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  • Pénétrer vraiment la substantifique mœlle de très précieuses œuvres de Chostakovitch et Silvestrov : une nouvelle reconnaissance de l’exceptionnelle et attachante personnalité créatrice de Valentin Silvestrov dans le magique CD PDD041 « Shostakovich – Silvestrov » du constamment merveilleux Palais des Dégustateurs d’Eric Rouyer…

    Comme en écho un peu tardif à mes articles « La magie de l’œuvre pour alto et piano de Valentin Silvestrov sublimement servie par l’alto d’Ettore Causa et le piano de Boris Berman, en un somptueux mélancolique CD « Shostakovich – Silvestrov » du toujours exigeant Palais des Dégustateurs, d’Eric Rouyer : une méditation intense aux franges du silence… » et « Avancer dans la connaissance (et la jouissance) de l’œuvre, au moins discographique, de Valentin Silvestrov : une sidération !.. » des 27 et 28 décembre derniers (2024) sur ce blog « En cherchant bien« ,

    voici que je découvre ce petit matin à mon réveil ce bel article de reconnaissance du magique CD « Shostakovich – Silvestrov » d’Ettore Causa, alto, et Boris Berman, piano – soit le CD PDD041 du Palais des Dégustateurs de mon ami Eric Rouyer –, ce bel article suivant, sous la plume de Jean-Luc Caron et paru hier 5 mars sur le site de ResMusica, intitulé « Ettore Causa et Boris Berman dans les mondes singuliers de Chostakovitch et Silvestrov » – et dont je relève tout de suite la belle et juste expression de « mondes singuliers » appliquée à ces deux très grands compositeurs : oui, c’est bien cela ! –,

    que je m’empresse de bien volontiers reproduire ici :

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    Après plusieurs enregistrements – déjà – très remarqués – oui ! – pour le label Le Palais des dégustateurs, l’altiste et le pianiste défendent avec brio des pièces précieuses – merveilleuses, sublimes : des chefs d’œuvre !.. – de Chostakovitch et Silvestrov dont ils pénètrent – par la profonde justesse d’inspiration de leur interprétation – la substantifique mœlle – voilà !

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    La Sonate pour alto et piano op.147, dernier chef-d’œuvre – oui : c’est en effet là son mot de la fin, son œuvre ultime et splendide… – du Russe qui y porte le point final le 5 juillet 1975, est dédiée au fameux altiste du Quatuor Beethoven Fiodor Droujinine. Le compositeur souffrant et épuisé – oui, il est au bout de sa vie, et de son œuvre… – peine à venir à bout de cette pièce puissante qui contient plusieurs réminiscences – en effet – et constitue une manière d’adieu déchirant à la vie – voilà ! L’altiste d’origine italienne  et le pianiste russe en offrent une lecture exempte de tout pathos, évitant une excessive mélancolie et défendant un tonus créateur digne du vaste catalogue de Chostakovitch qui s’éteint le 8 août 1975. Cette exigence de véracité – oui ! –  infiltre les trois mouvements de la Sonate. Le Moderato initial est marqué par un courant sonore tonique enrichi d’élans exacerbés et la présence d’interrogations sans réponses précises que les musiciens contrôlent efficacement dans les toutes dernières mesures. Le deuxième mouvement, Allegretto, se veut dès l’entrée davantage sautillant et ne dédaigne pas l’expression d’un certain optimisme renouant une ultime fois avec la rythmique si spécifique et tellement appréciée du compositeur – en effet. Énergie et vitalité – oui – que le duo Causa et Berman traduit magnifiquement, ne négligeant pas la proximité – électrique ! – d’un esprit enflammé et d’un corps meurtri. Le final, un long Adagio d’une quinzaine de minutes, se concentre sur une méditation impressionnante – voilà, voilà – , toutefois dénuée d’effusion romantique palpable, offrant un sentiment douloureux de beauté, de dignité – oui – et de rappels de musiques antérieures dont il évoque le souvenir non sans une certaine modestie – c’est une musique toute d’intimité, pour soi… On repère ainsi des souvenirs de la Sonate Au clair de lune de Beethoven, du Concerto pour violon « à la mémoire d’un ange » d’Alban Berg, des évocations de la Symphonie n° 5 « du destin » de Beethoven, mais encore des passages s’appuyant sur la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski, sans oublier des emprunts à Rachmaninov, à Wagner et à certains de ses propres opus.

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    Récemment redécouvert (2017), le très bref Impromptu pour alto et piano op. 33, une pièce de 1931, montre la distance existant entre le créateur mature et singulier et le jeune musicien, alors âgé de 25 ans, encore très perméable à l’esprit du romantisme.

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    , obligé de quitter son Ukraine natale en 2022 – pour les terribles raisons que l’on ne sait que trop !, tout particulièrement ces terribles jours-ci d’effroyable trahison… -, est défendu ici avec un engagement puissant et brillant par Causa et Berman, ce dernier connaissant personnellement le compositeur -oui. Aujourd’hui internationalement apprécié – oui -, Silvestrov a élaboré un très copieux catalogue riche d’authentiques chefs-d’œuvre – mais oui ! – aux grands écarts esthétiques inspirés – absolument…

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    Causa interprète seul et en première gravure mondiale Élégie, dédiée elle aussi à Fiodor Droujinine. Musique quasiment athématique, presque aphoristique, expressive, s’achevant par une seule note en suspens. Avec les Trois Intermezzi pour piano seul, pièce récente (2022) dédiée au pianiste , on constate un retour à la mélodie et au beau son, un climat de méditation apaisée et douce – oui, telle une berceuse.

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    Le tout récent Triptych pour alto et piano, 2023, en trois très brefs mouvements, totalise une dizaine de minutes. L’Intermezzo adopte un rythme de marche non conventionnel, la Sérénade a été qualifiée de « chant sans paroles » – à la Mendelssohn – et Moment musical – à la Schubert -, à l’avancée légère, mais aux intrications sonores complexes des deux interprètes, permet d’évoquer de grands créateurs romantiques du passé – en effet.

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    et Boris Berman, grâce à cette interprétation de haut vol et leur souci de véracité rare – oui, oui ! – , défendent l’exceptionnelle et attachante personnalité créatrice de  – tout cela est très juste.

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    Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour alto et piano, op.147 ; Impromptu pour alto et piano, op.33 ; Valentin Silvestrov (né en 1937) : Elegy pour alto ; Epitaphium (L.B.) ; Three Intermezzi pour piano forte ; Triptych pour alto et piano. Ettore Causa, alto ; Boris Berman, piano. 1 CD Le Palais des Dégustateurs PDDO41. Enregistrement réalisé du 7 au 9 juin 2024 au Couvent des Jacobins, Beaune, France. Notice bilingue : français et anglais. Durée : 67’40

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    Une belle reconnaissance qui devrait élargir le cercle des amoureux de la musique de Valentin Silvestrov, ainsi que celui des amateurs des superbes réalisations discographiques du vaillant Palais des Dégustateurs, de cet admirable défricheur – et partageur généreux de splendides beautés musicales – qu’est, par son label discographique audacieux et très probe, Eric Rouyer…

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    Ce jeudi 6 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Saluer cette fois la reconnaisssance du génie musical de Henry Desmarest (1661 – 1741), le brillant compositeur d’ »Iphigénie en Tauride », ce maillon important, et jusqu’ici oublié, de l’histoire de l’opéra français, entre Lully (1632 – 1687) et Rameau (1683 – 1764)…

    En mon article du 31 janvier dernier, « La bienheureuse assurance désormais rayonnante de l’un peu trop discret jusque là, presque timide, Thomas Dolié, baryton magnifique, à la voix splendide et au jeu délié et intelligent : superbe Oreste d’une radieuse « Iphigénie en Tauride » d’Henry Desmarest (1661 – 1741) et André Campra (1660 – 1744), une tragédie en musique idéalement ressuscitée au disque par le Concert Spirituel et Hervé Niquet…«  ,

    c’était principalement la performance du superbe Oreste de Thomas Dolié, en cette « Iphigénie en Tauride » de Desmarest et Campra _ créée par l’Académie Royale de Musique à Paris le 6 mai 1704 _,  que je tenais d’abord à saluer en ce brillantissime double CD Alpha 1106, du Concert spirituel et Hervé Niquet…

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    Mais ce soir,

    c’est bien d’abord le compositeur Henry Desmarest lui-même (Paris, février 1661 – Lunéville, 7 septembre 1741), qu’en saluant l’excellent commentaire de Pierre Degott que donne de ce double CD Alpha 1106 de l’ »Iphigénie en Tauride » de Desmarest et Campra, en son bel article de ResMusica intitulé « Avant Gluck, Iphigénie en Tauride mise en musique par Campra et Desmarest« , je désire ici cette fois saluer…

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    Belle découverte d’un ouvrage à la genèse _ en effet bien _ difficile _ et cela pour des raisons totalement extra-musicales ! _, créé en 1704 et tombé dans l’oubli après un succès non négligeable. Sous la baguette d’ à la tête du Concert Spirituel, des interprètes expérimentés et d’autres plus jeunes défendent avec ardeur un ouvrage qu’on verra _ en effet _ comme un maillon _ important, bien que jusqu’ici hélas oublié _ dans l’histoire de l’opéra français.

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    Inspiré lui aussi directement de la tragédie d’Euripide, le livret de Jean-François Duché de Vancy et Antoine Danchet _ deux librettistes successifs, pour deux compositeurs eux aussi successifs ! _ pour Iphigénie en Tauride, se distingue à plus d’un titre de celui bien connu de Nicolas-François Guillard, conçu dans les dernières années de l’Ancien Régime pour l’opéra réformé de Gluck. En 1779 les codes de l’opéra n’avaient plus rien à voir _ en effet _ avec ceux de la tragédie lyrique du temps de , et le texte initialement conçu par Duché de Vancy _ pour Henry Desmarest _ répondait aux canons littéraires encore en vogue en 1696, lorsque Desmarest reçut sa commande _ voilà le départ de cette œuvre qui sera composite, lors de sa création à Paris le 6 mai 1704. Condamné trois ans plus tard _ en 1699 _ pour après avoir épousé une jeune fille de la noblesse sans le consentement familial, le compositeur forcé à l’exil _ voilà ! _ fut contraint de laisser derrière lui sa partition inachevée, laquelle fut ensuite remise à , chargé par l’Académie de terminer l’œuvre. Avec l’aide de son collaborateur habituel Antoine Danchet, qui remania certains pans du livret _ de son confrère François Duché de Vancy _, Campra compléta l’ouvrage _ voilà, voilà ! _ dont il dut entièrement composer le prologue et l’ouverture, s’efforçant de couler son écriture dans le style de Desmarest tout en ajoutant ici et là quelques pages virtuoses destinées à souligner le caractère brillant de l’œuvre.

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    De ce travail collaboratif, dû à deux écrivains et à deux musiciens _ oui, oui _, résulte une partition dont nul ne pourra mettre en cause l’unité ou l’homogénéité _ et c’est là déjà une forme d’exploit _, conforme en tout cas au modèle classique de la tragédie lyrique portée à son aboutissement par Lully _ avec la collaboration (ou plutôt la coopération, pour reprendre le juste distinguo proposé par Bernard Sève en son magistral « Les Matériaux de l’art » ; cf là-dessus la vidéo (de 59′ 23″) de notre entretien à la Station Ausone le mardi 14 janvier dernier… L’ouvrage n’en lorgne pas moins vers une écriture vocale plus mélodique, moins dominée par la déclamation propre à l’esthétique française _ marquée par le génie de librettiste de Lully qu’avait été le magnifique Philippe Quinault (Paris, 3 juin 1635 – Paris, 26 novembre 1688) _ et déjà légèrement marquée par l’influence italienne _ initiée par les travaux de Sébastien de Brossard (Dompierre, 12 septembre 1655 – Meaux, 10 août 1730). Même s’il ne s’agit sans doute pas d’un chef d’œuvre absolu, cet ouvrage habile et bien fait _ et un peu mireux que cela… _ constitue à n’en pas douter un maillon _ important ! _ qui manquait à notre compréhension de l’évolution et du positionnement de l’opéra français au tournant du dix-huitième siècle _ voilà, voilà…

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    Confié à des artistes chevronnés aussi bien qu’à une brochette de jeunes chanteurs en devenir, l’enregistrement proposé ici brille par la qualité et l’homogénéité de sa distribution _ en effet : c’est très juste ! Sans doute cette dernière est-elle dominée par , spécialiste du répertoire de l’opéra baroque français, dont on continue à admirer la diction toujours autant magistrale tout en se grisant du léger vibrato qui sait si bien donner couleurs et substance aux mots de livret. À ses côtés, le baryton  campe un Oreste noble et digne, émouvant et convaincant _ superbe ! _ dans les scènes qui le confrontent à sa sœur _ cf mon article « La bienheureuse assurance désormais rayonnante de l’un peu trop discret jusque là, presque timide, Thomas Dolié, baryton magnifique, à la voix splendide et au jeu délié et intelligent : superbe Oreste d’une radieuse « Iphigénie en Tauride » d’Henry Desmarest (1661 – 1741) et André Campra (1660 – 1744), une tragédie en musique idéalement ressuscitée au disque par le Concert Spirituel et Hervé Niquet… » en date du 31 janvier dernier…. en Pylade fait preuve comme à son accoutumée _ oui, oui ; cf les articles que je lui ai consacrés à maintes reprises, jusqu’à celui du 22 janvier Dernier pour saluer sa magnifique prestation dans son récent CD Alpha 1104 « Mozart – Concert Arias » : « Se délecter au charme idéal de Reinoud van Mechelen interprétant des airs de concert de Mozart, en le CD Alpha 1114 « Mozart – Concert Arias – Reinoud van Mechelen – A Nocte Temporis » : quel plaisir !« …  _ de toute sa sensibilité musicale grâce à sa voix de haute-contre parfaitement maîtrisée _ tout cela est fort juste..

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    Le reste de la distribution se montre à la hauteur des têtes d’affiche, et l’on ne manquera pas de citer les belles interventions d’Olivia Doray en Électre, de en Thoas et de en Diane, sans oublier , , , en charge d’un certain nombre de petits rôles certes courts mais essentiels au déroulement de l’action.

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    Très impliqués dans la recherche de couleurs instrumentales riches et variés, les musiciens du Concert Spirituel font la démonstration de tout le panache _ oui _ dont ils sont capables, alternant les moments d’introspection et de recueillement avec les pages plus brillantes qui sont le propre de ce genre lyrique, où la musique de ballet joue _ aussi : à la française ! _ un rôle primordial. La direction d’, précise et incisive, insuffle aux choristes et aux instrumentistes toute l’énergie nécessaire pour donner force et crédibilité _ oui, oui ; et noblesse tragique…  _ à une histoire bien connue de toutes et de tous, qu’on se réjouit d’entendre dans une nouvelle adaptation musicale. Un plaisir pour l’oreille comme pour l’esprit _ c’est là fort bien résumé !

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    Henry Desmarest (1661-1741) et André Campra (1660-1744) :

    Iphigénie en Tauride, tragédie en un prologue et cinq actes.

    Livret de Jean-François Duché de Vancy et Antoine Danchet.

    Avec Véronique Gens, soprano (Iphigénie) ; Reinoud Van Mechelen, ténor (Pylade) ; Thomas Dolié, baryton (Oreste) ; David Witczak, baryton (Thoas) ; Floriane Hasler, mezzo-soprano (Diane) ; Tomislav Lavoie, baryton-basse (L’ordonnateur / L’océan) ; Antonin Rondepierre, ténor (Un habitant de Délos / Triton / Le grand sacrificateur) ; Jehanne Amzal, soprano (Isménide / Une habitante de Délos / Première nymphe / Première prêtresse) ; Marine Lafdal-Franc, soprano (Une habitante de Délos / Seconde nymphe / Seconde prêtresse).

    Le Concert Spirituel, direction : Hervé Niquet.

    2 CD Alpha.

    Enregistrés en janvier 2024 à l’Auditorium du Conservatoire Jean-Baptiste Lully de Puteaux.

    Notice de présentation en français, anglais et allemand.

    Durée totale : 136:00

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    Henry Desmarest,

    que j’ai appris à connaître et beaucoup apprécier, lors de la réalisation par Hugo Reyne _ dont j’étais, cette décennies des années 90, le « conseiller artistique » de la Simphonie du Marais… _ de son CD Astrée-Auvidis « La Diane de Fontainebleau« , enregistré dans la salle de bal du château de Fontainebleau au mois de septembre 1997, et paru en 1998…

    Cf les détails que j’en livre en mon article en date du 9 septembre 2021 : « Le beau chemin parcouru de Véronique Gens dans l’opéra baroque français : de Lully à Charpentier, en passant par Collasse et Desmarets…« ...

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    Henry Desmarest (1661 – 1741) : un compositeur subtil et magnifique, à redécouvrir…

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    Ce mercredi 12 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le charme (musical) méconnu et magnifiquement révélé d’Adèle H. par Jean-François Verdier, son très bel Orchestre Victor Hugo, et ses excellents chanteurs…

    D’Adèle Hugo (Paris, 24 août 1830 – Suresnes, 21 avril 1915) _ la seconde fille, après Léopoldine (Paris, 28 août 1824 – Villequier, 4 septembre 1843), et cinquième enfant de Victor Hugo (Besançon, 26 février 1802 – Paris, 22 mai 1885) et son épouse Adèle Foucher (Paris, 27 septembre 1803 – Bruxelles, 27 août 1868) _, on a d’abord en tête le tragique portrait au cinéma du marquant film de François Truffaut « L’Histoitre d’Adèle H.« , dans lequel elle est incarnée par Isabelle Adjani.

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    Mais en 2004, Odile Blanchette alors conservatrice de Hauteville House, à Guernesey, a présenté au compositeur Richard Dubugnon des partitions manuscrites inédites d’Adèle Hugo, écrites lors de son séjour sur l’île avec son père. Persuadé de la qualité de cette musique, Dubugnon demande au directeur des Maisons Victor Hugo Gérard Audinet qu’il lui envoie des copies de ces mélodies. Après plusieurs années d’inventaire, mise au propre, et reconstruction pour certaines, ces partitions sont arrangées et orchestrées par ses soins pour être données en création mondiale par différents chanteurs et l’Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté, d’abord en mars 2023 à Besançon, puis en août 2023 à la Côte-Saint-André lors du festival de musique classique Berlioz.

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    Et voici que vient de paraître pour le label Alpha, un ravissant très très réussi CD « Adèle Hugo – Mélodies sur des Poèmes de Victor Hugo orchestrées par Richard Dubugnon« , le CD Alpha 1086,

    par l’Orchestre Victor Hugo et les chanteurs Adèle Hugo – Mélodies sur des Poèmes de Victor Hugo orchestrées par Richard Dubugnon, et le Chœur de l’Opéra de Dijon, tous placés sous la direction du décidément toujours parfait Jean-François Verdier, chef esemplaire.

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    Voici deux très positifs commentaires de ce ravissant CD,

    sous les plumes de Cédric Manuel, pour Forumopera.com, en date du 10 décembre 2024, intitulé « La Vie d’Adèle« ,

    et Jean-Luc Clairet, pour ResMusica, en date du 11 janvier 2025, intitulé « Adèle Hugo : la révélation » :

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    CD
    10 décembre 2024
    Reconstituées et orchestrées, les mélodies d’Adèle Hugo sur des textes de son père nous sont rendues avec délicatesse et brio

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    On a oublié Adèle Hugo. On l’a oubliée dès après son internement en 1872 sur demande de ce père écrasant qui l’aimait sans la comprendre. On l’a oubliée à sa mort 43 ans plus tard. On a d’ailleurs oublié les deux Adèle de Victor, mère et fille, parce qu’il y avait Juliette et Léopoldine, femme et fille préférées.

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    Puis on a redécouvert Adèle H, un jour, sous les traits d’Isabelle Adjani dans le long-métrage de François Truffaut, obsédée par son officier anglais jusqu’à en perdre la raison, déroutante, capricieuse, violente, jusqu’à devenir ce spectre enfermé, perdue pour le monde, pour un nouvel oubli.

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    « Pauvre Adèle », comme soupirait souvent son père. Lui-même avait-il oublié que sa fille était une artiste et que son monde à elle, c’était la musique ? Le patriarche, ami de Berlioz et de Liszt, savait pourtant bien qu’Adèle était une excellente pianiste et qu’elle avait suivi des cours de composition par correspondance avec Adoplhe Samuel, professeur au Conservatoire et même avec Ambroise Thomas. Mais celui qui aida tant Louise Bertin à se faire un nom n’a pas eu la même prévention pour sa fille.

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    Comme le rappelle la notice de ce très bel album _ oui ! _ consacré aux mélodies que la jeune femme a composées sur des extraits de poèmes de son père, on a redécouvert tardivement _ oui, oui : Odile Blanchette _les partitions de la compositrice qui, telle une Belle au bois dormant, se réveille à travers elles 100 ans après sa disparition.

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    Parfois incomplètes, ces pages couvrent plusieurs années d’écriture reconstituées patiemment, autour de poèmes et d’extraits des Misérables ; de même qu’elles révèlent des courtes partitions instrumentales, qui témoignent d’une inspiration parfois sombre (le « Bourdon ») ou pleine de mélancolie comme ce « Chant sans parole » pour violoncelle et piano.

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    Après ce long travail, les mélodies avec voix ont fait l’objet d’une orchestration subtile _ oui, et très réussie _ confiée par Jean-François Verdier, directeur musical de l’orchestre de Besançon – Victor Hugo (faut-il rappeler que ce dernier est né bisontin ?), à Richard Dubugnon avant de les enregistrer _ à Besançon en avril 2023, et Alfortville le 5 juillet 2024 _ pour le label Alpha.

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    Disons-le d’emblée, on ne boude pas son plaisir _ voilà ! _ en écoutant ces pages aimables, dont la simplicité parfois maladroite de l’autodidacte qui n’en est pas moins douée, n’atténue pas la fraîcheur _ oui, oui _, et elles s’inscrivent _ absolument ! _ dans le style des mélodies de leur temps.

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    Les artistes réunis pour l’occasion autour des musiciens de l’orchestre _ excellent ! _ précité défendent avec une belle conviction _ oui _ ces pages délicates _ en effet _, avec la voix gorgée de soleil qu’Anaïs Constans prête au joyeux « Oiseau qui passe », mais aussi à « Gavroche », avec notamment cette si célèbre et si poignante troisième chanson, celle des barricades, qui s’achève sur le dernier soupir de l’enfant atteint par une balle, « Je suis tombé par terre »… On frémira à l’écoute de l’excellent Laurent Naouri dans « l’Hymne des Transportés » où résonnent les échos poignants des proscrits portés avec lui par le chœur de l’Opéra de Dijon. Karine Deshayes magnifie l’amer « Regret » des Odes et ballades, et Isabelle Druet, le funèbre « Priez pour les morts » (extraits de la « Prière pour tous » des Feuilles d’automne), tandis qu’Axelle Fanyo prête sa voix chaude aux « Chants du crépuscule » et à « Flebile nescio quid » des Feuilles d’Automne, puis dans quelques strophes d’ « Encore à toi » tiré des juvéniles Odes et Ballades. Quant à Sandrine Piau, tour à tour espiègle et grave dans l’étonnante chanson des Châtiments, elle nous entraine délicatement dans la jolie ronde de la « Chanson de Jean Prouvaire », tirée des Misérables.

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    Une belle découverte, trop courte _ 57′ 52 _, qui rend justice _ enfin ! _ à cette artiste malmenée par la vie, écrasée par ses ombres, et pourtant si éloquente.

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    Adèle Hugo : la révélation

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    Le temps est enfin venu _ oui _ de faire entendre la voix des compositrices oubliées par l’histoire de la Musique. D’une constante inspiration mélodique _ mais oui ! _, la production d’ est de celles qui touchent immédiatement au cœur _ c’est très juste. Un très grand disque _ voilà ! _ de mélodies, orchestrées par et interprétées par une pléiade de valeurs sûres _ absolument _ du chant français.

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    Jusqu’ici s’appelait Adèle H. Le film _ en 1975 _ de François Truffaut, pour magnifique qu’il fût, semblait avoir définitivement tracé _ voilà _ pour la postérité le portrait de la dernière-née du grand écrivain français. On croyait tout savoir de celle qui, après que la folie obsessionnelle de la passion amoureuse l’eut éconduite de la société des hommes (c’était le scénario de L’Histoire d’Adèle H.), survécut de fait à ses géniteurs comme à la totalité d’une fratrie trop tôt décimée _  Charles Hugo (Paris, 3 novembre 1826 – Bordeaux, 13 mars 1871 ; François-Victor Hugo (Paris, 28 octobre 1828 – Paris, 26 décembre 1873. Celle qui avait été « une énigme » pour son illustre père (le grand homme de lettres alla jusqu’à confier à l’un de ses poèmes ses doutes quant à sa propre paternité _ tiens, tiens _), et semblait à jamais inscrite sur les tablettes de l’Histoire en femme malade trimballée sur vingt ans dans des maisons de santé, se révèle être aujourd’hui, l’année des 110 ans de sa disparition, une compositrice _ voilà ! Qui plus est, très inspirée _ vraiment…

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    Les 14 mélodies exhumées par les intérêts conjoints d’Odile Blanchette, la conservatrice de Hauteville House (la demeure-musée de Guernesey où Adèle vécut un temps avec son père après l’exil de ce dernier), du compositeur , de , chef de l’, font toutes montre d’un sens mélodique qui n’est pas sans évoquer celui du génie berliozien. Ni sucre, ni naphtaline _ absolument ! Une efficacité qui ne rime jamais avec facilité. Des Châtiments aux Misérables, toutes ces mélodies sans exception déposent leur musique aux pieds des vers du grand homme. Par quel mystère ce dernier, dont l’humanisme continue de percer dans la brume des dérives du Monde, a-t’il pu passer à côté du génie musical de sa propre fille, laquelle apprend-on également, fut non seulement l’auteur d’un conséquent Journal, mais aussi une virtuose du piano ? Quand on connaît le pouvoir thérapeutique de la musique sur le cerveau humain…

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    On aurait pu croire que la mélancolie serait maîtresse de cérémonie de la production musicale d’une jeune femme au destin aussi cahotant : elle est bien là (prégnants Chant du crépuscule I, Nuits de Juin, Flebile Nescio Quid) mais au côté du bonheur (La Chanson de Jean Prouvaire) comme de l’énergie militante (le beethovénien Ce que chantait Gavroche I, très proche de certain lied d’Egmont). Le magnifique Encore à toi réussit même le prodige de réunir les fragrances du grand Hector avec celles du divin Mozart. On a envie de tout fredonner _ mais oui _, voire de faire cortège avec l’irrésistible Hymne des transportés. Bref, un de ces disques enthousiasmants _ c’est parfaitement juste ! _ qu’aussitôt refermé, on a envie de faire rejouer _ oui !

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    L’album, remarquablement conçu _ oui _, entrecoupe ce magnifique florilège vocal de cinq mélodies sans paroles (et même presque sans titres), duos instrumentaux où peuvent briller en toute intimité quelques solistes de l’. Sous la direction de , la phalange bisontine (on reste en pays hugolien, la vieille ville espagnole étant, comme on le sait, la ville natale de l’écrivain) accompagne l’ouverture de cette malle aux pépites avec un recueillement ému. Plus copieux que lors du concert donné en 2023 au Théâtre Ledoux et à l’été qui suivit au Festival Berlioz, le disque l’est aussi en terme d’interventions chantées puisqu’aux pionnières et d’alors, sont accourues d’autres valeurs sûres du moment : , , et même .

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    On serait malvenu de chipoter quelques consonnes évanescentes çà et là, tant on gagne à l’option d’une prise de son qui tient à faire de ce merveilleux bouquet de cantatrices un instrument parmi d’autres, dans le but de faire entendre le superbe travail entrepris sur cinq années par (le compositeur dit, non seulement avoir dû orchestrer, mais aussi trier, compléter). C’est le cœur serré et l’œil humide qu’avec la sublime déploration Priez pour les morts, énoncée comme d’outre-tombe par une d’une somptueuse discrétion _ toujours excellente ! _, on prend congé d’, compositrice française.

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    Adèle Hugo (1830-1915) : Mélodies sur des poèmes de Victor Hugo (Nuits de Juin ; Châtiments ; Chants du crépuscule ; Flebile nescio quid ; Regret ; Chanson de Jean Prouvaire ; Ce que chantait Gavroche I, II et III;Hymne des transportés ; Chants du crépuscule I et II ; L’Oiseau passe ; Encore à toi ; Priez pour les morts). Avec : Karine Deshayes, Sandrine Piau, Axelle Fanyo, Anaïs Constans, sopranos ; Isabelle Druet, mezzo-soprano ; Laurent Naouri, baryton. Choeur (chef de choeur : Anass Ismat) de l’Opéra de Dijon. Orchestre Victor Hugo, direction : Jean-François Verdier. 1 CD alpha. Enregistrés en avril 2023 à l’Auditorium de La Cité des arts de Besançon et le 5 juillet 2024 au Studio de l’Orchestre National d’Ile de France. Notice trilingue (français, anglais, allemand) et livret bilingue (français, anglais). Durée totale : 57:52

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    Une superbe et très marquante réussite tant musicale que discographique, donc

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    Ce vendredi 24 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Belle confirmation d’appréciation du CD Mirare « Emmanuel Arakélian – Oeuvres pour orgue et clavecin – de Louis Marchand »…

    Ce jeudi 23 janvier 2025,

    l’article de Christophe Steyne « Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle« , sur le site de Crescendo Magazine,

    vient amplement confirmer mon propre article « Un magique CD « OEuvres pour orgue et clavecin » de Louis Marchand (1669 – 1732), par un diablement inspiré et rayonnant Emmanuel Arakélian… » du 2 novembre 2024,

    qui lui-même citait l’article de la veille, 1er novembre 2024, « Le « Grand Marchand » sonne en gloire sur deux instruments historiques sous les doigts d’Emmanuel Arakélian« , de Frédéric Muñoz, sur le site de ResMusica…

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    Louis Marchand par Emmanuel Arakélian au clavecin, à l’orgue : grandeur et poésie à l’apogée du Grand Siècle

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    LE 23 JANVIER 2025 par Christophe Steyne

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    Louis Marchand (1669-1732) : Suites pour clavecin en ré (1669), en sol (1703). Livres pour orgue : extraits du Livre I et du Livre II. Grand Dialogue en ut majeur (Livre III). Emmanuel Arakélian, clavecin, orgue. Louis Alix, orgue troisième main. Livret en français, anglais. Décembre 2023. TT 80’49’’. Mirare MIR 740

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    Pour son premier album en solo, Emmanuel Arakélian s’est penché sur un éminent virtuose du Baroque français, dont il aborde les pièces pour clavecin et pour orgue sur deux prestigieux instruments. À notre connaissance, il s’agit du seul disque abordant ces deux versants de l’œuvre pour clavier de Marchand par un même artiste, fruit de la double habileté de l’élève d’Olivier Latry, Michel Bouvard, Olivier Baumont et Blandine Rannou. Le programme alterne séquences pour clavecin (les deux Livres sont là en bon ordre) et pour orgue, celles-là d’une structure moins évidente : entrée en fanfare sur le Grand Dialogue en ut majeur, conclusion sur la Suite en ré, à laquelle ne manquent que les deux redondantes Tierce en taille et Basse de trompette, et dont le sublime Quatuor s’interpose en milieu de CD, encadré par des extraits du Livre II.

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    Même si la toute première contribution entièrement consacrée au legs pour tuyaux reste celle de Michel Chapuis à Souvigny (Harmonia Mundi, 1962), les aînés de nos lecteurs le découvrirent peut-être grâce au vinyle d’une cinquantaine de minutes qu’André Isoir grava une décennie plus tard pour Calliope à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. C’est ce chef-d’œuvre des neveux Isnard, qui a bénéficié d’une récente restauration en 2017, qu’a retenu Emmanuel Arakélian, comme Bernard Coudurier avant lui (BNL, 1993). Il en est l’heureux titulaire, raison suffisante _ en effet ! _, qui nous permet d’admirer _ oui _ ce joyau de la facture française à son apogée (1772-1774), rescapé de la Révolution et des vicissitudes du temps. On imagine combien le Grand Jeu et la Fugue du Livre II, le Grand Dialogue en ut majeur profitent de la formidable batterie d’anches du Couvent Royal, avec Trompette à chaque plan sonore et Bombarde 16’ activable à la Résonance et son pédalier en tirasse. Cette tribune, on connaît la profonde suavité de ses Montres et Bourdons, on s’en délectera dans les Fonds.

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    À l’orgue du Temple de la Fusterie à Genève (Cascavelle), reconstruit par le jeune Pascal Quoirin (son deuxième chantier, quarante ans avant le relevage de Saint-Maximin), François Delor avait proposé un enregistrement vif et piquant. Emmanuel Arakélian s’en tient à une approche plus majestueuse, magnifiée dans l’austère grandeur du Plein-jeu à six parties, à l’instar de Frédéric Desenclos à Sarlat (Tempéraments) _ oui _, puis cisèle des phrasés émus, qu’on appréciera dans tel Trio, exquisément balancé, tel Récit dessiné sur un murmure, telle Tierce en taille exhalée sur une ample rumeur. Outre Chapuis, Isoir et Coudurier à la même console, cette prestation rejoint le meilleur de la discographie, marquée par Marie-Claire Alain à Caudebec-en-Caux (Erato), Jean-Baptiste Robin à Poitiers (Triton) et Marina Tchebourkina à Versailles (Natives).

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    Sous les doigts de Scott Ross, il a vu passer tout François Couperin et tout Rameau, cet emblématique hôte du château d’Assas, attribué à Pierre Donzelague (1668-1747), qu’aujourd’hui visitent Jean Rondeau, Pierre Hantaï et Justin Taylor dans la famille du Dijonnais ou dans les rivages italiens de Bach. Sans alourdir les basses, les micros d’Hugues Deschaux _ le magicien _ discernent sa limpidité mais aussi ses arômes complexes, excités dans la Gigue en plage 6. Philippe Beaussant (1930-2016) disait que la Gavotte de la seconde Suite permet de saisir, par contraste avec le reste de la production du compositeur lyonnais, combien l’art de François Couperin relève du style luthé.

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    Et pourtant, dans les deux cahiers, le toucher d’Emmanuel Arakélian nous rapproche souvent de l’auteur des Idées heureuses et de La Mézangère _ François Couperin. À le bien entendre, rien de plaqué, de claqué, mais une fluidité qui convient parfaitement au Prélude non mesuré, à l’Allemande du lot en sol, et même aux caractères plus incisif de la première Suite, dont la science harmonique apparaît subtilement diffractée, privilégiant le ruissellement des accords. Certes le panache n’est pas absent, mais il se domine, comme dans la Gigue. Ou les ruminations obstinées de la Chaconne, dont Emmanuel Arakélian enserre fermement le gabarit pour mieux l’animer, dans une invention sans cesse recommencée, rappelant ce que Jean-Paul Sartre écrivait des Mobiles de Calder : « il faut vivre dans son commerce et se fasciner sur lui. Alors l’imagination se réjouit de ces formes pures qui s’échangent, à la fois libres et réglées ».

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    Dans cette part du récital pincée aux becs, on n’applaudira pas les machinations ombrageuses qu’exaltait Blandine Verlet (Astrée, 1978), ni plus récemment la démonstration de brio d’Ewa Mrowca (Dux), mais une exemplaire attention accordée à la ductilité _ voilà _ typique de Marchand. À d’autres le contraste forcené, les brassées d’épices : l’interprète avignonnais nous offre une exploration de poète, où l’on peut s’abandonner à la rêverie nonchalante de la Sarabande, sondée non sans détachement, entretenant l’ambivalence envers ce qui s’apparenterait à la componction. Sans esbroufe mais non sans intensité _ oui _, Emmanuel Arakélian réveille l’intensité de ces pages auxquelles il accorde toute sa sensibilité. Dans la paire de Courantes, ces mines vaguement poseuses qu’il esquisse, mais sincères, comme éperdues devant l’indifférence des cœurs, seraient celles du Mezzetin peint par Antoine Watteau.

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    Christophe Steyne

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    Son : 9 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8-10 – Interprétation : 10

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    Un grand CD pour un très grand compositeur ;

    et un article de commentaire d’écoute très riche et très précis…

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    Ce jeudi 23 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa