Étiquette : Lucien Durosoir

  • De la double question de la composition d’un récital de concert et de la tenue d’un récitant à un concert de musique, en forme de suite au concert des Quatuors n° 2 de Lucien Durosoir et Leos Janacek du 1er mai dernier au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines en Chalosse, pour le 3e Festival Durosoir…

    Mon article de réception « Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire… » du passionnant très beau concert « Janáček – Durosoir » du vendredi 1er mai dernier, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, pour le 3e Festival Durosoir – le 1er Festival Durosoir, en mai 2024,  offrait un concert « Ligeti – Durosoir« , et le second, en mai 2025, un concert « Poulenc – Durosoir« … – , avec ces transcendants et foudroyants chefs d’œuvre de musique de chambre que sont ces sublimes  Quatuors n°2 de Leos Janáček (de 1928) et Lucien Durosoir (de 1922), vient de donner lieu à plusieurs échanges de courriels, centrés sur la double question de la composition – ardue – d’un récital de concert, et de la tenue – difficile et complexe – d’un récitant à un concert de musique,

    en forme de suite, maintenant, à ce que j’ai qualifié d’ »immense concert » de la part des splendides musiciens du Quatuor Diotima…

    …

    Voici donc ces successives réflexions de ma part, en courriels, hier à 10h 43,

    et puis, toujours hier, à 15h 26…

    …

    Un interprète, que ce soit un musicien ou un comédien, a pour impératif absolu – du moins à mes yeux – de servir avec la plus profonde humilité l’auteur ou le compositeur, et jamais se servir, lui – et encore moins se servir histrioniquement ! ou avec cabotinage auto-centré… – , d’eux…
    Même si ce n’est hélas pas toujours le cas, à une époque de narcissisme débridé étalé…
     
    Pour ce qui concerne la distinction que l’on peut faire entre « plaire au public » et « chercher à l’éduquer » : 
    il me faut constater que je n’ai bien sûr pas, pour ma modeste part de simple auditeur du concert, les responsabilités – financières aussi – d’organisation culturelle et artistique qui incombent aux décideurs du concert… Mais, dans mes humbles activités (mon blog encherchantbien.fr , mes chers entretiens enregistrés chez Mollat), je refuse absolument l’abaissement des exigences, et la complaisance à l’avilissement du public en vue du succès ou de l »approbation à tout prix… Et je suis heureux de voir les témoignages d’approbation (de clarté) de quelques récepteurs de mes entretiens : je ne les recherche pas, ces témoignages, mais quand il arrive qu’ils surviennent, ils me touchent…
     
    Surtout, j’espère que les santés de Luc et Georgie Durosoir vont leur permettre de continuer un bon bout de temps le service très actif et si fécond de leurs passions… Je vois leurs fatigues, comme je vois leurs incroyables énergies…
    Qu’ils se portent bien, tous les deux, et qu’ils soient heureux le mieux possible, en dépit des maux qui agressent leurs vénérables âges…
     
    J’aurais beaucoup aimé assister au concert, samedi 2 mai dernier, de Lorène de Ratuld (avec ce « Tombeau de Couperin » que j’aime tant !) ,
    mais les concerts de Saint-Lon-les-Mines ne débutant cette année qu’à 18h 30, je ne pouvais pas me permettre de risquer de rentrer la nuit tombée et sous la pluie à Bordeaux samedi soir…
    Déjà vendredi soir 1er mai je suis arrivé chez moi à Saint-Jean-de-Luz à 21h 15 : la nuit commençait juste à tomber, heureusement sans la pluie redoutée…
     
    Samedi 2 mai, après avoir déjeuné à 13h chez mon ami Dominique Raoux-Cassin, diplomate émérite (et mélomane ! Il a fait partie du comité de direction du Festival Ravel auprès de Jean-François Heisser) à son domicile de Saint-Jean-de-Luz, et après une passionnante riche conversation remarquablement informée, je suis rentré à Bordeaux en conduisant sous une pluie battante continue…
     
    Voilà ce que c’est que de prendre de l’âge…
    Francis
     
    P.s. :
    j’espère vivement que le programme du 4e Festival Durosoir de l’an prochain (2027) comportera, à côté des œuvres puissantes de Lucien Durosoir, des œuvres du niveau de qualité des chefs d’œuvre de Janáček et de Ligeti donnés au château Mombet en mai 2024 par les Tana et mai 2026 par les Diotima… 
    C’est ainsi que le nom de György Kurtag m’est venu à l’esprit (il a eu 100 ans le 19 février dernier !).
    Et il faudra bien sûr des interprètes de la qualité des Diotima et des Tana, s’il s’agit de Quatuors…
    Lucien Durosoir, si singulier, si puissant, si intense, si foudroyant parfois, apparaît mieux que jamais, grâce à de tels concerts, en Chalosse, comme un « moderne ». Et plus encore, et en sa sidérante singularité au sein de la musique française, comme un compositeur de génie magistral !
    Ainsi, le 12 avril 2013, en mon article « L’œuvre Durosoir au concert : les programmes qu Quatuor Equinoxe et du Trio Rilke aux concerts d’Hendaye les 6 et 7 avril 2013« , les noms de créateurs de cette transcendante hauteur qui m’étaient venus à l’esprit pour qualifier le genre de génie créateur de Lucien Durosoir, étaient-ils rien moins que ceux de Michel-Ange, sculpteur, Agrippa d’Aubigné, Walt Whitman, poètes, au côté du nom de Beethoven, en ses stupéfiants Quatuors…
    …
    Et puis, à 15h 26 : 

    …

    En recherchant dans mes archives le concert où j’avais pour la première fois écouté Mario Hacquard en récitant – c’était, cela je m’en souviens bien, au théâtre d’Hendaye – , je viens d’en retrouver à la fois la date (c’était le 12 novembre 2015), et surtout le courriel dans lequel je rêvais – déjà ! déjà ! – d’associer un Quatuor de Durosoir au 2e de Janáček (« Lettres intimes »), ou à un Quatuor de Bartok, ou de Chostakovitch, plutôt qu’au Quatuor de Ravel, pas assez « rude », disais-je ; aux « univers aux antipodes », écrivais-je même…
     
    Et je prévenais aussi :
    « l’association de lectures de textes – fussent les lettres de guerre de Lucien, et lues par son fils (et c’est bien plus fort que lues par un acteur !) – à des œuvres telles que ces Quatuors, doit être bien pensée »…
     
    Et même :
    « Pour le concert de Lorène de Ratuld, quel que soit le talent de Mario Hacquard – et l’articulation musique/ texte était fort bien calculée – , certaines intonations (même rares) m’ont gêné ;
    et pour avoir été moi-même récitant lors de concerts, je sais combien c’est extrêmement difficile.
    En cela, je pense que Luc est bien mieux en place dans un tel exercice qu’un quelconque comédien, fut-il excellent.
    À cet égard, j’ai bien apprécié la sobriété de la comédienne à l’Hôtel de ville d’Hendaye – c’était le 13 novembre 2015 –  : elle a été parfaite, pour moi…» .

     

    Je constate ainsi que je ne varie pas beaucoup dans mes appréciations (jouissances et irritations) d’après-concert !
     
    Le récitant doit se faire petit, tout petit, et le plus neutre et sobre possible ! Car c’est la musique seule qu’il faut servir !!!
     
    Francis
    …
    Début du message réexpédié :
    De: Francis Lippa
    Objet: le Quatuor Arnaga
    Date: 16 novembre 2015 à 08:11:11 UTC+1

     

    Ce n’était donc pas la première fois que le Quatuor Arnaga jouait ce programme de Quatuors, constitué de celui de Ravel et du 3e de Durosoir.

     
     
    Associer ces 2 sublimes Quatuors ne va cependant pas de soi, du moins pour les oreilles du public.
    Le contraste est même assez difficile à accepter à l’écoute je dirais naïve au concert, tant leurs univers sont aux antipodes.
    Après le charme (même sombre) de Ravel, la force quasi brute (michelangelesque…) de ce 3e de Durosoir 
    – « musique d’après la guerre » avais-je écrit à mon écoute du CD, l’été 2008 ; et je maintiens plus que jamais cette expression ! –
    commence par agacer et agresser les oreilles non apprêtées…
     
    Peut-être faudrait-il tenter d’associer au 3e de Durosoir un Quatuor plus « rude » : le 2d de Janacek, un de Bartok, ou de Chostakovitch.
     
    De même, l’association de lectures de textes – fussent les lettres de guerre de Lucien, et lues par son fils (et c’est bien plus fort que lues par un acteur ! – à des œuvres telles que ces Quatuors
    doit être bien pensée…
     
    Pour le concert de Lorène de Ratuld,
    quel que soit le talent de Mario Hacquard – et l’articulation musique/ texte était fort bien calculée – , 
    certaines intonations (même rares) du comédien m’ont gêné ;
    et pour avoir été moi-même récitant lors de concerts, je sais combien c’est extrêmement difficile.
     
    En cela, je pense que Luc est bien mieux en place dans un tel exercice qu’un quelconque comédien, fut-il excellent.
    À cet égard, j’ai bien apprécié la sobriété de la comédienne à l’Hôtel de ville d’Hendaye : elle a été parfaite, pour moi…
     

    Voilà quelques réflexions d’après concert…

     
    Francis

    …

    Voilà donc pour ces quelques réflexions un peu prolongées d’après-concert…

    …

    Ce mardi 5 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire…

    Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut degré inspiré – composé de Yunpeng Zhao, violon 1, Léo Marillier, violon 2, Franck Chevalier, alto, et Alexis Descharmes, violoncelle – , avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre (!!!) sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928) de Leoš Janáček (Hukvaldy, 3 juin 1854 – Ostrava, 12 août 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) de Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955)…

    …

    Avec toutefois, mais tout à fait indépendamment de la performance absolument magnifique des 4 musiciens du Quatuor Diotima, un énorme bémol – tout au moins pour ma part – : l’ineptie terriblement incroyable (mais hélas bien trop réelle) d’avoir laissé entrecouper les 4 mouvements des 2 Quatuors de Leoš Janáček et de Lucien Durosoir d’interventions musicalement totalement incongrues d’un récitant, en l’occurrence Mario Hacquard, déguisé d’abord en Janáček gominé, puis en Durosoir en habit bleu de poilu, et débitant pompeusement des extraits de lettres de délire érotique sénile de Leoš Janáček adressées à Kamila Stösslova dont il était tombé amoureux, puis de Lucien Durosoir adressées, du front de 14-18, à sa mère… Autant je peux apprécier la présentation d’un récitant discret, sur un ton purement informatif et neutre, de la musique à venir par un des musiciens-interprètes du concert, autant je suis absolument allergique à l’intervention théâtrale d’un comédien singeant affreusement le compositeur.

    Et dans le cas de Leoš Janáček, cela frôlait même dangereusement l’obscène.

    …

    D’abord, une lettre écrite – dans le silence de sa pensée – adressée à distance à un destinataire qui la lira – dans le silence aussi de sa propre pensée… – n’est absolument pas du registre de ce qui est dit dans la proximité de l’échange verbal de paroles ; et si Janáček s’est autorisé à écrire ces mots-là, c’est qu’il ne pouvait absolument pas les dire directement, face à face, à celle qu’il se disait alors à lui-même, à son écritoire, aimer et désirer… Ce que Janáček, en revanche, a fait de ces désirs éprouvés, c’est la sublime musique de cet extraordinaire Quatuor n° 2, d’abord intitulé « Lettres d’amour« , un titre bien vite rectifié, sur l’insistance de la destinataire, « Lettres intimes » : un amour de vieillesse jamais consommé…

    La musique transcende, et merveilleusement !, par un chef d’œuvre sublime, le sinistre et malheureux délire érotique sénile…

    …

    Dans le cas, de Lucien Durosoir et sa mère, la correspondance extrêmement affectueuse ne fait que poursuivre, en dépit de la distance de la séparation du fait de la guerre, le lien très puissant – et de toute leur vie – entre le fils et la mère, seulement distendu par la situation de la guerre qui les éloignait physiquement l’un de l’autre… Et qui ne donnera qu’après coup, de 1920 à 1934 – tant que sa mère vivra, infirme, et qu’il sera auprès d’elle – , les musiques si singulières que Lucien, jadis, avant 1914, violoniste virtuose, se mettra à composer dès 1920, et sans les publier : le public d’alors n’étant pas du tout prêt à les recevoir – Lucien Durosoir en avait une très claire conscience ! – pour les chefs d’œuvre que nous pouvons, désormais – le temps ayant passé, et la modernité ayant bien fait son chemin et son œuvre : Lucien Durosoir, né romantique, est pleinement moderne, et tourné vers l’avenir… – , pleinement y reconnaître…

    …

    Il n’empêche : dans un cas comme dans l’autre, ces deux musiques n’avaient pas à être aussi saugrement interrompues en leur fil si intense, si explosif et si continu aussi, dans chacun de ces deux sublimes chefs d’œuvre de la musique de chambre…

    …

    Mais il faut très chaleureusement féliciter Luc Durosoir, qui sert si admirablement l’œuvre sublime de son père Lucien, très volontairement laissée, par le compositeur, un durable temps endormie à reposer et mûrir – pour l’auditoire plus ouvert à venir – dans l’obscurité d’un tiroir dans la maison familiale de Bélus, de les avoir, une œuvre après l’autre, lui le fils, Luc, patiemment éditées, puis données à écouter en des concerts, et enfin enregistrées, toutes, en des CDs disponibles à l’écoute et à la reconnaissance de leur génie resplendissant dans le monde entier… 

    …

    Il y a deux ans, Luc Durosoir a fait le magnifique choix d’inviter, le 17 mai 2024 au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines – cf mon article rédigé ce soir-là : « Puissance et génie de deux chefs d’oeuvre incisifs de deux compositeurs éblouissants du XXe siècle : le Quatuor n°3 (de 1934) de Lucien Durosoir et le Quatuor n°1 (de 1954) de György Ligeti, par un stupéfiant d’intelligence et sensibilité Quatuor Tana pour un très marquant concert « Durosoir invite Ligeti » au Festival Lucien Durosoir (Mai musical 2024) en Chalosse… Une révélation pour beaucoup et un émerveillement pour chacun !« … – le beau Quatuor Tana – spécialisé surtout dans la musique la plus contemporaine – pour un admirable programme constitué du Quatuor n° 1 de György Ligeti (de 1954) et du Quatuor n°3 de Lucien Durosoir (de 1934)…

    …

    Et c’est à nouveau un formidablement merveilleux choix d’inviter, ce 1er mai 2026, à nouveau au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le Quatuor Diotima – excellentissime lui aussi dans le répertoire de la musique la plus contemporaine !.. Que l’on consulte sa passionnante discographie… – pour ce sublime programme composé des extraordinairement puissants Quatuors n° 2 de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), ce Quatuor Diotima qui avec son merveilleux CD Alpha 125 « Lucien Durosoir – quatuors à cordes » – les interprètes, au mois de décembre 2007, à La Borie, en sont : Naaman Sluchin et Yun-Peng Zhao, violons ; Franck Chevalier, alto ; ter Pierre Morlet, violoncelle ; et le CD était paru le 1r juin 2008… – m’a fait immédiatement m’enthousiasmer, dès la première écoute (!), pour cette musique si formidablement intense et puissante de Lucien Durosoir : cf mon article « Musique d’après la guerre« , en date du 4 juillet 2008 ; et que je propose ici à la fois dans sa version initiale de ce 4 juillet 2008, et dans sa version complétée du 28 juin 2020…

    …

    Le temps passant, et les interprétations au concert, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le 17 mai 2024, par le Quatuor Tana – Antoine Maisonhaute, Ivan Lebrun, violons ; Takumi Nozawa, alto ; Jeanne Maisonhaute, violoncelle – , du Quatuor n°3 en si mineur (de 1934), et puis ce 1er mai 2026, par le Quatuor Diotima, du Quatuor n°2 en ré mineur (de 1922) de Lucien Durosoir, ne font que renforcer, et plus qu’au centuple, ma certitude du génie exceptionnel (!!!) et très singulier de Lucien Durosoir, dont rien dans la musique française, n’atteint à un tel degré d’intensité et puissance tragique de sublimité – dans mes 2 contributions « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 ; la singularité Durosoir » et « La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : romantiques, parnassiens, symbolistes, modernes » données au colloque « Lucien Durosoir. Un compositeur moderne né romantique » au Palazzetto Bru-Zane à Venise le 21 février 2011, j’ai convoqué les noms de Beethoven et de Michel-Ange (ses longues et très puissantes colossales formes serpentines) pour proposer une sorte d’équivalence de puissance de création à celle, si singulière, donc, de Lucien Durosoir ; cf aussi les indications de mon article du 12 octobre 2022 : « La correspondance de guerre (1914 – 1919) de Lucien Durosoir et sa mère Louise, « Ma Chère Maman, mon Cher Enfant », à paraître le 11 novembre prochain chez Blackwater Press, à Charleston, West-Virginia, traduite en anglais par Elizabeth Auld…« …

    …

    Et je n’en admire que davantage la puissance –  aussi – de choix – quelle énergie ! quelle superbe inventivité ! – de Luc et Georgie Durosoir de composer leurs programmes, non dans un horizon musical passéiste, mais bien un horizon d’avenir pour notre XXIe siècle : cette dimension d’avenir qui était déjà si chère, vraiment, à Lucien Durosoir…

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    Et j’attends donc – et espère très vivement ! – que le programme des concerts de l’année prochaine au château Mombet associera à nouveau au génie si puissant et si singulier de l’œuvre de Lucien Durosoir (1878 – 1955) l’œuvre d’un compositeur aussi génial et d’avenir que le sont Leoš Janáček (1864 – 1928) et György Ligeti (1923 – 2006) : pourquoi pas l’extraordinaire György Kurtag (né à Lugo le 19 février 1926, et encore vivant…) ?.. Tant le génie propre de Lucien Durosoir a d’affinités avec le génie de ces magnifiques compositeurs d’Europe centrale…

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    Une dernière remarque sur la très belle prestation hier soir des Diotima au château Mombet de Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse – tout près de la maison familiale de Lucien Durosoir à Bélus, et de Peyrehorade – :

    en forme d’apaisant et mélodieux final de ce concert, après le déchainement de ces tempêtes tragiques sublimes des 2 chefs d’œuvre de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), les Diotima nous ont offert une très belle transcription pour quatuor à cordes de la délicieuse mélodie « Les Berceaux » (Op. 23 n°1) de Gabriel Fauré (1845 – 1924) –  dont voici une belle vidéo (de 3′ 04) de l’interprétation de Sandrine Piau avec Susan Manoff : ces ravissants « Berceaux » de Gabriel Fauré se trouvant aussi à la plage 6 de leur CD Naïve 5250 « Après un rêve » – enregistré à Grenoble en juin 2010…

    Sur le choix de ce bis très contrasté de la mélodie de Gabriel Fauré après les deux Quatuors si tourmentés et étourdissants de Janáček et Durosoir, j’ai échangé quelques mots après le concert avec Franck Chevalier, dont le jeu à l’alto, très profond et charnel, est spécialement magnifique… Le public était ravi…

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    Ce samedi 2 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une bel hommage à Pierre Monteux pour le 150e anniversaire de sa naissance, par Alain Pâris…

    Hier 4 septembre, sur le site du magazine Crescendo,

    un bel hommage d’Alain Pâris à l’incomparable Pierre Monteux pour le 150e anniversaire de sa naissance – Paris, 4 avril 1875 – Hancock (Maine), 1er juillet 1964 – ,

    très sobrement intitulé : « Pierre Monteux, 150 ans« …

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    Pierre Monteux, 150 ans

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    LE 4 SEPTEMBRE 2025 par
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    En 1961, lorsque l’Orchestre symphonique de Londres fit appel à lui comme chef permanent avec un contrat de 25 ans, on le croyait éternel. Il y avait de quoi : signer un tel contrat à 86 ans équivalait à un bail à vie, un usage assez rare dans un monde où l’usure se fait vite sentir et où les musiciens aiment à voir partir assez rapidement les chefs qu’ils ont tout d’abord encensés. Monteux avait un sens du contact très profond, un grand calme dans le geste comme dans le propos, une compétence que les instrumentistes à cordes appréciaient car il était l’un des leurs – d’abord un instrumentiste : violoniste et altiste !.. – , et une précision – bien française, tempérée…  – encore rare à l’époque des excès du post-romantisme. On a attribué à Toscanini l’exclusivité de cette révolution au profit d’une nouvelle rigueur. Mais Monteux a œuvré dans le même sens. L’histoire semble l’avoir oublié. D’ailleurs, comment imaginer avoir dirigé le répertoire qui était le sien, à commencer par le Sacre du printemps dont il fut le créateur – le 29 mai 1913 – , sans une précision – éminemment ravélienne, elle aussi – qu’ignoraient ses prédécesseurs. Toutefois, limiter les qualités de Monteux à la seule précision rythmique serait – très – réducteur. Son abondante discographie en apporte la preuve. Et s’il fallait se contenter d’un seul exemple, il suffit d’écouter son enregistrement – à Londres – en février 1964 – de La Valse de Ravel avec l’Orchestre symphonique de Londres : souplesse et rigueur font bon ménage, élégance sans le moindre excès, l’art de la juste mesure. Inégalé et, à mon humble avis, inégalable – probablement.

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    Monteux était violoniste de formation – voilà. Il avait roulé sa bosse dans l’orchestre des Folies-Bergère tout en pratiquant la musique de chambre – c’est important, ça aussi… – dans deux des quatuors à cordes français les plus réputés, le Quatuor Geloso et le Quatuor Tracol – que fréquenta aussi Lucien Durosoir, ami de Pierre Monteux. En 1893, Édouard Colonne lui offre le poste de premier altiste dans son orchestre. Pendant une vingtaine d’années – 1893 – 1914 – , il va participer à la création des plus grandes œuvres du répertoire symphonique de l’époque, Debussy, Ravel – oui ! En 1906, Colonne le prend à ses côtés comme chef adjoint. Puis ce seront les Ballets russes où il remplace Pierné dès la deuxième saison et où, en l’espace de trois ans, il porte sur les fonts baptismaux quelques unes des œuvres fondamentales du répertoire symphonique et chorégraphique du XXe siècle : Petrouchka (1911), Le Sacre du printemps (1913) et Rossignol (1914) de Stravinski, Valses nobles et sentimentales (1912) et Daphnis et Chloé (1912) de Ravel, Jeux (1913) de Debussy. La porte des États-Unis s’ouvre à lui : deux saisons au Met, cinq ans à la tête de l’Orchestre symphonique de Boston, et il revient en Europe où tous les grands orchestres font appel à lui, notamment le Concertgebouw d’Amsterdam dont il est un invité régulier. Puis c’est l’Orchestre symphonique de Paris, qu’il quittera en 1938 lassé par les querelles syndicales qui entravent son action. San Francisco l’appelle au pupitre de son orchestre symphonique alors en piteux état. Il y restera dix-sept ans et adoptera la nationalité américaine. Monteux est alors devenu une référence tant pour la connaissance du répertoire français – évidemment ! – que pour bâtir ou relever des orchestres. Toujours à l’affût des œuvres nouvelles, il impose Stravinski, naturellement, avec lequel il reste étroitement lié, mais aussi Poulenc ou Honegger, Villa-Lobos, et chez les Américains, Sessions, Antheil, Creston et bien d’autres. Lorsque la NBC décide de créer un orchestre pour Toscanini à New York, c’est à lui que l’on fait appel pour les concerts préparatoires – voilà – , afin de façonner l’orchestre à la mesure du maestro. À la fin de sa vie, il s’installe dans le Maine – à Hancock – où il fonde une école de direction d’orchestre que fréquenteront notamment David Zinman, Neville Marriner, George Hurst, Michel Plasson ou André Previn.

    À l’occasion d’une série d’émissions sur France Musique qui lui étaient consacrées, j’avais longuement rencontré sa fille Nancy pour tenter de comprendre pourquoi la France avait laissé s’échapper une telle personnalité. Et elle m’avait expliqué que la vie symphonique à Paris entre les deux guerres était devenue ingérable avec un va-et-vient permanent des instrumentistes entre les différentes phalanges, ce qui rendait impossible un travail – vraiment suivi – en profondeur comparable à celui auquel il avait été habitué Outre-Atlantique. Et pourtant, à l’époque, le niveau des orchestres américains était bien inférieur à celui des grands orchestres européens. Il existe un enregistrement de répétition où Monteux fait travailler la Marche funèbre de la Symphonie héroïque de Beethoven à l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. Quelle leçon !

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    Un très grand Monsieur autant qu’un chef-interprète d’exception !

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    Ce vendredi 5 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos du CD « Résonance » comportant 3 œuvres de Lucien Durosoir : avancées et résistances de ma recherche concernant l’histoire et la généalogie familiales du pianiste Emmanuel Despax…

    En son remarquable récit « Conversation avec Emmanuel Despax« , Emmanuel Despax a déclaré ceci :

    …

    « Il y a beaucoup de raisons pour commencer la musique. Je n’avais pas l’intention de devenir pianiste professionnel. Je ne comprenais pas ce que ça impliquait, jusqu’au divorce de mes parents. J’avais 12 ans et j’ai vu mon monde s’écrouler. J’ai donc trouvé un refuge dans le piano – cela s’est passé à Aix-en-Provence, où Emmanuel Despax fréquentait depuis une année le conservatoire de musique. La seule chose qui me faisait sentir à l’aise était de jouer du piano, ça a été une vraie thérapie pour moi. J’ai alors compris que la musique ferait partie intégrante de ma vie, je me sentais de nouveau entier quand je jouais.  Un interrupteur s’était actionné dans ma tête et j’ai su que je ne pourrais jamais vivre sans le piano, c’était mon oxygène. Je n’étais plus moi-même quand j’étais loin de mon instrument.

    On commence la musique pour différentes raisons, mais tous les musiciens ont un jour eu ce déclic qui leur a fait réaliser que leur vie serait dédiée à la musique. Ce n’est pas forcément ce qu’ils font, c’est surtout ce qu’ils sont »…

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    J’ai donc désiré en savoir un peu plus sur son histoire et sa généalogie familiales – qui sont ses parents ? qui ont été ses grands-parents ?.. – , comme le signalait un peu déjà mon article ‘‘Lucien Durosoir (1878 – 1955), désormais un classique du XXe siècle : parution du CD « Resonance » du pianiste Emmanuel Despax, comportant 3 œuvres (pour violon et piano et pour violoncelle et piano) de Lucien Durosoir… » en date du 15 août dernier

    – écouter ici l’interprétation de la très belle « Berceuse«  de Lucien Durosoir par Jessie Ann Richardson, violoncelle, et Emmanuel Despax, piano (3′ 40)…

    …

    Or, si Emmanuel Despax, né à Paris en 1984,  parle très volontiers de son grand-père maternel, le poète et éditeur de poésie Jacques Charpentreau (Les Sables d’Olonne, 23 décembre 1928 – Paris 13e, 8 mars 2016), en revanche il garde le silence et sur son père, et sur son grand-père paternel Despax…

    …

    J’ignore donc à quelle branche des Despax est lié Emmanuel Despax, cet excellent pianiste que je découvre avec ce CD Signum Résonance – en compagnie  de la violoncelliste Jessie Ann Richardson et du violoniste Michael Trainor, de l’excellent Piatti Quartet : ils sont mari et femme, m’a appris Georgie Durosoir, qui les connaît très bien… – , en sachant que le rameau originaire de cette famille Despax semble issu du Gers, Auch – Jean-Baptiste Despax, né à Auch vers 1797, est décédé à Dax le 5 février 1873 : il est le père de Pierre Gabriel Despax (Auch, 6 octobre 1818 – Dax, 5 janvier 1877, qui épousa à Dax, le 6 octobre 1849, la dacquoise Marguerite Ducluzo), et le grand-père d’Hippolyte Despax (Dax, 20 février 1852 – Saïgon, 15 novembre 1900), qui, lui, est le père des 3 frères Gabriel-Gustave Despax (Dax, 22 novembre 1878 – Pissos, 9 mars 1922), Frédéric Despax (Dax, 27 mai 1880 – Roscoff, 6 février 1935) et Emile Despax (Dax, 14 septembre 1881 – Moussy-Verneuil, 15 janvier 1915 )… – , avec des rameaux secondaires dans les départements voisins des Landes, à Dax, donc, et de Haute-Garonne, à Toulouse ;

    mais aussi à Marseille ; ainsi que dans la Drôme : Annonay, La Voulte ; sans oublier Paris et la région parisienne…

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    Et je passe ici sous silence le destin artistique météorique d’Olivier Despax (Neuilly-sur-Seine, 28 février 1939 – Villejuif, 10 avril 1974)…

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    Et j’ignore si le Jean-Luc Despax – né en mai 1968 – , poète, qui a collaboré avec Jacques Charpentreau est ou pas le père de notre Emmanuel Despax, pianiste ;

    c’est à-dire si c’est bien ce Jean-Luc Despax qui aura épousé Catherine (ou Katherine) Charpentreau-Despax, actuellement psychanalyste à Marseille, une des deux filles de Jacques Charpentreau et son épouse Simonne Metzger-Charpentreau (Thiais, 15 mai 1925 – Paris 6e, 17 mars 2025)…

    …

    Catherine Charpentreau-Despax – j’ignore ses lieu et date de naissance – , dont la sœur Corinne Charpentreau-Coudret (Paris, 18 octobre 1954 – Betcave-Aguin (Gers), 15 mars 2016), musicienne, est décédée hélas dans des circonstances tragiques…

    …

    Tout n’est donc pas accessible à quiconque s’essaie à des recherches, même un peu patientes et imaginatives, sur Internet : existent des résistances… 

    …

    Voilà…

    …

    Mais pour ce qui concerne le principal, je veux dire, pour moi, la musique et ses interprétations telles qu’elles sont au moins pour un moment accessibles par le disque – car là aussi surviennent hélas des obsolescences plus ou moins sciemment programmées…  – , je viens de commander à mon disquaire préféré le précédent CD Signum SGCD 747 – pour piano seul, cette fois – d’Emmanuel Despax, paru le 7 juillet 2023 et toujours disponible deux ans après, qui est joliment intitulé Après un rêve – Belle Epoque : nights at the piano, comportant, entre autres bijoux, de Francis Poulenc, les bien trop rares Soirées de Nazelles.

    …

    Et je m’empresse de citer ici, au passage, la présentation qu’en propose le label Signum sur son site :

    « “Après un rêve” is an ode to the French Belle Époque repertoire, depicting the beauty of dreams and the night. The album is an opportunity to hear and perhaps discover rarely played / rarely recorded wonderful works (Chaminade Nocturne, Duparc Aux étoiles, Poulenc Les soirées de Nazelles), alongside central pillars of the repertoire, and includes a world premiere of Despax’s arrangement of Après un rêve. The album is attributed to his grandfather, Jacques Charpentreau – nous y voici ! – , a French poet who adored this repertoire and frequently drew inspiration from the night in his works. Despax has curated some of his poetry, as well as works by other poets he admired to complement this music, taking the listener on an immersive poetic and musical journey through this nocturnal landscape »…

    …

    Voilà, voilà où peut donc nous conduire, à l’occasion, cette recherche un peu imaginative et curieuse, à force de détours et liaisons – en un style « ramifié et rhizomatique« , m’a dit l’ami Yves Michaud en un courriel du 11 novembre 2011 : une expression que j’ai évidemment retenue, car c’est bien là ma forme d’esprit (et d’imageance productive, là dans le sillage imaginatif fécond de mon amie Marie-José Mondzain), hors des sentiers un peu trop rebattus… – , en cherchant bien… …

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    Ce mardi 19 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa