte ; et puis sa musique n’a rien d’idéologique ou pamphlétaire : elle n’incarne aucune révolution tonitruante, elle n’est pas à l’origine d’une école quelconque.

    …

    …

    Parler de Mozart signifie donc parler réellement, et uniquement, de musique. Est-ce vraiment possible?

    …

    …

    On dit souvent que Mozart est un juge de paix pour les musiciens, un compositeur avec lequel il est impossible de tricher. Partagez-vous cet avis ?

    …

    …

    Il a en effet rendu fou les plus grands… Perplexe, Richter se demandait pourquoi une gamme toute bête devenait si difficile dès qu’elle se trouvait dans une œuvre de Mozart… Rubinstein disait que quand on le joue, « soit c’est un miracle, soit ce n’est pas du Mozart» – ce qui met la barre un peu haute, mais n’est probablement pas faux…

    …

    …

    On pourrait retourner le problème dans tous les sens pendant des pages entières, mais disons qu’il y a peu de compositeurs qui demandent à ce point de dépasser la matière – François Couperin, par exemple… En ce sens, Mozart n’est pas tant un style qu’un état d’esprit.

    …

    …

    …
    …

    A écouter le disque, j’ai l’impression que vous défendez avec vos partenaires, une approche très dosée et réfléchie, qui refuse tout excès, à commencer par ces boosts énergiques auxquels de nombreux musiciens qui revendiquent une approche historiquement informée cèdent trop souvent ?

    …

    …

    Il semblerait que nous nous soyons assez naturellement trouvés dans une esthétique qui ne sacrifie pas le chant – voilà ! Et c’est là un des traits essentiels de Mozart (et de Chopin, aussi) – sur l’autel de l’énergie. Il ne s’agit pas non plus de nier la vitalité permanente de la musique – voilà (comme pour  Schubert, le Wanderer…) ! – pour autant – c’est d’ailleurs une des grandes leçons sur Mozart que je retiens de Maria-João Pires : trouver le juste milieu entre effervescence et lyrisme – voilà ! S’il s’endort, ça devient une musique bourgeoise sans piment. S’il devient hystérique, tout le caractère est gommé – tout cela est parfaitement juste…

    …

    …

    Aux musiciens de faire leur travail de funambule !

    – et c’est bien cela : sur une délicieuse et éminemment jouissive très délicate code raide…

    …

    …

    Vous et vos partenaires, jouez des instruments modernes. Etes-vous tentés par la pratique d’instruments historiques ?

    …

    …

    Je suppose que nous y avons tous un peu touchés, même si pour ma part jamais sur scène. L’instrument historique, c’est un métier à part entière. Mais même ceux qui, sur scène, s’en tiennent aux instruments modernes ont des choses à apprendre du contact avec les instruments anciens, et je connais peu de musiciens de ma génération qui s’en tiennent loin.

    …

    …

    Est-ce que vous avez déjà un autre projet de disque en préparation ? – et c’est cet extrait que je me suis permis d’un peu commenter en mon article du 24 mars dernier : « Ravel et Mozart, ce qui les lie, selon une lucide remarque un peu détaillée de l’excellent pianiste Julien Libeer (« Mozart, l’exemple absolu de Ravel »), au final d’un entretien de présentation de son présent CD « Mozart 1-2-3-4 – solo – duo -trio – quartet », à propos de ce qu’il qualifie d’ »une virée Ravel qui s’annonce pour l’automne »…« …

    …

    …

    Oui, il y a une virée Ravel qui s’annonce pour l’automne. Mozart ayant été l’exemple absolu de Ravel, il paraissait cohérent de travailler sur les deux simultanément : ce sont deux mondes aristocratiques, d’une invention mélodique intarissable, expressive mais jamais vulgaire, et dont l’absence de coutures visibles tient du miracle.

    …

    …

    Au disque, il s’agira essentiellement d’œuvres pour piano seuls, mais mes vieux comparses Lorenzo Gatto et Bruno Philippe viendront en soutien pour quelques plages.

    …

    …

    Le site de Julien Libeer : https://www.julienlibeer.net/

    …

    …

    Crédits photographiques :  Diego Franssens

    …

    …

    Propos recueillis par Pierre-Jean Tribot

    …

    …

    Bravissimo, Messieurs ces magnifiques justissimes interprètes de Mozart – si difficile à si bien saisir en sa radicale radieuse innocence !..

    …

    …
    Ce jeudi 27 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    voici ce jour un article intitulé « Dégressif« ,

    que je découvre à l’instant sous la plume de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia,

    consacré lui aussi à ce superbe travail musical et discographique – pour Harmonia Mundi – de Julien Libeer et ses amis Pierre Colombet, Máté Szücs et Eckart Runge ;

    …

    un article en assez belle connivence avec mon ressenti… :

    …

    …

    DÉGRESSIF

    …

    …

    …

    …

    Le titre de l’album annonce un ordre que le disque – en effet – inverse : on commencera par le Premier Quatuor avec piano, fait piquant et fluide à la fois, assez concerto au fond – oui – , Julien Libeer jouant en finesse et caprice, puis on ira au Trio, d’un giocoso très opéra, le piano restant l’acteur – oui ! – sans pour autant éloigner les cordes : le décor fait quand même – lui – aussi assez concerto – un genre de fait éminemment mozartien !..

    …

    …

    Les choses changent avec la Sonate pour violon en fa majeur, Pierre Colombet sera le maître d’œuvre, son archet giocoso entraînant les fusées de l’Allegro, se régalant des merveilleuses variations, perle du disque – peut-être… – qui montre un duo parfait dans les émotions comme dans le brio : ces deux-là feraient bien – ô combien ! – de poursuivre « leur » Mozart.

    …

    …

    La nuance de mélancolie absolue – présente presque toujours chez Mozart, comme chez Ravel, Karol Beffa le fait bien remarquer… – qui introduit la sublime Sonate en mi bémol majeur montre Julien Libeer seul. Cette élégance – voilà ! voilà ! – , cet air de ne pas y toucher – en totale innocence – , le piano doré qui s’amuse – oui ! – aux deux Menuets, le giocoso avec un peu d’ombres _ nécessaiement – de l’Allegro, font déjà regretter la fin du voyage – lumineux !

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …
    …

    Mozart
    1-2-3-4

    …

    …

    Wolfgang Amadeus Mozart(1756-1791)

    …

    …
    Quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle No. 1 en sol mineur, K. 478
    Trio pour piano, violon et violoncelle No. 3 en si bémol majeur, K. 502
    Sonate pour piano et violon [No. 25] en fa majeur, K. 377/374e
    Sonata pour piano No. 4 en mi bémol majeur, K. 282/189g

    …

    …

     

     

    Julien Libeer, piano
    Pierre Colombet, violon
    Máté Szücs, alto
    Eckart Runge, violoncelle

    …

    …

    Un album du label harmonia mundi HMM902699

    …

    …

    Photo à la une : © DR

    …

    …

    Mozartiennement vôtres…

    …

    …

    Ce jeudi 3 avril 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa