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  • L’univers de méditation sonore intime du piano doux et élégant de Bruno Rigutto en son chaleureux merveilleux et tendre double album « Ricordi », à l’occasion de ses 80 ans…

    C’est tout son univers de méditation sonore intime, composé de 28 pièces de son répertoire les plus chères à son cœur, que vient nous livrer, comme une délicate et très fine confidence amicale, à l’occasion de ses 80 ans – il est né le 12 mai 1945 à Charenton – , Bruno Rigutto, à son piano, en un chaleureux, tendre, profond et élégant double album Aparté AP390 – enregistré à l’église Saint-Pierre à Paris du 12 au 14 mai 2026  – , sobrement intitulé, en italien, « Ricordi » – cf ce petit entretien de présentation par Bruno Rigutto lui-même – ,

    et comportant en son livret 5 pages d’un entretien de confidences sur son parcours de vie de musicien, avec Aurélie Moreau…

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    C’est un article de ResMusica, du 28 décembre dernier, signé par Salvatore Sclafani et intitulé « Bruno Rigutto : Ricordi, mémoires au piano« , qui m’a fait connaître la parution de cet album – le 26 septembre dernier – , que j’ai pu aller me procurer bien vite chez mon disquaire préféré, pour mon très grand plaisir : j’apprécie plus que tout ce qui est de l’ordre de l’intime…

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    Le voici donc, cet article :

    « Bruno Rigutto : Ricordi, mémoires au piano

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    Avec son dernier album Ricordi, paru chez Aparté cet automne,  livre l’un des enregistrements les plus personnels de sa carrière. 

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    Dans le livret, un entretien vivant mené par Aurélie Moreau révèle un pianiste qui dit avoir réuni ici quelques-unes de ses pièces les plus chères, parfois de très courts morceaux qu’il n’avait jamais abordés auparavant, choisis pour ce qu’ils disent intimement – voilà – de lui. Vingt-huit pièces – données en 2 CDs – dessinent ainsi un itinéraire intérieur : non seulement un florilège, mais une véritable méditation sur la mémoire et la continuité d’un geste pianistique façonné par des années d’écoute et de recherche – voilà.

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    La construction du programme renforce la cohérence de l’ensemble : les pièces se succèdent tantôt par affinités, tantôt par contrastes mesurés, dessinant une cartographie intime où souvenirs, rencontres et influences dialoguent librement. L’une des forces transversales de l’album réside dans la texture transparente et délicate – oui ! – du jeu : Rigutto cultive une finesse rare – oui, oui – , où les lignes s’articulent avec une limpidité presque vocale et les nuances se déploient dans une lumière douce – absolument. Son toucher, souple et précis, révèle une science très personnelle du timbre ; chaque doigt façonne l’équilibre sonore et garantit une continuité du discours à la fois naturelle et fluide – tout ce que j’apprécie personnellement : ni esbroufe de virtuosité, ni maniérismes…

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    Dans le livret, Rigutto évoque l’influence déterminante de Samson François, aux côtés d’autres grands interprètes qui ont marqué sa formation. Sa lecture de La plus que lente – écoutez-la ici (4′ 04) – de Debussy, portée par un tempo lyrique subtilement modelé, constitue un hommage explicite à son maître. En même temps, il affirme ne pas se reconnaître strictement dans une « école française » : il se considère plutôt héritier d’une tradition latine et méditerranéenne, où la chaleur sonore – voilà ; mais pas la canicule… – et la liberté interprétative – mais sans excès – occupent, selon lui, une place essentielle.

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    Les œuvres réunies dans les deux disques qui composent ce travail appartiennent pour l’essentiel à un univers de méditation sonore intime – c’est cela ! – , auquel Rigutto insuffle une respiration – tout simplement – naturelle. Le contrôle de la pédale, la netteté des attaques et la précision du geste confèrent à chaque page une élégance sobre – parfaite. La prise de son, claire et proche sans dureté, instaure une atmosphère de concentration quasi confidentielle – oui, oui -, comme si la musique se construisait sous nos yeux – et c’est absolument décisif pour l’interprétation et l’interprète, au disque comme au concert.

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    On est également saisi par le soin porté au phrasé : certains débuts de phrases, à peine murmurés, semblent surgir d’un silence préparé, tandis que d’autres s’élèvent en arches finement sculptées. Le piano devient alors un véritable espace de contemplation – oui, avec recul et profondeur : vers l’essentiel… Certes, il peut paraître audacieux de proposer un disque composé en grande partie de pages essentiellement lyriques – un choix qui pourrait sembler risqué par son apparente uniformité – mais Rigutto déjoue cet écueil grâce à la richesse de son toucher et à la rigueur de son interprétation.

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    Il est également intéressant de constater que, sans se limiter au romantisme européen, l’album s’ouvre à des horizons plus anciens avec , ainsi qu’à plusieurs compositeurs sud-américains tels que Guastavino, Ponce ou Villa-Lobos. Cet élargissement du champ esthétique constitue l’un des aspects les plus stimulants du programme : Rigutto aborde ces pages sans le moindre exotisme – mais oui – , privilégiant la structure, la pulsation interne et la continuité du chant. Les rythmes y conservent leur tension propre tout en s’intégrant avec naturel à son discours, révélant une belle versatilité dans l’approche du répertoire latino-américain du XXᵉ siècle.

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    On saluera enfin la présence de compositions originales de Rigutto. Ces pages s’intègrent naturellement au programme et en renforcent la dimension autobiographique. Parmi elles, Douce valse –  écoutez-la ici (2′ 57) ; c’est un des sommets de ce récital admirablement composé – retient – tout – particulièrement l’attention – oui ! – , prolongeant l’esthétique du pianiste : simplicité de la ligne, goût de la couleur, respiration naturelle – qualités éminentes, en effet, de l’art de Bruno Rigutto…

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    Rigutto séduit par sa clarté, son éloquence et sa tenue  – voilà ! Ricordi est un album d’une profondeur durable – voilà... – , un hommage au passé tourné vers l’essentiel – c’est bien cela – , où le pianiste livre, avec une élégance discrète – exactement ! – , ce que la musique a déposé en lui.

    …« Ricordi ». Bruno Rigutto, piano.CD 1 :Robert Schumann (1810–1856) : 3 Romanzen, op. 28 n° 2 en fa dièse majeur ; Charles Gounod (1818–1893) : La Veneziana (Barcarolle), CG 593 ; Felix Mendelssohn Bartholdy (1809–1847) : Lieder ohne Worte, op. 62 n° 5, Venetianisches Gondellied ; Anatoli Liadov (1855–1914) : 3 Morceaux, op. 11 n° 1, Prélude ; Alexandre Scriabine (1872–1915) : Nocturne pour la main gauche, op. 9 n° 2 ; Maurice Ravel (1875–1937) : Pavane pour une infante défunte, M. 19 ; Franz Schubert (1797–1828) : Valse en sol bémol majeur, D. Anh. I/14 « Kupelwieser-Walzer » (transcription de Richard Strauss) ; Bruno Rigutto (né en 1945) : Douce valse ; Carl Philipp Emanuel Bach (1714–1788) : Sonate en la majeur, WQ 65/32, H. 135, II. Andante con tenerezza ; Frédéric Chopin (1810–1849) : Mazurka, op. 68 n° 4 en fa mineur ; Christoph Willibald Gluck (1714–1787) : Mélodie (Orfeo ed Euridice) (transcription de Giovanni Sgambati) ; Domenico Scarlatti (1685–1757) : Sonate en fa mineur, K. 466 ; Bruno Rigutto : Mandolina serenata ; Carlos Guastavino (1912–2000) : Bailecito ; Manuel M. Ponce (1882–1948) : Intermezzo n° 1.CD 2 :

    Heitor Villa-Lobos (1887–1959) : A Lenda do Caboclo, W 166 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840–1893) : 18 Pièces, op. 72 n° 5, Méditation ; Edvard Grieg (1843–1907) : Pièces lyriques, op. 43 n° 5, Erotikk ; Franz Liszt (1811–1886) : Consolation n° 3, S. 172, Lento placido ; Felix Mendelssohn Bartholdy : Gondellied en la majeur, WoO 10, MWV U 136 ; Frédéric Chopin : Prélude en do dièse mineur, op. 45 ; Gaetano Donizetti (1797–1848) : Una furtiva lagrima (arrangement pour piano de Hans Günther Heumann) ; Nikolaï Medtner (1880–1951) : Contes de fées, op. 26 n° 3 en fa mineur ; Arno Babadjanian (1921–1983) : Élégie « In Memory of Khachaturian » ; Jean Sibelius (1865–1957) / Harold Arlen (1905–1986) : Lied (6 Bagatelles, op. 92 n° 2) / Over the Rainbow ; Edvard Grieg : Pièces lyriques, op. 47 n° 3, Mélodie ; Camille Saint-Saëns (1835–1921) : 6 Études, op. 111 n° 4, Les Cloches de Las Palmas ; Claude Debussy (1862–1918) : La plus que lente, L. 128A.

    2 CD Aparté. Enregistrés à l’église Saint-Pierre, Paris, du 12 au 14 mai 2025.

    Notice de présentation en français et en anglais.

    Durée : 103:00

    « …

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    Un charme frais et vrai.

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    Et écoutez aussi ici (5′ 51) sa merveilleuse, délicate et sublime « Pavane pour une infante défunte« …

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    Ce mercredi 31 décembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les loupés de luxe de Nelson Goerner dans Ravel : un point de vue que, hélas, je partage…

    Ce jeudi 6 novembre, au matin, je découvre sur le site de ResMusica, et sous la plume de Stéphane Friédérich, ce point de vue – « Ravel par Nelson Goerner : loupés de luxe » – que, hélas, mille fois hélas !, je partage – cf mes deux articles d’aveux de déception en date du 20 septembre « De l’importance de l’orchestre dans les Concertos pour Piano de Ravel : une perplexité… » et du 2 octobre « Perplexité (suite) à propos du CD « Ravel – Piano Concertos » du grand Nelson Goerner… » derniers… – sur la performance pour une fois ratée du grand Nelson Goerner dans Ravel, en son CD Alpha 1162 « Ravel – Piano Concertos » – un CD enregistré à Monaco les 29 mars et 1er avril 3025…

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    Ravel par Nelson Goerner : loupés de luxe

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    Si souvent inspiré en concert, interprète d’une discographie remarquable – oui ! – , le pianiste argentin déçoit pour la première fois – voilà ! – dans son dernier album consacré à Ravel. 

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    Inquiétude dès les premières mesures – oui ! – de l’écoute du Concerto en sol. En effet, l’orchestre épais, sans carrure rythmique affirmée et capté avec mollesse laisse plus que dubitatif – absolument ! Le piano de Goerner est, hélas – mille fois hélas ! – , à l’unisson : contemplatif dans cette musique qui caresse et mord tout à fois – voilà qui est excellemment dit. Bien que les changements de climats de la partition soient incessants, les contrastes s’amenuisent, les couleurs se ternissent. Le soliste émerge parfois de la masse, mais sans véritable intention – oui. Dans le mouvement lent, le contrôle du son est avec Goerner, d’une perfection sans faille et tout autant sans direction. Délicatement nimbé, le piano ne peut donner l’illusion d’une improvisation, ce qui était le souhait – en effet – de Ravel. Il se laisse aller dans la phrase sans éviter quelques maniérismes dans ses échanges avec la petite harmonie. Une fois encore, l’enregistrement nimbé et les interventions solistes des pupitres trop téléguidées par ne peuvent convaincre – non, non, hélas non. Le Presto final s’ouvre sur quatre accords martelés. La course-poursuite s’engage, la virtuosité de chacun étant mise à l’épreuve. Tout est bien en place, pétillant d’intentions, mais sans le moindre angle saillant. L’ennui s’installe. Poliment – voilà.

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    Dans le Concerto pour la main gauche, l’orchestre s’alourdit plus encore, non pas pour créer un effet de masse sonore culminante avant l’entrée du piano, mais parce que l’énergie lui fait défaut – oui. Le piano émerge du magma où règne sans partage le contrebasson. Point de swing, de réminiscences de jazz, de rythmes chaloupés – voilà ! – malgré l’excellent saxophone. L’ensemble se traîne jusque dans les explosions de marches. Goerner et Yamada transforment la partition en une épopée à la sauce postmoderne totalement déconnectée des saveurs et de l’élan qui l’ont vu naître. Incompréhensible – totalement…

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    Dans leur version pianistique, les Valses nobles et sentimentales manquent tout autant de légèreté et de simplicité – et c’est rédhibitoire… Pourquoi marquer autant les contrastes au lieu de suggérer une énergie robuste dans la première valse ? Cela s’arrange dans le rêve mélancolique jouant sur des harmonies acides de la deuxième valse. Plus convaincantes sont les danses suivantes et l’on regrette d’autant plus une prise de son épaisse dans les basses, un toucher collé littéralement au clavier. Rien qui nous émeuve autant que les témoignages de Martha Argerich, Bertrand Chamayou, Samson François, Friedrich Gulda, Marcelle Meyer, Ivo Pogorelich, Vlado Perlemuter… Enfin, réduire la Pavane pour une infante défunte à une musique de fond pour dîner à la bougie – oui, oui – apparait tout à fait inutile.

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    Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano en sol. Concerto pour la main gauche. Valses nobles et sentimentales. Pavane pour un infante défunte. Nelson Goerner, piano, Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada, direction. 1 CD Alpha Classics. Enregistré à l’Auditorium Rainier III et au Yakov Kreizberg Hall de Monte-Carlo, entre mars et avril 2025. Notice de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 60:02

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    Décidément quel dommage !!!

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    Ce jeudi 6 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La sublime évidence Ravel du « Ravel – Julien Libeer », à nouveau reconnue et admirée, après Jean-Charles Hoffelé ainsi que moi-même, Francis Lippa, maintenant par Patrice Imbaud sur ResMusica : un génie, rien moins, d’interprétation ravelienne, d’élégance parfaite et chic fou…

    En confirmation si jamais besoin en était – et ce n’est certes pas le cas ! – ,

    après l’article « Nouvelles lignes claires » de Jean-Charles Hoffelé – Discophilia du 25 octobre dernier,

    ainsi que mes 2 articles « Le splendide Rigaudon, assez vif, avec un peu de gravité retenue, du spendide « Tombeau de Couperin » dans le splendide triple album « Ravel – Julien Libeer » du toujours excellent Julien Libeer pour Harmonia Mundi…« 

    et « Deux transcendants bijoux pas assez reconnus, sublimement servis par les trois interprètes du merveilleux triple album « Ravel – Julien Libeer », que sont Lorenzo Gatto, au violon, Bruno Philippe, au violoncelle, et Julien Libeer lui-même, au piano : la « Sonate pour violon et violoncelle » (1921-1922) et la « Sonate pour violon et piano n°2 » (1923-1927) : chapeaux bien bas, Messieurs les transcendants interprètes ! » des 25 et 28 octobre derniers,

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    voici ce vendredi 31 octobre ce nouvel article de pleine reconnaissance du génie d’interprétation – ravelienne ici, mais pas seulement : écoutez donc aussi ses Mozart, avec Pierre Colombet, Maté Szücs et Eckart Runge (en le merveilleux CD Harmonia Mundi HMM 902699 « Mozart 1-2-3-4 solo-duo-trio-quartet« ) et ses sublimes (!) Beethoven en ses 3 CDs de « Sonates pour violon« , avec le violon parfait de Lorenzo Gatto, les CDs Alpha 240, 407 et 565, auxquels j’ai consacrés, à l’heure de leur parution, en 2016, 2018 et 2019, d’enthousiastes articles… – de Julien Libeer,

    en l’article parfaitement adéquat lui aussi « Julien Libeer, Ravel comme une évidence » de Patrice Imbaud sur ResMusica ;

    dont je retiens d’abord ces deux justissimes expressions : « une interprétation éblouissante de beauté et d’intelligence » et « jeu clair, souple, élégant, fluide et virtuose« ,

    pour caractériser ce que vient nous donner ici Julien Libeer en ce merveilleux et vraiment génial triple CD « Ravel – Julien Libeer » pour Harmonia Mundi…

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    Julien Libeer, Ravel comme une évidence…

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    En cette année qui célèbre le 150e anniversaire de la naissance de , le pianiste nous propose un florilège de compositions variées, comme une errance – contrôlée et maîtrisée, pas du tout au hasard – colorée et très poétique – et surtout justissime d’interprétation – au travers de l’œuvre – d’une extrême variété ! – du compositeur français.

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    Cet enregistrement éclectique composé de trois CDs sublime toutes les contradictions – raveliennes : nulle œuvre n’en copie jamais une autre… – dans une véritable promenade musicale – choisie et admirablement composée par Julien Libeer en ces 3 CDs – au-delà du temps qui réconcilie narration et abstraction, tradition et modernité, lyrisme et ascèse au gré d’une interprétation éblouissante de beauté et d’intelligence – voilà qui est parfaitement décelé ! C’est effectivement éblouissant de justesse ravelienne…

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    Le premier volet associe Vocalise-étude en forme de habanera, Jeux d’eau, Miroirs comme autant de facettes d’un jeu – ravelien –  envoûtant, fluide, limpide – oui ! Les emblématiques Jeux d’eau (1902), ici superbement ciselés, servent de prétexte à une musique descriptive et pointilliste, miracle d’une évocation toute de chatoiements colorés où musique et paysage ne font qu’un – voilà ! Vocalise-étude déroule ensuite ses flagrances espagnolisantes au son langoureux du violoncelle de tandis que la gracieuse et très poétique Sonatine (1905) – un bijou ! – précède – les riches et très divers – Miroirs (1905) qui affiche sa modernité harmonique dans une galerie de tableaux impressionnistes magnifiquement brossés – par exemple un magique Alborada del Gracioso….

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    Le second volet s’ouvre avec les trois poèmes pour piano du Gaspard de la nuit (1909) où alternent les ruissellements d’ondine, les balancements lugubres et entêtants du gibet et les facéties de Scarbo – une interprétation d’un absolument splendide raffinement ! – pour se conclure avec la Sonate pour violon et violoncelle (1922) – une œuvre vraiment extraordinaire ! et très difficile à vraiment bien saisir en sa formidable singularité, quasi schœnberguienne… – qui surprend – et combien ! – tant par l’originalité de son instrumentarium délaissant le piano – mais oui ! – , que par ses sonorités âpres et épurées – qui avoisinent Schœnberg, oui, qu’a connu et admiré ces années là, à Vienne, Ravel… – , sa dynamique hypnotique et sa beauté mélodique – tout cela est d’une parfaite justesse d’écoute…

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    Le troisième et dernier volet de ce triple album regroupe Valses nobles et sentimentales (1911), la Sonate pour violon et piano (1927) où est associé à son complice – magnifique lui aussi – et le Tombeau de Couperin (1919) : trois œuvres intemporelles – d’éternité ! – inspirées de la danse – voilà : Julien Libeer aurait pu leur adjoindre la version pour piano seul de « La Valse« … – qui échappent au temps – qu’elles transcendent comme peut y parvenir, à son meilleur, l’Art… La première comme un hommage quelque peu décalé à la Valse, la seconde – très très belle, aussi… – comme un clin d’œil fraternel au passé – par le choix de la forme sonate… – , la troisième tournée vers le jazz – éclatant. Toutes compositions qui témoignent de l’éclectisme – variété, variété, à la Valéry… – du compositeur français, souvent à contrecourant, mais toujours au bon endroit – justissime… Valses, Blues, Forlane, Menuet et autre Rigaudon se relayent – presque péremptoires, comme pouvait l’être à l’occasion Ravel, si délicat et raffiné et chic, et si humble aussi, était-il en son tempérament complexe… – dans cette polychromie musicale au gré de l’inspiration poétique – infiniment variée – et du jeu clair, souple, élégant, fluide et virtuose – l’essentiel est ici décelé et serti – de qui restitue, avec une indéniable réussite – et même génie ! – toutes les couleurs et émotions de ces pages célèbres.

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    Un triple album incontournable – absolument !!! – pour tous les admirateurs du musicien de Ciboure.

    …Maurice Ravel (1875-1937) : Vocalise-étude en forme de habanera ; Jeux d’eau ; Sonatine ; Miroirs ; Gaspard de la nuit ; Sonate pour violoncelle et piano ; Valses nobles et sentimentales ; Sonate pour violon et piano ; Le Tombeau de Couperin. Julien Libeer, piano. Lorenzo Gatto, violon. Bruno Philippe, violoncelle. 1 coffret de 3 CD Harmonia mundi. Enregistrés en septembre 2024 au Concertgebouw Brugge et décembre 2024 à Schiedam (Pays-Bas). Notice de présentation en français, anglais, allemand. Durée : 50:17+42:34+60:59

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    Rarement Ravel a été aussi bien saisi et révélé en toute la diversité-variété de ses très riches et subtiles expressions musicales qu’en ce triple album « Julien Libeer, Ravel comme une évidence« …
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    Et s’il fallait ne retenir qu’une seule œuvre interprétée ici, je choisirais paradoxalement la «  Sonate pour violon et violoncelle » – par le violon de Lorenzo Gatto et le violoncelle de Bruno Philippe  – , la seule où n’intervient pas dans ce triple album le piano de Julien Libeer :
    preuve suprême de l’intelligence parfaite de Ravel par celui-ci pour cet album absolument sien…
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    À comparer avec l’interprétation outrée (et hélas manquée !) du violoniste Pekka Kuusisto et du violoncelliste – pourtant si souvent excellent – Nicolas Alststaedt, dans le CD « Salonen -Ravel » Alpha 627 : une interprétation hélas uniment cérébrale – et expérimentale : fatigante… – , totalement dépourvue de l’absolument indispensable merveilleuse sensualité ravelienne…
    Son élégance parfaite et son chic fou…
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    À suivre forcément…
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    Ce vendredi 31 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Pourquoi Christian Macelaru et l’Orchestre National de France réussissent-ils si bien leurs Ravel : de la subtilité et douceur en la richesse claire de l’art français (dont Ravel) en la formation et carrière de George Enesco (Liveni, 1881 – Paris, 1955)…

    Ce dimanche 21 septembre, en lisant le passionnant article « Cristian Măcelaru, son projet Enesco avec l’Orchestre national de France » – un entretien de Cristina Comandasu avec Christian Macelaru  – publié le 15 septembre dernier sur le site de ResMusica,

    je comprends mieux ce que je commençais à percevoir et indiquer en mes deux précédents articles d’avant-hier 19 septembre « L’impeccablement ravelien « Tombeau de Couperin » de Christian Macelaru dirigeant l’Orchestre National de France le 28 février 2025 : clarté, lumière et couleurs irradient en toute plénitude le jeu ; le plus pur Ravel est bien là… » et hier 20 septembre « De l’importance de l’orchestre dans les Concertos pour Piano de Ravel : une perplexité…« ,

    à savoir l’idéale capacité de Christian Macelaru dirigeant l’Orchestre National de France de servir idéalement le répertoire symphonique français dans la lignée tout particulièrement des œuvres de Claude Debussy et Maurice Ravel, à l’instar, pour en choisir un exemple emblématique, d’un chef tel que Jean Martinon (1910 – 1976)…

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    Et tout spécialement ici l’œuvre pour orchestre symphonique de Maurice Ravel – « Le Tombeau de Couperin » M. 68, « Ma Mère l’Oye » M. 62, « La Valse » M. 72, « Une Barque sur l’Océan » M. 43A, « Pavane pour une Infante défunte » M. 194, « Alborada del Gracioso » M. 43B, « Rapsodie espagnole » M. 54, « Bolero«  M. 81, « Daphnis et Chloé » M. 57 – , en son merveilleux triple album Naïve V 9018 « Ravel – Paris – 2025« …

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    Voici donc cet article « Cristian Măcelaru, son projet Enesco avec l’Orchestre national de France » – paru initialement en anglais en février 2025 –

    avec, de-ci de-là, quelques menues farcissures de mon cru…:

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    et l’ ont remporté le Prix () dans la catégorie « Musique symphonique » pour l’album comprenant les deux Rhapsodies roumaines et les trois symphonies de , un album – DG 486 5505 – publié par Deutsche Grammophon. Cristina Comandașu, membre du jury des pour Radio Romania Muzical, a interrogé le chef sur son projet Enesco.

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    La 27e édition du se tiendra à Bucarest du 27 août au 21 septembre 2025 sous la direction artistique de . Une édition particulière à l’occasion du 70e anniversaire de la disparition du compositeur (à Paris, le 4 mai 1955) – il était né le 19 août 1881 à Liveni – durant laquelle le chef dirigera l’ et le WDR Sinfonieorchester Köln.

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    : Que signifie ce prix ICMA pour vous  ?

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    : Je suis avant tout très heureux d’avoir eu l’occasion de produire cet album avec la musique d’Enesco. C’est une musique que j’aime depuis toujours et j’ai toujours voulu la mettre davantage en lumière en enregistrant les trois symphonies et les deux rhapsodies.
    Ces enregistrements ne sont en quelque sorte que le début – bien ! – de ma vision plus large de la mise en valeur de la musique d’Enesco. Je suis ravi que ces efforts continuent de susciter autant d’attention. Pour moi, ce prix est une reconnaissance non seulement de notre travail acharné, mais aussi de l’incroyable qualité – voilà, voilà ! – des compositions d’Enesco, ce qui me remplit d’une grande joie.
    Je suis extrêmement heureux que les efforts que nous avons consacrés à ce projet soient reconnus et compris, et que ce cadeau que je souhaite partager avec le monde entier à travers ces enregistrements soit si bien accueilli. C’est vraiment merveilleux. Bien sûr, je suis profondément reconnaissant pour l’honneur que représente ce prix, c’est quelque chose de très beau.

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    ICMA : Quelles réactions internationales avez-vous remarquées à propos de cet album ?

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    CM : J’ai reçu des réponses et des commentaires de personnes du monde entier. De plus, j’ai eu l’honneur de recevoir en France le prix de l’Album de l’année des Chocs Classica, ainsi que le Diapason d’Or de l’année – c’est excellent ! Cet enregistrement a suscité un intérêt mondial [ndlr : lire notre article]. J’entends beaucoup parler de la musique d’Enesco, et beaucoup la découvrent pour la première fois. C’est la véritable raison derrière ces enregistrements : présenter au monde la beauté d’une musique qui n’est pas sortie de Roumanie depuis 100 ans. Je dirais même qu’en dehors de l’Europe, on n’a pas beaucoup mis l’accent sur ce qu’Enesco a créé, à part la Première Rhapsodie – créée en 1901. Pour moi, ses symphonies – les œuvres de maturité – composées entre 1905 et 1918 – que j’ai enregistrées – ont une importance phénoménale dans l’histoire de la musique et possèdent une beauté extraordinaire.

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    ICMA : J’aimerais que nous revenions brièvement sur l’histoire qui a mené à la création de cet album. Quand l’idée d’enregistrer les œuvres d’Enesco a-t-elle germé et comment cela a-t-il conduit à la collaboration avec Deutsche Grammophon ?

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    CM : Tout a commencé lors des négociations pour ma nomination au poste de directeur musical de l’ en 2019 (lire notre interview). Au cours de ces négociations, j’ai exprimé que l’un de mes principaux souhaits était de relever ce défi majeur – jouer et enregistrer Enesco ! –  avec l’orchestre, car cela exigerait un effort considérable de la part des deux parties. Je leur ai dit que j’accepterais ce poste à la seule condition – voilà ! – que nous nous lancions ensemble dans ce projet. Nous avons discuté d’une vision à long terme s’étendant sur plusieurs années, dans laquelle j’aspirais à collaborer avec Deutsche Grammophon et l’Orchestre national de France pour créer ces enregistrements qui serviraient d’héritage à notre travail collectif, mais aussi, et surtout, à la musique d’Enesco. Je crois sincèrement qu’il est essentiel – voilà ! – que sa musique soit interprétée par un orchestre français qui comprend – voilà, voilà ! – son style unique.

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    Ainsi, en 2019, nous avons entamé les discussions, puis nous avons contacté Deutsche Grammophon. Nous avons réussi à les convaincre, car ils n’avaient jusqu’alors jamais inclus la musique d’Enesco dans leur catalogue. Tout s’est parfaitement déroulé et, en 2021, nous avons commencé l’enregistrement. Une fois que nous avons eu le feu vert pour commencer, j’ai également entamé des discussions avec le musée George Enesco et le ministère roumain de la Culture afin d’avoir accès aux manuscrits – une étape de travail en effe éminemment cruciale ! – . Cela m’a permis de corriger les innombrables erreurs – si je peux les appeler ainsi – dans les partitions et de produire un enregistrement aussi proche que possible de ce qu’Enesco lui-même avait imaginé.

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    « Il était important pour moi de revenir aux manuscrits d’Enesco »

    ICMA : Pour clarifier les choses, vous avez pris les manuscrits du musée Enesco et vous les avez réécrits afin de les mettre sous une forme qui puisse être publiée ultérieurement, n’est-ce pas ?

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    CM : Exactement. J’ai pris les manuscrits en collaboration avec la maison d’édition roumaine Grafoart et nous les avons revus ensemble. Ils m’ont aidé à m’assurer que tout ce qui devait être corrigé l’était, car la musique d’Enesco n’a été publiée qu’une seule fois. C’est un défi, car il y a beaucoup d’erreurs potentielles, surtout dans une publication datant d’il y a près de 100 ans, à une époque où l’attention portée aux détails n’était pas aussi précise. En général, les compositeurs publient une deuxième, une troisième, voire une quatrième édition pour corriger de nombreux problèmes, mais cela n’a pas – hélas – été le cas pour Enesco. C’est pourquoi il était si important pour moi de revenir à ses manuscrits, qui sont incroyablement clairs et parfaits – voilà. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait des erreurs. Ensemble, nous avons tout corrigé et de nouvelles partitions ont été réalisées afin de garantir que tout soit clair et bien présenté, pour faciliter la lecture. De nombreuses partitions d’Enesco étaient encore manuscrites et, au fil du temps, ces manuscrits ont été copiés et recopiés, passant entre de nombreuses mains, ce qui a contribué à leur usure. Mais je pense que les efforts que j’ai investis, avec le soutien de Grafoart, ont porté leurs fruits. J’espère que les futurs interprètes de la musique d’Enesco disposeront désormais d’une version plus récente et améliorée.

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    ICMA : Vous avez accompli un véritable travail musicologique de détective.  Quand pouvons-nous espérer la publication de ces nouvelles partitions ?

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    CM : Tout ce que je peux dire à ce sujet, c’est que ce sont les personnes qui possèdent les documents et qui s’occupent de ce processus qui prendront la décision. Je ne peux pas donner de date précise, mais oui, l’idée était de promouvoir la musique d’Enesco d’une manière qui facilite son interprétation. En effet, beaucoup connaissent les œuvres d’Enesco, mais je rencontre souvent des situations où des personnes souhaitent interpréter sa musique, mais se rendent compte que les partitions n’existent pas ou sont de mauvaise qualité, difficiles à lire et ne répondent pas aux mêmes normes que les partitions des compositeurs fréquemment interprétés. C’est pourquoi j’ai suggéré de faciliter l’interprétation de la musique d’Enesco pour tous. Je pense que nous sommes enfin arrivés à la dernière étape pour y parvenir.

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    ICMA : Je voudrais vous interroger sur la spécificité – nous y voici ! – de l’Orchestre national de France, qui joue un rôle central – oui !!! – dans ces enregistrements, à vos côtés. Pourquoi est-il nécessaire que la musique d’Enesco soit interprétée par un orchestre français, ou pensez-vous qu’il serait préférable qu’elle le soit ?

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    CM : Tout d’abord, pour ceux qui ne le savent pas, Enesco a suivi sa formation et ses études à Paris dans ses dernières années – voilà ! Il a été profondément influencé par les découvertes qu’il y a faites, les professeurs, les amis qu’il s’est fait et les collaborateurs avec lesquels il a travaillé quotidiennement. C’est pourquoi tout ce qui est écrit dans les partitions d’Enesco, même dans les rhapsodies, est en français – oui. Toutes les instructions sur les nuances, l’interprétation et l’articulation, tous ces aspects subtils – un qualificatif décisif du principal de l’art musical français ! – de la musique sont fournis en français. Mais elles ne sont pas seulement transmises dans cette langue ; ce sont des instructions qui sont très liées – voilà, voilà – à la tradition musicale française. Tout comme les compositeurs germanophones ont leur propre langage distinct, les compositeurs français ont le leur. À titre de comparaison, si l’on regarde la musique de Gustav Mahler, qui a vécu à la même époque qu’Enesco, Mahler écrivait ces instructions en allemand. Mais ces indications ne peuvent pas être parfaitement traduites dans une autre langue, car elles expriment des nuances et des significations qui reflètent son désir que la musique soit jouée d’une manière particulière. De même, Enesco a écrit ces instructions musicales en français.

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    En même temps, les gestes musicaux qu’Enesco écrit sont très caractéristiques de la musique française – voilà. Il faut savoir que presque chaque note de ses symphonies comporte une indication sur la manière dont elle doit être jouée. Enesco utilise des accents, des points, des lignes, des virgules, des indications de legato et de portato. Il a inventé une notion particulièrement belle – aucun autre compositeur n’utilise cette terminologie – : le parlando-rubato, qui signifie « chanté comme si l’on parlait ». Cela fait référence au style de chant folklorique. Il inclut cette notation dans ses partitions, créant ainsi un moyen d’exprimer le parlando-rubato.

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    Il me semble qu’Enesco essayait de capturer – comme par exemple Bartok et Kodaly, ou Dvorak et Janacek… – la musique qu’il entendait autour de lui et la façon dont elle était jouée, car un orchestre français produit un son très différent – voilà ! -de celui d’un orchestre allemand. Un orchestre français a un son beaucoup plus léger – voilà : une légèreté bien française… – que celui d’un orchestre allemand, qui a tendance à avoir un ton plus profond, plus lourd et plus doux, plein de vie. D’autre part, un orchestre français a généralement un son plus transparent, plus élégant – voilà – et plus léger. C’est pourquoi Enesco a essayé de capturer ces qualités dans ses compositions – oui. Lorsque vous placez ces instructions devant un orchestre dont la tradition est de jouer sans s’appuyer sur de telles indications, les musiciens comprennent la musique plus immédiatement, plus facilement et plus directement. C’est pourquoi j’étais si impatient de collaborer avec un orchestre français – voilà, voilà. Après tout, la tradition de l’orchestre national, basé à Paris et composé de musiciens qui ont suivi la même formation qu’Enesco au Conservatoire national supérieur de Paris, permet à ces musiciens de perpétuer la tradition – voilà – qu’Enesco a découverte à Paris et qu’il a tenté de retranscrire – en l’ayant poursuivie… – dans ses partitions. C’est pourquoi je pense qu’un orchestre français, comme l’Orchestre national de France, qui, soit dit en passant, a bâti sa carrière en préservant cette ancienne tradition d’interprétation, est le mieux placé – voilà ! – pour interpréter la musique d’Enesco.

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    ICMA : Quelle a été la réaction de l’orchestre face à la musique d’Enesco ?

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    CM : Chaque fois que nous jouons la musique d’Enesco – en particulier ses symphonies, pas seulement la célèbre et très appréciée Première Rhapsodie, mais aussi ses autres œuvres –, chaque fois que je présente cette musique à un orchestre qui ne l’a jamais jouée auparavant, les musiciens sont d’abord quelque peu intimidés, car la musique d’Enesco est très complexe – voilà. Mais après quelques jours de répétition, ils parviennent à la jouer et à la comprendre. À chaque fois, les musiciens viennent me voir et me disent qu’ils ont découvert un monde extraordinaire – c’est ce qu’on peur espérer attendre d’un vrai génie musical : une vraie voix singulière – dont ils ignoraient l’existence. Je n’ai encore jamais entendu quelqu’un dire qu’il n’avait pas aimé jouer une symphonie d’Enesco. À chaque fois, la réaction est la même : « Waouh, c’était incroyable ! Cette musique est absolument géniale ! Elle est tellement belle ! » L’Orchestre national de France a également adopté cette musique et l’a désormais intégrée à son répertoire. J’espère que nous la jouerons régulièrement dans les années à venir.

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    ICMA : Comment décririez-vous la place de George Enesco dans le paysage international de son époque ?

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    CM : La musique d’Enesco a la grandeur de Gustav Mahler, mais la complexité de Richard Strauss, tandis que le langage qu’il utilise s’apparente à celui de Debussy et Ravel – voilà, voilà… Elle crée un monde complètement nouveau, avec une harmonie qui rappelle Richard Wagner, un compositeur qu’Enesco admirait profondément. Cependant, l’ampleur et la grandeur de sa musique me rappellent Gustav Mahler. Comme Mahler, Enesco utilise également un orchestre massif dans ses symphonies, avec des mouvements à grande échelle. Ses Deuxième et Troisième symphonies durent près d’une heure et, à travers ces œuvres, il construit un univers musical qui fait écho au monde symphonique de Mahler.

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    La complexité de l’écriture d’Enesco est quelque chose que je n’ai retrouvé que dans la musique de Richard Strauss au début du XXe siècle. Pour ceux qui ne le savent pas, chaque musicien de l’orchestre a une partie extrêmement difficile et incroyablement belle à interpréter, et ensemble, ils créent cette vaste image, chacun apportant une couleur unique. Mais ils doivent tous comprendre leur rôle dans cette image – orchestrale collective – , car sinon, cela deviendrait une cacophonie, ce qui rend la tâche si difficile. Je dis souvent aux orchestres que tout doit être joué, mais que nous devons veiller à ce que rien ne se démarque individuellement – de l’ensemble orchestral. C’est un concept fascinant, car il faut parfois être très transparent. La musique d’Enesco comporte de nombreuses sections où l’orchestre tout entier joue quelque chose de difficile, mais il doit être si subtil – nous y revoici donc ! – et si doux – douce France… – qu’aucun son individuel n’est entendu, créant seulement l’impression d’un tableau vu à travers la brume – voilà ! à la Corot : à la Debussy, si l’on veut, mais pas à la Ravel… C’est ce qui distingue Enesco des autres compositeurs. Et bien sûr, les gestes musicaux me font beaucoup penser à Debussy et Ravel – oui ! mais pour des raisons différentes… – , qui étaient des contemporains – et amis – d’Enesco – George Enesco, au violon, créa la « Sonate pour violon et piano«  de Maurice Ravel, avec Ravel lui-même au piano, le 30 mai 1927, salle Érard, à une séance des Concerts Durand, comme l’indique aux pages 2466-67 la notice que Manuel Cornejo consacre à Georges Enesco à sa Table des correspondants de Maurice Ravel ; et 22 lettres échangées entre Ravel et Enesco sont répertoriées à la page 2816 de l’édition de cette infiniment précieuse « Correspondance » de Ravel parue en mars dernier aux Éditions Tel-Gallimard par les soins rigoureux de Manuel Cornejo... La façon dont il utilise l’ensemble de l’orchestre, ses combinaisons d’instruments et son orchestration ressemblent fortement – forcément ! – à celles des compositeurs français.

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    ICMA : Vous avez évoqué Enesco comme votre héros personnel dans une autre interview. Quelles sont les valeurs qu’il incarne à vos yeux ?

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    CM : Pour moi, Enesco est indéniablement un héros personnel, tant pour sa façon de créer de la musique que pour la manière dont il a réussi à captiver le monde entier. J’ai souvent entendu son nom mentionné avec beaucoup d’admiration et de respect dans les salles de concert du monde entier. J’ai vu ses œuvres à l’affiche de programmes même aux États-Unis et j’ai lu de nombreux articles de journaux le louant comme un génie sans pareil. Malgré cette renommée, Enesco est resté une personne humble et respectueuse – comme e fut aussi Ravel… Il ne parlait pas beaucoup et ne s’intéressait pas à la politique, en particulier aux questions qui ne le concernaient pas. Il se concentrait avant tout sur la création artistique – comme Ravel.. C’était un professeur exceptionnel, ainsi qu’un interprète et un compositeur. Les valeurs qu’il incarnait dans tout ce qu’il faisait sont celles que j’aspire à défendre dans ma propre vie.

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    Le fait que je fasse ces comparaisons significatives avec des compositeurs hors de Roumanie souligne un point essentiel : si Enesco est indéniablement une icône nationale de la culture et de l’art roumains, il est essentiel de comprendre qu’il était bien plus qu’un simple compositeur roumain. Enesco était une figure qui se situait au même niveau, voire au-dessus, de ses contemporains sur la scène internationale. Placer sa musique et notre culture dans un contexte mondial plus large renforce leur importance. Ce sont des valeurs dont nous pouvons être fiers et que nous pouvons célébrer. Ce faisant, nous transmettons quelque chose de significatif aux générations futures, à nos enfants et à ceux qui les suivront. La valeur de la musique d’Enesco est un héritage véritable et durable – et profond, oui, oui. En reconnaissant et en appréciant ces valeurs dans notre vie quotidienne, nous favorisons une société plus belle et plus mature. Tout au long de sa vie, Enesco a été un immigran – oui. Cela se voit dans la façon dont il a su tirer le meilleur de chaque société dans laquelle il a vécu, en s’en servant pour créer quelque chose d’extraordinaire, non pas en abandonnant ses racines roumaines, mais en les enrichissant – voilà. Cette perspective multiculturelle – apprendre à Vienne, composer à Paris et tirer le meilleur de chaque culture qu’il a rencontrée – offre un modèle inspirant pour construire un monde plus dynamique et plus harmonieux – oui.

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    Il est un exemple pour nous tous, car nous ne vivons pas dans un monde isolé, confinés uniquement à la culture dont nous avons hérité sans jamais élargir nos horizons. Nous vivons dans un monde globalisé où il est essentiel d’apprécier les contributions uniques – singulières – de chaque individu, en les tissant dans une magnifique tapisserie d’identités et d’expériences personnelles – diverses. Cette beauté partagée nous permet non seulement de nous y retrouver, mais nous inspire également – voilà – à créer quelque chose d’encore plus remarquable. Les leçons que j’ai apprises d’Enesco sont le genre de valeurs que je souhaite adopter pour moi-même et pour mon pays – la Finlande.

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    ICMA : Ce projet va se poursuivre, alors dites-nous en plus à ce sujet.

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    CM : En effet, le projet se poursuit. Nous allons ensuite enregistrer d’autres œuvres d’Enesco : les Suites pour orchestre, le Poème roumain, la Symphonie concertante et ses autres pièces, dans une autre série d’enregistrements que nous espérons terminer d’ici 2027 – ma discothèque personnelle comporte un double CD Apex 2564 62032-2  comportant ces œuvres-ci, Op. 29, Op. 29 et Op 27 (soient les 3 Suites pour orchestre), Op. 1 (le Poème roumain), Op. 8 (la Symphonie concertante), ainsi que l’Op. 11 (les 2 Rhapsodies roumaines), par Lawrence Foster dirigeant en 1983 et 84 l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : un double CD Apex paru il y a déjà 20 ans, en 2005… 

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    ICMA : Cela marque également la fin de votre mandat au sein de l’Orchestre national de France, et je sais que beaucoup s’interrogent sur la suite.

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    CM : Ma relation avec l’orchestre reste très forte et étroite, et nous continuerons à travailler ensemble sur des projets. Quand je pense à la plupart de mes collègues chefs d’orchestre, un mandat de sept ans est considéré comme sérieux et substantiel, mais il est normal qu’un directeur musical passe à un autre orchestre après un tel mandat. Les orchestres modernes n’ont plus besoin qu’un chef d’orchestre soit présent tous les jours pour leur apprendre à jouer ; ils ont plutôt besoin d’expériences différentes – voilà – , d’être exposés à de nouvelles idées et d’approches novatrices en matière d’interprétation. C’est pourquoi la durée des mandats des directeurs d’orchestre varie aujourd’hui généralement entre 5 et 10 ans. Sept ans, c’est un excellent mandat, et ce n’est que le début du renforcement de la relation que je continuerai d’entretenir avec l’orchestre.

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    ICMA : Avez-vous d’autres engagements à venir que vous pouvez nous dévoiler ?

    CM : Pour l’instant, je m’efforce de concilier les engagements que j’ai déjà pris. Je n’ai rien de nouveau à annoncer pour le moment. Je prendrai mes fonctions à Cincinnati – Ohio (USA)… – en septembre prochain et je resterai à Paris pendant encore deux ans. Je poursuivrai également ma collaboration avec l’Orchestre WDR de Cologne et mon travail au Festival Enesco, qui est un projet d’envergure. Tout cela m’encourage à me concentrer sur ce que j’ai déjà, plutôt que de rechercher d’autres opportunités pour le moment.

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    Crédits photographiques : Cristian Macelaru © WDR-Thomas Brill ; album Deutsche Grammophon ; concert du 20 juin 2024 © Orchestre national de France – Dimitri Scapolan

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    Entretien publié en anglais sur le site des ICMA en février 2025.

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    Voilà qui nous apprend beaucoup, en effet !

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    Ce dimanche 21 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa