Étiquette : singularité

  • Dans l’intelligence la plus sensible et juste du chant intime, Georg Nigl en son CD Alpha 934 « Echo » (de 2022) : sur sa découverte du Lied de Schubert « Viola » D. 786, qui lui a ouvert « l’univers des conteurs d’histoires »…

    Ma découverte, maintenant, ce jeudi 11 septembre 2025, du à nouveau superbissime CD Alpha 934 « Echo » du baryton Georg Nigl et la pianiste Olga Paschchenko – enregistré à Bonn en février 2022 et paru le 4 mai 2023 – , vient me livrer la clé, à la page 18 de son livret « Réflexions« , et sous la plume de Georg Nigl lui-même, de la singularité merveilleusement justissime de l’art si magnifiquement fin et subtil – tout en étant parfaitement direct et naturel ! – de l’art – si singulier et efficace – du chant de Georg Nigl : 

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    c’est en effet sa lecture approfondie du lied « Viola » D. 786 de Franz Schubert, composé en 1823, et d’une durée, en ce CD de 15′ 11 – écoutez-ici … – , qui a ouvert à ce chanteur exceptionnel et éminemment singulier ce qu’il nomme « l’univers des conteurs d’histoires« , tel que Franz Schubert lui-même l’a alors ouvert…

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    Georg Nigl, ou un art du chant intime incomparable.

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    Ce jeudi 11 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’intelligence exploratrice et créatrice féconde d’un passionnant chanteur singulier, le baryton viennois Georg Nigl : une assez étonnante et rare connivence d’approche de la musique en son cœur le plus intime, entre un musicien-interprète et un simple mélomane surtout discophile…

    C’est le CD « O Mensch ! » de Pascal Dusapin sur des textes de Nietzsche – le CD col legno WWE 2040, enregistré à Vienne les 25 et 26 mai 2012 – qui m’a fait découvrir, à partir du nom de Nietzsche, le baryton viennois Georg Nigl – né à Vienne le 2 mai 1972 ; il est âgé aujourd’hui de 53 ans…

    De ce chanteur, figure aussi dans ma discothèque personnelle le CD Alpha 241 « Bach Privat«  – enregistré en novembre 2015 – , avec Andreas Staier…

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    Or voici que ce matin je découvre sur le site de ResMusica une superbissime interview de Georg Nigl par Dominique Adrian, intitulée « Georg Nigl du clavicorde à Dusapin : les multiples univers d’un interprète créateur« , qui tout simplement me passionne, tant je me sens, comme infiniment rarement, en totale harmonie, de parfait plain-pied, avec ce qu’y détaille Georg Nigl de son rapport personnel, et en tant qu’interprète, lui, à la musique ; alors que mon rapport à la musique est celui d’un simple mélomane, et, plus encore – par besoin de l’écoute hyper-attentive et renouvelée que permet le CD – , via la discographie plutôt que le concert – je me suis déjà un peu exprimé là-dessus ; cf les débuts de réflexion sur le rapport de l’artiste-interprète au concert, et le rapport du simple mélomane au concert et au CD, esquissés en mon article « La jubilation sur le champ du concert pour le musicien-interprète et la joie de l’écoute chez soi du CD pour le mélomane : ce que peut apporter à la discussion et à la réflexion la lecture d’une « Conversation avec Emmanuel Despax »… » en date du 17 août dernier : c’était déjà à la lecture d’un très intéressant entretien développé et détaillé d’un musicien interprète, pianiste cette fois-là, Emmanuel Despax…

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    Aujourd’hui donc, ce sont les réflexions de cet artiste singulièrement intelligent qu’est l’expérimenté – il a 53 ans – baryton viennois Georg Nigl qui trouvent en moi un lecteur passionné ;

    et voici donc cet article que je vais m’empresser, avec jubilation, de commenter au passage :

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    En quelques années, est devenu un familier du . Construisant une carrière très personnelle et très singulière – voilà, voilà ! – , le chanteur évoque ses conceptions – aussi remarquablement intelligentes que singulières – en matière de Lied, de musique ancienne et de théâtre musical – et l’expérience théâtrale aussi est en effet marquante pour lui ; c’est bien de le souligner.

    ResMusica : Vous avez fait vos débuts à Salzbourg en 2007 – à l’âge de seulement 35 ans… – , en Saretzki dans Eugène Onéguine. Connaissiez-vous le festival avant cette date ?

    : Je connaissais Salzbourg depuis le train, je me disais en passant sur le pont que c’était très joli, et en effet c’est un lieu très particulier et magnifique, mais on ne peut vraiment pas dire que c’était un but pour moi. Je n’étais jamais allé au festival comme spectateur – voilà ! – , entre autres parce que, ayant fait partie des Wiener Sängerknaben, j’avais beaucoup voyagé dans ce cadre – et étais donc tr!s pris… Ensuite, l’été est un moment crucial pour tout le monde du classique, j’étais donc engagé ici et là – voilà. Je ne fais pas partie des gens qui vont tout voir : ce n’est pas du désintérêt – Georg Nigl est au contraire quelqu’un d’extrêmement curieux – , mais je suis tellement occupé que j’ai rarement le temps d’aller au concert ou à l’opéra. Cela dit je reste bien informé de tout ce qui se passe, mais je fais très attention à ne pas – non plus – me laisser distraire – divertir.

    RM : Qu’est-ce qui vous reste de cette expérience de Sängerknabe ? La voix de tête, par exemple ?

    GN : Oui, bien sûr, mon aisance en voix de tête, que j’utilise très régulièrement, me vient de l’expérience de Sängerknabe ; la voix mixte, ce registre qu’utilise un baryton pour pouvoir chanter piano dans l’aigu, c’est déjà presque une voix de tête, on est donc habitués à l’utiliser ; je peux chanter en voix de tête quand c’est nécessaire, par exemple dans Macbeth Underworld de Dusapin.

    RM : Comment est venu cet engagement à Salzbourg ?

    GN : J’avais déjà travaillé avec Jürgen Flimm [intendant du festival de 2007 à 2010], avec Nikolaus Harnoncourt, pour Alfonso und Estrella de Schubert et L’Anima del Filosofo de Haydn ; j’avais fait Carmen à Graz en 2005 avec Andrea Breth et Harnoncourt, et je connaissais Barenboim pour avoir fait un remplacement dans une Carmen qu’il dirigeait. Je me souviens bien, je chantais Von heute auf morgen de Schönberg à Venise, et Flimm et Barenboim m’ont appelé en me demandant si je voulais chanter le rôle, même si je faisais déjà à l’époque seulement des premiers rôles. Dans notre métier, c’est comme ça que les choses arrivent : il y a des chanteurs qui arrivent tout à coup sur le marché, en général pas des barytons, sauf cas exceptionnels comme Bryn Terfel ; pour le reste, tout se passe par contacts personnels, parce que quelqu’un vous a vu dans un spectacle, etc. Ensuite – après ce premier engagement en 2007 – , il s’est passé du temps sans Salzbourg, puis Markus Hinterhäuser m’a invité pour un Liederabend avec des œuvres de Wolfgang Rihm en 2010, et puis les choses se sont enchaînées.

    RM : Dans votre carrière, la musique contemporaine a joué un bien plus grand rôle que le répertoire classique – un fait en effet remarquable, et qui concerne aussi relative rareté de présence au disque de Georg Nigl…

    GN : Oui, je viens du milieu de la musique contemporaine – voilà – , j’ai fait une trentaine de créations d’opéra – contemporains, donc – ; ce n’est pas seulement par une décision de ma part, mais il suffit qu’on sache qu’untel sait faire en matière de contemporain, on a vite l’étiquette – voilà – : je n’ai pratiquement pas fait le grand répertoire, je n’ai jamais chanté Elias, j’ai fait une seule fois la Passion selon saint Matthieu, avec Simon Rattle il y a deux ans ; j’ai très peu chanté le répertoire classique pour baryton, à part Papageno ; j’ai chanté Don Giovanni deux fois, Figaro une seule fois. Ce n’est pas du tout parce que ça ne m’intéressait pas : il y a une époque où j’aurais rêvé d’entrer dans la troupe – voilà – du Komische Oper, d’autres maisons m’auraient aussi beaucoup intéressé.

    J’ai beaucoup travaillé avec Nikolaus Harnoncourt et son Concentus Musicus – et c’est très important – : là, on savait que de répétition en répétition l’orchestre restait exactement le même – voilà – , que tout le monde travaillait ensemble – oui -, qu’on se fondait progressivement en une véritable équipe – une troupe – ; tout ceci, je ne peux pas l’avoir dans un théâtre de répertoire – tiens donc… Quand je travaille avec le Concentus Musicus, ou avec l’Ensemble Modern, les choses se passent de façon amicale – voilà, voilà – , on peut aller jusqu’au fond des choses – ce qui est vraiment le principal musicalement – , ce qu’on ne peut pas faire quand on est engagé ponctuellement par un orchestre : dans ces cas-là, on ne connaît pour ainsi dire pas ses collègues de l’orchestre ou du chœur, comme si nous étions dans des univers différents – et toc ! – : les choses finissent par s’assembler, mais sans véritable contact – voilà, voilà – entre tous, ce n’est vraiment pas comme ça que je vois les choses – c’est excellent. L’opéra aussi, il doit s’agit d’un « nous », tous les participants unis, quand bien même j’ai une responsabilité particulière si je joue un premier rôle : le travail de chacun a la même importance – parfaitement !!!

    Au début, j’ai beaucoup chanté dans des productions de festivals, et puis est venu le moment où les portes des grandes maisons se sont ouvertes, à partir de 2005, quand j’ai chanté Faustus, The Last Night de Dusapin à Berlin. Et ensuite tout s’est enchaîné, Wozzeck, la Scala avec Stéphane Lissner, Jakob Lenz de Rihm à Vienne, etc.

    RM : Comment s’est développée cette collaboration constante avec ?

    GN : La rencontre avec Dusapin est une histoire amusante : Faustus était une coproduction entre Berlin et Lyon, mais ils n’avaient pas encore trouvé le baryton pour le rôle-titre ; la femme du directeur du casting à Lyon avait été assistante du metteur en scène pour un opéra de Georg Friedrich Haas au festival de Bregenz, et c’est elle qui a suggéré mon nom pour ce rôle très difficile. À l’époque, Dusapin n’avait pas encore l’importance qu’il a aujourd’hui, les chanteurs ne se sont donc pas précipités. L’œuvre n’a donc pas du tout été écrite pour moi, je l’ai rencontré – voilà – à cette occasion à la Staatsbibliothek en face de l’opéra, il était en haut de l’escalier, moi en bas, et je me suis tout de suite dit qu’on allait bien travailler ensemble. J’étais encore tout jeune – à la création de Faustus, the Last Night, à Berlin le 21 janvier 2006, Georg Nigl avait 33 ans – , j’avais bien préparé la partition, et au bout de vingt minutes de répétition le chef Michael Boder m’a dit que je pouvais partir. J’ai cru que je venais de me faire renvoyer, en fait c’était parce que les collègues étaient beaucoup moins prêts et qu’il devait d’abord les faire travailler ! Quand je travaille un rôle, que ce soit une création ou simplement un rôle nouveau pour moi, le travail est le même : c’est 95 % d’apprentissage – voilà, voilà : avec la plus grande minutie et probité ! – , il faut que je travaille, jusqu’au moindre détail – mais oui : et dans mes propres activités (de recherche, ou de penser) , je suis un vrai maniaque du détail ! – , pour arriver au point où je peux trouver une liberté – celle, formidable, d’improviser ensuite avec justesse : ce que je pratique en mes entretiens avec des auteurs ; la vivacité jubilatoire de la vie doit absolument être présente et ressentie à la performance…

    En deux décennies, j’ai presque tout chanté de ce qu’il a composé, des œuvres qui me sont dédiées, nous sommes devenus amis – et c’est ce qui advient en pareilles magiques connivences. Je lui ai par exemple commandé quelques Lieder pour un concert à Vienne, et il a répondu en m’apportant O Mensch – voilà ! voilà ! enregistré au disque en 2012… – , tout le cycle qui dure plus d’une heure. Les choses se passent très différemment selon les compositeurs. Rihm me demandait quels textes je voulais qu’il mette en musique pour moi. Olga Neuwirth, qui compose en ce moment un opéra pour Hambourg [Monster’sParadise, création le 1er février 2026] m’a récemment appelé pour voir ce que je pouvais faire avec ma voix de tête. Ce n’est pas du tout le cas avec Dusapin, parce qu’il connaît si bien ma voix, il sait où sont mes forces, et le résultat est du sur-mesure comme chez un grand couturier. Nous travaillons actuellement à un nouveau projet dont nous parlons depuis vingt ans ; je ne sais pas si c’est réalisable, mais nous sommes à l’œuvre – voilà, voilà, voilà…

    RM : L’aspect théâtral de votre métier compte beaucoup pour vous ?

    GN : Oui, vraiment, je suis un homme de théâtre – et cela s’entend parfaitement aussi au disque. Je fais surtout des nouvelles productions – des créations donc – , avec les six semaines de répétition, le répertoire n’est pas pour moi – voilà : d’où la relative rareté de la présence au disque de Georg Nigl... Je ne peux pas faire comme certains collègues, deux heures – seulement ! – de répétition et hop, Tosca, parce qu’ils l’ont déjà fait dix fois. Je crois cela dit que le théâtre musical est aujourd’hui en crise. Un directeur d’opéra peut aujourd’hui se mettre en avant par les interprétations des pièces qu’il fait émerger : je trouve ça positif que même s’il existe encore le star system a beaucoup moins de place qu’avant (et avec une Carmen avec les trois stars du moment on peut financer d’autres choses plus originales). Le travail du directeur, aujourd’hui, c’est de choisir les metteurs en scène, et les chanteurs sont choisis par d’autres ; de façon révélatrice, les directeurs musicaux, eux, occupent une place très faible – voilà… – dans les organisations.

    Je suis un enfant du Regietheater – c’est dit ! – l’opéra a beaucoup profité du Regietheater, il fallait certainement sortir de ces postures figées, qui sont du reste toujours le stéréotype – voilà – sur notre profession. On dit encore aujourd’hui que l’opéra est un monde poussiéreux : c’est une absurdité, il suffit de voir cette année à Salzbourg Kate Lindsey qui chante dans Maria Stuarda, elle pourrait être actrice au cinéma, ou Olga Kulchynska dans Giulio Cesare ; on n’en est plus à l’époque de Jessye Norman ou de Montserrat Caballé, qui étaient formidables en leur temps et avaient des visions tout à fait modernes de leur art, mais aujourd’hui on a un peu le problème inverse : à force de tout ripoliner – voilà ! – , on en vient presque à regretter qu’il n’y ait pas un peu de poussière. Le plus problématique, tout de même – voilà, voilà ! – , c’est que certains [metteurs en scène] arrivent souvent sans s’être vraiment préparés – Bing ! – , ce qui ne les empêche pas de venir comme s’ils étaient les seuls à détenir la vérité sur l’œuvre – voilà !! Six semaines, ça peut être très long dans ces conditions – très pénibles ! – , et il n’y a rien de pire – voilà ! – que de devoir assumer en scène cette interprétation quand on n’est soi-même pas convaincu – c’est un supplice – : dans ces conditions, le public peut difficilement adhérer – mais oui. Et c’est là une des raisons qui m’ont personnellement éloigné de telles caricaturales torturantes performances, leur préférant le disque…

    RM : Que peut vous apporter le metteur en scène dans votre travail ?

    GN : August Diehl m’a rapporté la semaine dernière une phrase de Peter Zadek : en répétant son dernier spectacle avant sa mort [2009], il a dit à ses acteurs : « Vous devez d’abord penser, et ensuite ressentir ». C’est une phrase extraordinaire, et ce n’est pas quelque chose qu’un chanteur, ou un acteur, peut trouver par lui-même : c’est par la réflexion qu’on parvient au sentiment, il faut de la distance – oui ! Bob Wilson m’a dit « Ne joue pas pour tous, joue pour un seul ». Andrea Breth m’a dit : « Traverse la scène comme si personne ne t’observait ». Tout ça, ce sont des choses que je ne peux pas oublier – bravo ! Quand Breth a mis en scène l’Eugène Onéguine dont nous parlions, il y avait toute une scène muette avant l’entrée de Grémine, où nous étions tous assis sur une grande table : j’ai adoré jouer cette scène, parce que tout était mis en place de façon si précise. De même la Chauve-Souris mise en scène par Barrie Kosky, voilà quelqu’un avec qui j’aime travailler, parce que c’est un vrai homme de théâtre – sur le terrain – , et pas quelqu’un qui travaille simplement avec des concepts – empruntés impersonnellement, de bric et de broc, et en fonction de modes supposées amener du public…

    RM : En 2023, vous avez créé au festival une série de Nachtmusiken, nuits musicales. D’où vous est venue l’idée de ces concerts si particuliers ?

    GN : J’avais imaginé un programme de Lieder, Böse Lieder (chansons méchantes ou mauvaises chansons), où on commençait gentiment par des choses relativement comiques, La chanson de la puce de Beethoven par exemple, et puis ça devenait beaucoup plus politique, pour ne pas oublier le passé, jusqu’à Eisler, Brecht, etc. J’ai été frappé par le fait qu’à la télévision, au fond, les comiques étaient les seuls à oser remettre en question le discours politique, ce que ne font plus –hélas – les émissions de débat traditionnelles – bien trop convenues, où règnent la langue de bois et les poncifs… – : je me suis donc dit que passer par le rire était une manière d’arriver à parler de choses sérieuses. J’ai fait entre autres ce programme, avec Elena Bashkirova et l’actrice Martina Gedeck dans le château de Neuhardenberg, à la frontière germano-polonaise ; dans le jardin, sous le grand chêne vieux de trois cents ans, j’ai pensé à la personne qui l’avait planté sans savoir à quoi ressemblerait le monde quand l’arbre serait devenu ce qu’il est aujourd’hui, et c’est comme en musique quand je chante Bach, Mozart, etc. J’ai alors repensé à Friedrich Gulda – 1930 – 2000, viennois – , qui avait donné un concert sur clavicorde – un vrai créatif – , et je me suis mis à écouter tout ce que je trouvais en streaming. J’ai donc commencé à me renseigner, un facteur de clavicordes m’a dit que le son de l’instrument était trop faible pour s’accommoder avec la voix, mais j’ai fini par tomber sur la bonne personne – voilà ! et celles-ci sont plutôt rares : il ne faut pas les manquer quand on les croise et fait leur rencontre,… – , Alexander Gergelyfi – natif de Linz. Quand Markus Hinterhäuser m’a demandé ce que je voulais faire à Salzbourg, je lui ai tout de suite parlé du clavicorde ; il était très surpris, puis il s’est souvenu de Gulda qui passait ses hivers à Salzbourg, dans les cafés, souvent avec un clavicorde – pour ma part, j’ai été marqué par Pierre Hantaï travaillant son clavicorde dans un couloir de l’abbaye de Saint-Michel-en Thiérache, près de son fils né tout récemment alors, c’était au mois d’août 1995, pendant qu’Elisabeth Joyé, sa compagne, enregistrait des pièces de clavecin pour le CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine«  pour la Simphonie du Marais et Hugo Reyne, sur un programme dont j’étais pour 90% l’auteur : je lui tournais les pages de la partition…  – : quand il ne jouait pas aux échecs, il lui arrivait de jouer de son clavicorde. Nous avons donc trouvé cette petite salle sur la colline, pour des concerts du soir puisqu’il faut le calme absolu – oui ! – , et c’était tellement magique – voilà !!! – que nous en sommes à la troisième saison, avec des articles dans les grands journaux : visiblement, on a trouvé là quelque chose qui électrise les gens – assistant à ces concerts de parfaite intimité…

    J’ai toujours eu un problème avec l’interprétation des Lieder, parce qu’il y a toujours ce côté intériorisé qui ne convient pas tellement- voilà ! – aux grandes salles de concert – cela ne m’empêche pas de le faire quand c’est justifié, par exemple avec un programme autour de la Première Guerre mondiale, Mahler, Eisler et Karl Kraus : je l’ai fait à guichets fermés au Prinzregententheater à Munich, et bientôt à l’Opéra de Vienne. Le fait de chanter ce répertoire avec des instruments anciens dans un cadre intime, avec beaucoup moins de puissance, me permet de murmurer – voilà ! – au lieu de tout chanter à pleine voix, et tout à coup un song de l’époque de Shakespeare entre en résonance avec le Leiermann du Voyage d’hiver. La Belle Meunière sur un piano carré d’époque, c’est tellement différent de ce qu’on connaît – voilà, voilà ! – , et pourtant c’est bien comme ça – mais oui ! – qu’on l’entendait à l’époque de Schubert ! C’est même très différent du pianoforte qui est parfois utilisé pour cette musique : c’était un instrument assez luxueux, et le format musical est beaucoup moins intime que ce qu’on obtient avec le – simple – piano carré. Nous vivons dans une époque où le visuel domine – ainsi que le spectaculaire pour les foules… – , où on a désappris  – hélas ! – à écouter – vraiment… – , et c’est important pour moi, cette idée d’une école de l’écoute – oui ! –  : quand le son est trop fort, rien ne va plus, cela devient douloureux ; par contre, on peut réduire à l’extrême le volume sonore, et cela crée une intimité incroyable – voilà ce qui seul convient ici : cette connexion au plus intime de la musique et de la voix…

    Nous travaillons dans la musique classique avec un instrument – le piano de concert – , « le roi des instruments », alors qu’une grande partie du répertoire n’a pas été composée pour cet instrument. Glenn Gould a essayé toute sa vie de chanter sur le clavier, avec un piano carré on y parvient tout de suite ! Pourquoi jouer sur des grands pianos modernes, alors ? Pour le business – hélas ! – , pour pouvoir jouer devant 2000 personnes ! – une réalité qui a fini par s’imposer au XVIIIe siècle avec la prolifération de concerts donnés dans des salles de concert publics, et payants… Nous avons face à nous toute une industrie – voilà ! – du divertissement – Pascal, reviens !!! – , qui veut de plus en plus de spectateurs pour des shows en plein air – à l’acoustique pitoyable : c’est tout simplement une aberration – , de plus en plus de followers – de troupeau qui fait nombre, au détriment de la qualité… – sur Instagram : pourquoi pas, mais on finit – il s’agit ici de l’interprète – par ne plus être préoccupés que de soi-même, de s’admirer – soi, seulement soi – dans ce miroir public – à la Arkadi Volodos, à la Sebastian Salgado, ces polisseurs du joli, sinistres nombrilistes égocentrés : l’ai-je bien descendu, le grand escalier de Mistinguett ?..

    RM : Comment concevez-vous le répertoire de ces concerts ?

    GN : Il y a aussi dans les programmes que je propose quelque chose de très politique, même si je n’en parle pas explicitement : je viens de faire un programme autour des Derniers jours de l’humanité de Karl Kraus, avec déjà deux concerts devant des salles combles, et dies Lieder de Eisler et de Mahler. Le programme Schubert que nous faisons dans les Nachtmusiken est aussi très politiques, avec cette lettre terrible de Gottfried Benn – oui, terrible… – qui montre bien que, malheureusement, les gens d’extrême droite ne sont pas toujours des crétins, ils n’en sont que plus dangereux. Les textes des Lieder de Schubert parlent de forêts, de ruisseaux, etc., mais ils ont été écrits à une époque où la censure était toute puissante ; on le voit aussi dans les livrets de ses opéras, où les commanditaires voulaient des livrets à la Calzabigi, à la Da Ponte, où on ne pouvait pas évoquer des rois, des prêtres, où rien ne devait pouvoir être interprété de façon politique. Les poètes peuvent être de second ordre, mais quand le texte dit « Je suis un étranger partout où je vais » [Der Wanderer, D 493], je pense à ce que dit Beckett quand il parcourt l’Allemagne en 1936 (« Cette Allemagne me court de plus en plus sur les nerfs »), j’ai une toute autre idée de ce que signifie – voilà – cette idée de la Wanderschaft, l’errance ; quand, dans Des Schäfers Klagelied, le berger dit que sa bonne amie est partie « peut-être même au-delà de la mer », on est à l’époque où tant d’Allemands sont partis jusqu’en Amérique. Evidemment qu’il y a des échos politiques – oui.

    RM : Le rapport entre texte et musique est très différent d’une soirée à l’autre. Comment travaillez-vous sur les textes ? Qui les choisit ?

    GN : Pour l’essentiel, c’est moi. Les pièces instrumentales sont choisies en dialogue, et les pièces chantées, naturellement, c’est moi qui les choisis. Pour la soirée Schubert, je me suis fait aider par un dramaturge ; je voulais de la littérature de voyage, d’exil, des années 1930, et j’ai pu faire mes choix parmi la sélection qu’il m’a fournie. Pour la soirée Shakespeare, j’ai demandé à August Diehl quels textes il voulait dire et nous avons ensuite fait le montage ensemble en fonction de nos préférences respectives : cela donne une vraie soirée de théâtre – voilà – , ce qui surprend beaucoup le public. La première année, au contraire, Ulrich Noethen avait souhaité choisir lui-même les textes qu’il disait, par exemple ceux de la poétesse Forough Farrokhzad ; j’ai alors pensé à mettre en lumière l’idée d’Orient et d’Occident, le chant juif, le chant arabe, et la civilisation méditerranéenne, et je suis alors arrivé à Monteverdi. Il ne s’agissait pas de correspondances explicites, mais d’une idée commune, d’une atmosphère – de magiques connivences très intimes…

    RM : Pensez-vous continuer cette série de concerts les prochaines années ?

    GN : Je pense, oui. Il y a encore énormément de répertoire qui m’intéresse, notamment dans les périodes anciennes, Biber, Telemann, etc. – oui ! Je les aime passionnément, moi aussi. Je me suis intéressé aussi à la littérature des trouvères et troubadours, mais c’est tellement difficile à cause de cette prononciation ancienne ! Ce que je veux faire dans ces concerts, en tout cas, ce sont des choses qui sont des découvertes – voilà – aussi pour moi. J’ai eu aussi des demandes pour des concerts similaires ailleurs en Europe, et nous envisageons aussi d’enregistrer La Belle Meunière, si possible avec un piano carré – voilà – sur lequel Schubert lui-même a composé, mais il a besoin d’une restauration.

    Crédit photographique © Anita Schmid

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    Georg Nigl – écoutez cet extraordinaire Mozart-ci – :

    ou l’intelligence rare et singulière d’un musicien de l’intimité absolument passionnant ! 

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    Ce mardi 26 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur « pouvoir prendre du temps » : échange avec un ami à distance, à propos du temps nécessaire d’écoute de la vidéo de mon entretien avec Manuel Cornejo sur son édition complétée (coll. Tel, Gallimard) de la Correspondance de Maurice Ravel, appréhendée ici sous l’angle de l’ancrage basque (tant existentiel que musical) de Maurice Ravel, à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz…

    Voici donc cet échange marquant de courriels des 8 et 9 mai derniers
    entre l’ami Eric Rouyer et moi-même, Titus Curiosus :
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    Cher Eric,
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    la question du temps dont chacun dispose (dans des conditions très très diverses socialement, économiquement, culturellement…) en recevant le cadeau de la vie – qui est bien évidemment mortelle, et pas perpétuelle (ne pas confondre avec la dimension d’éternité qu’affirme superbement en son « Ethique » le cher Spinoza : « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels » : par exemple en l’expérience profonde et sublime de la musique à son plus haut et intense, justement !!… –
    est absolument fondamentale, 
    et est au cœur à la fois de mon souci philosophique – 42 ans, durant j’ai adoré enseigner mes élèves à philosopher, et la philosophie est une formidable clé d’intelligence du réel ; cf aussi mes entretiens avec ces philosophes éminents que sont Bernard Sève (vidéo), François Noudelmann (vidéo), Pascal Chabot (vidéo), Marie-José Mondzain (vidéo), etc. – et de ma pratique existentielle, échafaudée au long des années…
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    Avoir du temps, et en disposer à sa guise – quel luxe jouissif ! – , est tout simplement, et pour chacun d’entre nous, crucialissime – versus perdre son temps…
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    Et la musique est bien évidemment un art du temps : elle en a besoin pour, d’abord, avoir de quoi se déployer – même brève, elle n’est jamais instantanée – ,
    comme aussi, ensuite, pouvoir être écoutée, et surtout être « vraiment écoutée », pas superficiellement, à la va-vite, comme font la plupart du temps beaucoup de gens, qui, en la croisant ainsi superficiellement, lui passent ainsi – sans vraiment en avoir conscience – tout simplement à côté,
    l’ayant seulement furtivement vaguement croisée au passage, sans l’avoir réellement ni perçue ni reçue – Kairos, croisé toujours à l’improviste, n’a pas été saisi (aux cheveux) au passage, cueilli, ni encore moins accueilli ; et apprendre à cueillir et accueillir est humainement essentiel, fondamental même…
    Tout est alors hélas superficiel – en l’ère du nihilisme déferlant et noyant, où tout finissant par s’équivaloir, tout finit par ne plus rien valoir du tout : tel est le nihilisme qui fait déluge et noie tout, tout, tout, dans le rien…
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    Et il en va ainsi de tout – personnes comme choses, ainsi que paysages… – ,
    à commencer, et c’est très important, pour porter une vraie attention (et à quoi, et à qui, que ce soit : une réalité, une personne, un spectacle, un concert, un disque, etc.)
    et appréhender « vraiment » ce à quoi (ou à qui) on a à faire – ou affaire – , et porte un minimum d’intérêt ou de curiosité, ou, mieux encore, de possible passion – mais beaucoup craignent et redoutent la passion (qui polarise et accapare), et ils la fuient…
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    Et plus encore en une époque où « Time is money » et « Money is time », convertibles quantitativement : et là est bien la fonction première de l’argent – équivalent général des marchandises…
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    …
    Mais la valeur vraie d’une œuvre – d’art, ou pas – n’est pas, qualitativement du moins, convertible en monnaie, en un quelconque prix d’échange (de vente et d’achat) :
    car cette valeur-là n’est tout simplement pas convertible, pas échangeable, en – ni contre – quoi que ce soit : elle est plus que rare, elle est singulière et unique – cf aussi, en plus, l’important distinguo entre « valeur d’usage  » et « valeur d’échange« …
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    Une œuvre – et en cette occurrence-ci une œuvre musicale, telle qu’elle est interprétée et enregistrée, et disponible ensuite au disque – peut seulement être proposée (et donnée ainsi) à partager, par simple évocation langagière, tel un article donné à lire, par qui, le lecteur, à son tour, lui prêtera le temps (qui est son temps propre, et unique) de lecture et réception, puis d’écoute nécessaire à accueillir et recevoir « vraiment », ou pas, cette œuvre devenue accessible – et tant qu’elle est, aussi : ce n’est pas non plus perpétuel (il y a aussi obsolescence…), à portée de main : d’où mon propre attachement personnel au disque (CD) matériel… – sous forme de disque enregistré, et à portée de sa main.
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    La question de la qualité de notre attention (et du temps que nous lui accordons) est ainsi tout à fait décisive ; même si elle comporte aussi bien des degrés – nous ne sommes pas tout à fait, non plus, ici, dans l’ordre du tout ou rien…
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    Tout cela pour vous dire, cher Eric, que l’entretien que j’ai eu le bonheur d’avoir une heure et quart avec Manuel Cornejo, en une salle exprès vide de public (la Station Ausone de la librairie Mollat, jeudi 17 avril à 10h), à propos de la nouvelle édition (coll. Tel Gallimard, en 2 volumes) de la Correspondance de Maurice Ravel, par les soins – magnifiques ! – de Manuel Cornejo,
    est une merveille,
    dont l’écoute de la vidéo
    (d’une durée de 73’ 36) demande tout ce temps-là d’écoute attentive…
    …
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    Mon angle de questionnement – et je prends presque trop le temps de l’expliquer en introduction à l’entretien, ainsi qu’un ami m’en a gentiment fait la remarque ; mais je l’assume ! Car c’est sous cet angle-là que, depuis le mois de mars 2019, je mène mon propre travail de recherche (à partir de ma lecture hyper-attentive et fouillée, méthodique, du travail de Manuel Cornejo) sur ce que j’ai très vite nommé les « cousinages cibouro-luziens » de Maurice Ravel : une réalité de généalogie basquaise à laquelle jusqu’ici nul ne s’était intéressé : on n’entrevoyait même pas l’existence de cousins basques de Maurice Ravel… – porte très précisément sur l’ancrage basque – familial d’abord, mais aussi amical… – , à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz, de Maurice Ravel (1875 – 1937) et sa mère Marie Delouart (1840 – 1917)
    – sur cet ancrage familial de Maurice Ravel d’abord à Ciboure, cf par exemple la très significative, et même décisive, lettre de Maurice Ravel à son amie luzienne (et presque-cousine…) Marie Gaudin, du 22 juin 1911 (à la page 401 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo, quand Maurice se fait l’écho du désir de sa mère Marie Delouart, dont il exprime le vif désir de séjourner 3 mois à Ciboure l’été 1911 de préférence chez des parents à elle : « Nous préférerions que ce soit chez des parents » ; et Maurice Ravel de citer, sur la dictée phonétique de sa mère, « Sabadin Quinior » (qui est-ce ?), « Eslonta Maicourné » (qui est-ce ?), « Marie-Dominique Anchochury » (c’est chez elle qu’ils logeront), « les Goyenague » (Pierre-Paul et Nicolasse Goyenague, le fils et la belle-fille et nièce de son propre parrain Simon Goyenague (1821 – 1890).. : des cousins, donc, chez lesquels désire expressément séjourner Marie Delouart, en sa Ciboure natale ; et que Maurice Ravel charge Marie Gaudin, qui réside sur place, de trouver pareil logement chez des « parents » de sa mère Marie Delouart-Ravel…) – ,
    via, aussi, les chers amis Gaudin, et la grand-tante Gachucha Billac (1824 – 1902), la domestique-gouvernante des 7 enfants Gaudin – nés entre le 19 novembre 1875, Charles, et le 23 février 1886, Louis…
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    C’est ainsi que j’ai appris, le 29 mai 2019, à Maylen Lenoir-Gaudin (née en 1942) – la petite-fille de Charles Gaudin (1875 – 1910) et son épouse Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) – qu’elle était très effectivement cousine – par sa grand-mère Magdelaine Hiriart : cousine au troisième degré de Maurice Ravel… – avec Maurice Ravel,
    alors que le niait – un déni assez stupéfiant, et encore aujourd’hui inexpliqué !.. – son père Edmond Gaudin (1903 – 1988), le fils unique de Charles Gaudin (1875 – 1910) et Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) :
    une Magdelaine et un Maurice, qui s’écrivaient pourtant « ma chère cousine », « mon cher cousin » : lire les lettres échangées entre eux le 8 octobre 1910 – à la page 373 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo – et le 24 novembre 1914 – à la page 608 du Tome I de cette Correspondance…
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    De même,
    Guy Lalanne et moi-même, joignant nos connaissances – et cela dans le but de photographier les maisons (ou, à défaut, les emplacements des maisons disparues et remplacées par de nouvelles) de ces parents basques de Maurice Ravel, pour notre livre à paraître en septembre prochain aux Editions Jakintza – venons de découvrir sur le terrain même, rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz, le 2 mai dernier, c’est donc tout récent – et il pleuvait… – , que la maison des Gaudin du 41 rue Gambetta – et qui fut celle de leurs ancêtres Dupous en 1847 – , et où a séjourné de nombreuses fois, et cela depuis son enfance, Maurice Ravel, 
    a désormais une autre adresse, située un peu plus loin – 50, 100 mètres – , rue Gambetta !
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    Une erreur issue des récits pas tout à fait assez rigoureux – et c’est tout de même un peu étrange ; à moins que ce soit l’interlocuteur recevant ses récits qui ait, lui, fait erreur… – de Charles-Paul Gaudin (1938 – 2006), le frère aîné de Maylen,
    et amplement diffusée (photo erronée à l’appui hélas – trop efficace « choc des photos » versus « poids des mots« … – par le « Ravel – Portraits basques » d’Etienne Rousseau-Plotto,
    qui ne se donne pas la peine de chercher à vérifier systématiquement ce que d’autres lui disent, ou/et ont écrit avant lui…
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    Voilà !
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    Vous apprendrez donc, cher Eric, beaucoup beaucoup de choses – et très fines – sur Ravel dans ce que dit d’expert ultra-compétent – et nul n’atteint maintenant seulement à sa cheville, en matière de compétence ravelienne vraiment sérieuse… – en cet entretien du 17 avril dernier enregistré à la Station Ausone, l’ami Manuel Cornejo,
    dont le travail formidablement patient de recherche – puis analyse infiniment rigoureuse, « scientifique« , des documents dénichés – , mené de par toute la planète, sur la correspondance de Ravel,
    fait de lui la personne qui aujourd’hui au monde en sait le plus et le mieux – voilà ! – sur Maurice Ravel :
    qu’on se le dise un peu largement – dans tout le Landerneau à prétention un peu culturelle !..
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    Je ne crois donc pas, cher Eric, que vous perdrez complètement le temps – d’une heure et quart (73′ 36) – que vous accorderez – consacrerez, oserais-je même dire – à la vision-écoute de cette très très riche vidéo de notre entretien – Manuel Cornejo et votre serviteur – du 17 avril dernier – enregistré à la Station Ausone, à Bordeaux – , sur un compositeur aussi merveilleux – mais cela, vous le savez bien mieux que moi – que Maurice Ravel…
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    Merci de tout cela, cher Eric,
    vous m’êtes un interlocuteur assurément très important : vos remarques comptent énormément pour moi,
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    Francis
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    Le 9 mai 2025 à 18:21, Eric Rouyer a écrit :
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    Cher Francis, 
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    Pour être sincère, je n’ai pas osé ouvrir vos mails précédents, sachant leur mise en demeure bienveillante d’y accorder – voilà – une attention soutenue !
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    Vous pardonnerez mes renoncements peu argumentés mais sincèrement impliqués auxquels je pourrai remédier en fin de semaine, notamment avec ce Dossier Ravel.
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    Sincères pensées
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    Eric
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    Et, de fait, échanger ainsi est forcément très nourrissant…
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    Ce dimanche 11 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Ecouter la « Suite pour flûte et petit orchestre » (de 1931) de Lucien Durosoir en sa transcription pour flûte et piano par le brillantissime et profond Philippe Hattat en un flamboyant concert « Durosoir invite Poulenc », au Château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, par les splendides Mathilde Calderini, à la flûte, et Philippe Hattat, au piano ; ou le génie titanesque de Lucien Durosoir splendidement magniflé par leur incarnation tragique superlative…

    Le 19 mai 2024, il y aura un an, j’avais été supérieurement enthousiasmé par le concert « Durosoir invite Ligeti« qu’avait donné le Quatuor Tana, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines,

    ainsi qu’en témoigne l’article « Puissance et génie de deux chefs d’oeuvre incisifs de deux compositeurs éblouissants du XXe siècle : le Quatuor n°3 (de 1934) de Lucien Durosoir et le Quatuor n°1 (de 1954) de György Ligeti, par un stupéfiant d’intelligence et sensibilité Quatuor Tana pour un très marquant concert « Durosoir invite Ligeti » au Festival Lucien Durosoir (Mai musical 2024) en Chalosse… Une révélation pour beaucoup et un émerveillement pour chacun ! » rédigé le soir même, à mon retour à Bordeaux…

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    Aussi pour rien au monde aurais-je manqué de venir jouir cette année, en ce même château Mombet, à Saint-Lon-les-Mines, du concert « Durosoir invite Poulenc« , donné samedi 3 mai par Mathilde Calderini, flûte, et Philippe Hattat, piano,

    en un programme cette fois constitué d’œuvres de Mel Bonis, Claude Arrieu, Claude Debussy, Francis Poulenc, et Lucien Durosoir, en une transcription pour flûte et piano réalisée par Philippe Hattat lui-même de la « Suite pour flûte et petit orchestre« , composée en 1931 à Belus par Lucien Durosoir… 

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    D’autant que j’avais bien sûr très très à cœur de revoir mes chers amis Luc et Georgie Durosoir, mais aussi de rencontrer – pour la première fois – Philippe Hattat, qui m’a bien aidé, à l’occasion, en mes recherches raveliennes – sur ce que j’ai nommé « les cousinages cibouro-luziens » de Maurice Ravel – , alors que je n’avais eu avec lui jusqu’alors que des échanges – très précieux, très féconds ! – par courriels :

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    ce dont témoignent mes articles successifs en date du 15 juillet 2019 « Engrace et Gracieuse Billac : parmi les enfants de Marie-Baptiste Delouart et Jacques Billac, à Ciboure« ,

    24 septembre 2019 « Nouvelles questions ravéliennes autour des Delouart et Billac de Ciboure, et Gachucha Billac« 

    et 30 septembre 2019 « Une confirmation : la date du mariage des parents du cibourien Jacques Billac, le mari de l’arrière-grand-mère de Maurice Ravel, et père de la « chère Tante Gachuch » ; et les Errecalde (ou Recalde) de Ciboure » ;

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    ainsi que celui du 1er septembre 2020 « Philippe Hattat, pianiste, en séquoia, pour le dossier « Les plus belles pousses du piano nouveau », du numéro de septembre de Classica« ,

    et celui du 14 avril 2022 : « Comment ma curiosité et le nom de Philippe Hattat m’ont conduit à la découverte de l’oeuvre d’Olivier Greif (1950 – 2000)« …

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    Le principe de ces concerts que Luc Durosoir et Georgie Durosoir conçoivent maintenant que l’œuvre entier de Lucien Durosoir est disponible en CDs, consiste principalement à faire dialoguer l’œuvre si singulière et si magnifique du cher Lucien Durosoir (1878 – 1955) avec des œuvres d’autres compositeurs – contemporains ou pas – :

    ainsi l’année dernière, outre le saisissant concert « Durosoir invite Ligeti« , notamment le concert « Debussy-Durosoir : Sonates en miroirs » – par Stanislas Kim et Marie Günter – du 5 mai 2024 ;

    et cette année-ci, outre ce concert « Durosoir invite Poulenc« , notamment un concert « Fauré et Durosoir en miroirs«  – par Briac Vourch et Guillaume Vincent – , à venir le 21 juin prochain, au château de Gaujacq… 

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    Le concert de Mathilde Calderini et Philippe Hattat, samedi dernier 3 mai, fut exceptionnel de beauté !

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    Et les deux interprètes, Mathilde Calderini et Philippe Hattat, ainsi que le magnifique transcripteur – quel exploit, pas seulement technique, mais surtout merveilleusement musical (!) de faire rendre ce que donne l’orchestre par le seul piano !!! – , qu’est aussi Philippe Hattat – compositeur qu’il est aussi… – , furent ovationnés longuement et très fort, comme ils le méritaient !

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    Pour ma part, j’ai découvert à cette occasion le charme délicieux et tout à fait prenant de la « Sonate pour flûte et piano » Op. 64 (de 1904) de Mel Bonis, que je ne connaissais pas jusque là ;

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    et j’ai été enthousiasmé aussi par leur interprétation de la très virtuose – un pur chef d’œuvre jubilatoire ! – « Sonate pour flûte et piano » FP 164 (de 1957) de Francis Poulenc…

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    Tout en constatant, cette fois encore, l’extraordinaire singularité (!) du génie musical de Lucien Durosoir, qui rend si difficile, au concert, l’appariement de ses œuvres si puissantes avec d’autres du – plus doux, beaucoup plus doux – répertoire français, auquel, pourtant, Lucien Durosoir appartient indubitablement aussi…

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    Et je confiais après le concert à Philippe Hattat, qu’à mes oreilles, le génie créateur de Lucien Durosoir, l’apparente à ceux, d’une puissance vraiment très rare, d’un Michel-Ange, d’un Walt Whitman, et en musique, d’un Beethoven…

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    Et je pense aussi à cet exceptionnel chef d’œuvre de poésie que sont « Les Tragiques » d’Agrippa d’Aubigné…

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    Et quand, revenu chez moi, je mets sur ma platine la « Suite pour flûte et petit orchestre » interprétée par le Taurida International Orchestra dirigé par Mikhail Golikov, avec la flûtiste Varvara Vorobeva, au sein du CD Vel 1568 Cascavelle « Dejanira  » – enregistré à Saint-Petersbourg au mois de juillet 2017 – , et en ce que le livret qualifie de « l’œuvre la plus optimiste du catalogue » de Lucien Durosoir ! – ,

    je trouve beaucoup plus idoine avec le génie propre de Lucien Durosoir ce qu’en ont incarné, pour nous, si sublimement en ce concert au château Mombet samedi dernier 3 mai, Mathilde Calderini et Philippe Hattat, dans ce que j’ai moi-même pu qualifier jadis de ligne serpentine – en l’occurrence celle d’un vaste et long énorme boa constrictor ! Je pense aussi au sublime contorsionnemnt douloureux du « Laocoon » du Musée du Vatican – , pour qualifier la « patte » titanesque et tragique, sublimée, de Lucien Durosoir, compositeur de génie…  

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    Ce jeudi 8 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa