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  • Approfondir l’appréhension du merveilleusement délié jeu de piano de Fabrizio Chiovetta : son splendide très pur CD « Beethoven – Op. 109, 110, 111 – Fabrizio Chiovetta »…

    Ayant beaucoup, beaucoup apprécié – cf l’enthousiasme de mon article « L’exceptionnel talent de toucher de piano, pur, naturel et élégant, de Fabrizio Chiovetta : son bouleversant « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 ». Comment ai-je pu ignorer jusqu’ici cet art merveilleux du piano qui me va à ce point si fort droit au cœur en sa clarté et absolue pureté ? » du 23 avril dernier à propos de son CD « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 « … – le jeu de piano merveilleusement délié de Fabrizio Chiovetta dans les – presque – derniers opus de Johannes Brahms en son CD « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 – Fabrizio Chiovetta«  – le CD Aparté AP 395, enregistré à Dobbiaco en décembre 2024  – ,

    j’ai désiré approfondir ma perception de son si magnifique toucher de piano – comment avait-je pu l’ignorer jusqu’ici ?.. – , en commençant par me procurer, en les commandant à mon disquaire préféré, ses précédents CDs « Mozart – Fabrizio Chiovetta – Piano Sonatas K. 282 – 310 – 332 – Rondo K. 511«  – le CD Aparté AP 199, enregistré à Dobbiaco en décembre 2017 – et « Beethoven – Op. 109, 110, 111 – Fabrizio Chiovetta » – le CD Aparté AP 238, enregistré à Dobbiaco en janvier 2020 – consacré aux ultimes – elles aussi : un aboutissement, ou du moins une ultime étape accordée par la vie… – Sonates pour Piano de Beethoven…

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    C’est l’écoute de ce dernier, le CD Beethoven, consacré aux trois – si géniales ! – dernières Sonates, Op. 109, 110 et 111, qui m’emballe totalement, et m’aide à approcher l’idiosyncrasie du magique toucher, si parfait, très pur, clair, délié donc, de Fabrizio Chiovetta…

    À preuve, ici, cette bien trop brève (de 1′ 41) mais si éclairante (!) vidéo…

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    Sur ce si pur magnifique CD, je n’ai pas réussi à dénicher d’autres commentaires que celui-ci, mais très juste, de Jean-Marc Warszawski, intitulé « Fabrizio Chiovetta émerveille les trois dernières sonates de Beethoven« , sur le site de musicologie.org , en date du 16 novembre 2020 :

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    16 novembre 2020 —— Jean-Marc Warszawski.

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    Fabrizio Chiovetta émerveille les trois dernière sonates de Beethoven

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    Fabrizio Chiovetta

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    Beethoven, Sonates pour piano opus 109, 110, 111, Fabrizio Chiovetta. Aparté 2020 (AP 238).

    Enregistré en janvier 2020, à Dobbiaco, en Italie.

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    Pour faire la fête à Ludwig van Beethoven et éteindre ses 250 bougies, Fabrizio Chiovetta propose dans ce cédé le souffle des trois dernières sonates pour piano composées en 1820-1822.  Dernières sonates, mais pas dernier mot, Beethoven composera encore ou achèvera la composition d’une quinzaine d’œuvres dont la Missa solemnis, la 9esymphonie, les variations « Diabelli », les quatuors 12 à 1 – mazette !!!

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    Les dernières sonates et les derniers quatuors – quels chefs d’oeuvre, eux aussi !!! – du Rhénan immigré à Vienne ont été fraîchement accueillis – eh! oui… – par les contemporains, y compris par les musiciens admirateurs, s’employant à répandre ses œuvres, tel Pierre Baillot, célèbre  pour ses soirées parisiennes de musique de chambre, dédicataire et créateur du dixième quatuor.

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    On mit, ce qu’on entendait – alors – comme des étrangetés et des manques de goût, au compte de la surdité du compositeur. Il est difficile de juger ce jugement, le simple quidam d’aujourd’hui à une expérience auditive incommensurablement plus étendue – en effet – que le musicien le plus cultivé de cette époque, il ne saute plus au plafond pour une modulation dans un ton éloigné non préparée, il en a entendu d’autres, surtout les musiques qui ont suivi – bien sûr. Certes, la surdité a certainement joué un rôle, mais il téméraire de dire lequel, et peut-être encore plus téméraire de penser qu’il a été négatif.

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    Au moins a-t-on repéré, on repère toujours, une inflexion du style, dont il est bien difficile de dire de quoi elle est faite. On peut imaginer qu’après des efforts pour se faire entendre, Beethoven s’est senti écouté, lui qui n’entendait plus du tout depuis 1815.

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    Les avocats du « dernier Beethoven » peuvent y entendre un certain renoncement, moins de véhémence, une intériorisation. Pourtant, tout ce qu’on aime chez le « déboutonné » est là, plus puissant – voilà ! – que jamais, avec une multitude de nuances sensibles – voilà, voilà – inconcevables – alors – , mais également musicales – bien sûr ! – indiquées soigneusement sur les partitions (ce qui prouve que Beethoven entendait fort bien intérieurement). Si on écoute, si on prête attention, c’est un Beethoven qui cherche – voilà, voilà… – plus que la satisfaction esthétique des choses biens menées, il explore – c’est le mot ! Ici sa musique prend aux tripes – oui – et surprend – du moins pour commencer ; après on s’y enchante, en y rendant les armes…

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    Par ses magnifiques cantabiles lumineux ou sombres, souvent d’extraction populaire, ses rugissements, le foisonnement, la carrure formelle liée à la liberté d’épisodes s’incrustant les uns aux autres (parallèlement, Beethoven composait des bagatelles) – oui. Il est vrai que les codes du pathos y sont moins naïvement projetés que dans les sonates qui firent sa popularité, ce n’est plus la musique qui hurle ou qui pleure dans les oreilles, l’auditeur est invité à le faire, comme dans le bon théâtre.

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    Dans ces sonates, Beethoven atteint des sommets – transcendants – de densité musicale, d’invention – voilà, voilà – dans la prolifération des motifs, la segmentation et le remembrement des thèmes, la circulation et l’échange entre les voix – oui, oui : tout cela… – , surtout par une écriture contrapuntique qu’il n’avait jamais autant affirmée, jusqu’à la fugue pro forma.

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    Il n’y a plus ici la narration linéaire – voilà – , avec ses apartés, digressions, excursus, qui menaient du début à un climax et du climax au final, une musique « qui allait quelque part » – où l’on était en pays de connaissance – contrairement à la polyphonie de Johann Sebastian Bach, dont le système, on l’imagine, pourrait indéfiniment « tourner », si on n’abrégeait par une cadence finale – en effet. Là aussi, Beethoven semble suspendre le temps – oui ! – , tracer les frontières d’un empire sonore achevé et complet, réunissant le passé et le présent et sans le savoir l’avenir – oui, oui.

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    Peut-être est-ce la chose qui troubla les contemporains dans un temps où Bach n’avait pas encore été  réhabilité aux oreilles par les Mendelssohn et l’héritage beethovénien, avec ses vents nouveaux, d’aileurs en gestation – oui : encore à poursuivre... – sur le métier de ces trois sonates,  pas encore déployés. On ne s’étonnera pas alors d’y trouver des tournures à la Schumann (premier mouvement de la sonate no 30), ou à la Schubert (3e mouvement)… Les oreilles de l’époque n’étaient pas accoutumées au contrepoint déjà démodé au début du siècle précédent, elles étaient aussi peu réceptives à la modernité la plus avancée. La fusion des deux avec le style classique devait être des plus déroutante – et c’est bien cela qu’en l’isolement de sa surdité et de son génie fou exploratoire, osait là Beethoven…

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    Fabrizio Chiovetta, virtuose élégant, précis, maître des nuances et du discernement – tout cela est de la plus grande justesse ! – , nous offre avec son  neuvième cédé une merveille de musique et d’émotions – et tout est fort bien dit là de l’idiosyncrasie du jeu de piano de l’artiste genevois qu’est Fabrizio Chiovetta. Immense admiration !!!

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    plume 7 Jean-Marc Warszawski
    16 novembre 2020

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    La probité musicale idéalement claire et fluide, d’un interprète dans le parfait service, intelligent et sensible – sans le moindre pathos auto-centré – , de ce qu’il a à jouer.

    Immense merci à cet immense interprète, probe, pur, et formidablement élégant !

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    Je m’apprête maintenant à commander son CD « Fabrizio Chiovetta – Schumann – Fantasie – Arabeske – Kinderszenen » Aparté AP 305 – enregistré à Dobbiaco en mars 2022..

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    Ce vendredi 8 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’infini talent, justissime, d’Aline Piboule (suite) : la perfection radieuse élégantissime de son « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert (1877 – 1968), un pur chef d’œuvre à redécouvrir !

    Ayant reçu hier, chez mon disquaire préféré, la commande du CD Printemps des Arts de Monte-Carlo PRI033 « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » – on peut en lire ici le livret détaillé… –  d’Aline Piboule au piano – un CD enregistré à Monaco du 29 juin au 2 juillet 2020 – ,

    il me faut absolument témoigner, une nouvelle fois, de mon intense admiration pour l’infini talent, tellement juste – à la fois profond et infiniment fluide, subtil et élégant : justissime ! – , de celle-ci, tout particulièrement dans la musique française du XXe siècle, et ici dans l’interprétation des compositeurs Gustave Samazeuilh (Bordeaux, 2 juin 1877 – Paris, 4 août 1867), Abel Decaux (Auffray, 11 février 1869 – Paris, 19 mars 1943), Pierre-Octave Ferroud (Chasselay, 6 janvier 1900 – Debrecen 17 août 1936) et Louis Aubert (Paramé, 19 février 1877 – Paris, 9 janvier 1968), tous plus ou moins proches de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937),

    et tout spécialement dans ce chef d’œuvre pas assez couru par les interprètes qu’est le merveilleux « Sillages » Op. 27 de Louis Aubert, composé de 1908 à 1912, et créé à Paris salle Érard par Lucien Wurmser, le 19 février 1913. Et c’est pour moi le sommet absolu de ce récital…

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    Admirez cette vidéo de « Sur le rivage » (6′ 57), ce podcast de « Socorry » (7’00), et cette vidéo de « Dans la nuit » (5’15),

    les 3 pièces qui composent le « Sillages » de Louis Aubert… 

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    En cherchant un peu des articles à propos de ce très remarquable CD « Samazeuilh – Decaux – Ferroud – Aubert » d’Aline Piboule,

    j’ai trouvé celui-ci, intitulé « Marines« , sous la plume de Jean-Charles Hoffelé, en date du 29 mars 2021,

    même si celui-ci ne met pas l’accent sur ce qui, moi, me touche, me séduit, et m’enthousiasme :

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    MARINES

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    Clairs de lune – d’Abel Decaux, publié en 1913 – reste l’un des recueils les plus surprenants – en effet ! – des premières années du XXe siècle, la tonalité s’y abolit, certes ce pourrait être un manifeste de la modernité, et singulièrement en avance dans le paysage musical français, mais comme jadis Marie Catherine-Girod et à revers de Marc-André Hamelin, Aline Piboule ne l’entend pas ainsi.

    Elle est d’abord sensible à l’étrangeté – oui – de ces musiques raréfiées, à leur goût de souffre, à leurs allures de gibet – oui, oui… Tout un monde sonore – davantage même que musical, probablement… – inquiet – et assourdi – , jusque dans son minimalisme, où la musique du silence – à la Mompou (1893 – 1987), oui ; même si sa magique Musica callada ne sera composée qu’entre 1959 et 1967… – s’invite. Elle entrevoit dans la profondeur d’un beau Bösendorfer les abîmes emplis de glas dont s’envolent d’autres noctuelles un peu succubes. Il faut une sacrée imagination – oui – pour incarner – voilà ! – ces fantasmagories, et un sens du toucher – merveilleux ! – , du jeu de pédale, des couleurs, qui puissent les sauver d’une abstraction univoque – et c’est idéalement réussi ! Toute grande version – et c’est encore un euphémisme…

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    L’album s’ouvre sur l’onde marine au clair de lune que Gustav Samazeuilh a saisi – en son « Chant de la mer«  dont c’est le deuxième volet : composée au pays basque (en 1918- 1919), l’œuvre a été créée par Marguerite Long le 20 mars 1920 –  dans son miroitement secret, grande pièce – oui ! – d’une sensualité diffuse – oui – , à revers – lumineux, tendre, ensoleillé – du sinistre clair de lune sur la mer qui clôt le recueil de Decaux.

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    Le disque se refermera par le triptyque admirable – encore un euphémisme – que Louis Aubert composera entre 1908 et 1912, ces Sillages – créés donc le 19 février 1913 – aussi impressionnistes que tout ce que Debussy écrivait alors, harmonies mordorées qui entêtent un clavier fuligineux, plein de parfums, exigeant une vraie science pianistique – oui ! mais jamais surexposée : toujours avec une parfaite élégance… – de son interprète – et inspirés par la verte campagne dominant l’Océan Atlantique à Urrugne, à la chapelle de Socorry, dont le site, isolé et magnifique, est très inspirant ! Et Louis Aubert a adoré le Pays basque de son ami Maurice Ravel…

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    Pour briser – un peu – ces marines, Aline Piboule intercale les – satiriques – Types de Ferroud, titres à la Satie, mais piano opulent jusque dans la charge, avec un peu d’Espagne – L’heure espagnole de Maurice Ravel a été créée à Paris le 19 mars 1911… – pour Vieux beau et un salut à la Phi-Phi de Christiné, une pincée de fausse ironie pour Bourgeoise de qualité, et un strepitoso de trader pour Businessman. Son œuvre de piano mériterait un bel album monographique.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Gustave Samazeuilh
    (1877-1967)

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    Le chant de la mer
    (extrait : II. Clair de lune au large)

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    Abel Decaux (1869-1943)

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    Clairs de lune

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    Pierre-Octave Ferroud(1900-1936)

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    Types

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    Louis Aubert (1877-1968)

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    Sillages, Op. 27

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    Aline Piboule, piano
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    Un album du label Printemps des Arts de Monte-Carlo PR1033

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    Photo à la une : la pianiste Aline Piboule – Photo : © Jean-Baptiste Millot

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    Et je joins aussi ici ce très bel « Hommage à Louis Aubert (19 février 1877 – 9 janvier 1968) » de Jean-Alain Joubert, rédigé du 2 au 5 janvier 2009) :

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    Hommage à Louis Aubert

    19 février 1877 ― 9 janvier 1968 Jean Alain Joubert

    2 au 5 janvier 2009

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    La qualité aristocratique et distante de l’art de Louis Aubert est sans doute la raison principale qui l’éloigne d’une éclatante renommée 1. Robert Bernard

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    Nous étions en 1956 ou en 1957, aux Petites Brandes 2 près de Périgueux.

    Le vieil homme ne jouissait plus de la même notoriété qui avait été la sienne. On sait l’amertume qu’en éprouvèrent Jean Roger-Ducasse et Florent Schmitt. Le grand Fauré fut le maître aimé d’une cohorte d’élèves inspirés ; notre pays connut en ces temps une période de faste musical inégalé, fait qui devint suspect. L’impressionnisme musical se vit malmené par les rafales successives de courants modernistes, et cette pléiade de talents, à l’exception de Maurice Ravel qu’une mort prématurée avait laissé en pleine gloire, fut destinée à connaître un long purgatoire dont ils ne sont toujours pas réapparus aujourd’hui.

    Aubert en éprouvait sûrement de la tristesse, mais il n’avait perdu ni sa dignité, ni sa gravité distinguée. Nous étions en présence du plus parfait des gentlemen.

    Je n’en avais point croisé d’autres jusqu’à ce jour des vacances d’été où je marchais aux côtés de mon grand- père dans le chemin des bois, revenant vers la ferme où il vivait avec ma grand-mère.

    Louis Aubert s’avança pour le saluer et prendre des nouvelles de sa vie, de sa famille. Il l’interrogea sur moi… j’en étais tout intimidé… heureusement mon grand-père était là !

    Mais je garde un doux souvenir de cet homme déjà âgé, mince, un peu vouté et habillé comme à la ville, avec grande distinction. Il était plein de réserve et d’amabilité. Que ces gens de si courtoise éducation font défaut à nos vies d’aujourd’hui. Les croiser était comme un rayon de soleil humain sur nos modestes trajectoires. Aussi, tout naturellement, j’acquiesce au portrait très évocateur qu’en firent Bernard Gavoty et Daniel Lesur, en 1957 : « Ce petit monsieur affairé porte sur un torse bref, un peu voûté, une tête extraordinairement caractéristique. Une chevelure blanche l’auréole. Un nez courbe, tel un sabre, forme la proue du visage. Deux yeux d’une vivacité d’oiseau lui servent de phares. Il va, toujours pressé, d’un pas d’étudiant. Trois quarts de siècles ne l’ont guère vieilli ; Louis Aubert l’éternelle jeunesse ». L’enfant, à la voix de soprano « qui fit sensation parmi les maîtrises des églises », devint un homme « un peu sec, mais au regard fin et bienveillant, un compositeur distingué, sensible, dont la vigueur s’enveloppe de poésie 3 ». Un portrait de l’époque de Habanera (1918) nous le montre fort séduisant. Louis Aubert, un charmeur. En ses premières pièces pianistiques, Guy Sacre 4 s’agace qu’entre « deux mélodies au sirop de framboise » ce dandy… se laisse « aller à une pente délicieuse, celle qu’on voit à la même époque chez Reynaldo Hahn ». Il nous dira qu’un beau jour il fut sauvé de cette suave dérive ! Parlant de cette période assez naturelle où l’individu se recherche et où l’on peut se laisser séduire par

    1 Robert Bernard, Louis Aubert, La Revue Musicale n° VIII, 1927), p. 129.
    2 Lieu-dit de la commune de Coulounieix-Chamiers, situé à la sortie de Périgueux, sur la route de Bergerac.
    3 Paul Bertrand, Le Monde de la musique (Souvenirs d’un éditeur ), (Genève : La Palatine, 1947), p. 240
    4 Guy Sacre, La Musique de piano, dictionnaire de compositeurs et des œuvres, 2 vol. (Paris : Bouquins, Robert Laffont, 1998), page 105 du premier volume.

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    une certaine facilité, Vladimir Jankélévitch se veut plus nuancé, en notant que dans les premières pièces pour piano et mélodies « on découvre, une sorte de poésie rêveuse, un charme secret enfin où se trahit le disciple de Gabriel Fauré 5… ». D’une histoire entendue de la bouche de Madeleine Milhaud (savoureuse et peut-être un peu épicée par sa verve provençale naturelle) et du témoignage de Francis-Paul Demillac qui lui voue un affectueux souvenir, transparait effectivement l’image d’un éternel jeune homme, d’un éternel amoureux.

    Saveur et fraîcheur de la jeunesse sans doute dans ces Lutins de 1903 qui par leur jubilation font écho à Isle joyeuse de Debussy ― son contraire puisque cette Isle leur est postérieure de deux années ! et dans La Forêt bleue, féerie juvénile (composée en 1904, représentée seulement en 1913) géniale préfiguration de Ma Mère l’Oye (1910-1912).

    Louis Aubert reprit le chemin de Chabrier. Mon grand-père, me voyant intrigué, m’expliqua que le personnage qui venait de nous quitter composait de la musique. Savais-je à sept où à dix ans si cela existait (bien sûr ma grand-mère Marie-Rosalie écoutait souvent la radio et chantait avec Piaf et les autres !) ? Mais encore qu’il était à l’Académie 6 et connu et joué dans le monde entier ? Occasionnel et charmant voisin de mes grand- parents, un peu considérable tout de même ! En cette belle maison bourgeoise, carrée, vivait une de ses filles, son gendre et leurs enfants. Et je ne savais pas encore que Pierre, cet homme jeune et vigoureux, gendre du monsieur qui composait de la musique était ce Pierre que je connais bien aujourd’hui et que Marie-Françoise cette petite-fille d’alors, à peine plus âgée que moi, serait aujourd’hui une amie… Non, je ne savais pas ce que signifiait tout cela, ni Chabrier où je n’avais pas l’autorisation de me rendre seul, ni bien sûr La Daminthe à Belvès où bien plus tard, je ferais halte à maintes reprises. Il y eut, autour de ce Belvédère du Périgord Noir, les promenades autour du Moulin de la Pique et sur le chemin qui conduit à Puy-Chanat, lieux ou pendant la guerre avait trouvé refuge le compositeur. J’ignorais tout de cet univers, et de ces personnes plus favorisées que nous par le destin. D’ailleurs à cette époque (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où l’on est obligé de passer aux Petites Brandes pour rejoindre la route nationale), la « maison bourgeoise » avait sa propre sortie sur la route de Bergerac, et nous n’avions que peu de rapports avec ces lointains voisins.

    Et ce Monsieur, sur le chemin des bois, tellement distingué ? Mon grand père, en comparaison, me semblait jeune. La différence était, en effet, celle d’une génération, puisque Jean-Léopold avait vu le jour vingt années après Louis Aubert, en 1897, mais disparaissait en juillet 1972, seulement quatre ans après le décès du compositeur.

    Savais-je si les frondes luxuriantes des chênes centenaires entourant la belle demeure de Chabrier ― nom prédestiné ― avaient eu à s’émouvoir des prémices, voire de l’éclosion d’Offrande, ou de Cinéma ? Nous sommes dans le plausible. Comment aurais-je su alors que ce camarade de jeunesse de Ravel, condisciples dans la classe de Fauré, deviendrait un des plus proches amis du génial compositeur de Daphnis et Chloé (partition dont il refusa, nous conte Manuel Rosenthal 7, d’orchestrer le final, pour la plus grande gloire de Ravel). Ni chez le peintre Paul Sordes, ni chez Maurice Delage, il n’est fait mention de la présence de Louis Aubert. Pourtant il semble bien qu’il eu quelques rapports avec les « Apaches d’Auteuil ». Il commit même de la musique sur le poème Au pays de Léon-Paul Fargue, lui qui selon Valentine Hugo « percevait l’invisible » et pouvait espérer avec Aubert, comme avec Ravel qu’il « ouïsse l’inaudible » et lui donne vie !

    Cromac. La Maison sous les branches, Dont la fenêtre aux yeux en fleurs Écartait ses longues mains blanches, Doucement, sans bruit, sur ton cœur 8

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    5 Vladimir Jankélévitch, Louis Aubert, Scherzo n° 6, octobre 1976, p. 17.
    6 En réalité de l’Institut de France, Académie des Beaux-Arts, en mai 1956.
    7 Manuel Rosenthal, Entretiens avec L. Florin, Bulletin n° 4, juillet 2003, des Amis de la musique française, p. 23.

    8 Léon-Paul Fargue, « Au pays », Pour la musique in Poésies (Paris : Gallimard, Collection Soleil, 1963), p. 150.

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    La France d’aujourd’hui qui ne sait plus rien, qui n’a plus le moindre goût pour la culture ― nos chefs de bataillon montrant ici le plus vil exemple ― sait-elle qui est cet homme discret et délicat, qui écrivait en 1907 ces Six Poèmes Arabes à qui Irma Kolassi donna une juste renommée (les enregistrant même à plusieurs reprises) en arrivant à Paris en 1949, de sa Grèce natale où elle quittait sa condisciple Maria Callas ? Si Paris à re-entendu ces dernières années des pages de sa Forêt bleue 9 ― qui avait connu un vif succès à sa création à Boston en 1913 et à sa reprise en 1924 à l’Opéra-Comique ―, qui garde souvenir de ce grand Monsieur, de cet aristocrate de la musique, qui s’exprimait dans un français d’exception à la radio ? Qui se souvient d’un de nos plus raffinés musiciens, de ses Sillages, subtile partition pianistique, émanant d’un pianiste particulièrement doué pour avoir créé les Valses nobles et sentimentales de son confrère et ami Maurice Ravel ? Le breton s’y souvient des paysages marins de son Paramé natal et de ses ballades en Pays Basque, une terre qu’il avait adoptée. Cette partition est conçue comme un vaste triptyque donné en création à Paris en janvier 1913. Nous faisions, une halte-pèlerinage, une fin d’été, à la chapelle Notre-Dame-de-Socorry ou Notre-Dame-du-bon- Secours à Urrugne, en souvenir de la seconde pièce de ces Sillages qui parle des heures qui passent et nous blessent, la dernière nous emportant vers la mort ; « Vulnerant omnes, ultima necat » est-il inscrit sur le cadran du clocher de l’église au cœur de ce village de la Côte Basque. Ce mouvement de habanera balance et s’accroit jusqu’à l’heure fatale et préfigure la Habanera pour orchestre de 1918 qui connaîtra une renommée internationale et sera dirigée par les plus grands chefs. On se demande d’ailleurs comment cette pièce, si justement populaire, ne s’est maintenue au programme d’aucun concert. La tradition hispanisante ouverte par Bizet eut de nobles et réguliers échos dans notre musique dite française. On sait que l’amitié entre Ravel et Aubert aura contribué à faire découvrir et aimer le Pays Basque Français et Espagnol au natif de Bretagne. D’où ces parfums ibériques, sensuels, chauds et lancinants chez un musicien qui n’y était pas prédestiné. Aubert se laisse encore fasciner par un Orient mauresque qui hante également les partitions de « son frère en art », Maurice Ravel.

    Qui peut écouter ses Saisons de 1937 sans ressentir le puissant lyrisme qui traverse cette splendide partition. Les voix en vocalises, utilisées en tant qu’instrument, sont associées dans l’impressionnisme musical, ainsi que l’analyse Michel Fleury, « à l’idée de vision et de lointain en rapport avec une certaine extase panthéiste 10 ».

    Autre notion chère à Aubert, le temps suspendu, qu’il exprime par l’usage des gammes et des harmonies modales dans Le Tombeau de Chateaubriand (1948). Cette fresque maritime est un hymne au grand écrivain et aux passions qu’ils partagent : les côtes de l’Armor, le vaste océan, le grand large, l’évasion et les édens lointains.

    9 Gustave Samazeuilh s’exprima, dans Musiciens de mon temps (Paris : la Renaissance du livre, 1947), sur ce conte lyrique de Louis Aubert (page 214 & 215). Souvenons-nous qu’au moment de la création de l’œuvre, le compositeur était âgé de quarante ans. Voici ce qu’il nous en dit : « Et je voudrais.. faire sa place à la Forêt bleue, de Louis Aubert qui mit naguère treize ans pour revenir de Boston à l’Opéra-Comique. Le poème, dû à Adolphe Chenevière, est tiré des Contes de Perrault. Si l’action y paraît un peu languissante, surtout au dernier acte, il convient à la nature du musicien de cette Habanera et de ces Poèmes arabes qu’ont justement répandus nos grands concerts. Je n’en veux pour preuve que la poésie élégiaque, l’habile disposition des fréquents chœurs, l’heureuse intervention des thèmes populaires, le tour aisé et allant, la déclamation soignée des dialogues entre le Chaperon Rouge et le Petit Poucet, vainqueurs de l’Ogre titubant et ventru, la sonorité d’un orchestre logiquement, mais toujours ingénieusement agencé. Ce sont là, j’imagine, assez de qualités pour qu’on oublie ce que la scène de la Belle au Bois dormant semble avoir de conventionnel, par suite d’une défaillance du poème à cet endroit, et pour que, sans insister outre mesure sur l’influence bien explicable de Gabriel Fauré et de Claude Debussy en divers épisodes, on apprécie dans cette Forêt bleue de jeunesse, cette recherche de l’expression sensible, d’une atmosphère évocatrice juste qui est vous le savez assez, à mes yeux, un rare mérite, et suffît à faire regretter que la rigueur d’un temps, si dur aux artistes, n’ait pas permis jusqu’ici à son auteur de donner au théâtre une nouvelle œuvre où puisse s’exprimer tout entière la maturité de son talent, comme au concert dans sa capiteuse Habanera, dans les Saisons, et dans cette récente Incantation, d’une si généreuse progression et d’une si brillante facture instrumentale… ».

    10 Michel Fleury, L’impressionnisme et la musique (Paris : Fayard, 1996), p. 122, note 58. Ce procédé fut utilisé par Delius (A song of the High Hills), Ravel (Daphis et Chloé), Aubert (Les Saisons), Vaughan Williams (Pastoral Symphony). L’auteur note que ce procédé révélateur fut utilisé la première fois dans un poème symphonique de Massenet intitulé Visions (1891).

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    N’y aura-t-il personne pour s’enchanter de la poétique Sonate pour violon et piano de 1927, dédiée à la mémoire de Gabriel Fauré, qu’illustra avec élégance et intention la violoniste Marie-Thérèse Ibos, nièce du compositeur accompagnée par Ina Marika au piano. On y trouve, en son Andante, une rémanence d’un thème qui apparait dans Crépuscules d’automne et Poèmes arabes, et « chaque fois ce thème nous parle de volupté, de passion contenue, de rivages lointains 11 ». Musique du soir, de la nuit, de la mer, de la femme…

    Qui enregistrera enfin la version moderne de cette ensorcelante Habanera, si élégamment défendue autrefois par Piero Coppola (en 1930) ou Charles Münch (en 1944) à la tête de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ? Que penser de la frilosité ou de l’ignorance de nos chefs figés à l’idée même d’avoir à s’illustrer dans la conduite de chefs-d’œuvres certifiés bien que méconnus.

    Si Aubert emporte le record de parcimonie en matière d’abondance vis à vis de son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, il dépasse cependant Paul Dukas ou Jean-Louis Florentz plus près de nous. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leurs univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchands du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 12.

    Si Aubert emporte, sur son camarade de la classe de Fauré, Maurice Ravel, le record de parcimonie, il dépasse cependant Paul Dukas ou, plus proche de nous, Jean-Louis Florentz. Dire que le manque d’abondance tire au manque de souffle ne trouve, dans aucun de ces cas, justification. Cette parcimonie montre davantage une exigence qui honore beaucoup ces artistes accomplis. Leur univers poétiques et artistiques existent de manière si constante que la nécessité de le prouver par la création ne se fait pas sentir chez eux autant que chez les démonstrateurs, les besogneux où les marchand du temple auxquels fait explicitement allusion Robert Bernard dans son hommage au compositeur dans la Revue Musicale 13.

    Aubert est un orchestrateur de premier ordre. Il le fut pour lui-même, il le fut pour les autres. La finesse de son oreille et sa connaissance précise et exceptionnelle du métier lui donnait cette capacité d’utiliser toutes les nuances de l’orchestre et de s’en servir en magicien. C’est le respect du message, du sens profond véhiculé par l’œuvre, qui le préserva, avec constance, des tentations de démonstrations éclatantes, inutiles et gratuites. Jamais ne s’adonna-t-il au jeu d’apprenti sorcier, seule l’inspiration guidait, avec une parcimonie réfléchie et méditée, sa démarche toute aristocratique que tous s’accordent à lui reconnaître. Ainsi que l’exprime parfaitement Robert Bernard « Louis Aubert… semble présenter un cas très rare, sinon unique, dans l’histoire de la musique, par le dosage merveilleusement équilibré de ces éléments qui s’opposent en général : le raffinement de la pensée, son expression totalement sincère et farouchement probe, d’une part, et, d’autre part, la pleine possession de la technique, de ce métier qui confine à la virtuosité 14 ».

    De concert avec l’auteur de La Revue Musicale, nous dirons : « Certainement, Aubert préfère être lu mille fois par un seul ; et, en tous cas, il a des admirateurs qui vivent dans l’intimité de son œuvre et qui savent que la beauté de la plupart des œuvres d’une haute valeur, ne se révèle dans sa plénitude que lorsqu’on l’étudie de près, qu’on s’en assimile les moindres intentions 15 ».

    ΨΨΨ

    « Simple et subtilissime tout ensemble… N’eût-il écrit que Sillages, les Poèmes arabes et la Sonate pour piano et violon, Louis Aubert serait déjà l’un des plus grands musiciens français. C’est peu dire que l’élégance de son

    11 Vladimir Jankélévitch, ibid., P. 17 & 18. 12 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    13 Robert Bernard, Ibid., p. 130.
    14 Robert Bernard, Ibid., p. 130.

    15 Robert Bernard, Ibid., p. 132.

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    écriture est souveraine et son goût pour ainsi dire infaillible, qu’il n’a ignoré aucun des suprêmes raffinements de la délectation sonore… Il y a chez cet artiste exquis, si épris d’ordre et de mesure, une certaine violence contenue que le souci de la forme ne suffit pas toujours à réprimer… Aussi la fougue alterne-t-elle dans ces pages tourmentées avec la rêverie indolente et le douloureux appassionato avec la volupté nonchalante… C’est une fine oreille que Louis Aubert ! Mais s’il n’était que cette fine oreille, il ne nous toucherait pas comme il nous touche… car celui qui n’est pas ému n’est pas non plus émouvant. Le plus important chez Louis Aubert, ― plus important que l’oreille, plus important que tout, c’est le cœur 16… ».

    Lors d’un entretien radiophonique de 1953, avec Georges Charbonnier, c’est Aubert lui-même qui confessait :

    Au fond pour moi, la musique est avant tout humaine, je ne vous le cache pas…

    16 Vladimir Jankélévitch, ibid., p. 20.

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    Louis Aubert : un compositeur qu’il nous faut donc impérativement redécouvrir !!

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    Et quelle intelligence ultra-sensible de la musique caractérise décidément la parfaite droiture du subtil et profond, fluide et si élégant jeu de piano d’Aline Piboule !

    C’est superbe de douce autorité et plus parfaite évidence musicale…

    Merci !

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    Ce mercredi 6 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’exceptionnel talent de toucher de piano, pur, naturel et élégant, de Fabrizio Chiovetta : son bouleversant « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119 ». Comment ai-je pu ignorer jusqu’ici cet art merveilleux du piano qui me va à ce point si fort droit au cœur en sa clarté et absolue pureté ?

    Voici que je découvre – avec des années de retard ! 17, précisément, et à son 14ème CD, depuis le tout premier, paru en 2009 pour le label Palexa… – l’exceptionnel talent de toucher de piano du genevois Fabrizio Chiovetta : son tout récent CD Aparté AP 395 « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119«  – enregistré au Gustav Mahler Hall à Dobbiaco du 3 au 6 décembre 2024 – me bouleverse au plus profond du cœur, et cela dans ces sublimissimes œuvres-chefs d’œuvre comptant parmi les plus hauts sommets de tout l’art du piano que sont les 7 « Fantasien » Op. 116 (de 1892), les 3 « Intermezzi » Op. 117 (de 1892), les 5 « Klavierstücke » Op. 118 (de 1893) et les 4 « Klavierstücke » Op. 119 (de 1893) de Johannes Brahms (Hambourg, 7 mai 1833 – Vienne, 3 avril 1897)…

    Comment ai-je donc pu ignorer jusqu’ici cet art à ce point merveilleux d’un piano qui me va si puissamment droit au cœur, en autant de galettes discographiques :

    1 (Robert Schumann) du label Palexa, en 2009,

    1 (Joseph Haydn) du label Artalinna, en 2014,

    3 (Franz Schubert, Joseph Haydn, puis Frank Martin) du label Claves, en 2013, 2014 et 2024,

    et 8 du label Aparté, en 2016 (Johann-Sebastian Bach), 2017 (Robert Schumann, puis Rääts, Part et Godecki), 2018 (Wolfgang-Amadeus Mozart), 2020 (Ludwig van Beethoven) et 2023 (Robert Schumann),

    avant cette découverte éblouie , ce mois d’avril 2026, de ce tendrissime CD Aparté AP 395 « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119«  ?…
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    De fait, avant cette éblouissante découverte du CD Aparté AP 395 « Brahms – Klavierstücke Op. 116-119« , ma discothèque personnelle ne comportait qu’un seul CD comportant ke jeu au piano de Fabrizio Chiovetta : le CD Aparté AP 332 « Mozart – Bruch – Messina – Berthaud – Chiovetta » des 8 « Pièces pour clarinette, alto et piano » Op. 83 de Max Bruch, et le sublimissime « Trio des Quilles » K. 498 de Mozart…

    Que de manques discographiques à combler ! À commencer par son Mozart AP 198 de 2018 et son Beethoven AP 238 de 2020…

    Avec pareil ultra-sensible interprète tel que le genevois Fabrizio Chiovetta…

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    Comment ai-je donc pu ainsi passer à côté d’eux sans y porter vraiment mon attention ?
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    En 1892, Brahms revient au piano pour livrer ses ultimes pages – d’adieu follement attendri (et sobre, sans la moindre once de gras ni de pathos)… – pour l’instrument : quatre recueils (Ops. 116, 117, 118 et 119) à l’écriture dépouillée, presque ascétique, avant les Vier Gesange qui clôtureront – en sublime beauté aussi – son œuvre, en 1896.

    “Jouer un intermezzo du Brahms tardif, c’est comme marcher dans la neige : la moindre trace reste” – et pour jamais, en effet, si intense est la marque : à dimension d’éternité…

    Fabrizio Chiovetta embrasse ces chants du départ sans détour, avec l’élégance – qui lui est consubstantielle et fondamentale, bouleversante en son absolue pureté et absolu naturel… – qui est la sienne.

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    Un absolu chef d’œuvre d’interprétation, sans pareil…

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    Avant-hier 21 avril, le bon Jean-Charles Hoffelé a consacré à ce CD impressionnant, bouleversant de tendresse sobre, ce notable article-ci, « Paysages de fantaisie » :

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    PAYSAGES DE FANTAISIE

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    Un bon ange – et même bien davantage que bon ! – s’est penché sur ce disque, et d’abord sur le piano, un splendide – oui ! – Steinway modèle D No. 578418 (bravo à l’éditeur qui le documente dans sa fiche technique, que les autres en prennent de la graine !) boisé, sans clairon dans l’aigu, au médium sonore, aux graves de voix humaine.

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    La prise de son d’Ambroise Helmlinger rend tout l’espace, à la fois intime et profond, de la – splendide ! – Salle Gustav Mahler de Dobbiaco, une partie des mystères somptueux des Dolomites qui enserrent le village où Gustav Mahler composa son Chant de la Terre semble s’être infusée dans les sfumatos que Fabrizio Chiovetta distille en peintre.

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    Au-delà de la pure – saisissante !!! – beauté sonore, qui saisit dès les tempêtes et les replis des Fantaisies, s’imposent l’autorité – sans effort – du discours, et surtout la présence d’un corps harmonique rayonnant jusque dans le plus sombre, d’une intensité sonore – bouleversante en sa pureté – jusque dans le plus dolce, le plus « perdu » (la 4e pièce de l’Opus 116, les Intermezzi) qui me rappellent quelqu’un. Une telle présence – voilà ! – , une telle densité physique – voilà, voilà ! – signait déjà les albums Brahms impérissables laissés par Julius Katchen, dont Eloquence prépare une nouvelle édition qui révélera quelques inédits. Y aurait-il hommage ?
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    Quatre cahiers de cet adieu à un certain monde qui semble suspendu au-dessus des Klavierstücke de Schönberg ? La Ballade de l’Opus 118 piaffe soudain, délivrant un paysage de fantaisie, un peu chasse, croqué d’un pinceau magique, manière de ne pas faire toujours, partout, ce crépuscule dont tant se seront délectés. L’allégement du clavier – oui, oui ; et en absolues fluidité et clarté : c’est somptueux de naturel ! – y fait penser à Wilhelm Kempff, et plus encore dans l’Opus 119, collections d’irréalités – quasi hors-monde… – suspendues ou filant au trot (l’Intermezzo en ut, un cheval se promène dans le paysage). Puis la Rhapsodie fait danser sa tempête, et soudain, sous les doigts de Fabrizio Chiovetta, le jeune Brahms, maître des orages, reparaît.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Johannes Brahms
    (1833-1897)

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    7 Fantasien, Op. 116
    3 Intermezzi, Op. 117
    6 Klavierstücke, Op. 118
    4 Klavierstücke, Op. 119

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    Fabrizio Chiovetta, piano

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    Un album du label Aparté AP395
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    Photo à la une : le pianiste Fabrizio Chiovetta –
    Photo : © Guillaume Megevand

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    Et je renvoie aussi ici à 3 de mes articles,

    en date des

    15 septembre 2019 : « La question de la spécificité des Intermezzi de Brahms : à propos d’une interprétation d’Evgueni Koroliov« ,

    15 octobre 2019 « La singularité du jeu d’Evgeni Koroliov dans la collection des Intermezzi de Brahms« ,

    et 17 août 2025 « Et quel interprète choisir pour les sublimes Intermezzi conclusifs de Brahms ? Forcément avec humilité et franchise, devant l’éternité…« …

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    Ce jeudi 23 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Et jouir du quotidien le plus simple de la musique de chambre de Mozart : par exemple les Sonates pour piano et violon K. 296, 303, 380 et 481 par la magie merveilleusement déliée d’Alexander Melnikov et Isabelle Faust…

    Écouter la musique de chambre de Mozart, admirablement interprétée comme il le faut, fait un bien fou !!!

    …

    Ainsi, par exemple ici, des Sonates pour piano et violon K. 296, 303, 380 et 481 par la magie merveilleusement déliée de l’alliance idéale du fortepiano Christoph Kern (Staufen im Breisgau, 2014) d’après Anton Walter (Vienne 1795) d’Alexandre Melnikov et du violon Stradivarius « Sleeping Beauty » (1704) d’Isabelle Faust, dans le CD Harmonia Mundi HMM 902617 « Wolfgang Amadeus Mozart – Sonatas for fortepiano & violin – vol.4 / K. 296, 303, 380 & 481 – Isabelle Faust – Alexander Melnikov » – enregistré à Berlin du 24 au 26 juillet 2024 – :

    une grâce de simplissime élégance pour le plus simple quotidien des jours dont nous avons, par Dieu – ou bien la Nature, ou encore quelque somme de  hasards : c’est équivalent… – , à jouir de la vie…

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    Par exemple, ceci…

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    Ce dimanche de Pâques 5 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa