Si souvent inspiré en concert, interprète d’une discographie remarquable – oui !– , le pianiste argentin déçoit pour la première fois – voilà ! – dans son dernier album consacré à Ravel.
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Inquiétude dès les premières mesures – oui ! – de l’écoute du Concerto en sol. En effet, l’orchestre épais, sans carrure rythmique affirmée et capté avec mollesse laisse plus que dubitatif – absolument ! Le piano de Goerner est, hélas – mille fois hélas ! – , à l’unisson : contemplatif dans cette musique qui caresse et mord tout à fois – voilà qui est excellemment dit. Bien que les changements de climats de la partition soient incessants, les contrastes s’amenuisent, les couleurs se ternissent. Le soliste émerge parfois de la masse, mais sans véritable intention – oui. Dans le mouvement lent, le contrôle du son est avec Goerner, d’une perfection sans faille et tout autant sans direction. Délicatement nimbé, le piano ne peut donner l’illusion d’une improvisation, ce qui était le souhait – en effet – de Ravel. Il se laisse aller dans la phrase sans éviter quelques maniérismes dans ses échanges avec la petite harmonie. Une fois encore, l’enregistrement nimbé et les interventions solistes des pupitres trop téléguidées par Kazuki Yamada ne peuvent convaincre – non, non, hélas non. Le Presto final s’ouvre sur quatre accords martelés. La course-poursuite s’engage, la virtuosité de chacun étant mise à l’épreuve. Tout est bien en place, pétillant d’intentions, mais sans le moindre angle saillant. L’ennui s’installe. Poliment – voilà.
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Dans le Concerto pour la main gauche, l’orchestre s’alourdit plus encore, non pas pour créer un effet de masse sonore culminante avant l’entrée du piano, mais parce que l’énergie lui fait défaut – oui. Le piano émerge du magma où règne sans partage le contrebasson. Point de swing, de réminiscences de jazz, de rythmes chaloupés – voilà ! – malgré l’excellent saxophone. L’ensemble se traîne jusque dans les explosions de marches. Goerner et Yamada transforment la partition en une épopée à la sauce postmoderne totalement déconnectée des saveurs et de l’élan qui l’ont vu naître. Incompréhensible – totalement…
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Dans leur version pianistique, les Valses nobles et sentimentales manquent tout autant de légèreté et de simplicité – et c’est rédhibitoire… Pourquoi marquer autant les contrastes au lieu de suggérer une énergie robuste dans la première valse ? Cela s’arrange dans le rêve mélancolique jouant sur des harmonies acides de la deuxième valse. Plus convaincantes sont les danses suivantes et l’on regrette d’autant plus une prise de son épaisse dans les basses, un toucher collé littéralement au clavier. Rien qui nous émeuve autant que les témoignages de Martha Argerich, Bertrand Chamayou, Samson François, Friedrich Gulda, Marcelle Meyer, Ivo Pogorelich, Vlado Perlemuter… Enfin, réduire la Pavane pour une infante défunte à une musique de fond pour dîner à la bougie – oui, oui – apparait tout à fait inutile.
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Décidément quel dommage !!!
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Ce jeudi 6 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
C’est une formidable leçon de vie de chercheur, au départ sociologue – parti de Vincennes pour la Russie (Novossibirsk), le Japon (Tokyo), puis les États-Unis (Chicago) – , que Philippe Desan (Saint-Maur-les-Fossés, 16 mai 1953) nous a donnée cet après-midi à la Bibliothèque Rigoberta Menchu de l’Université Bordeaux-Montaigne, à partir de son délicieux et très instructif travail de fiction « Montaigne – La Boétie – Une ténébreuse affaire » – combien, et des plus sérieux, s’y sont laissés prendre !!! – , sur la personnalité – sans cesse en mouvement, a-t-il fort judicieusement rappelé... – de Michel de Montaigne (1533 – 1592), en un dialogue passionnant avec Violaine Giacomotto-Charra :
dialogue dans lequel le public, principalement composé de doctorants, a pu beaucoup apprendre de l’intérêt et fécondité jouissivement innovante à focaliser les recherches et leur méthodologie, à la fois très exigeante et extrêmement ouverte (hors les clichés trop bien installés), sur les contextes matériels, très divers et complexes – en particulier dans le cas (très riche d’humour !) de Montaigne, mais pas du tout exclusivement ! – , de création des œuvres à décrypter…
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Apprendre à contextualiser, voilà la procédure de recherche féconde que personnellement très positivement j’en retiens…
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À confronter aux précédent articles de mon blog encherchantbien.fr consacrés au travail de Philippe Desan :
voici ce vendredi 31 octobre ce nouvel article de pleine reconnaissance du génie d’interprétation – ravelienne ici, mais pas seulement : écoutez donc aussi ses Mozart, avec Pierre Colombet, Maté Szücs et Eckart Runge (en le merveilleux CD Harmonia Mundi HMM 902699 « Mozart 1-2-3-4 solo-duo-trio-quartet« ) et ses sublimes (!) Beethoven en ses 3 CDs de « Sonates pour violon« , avec le violon parfait de Lorenzo Gatto, les CDs Alpha 240, 407 et 565, auxquels j’ai consacrés, à l’heure de leur parution, en 2016, 2018 et 2019, d’enthousiastes articles… – de Julien Libeer,
dont je retiens d’abord ces deux justissimes expressions : « une interprétation éblouissante de beauté et d’intelligence » et « jeu clair, souple, élégant, fluide et virtuose« ,
pour caractériser ce que vient nous donner ici Julien Libeer en ce merveilleux et vraiment génial triple CD « Ravel – Julien Libeer » pour Harmonia Mundi…
En cette année qui célèbre le 150e anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, le pianiste Julien Libeer nous propose un florilège de compositions variées, comme une errance – contrôlée et maîtrisée, pas du tout au hasard – colorée et très poétique – et surtout justissime d’interprétation – au travers de l’œuvre – d’une extrême variété ! – du compositeur français.
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Cet enregistrement éclectique composé de trois CDs sublime toutes les contradictions – raveliennes : nulle œuvre n’en copie jamais une autre… – dans une véritable promenade musicale – choisie et admirablement composée par Julien Libeer en ces 3 CDs – au-delà du temps qui réconcilie narration et abstraction, tradition et modernité, lyrisme et ascèse au gré d’une interprétation éblouissante de beauté et d’intelligence – voilà qui est parfaitement décelé ! C’est effectivement éblouissant de justesse ravelienne…
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Le premier volet associe Vocalise-étude en forme de habanera, Jeux d’eau, Miroirs comme autant de facettes d’un jeu – ravelien – envoûtant, fluide, limpide – oui ! Les emblématiquesJeux d’eau (1902), ici superbement ciselés, servent de prétexte à une musique descriptive et pointilliste, miracle d’une évocation toute de chatoiements colorés où musique et paysage ne font qu’un – voilà !Vocalise-étude déroule ensuite ses flagrances espagnolisantes au son langoureux du violoncelle de Bruno Philippe tandis que la gracieuse et très poétique Sonatine (1905) – un bijou ! – précède – les riches et très divers – Miroirs (1905) qui affiche sa modernité harmonique dans une galerie de tableaux impressionnistes magnifiquement brossés – par exemple un magique Alborada del Gracioso….
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Le second volet s’ouvre avec les trois poèmes pour piano du Gaspard de la nuit (1909) où alternent les ruissellements d’ondine, les balancements lugubres et entêtants du gibet et les facéties de Scarbo – une interprétation d’un absolument splendide raffinement ! – pour se conclure avec la Sonate pour violon et violoncelle (1922) – une œuvre vraiment extraordinaire ! et très difficile à vraiment bien saisir en sa formidable singularité, quasi schœnberguienne… – qui surprend – et combien ! – tant par l’originalité de son instrumentarium délaissant le piano – mais oui ! – , que par ses sonorités âpres et épurées – qui avoisinent Schœnberg, oui, qu’a connu et admiré ces années là, à Vienne, Ravel… – , sa dynamique hypnotique et sa beauté mélodique – tout cela est d’une parfaite justesse d’écoute…
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Le troisième et dernier volet de ce triple album regroupe Valses nobles et sentimentales (1911), la Sonate pour violon et piano (1927) où Julien Libeer est associé à son complice – magnifique lui aussi – Lorenzo Gatto et le Tombeau de Couperin (1919) : trois œuvres intemporelles – d’éternité ! – inspirées de la danse – voilà : Julien Libeer aurait pu leur adjoindre la version pour piano seul de « La Valse« … – qui échappent au temps – qu’elles transcendent comme peut y parvenir, à son meilleur, l’Art… La première comme un hommage quelque peu décalé à la Valse, la seconde – très très belle, aussi… – comme un clin d’œil fraternel au passé – par le choix de la forme sonate… – , la troisième tournée vers le jazz – éclatant. Toutes compositions qui témoignent de l’éclectisme – variété, variété, à la Valéry… – du compositeur français, souvent à contrecourant, mais toujours au bon endroit – justissime… Valses, Blues, Forlane, Menuet et autre Rigaudon se relayent – presque péremptoires, comme pouvait l’être à l’occasion Ravel, si délicat et raffiné et chic, et si humble aussi, était-il en son tempérament complexe… – dans cette polychromie musicale au gré de l’inspiration poétique – infiniment variée – et du jeu clair, souple, élégant, fluide et virtuose – l’essentiel est ici décelé et serti – de Julien Libeer qui restitue, avec une indéniable réussite – et même génie ! – toutes les couleurs et émotions de ces pages célèbres.
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Un triple album incontournable – absolument !!! – pour tous les admirateurs du musicien de Ciboure.
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Rarement Ravel a été aussi bien saisi et révélé en toute la diversité-variété de ses très riches et subtiles expressions musicales qu’en ce triple album « Julien Libeer, Ravel comme une évidence« …
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Et s’il fallait ne retenir qu’une seule œuvre interprétée ici, je choisirais paradoxalement la « Sonate pour violon et violoncelle » – par le violon de Lorenzo Gatto et le violoncelle de Bruno Philippe – , la seule où n’intervient pas dans ce triple album le piano de Julien Libeer :
preuve suprême de l’intelligence parfaite de Ravel par celui-ci pour cet album absolument sien…
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À comparer avec l’interprétation outrée (et hélas manquée !) du violoniste Pekka Kuusisto et du violoncelliste – pourtant si souvent excellent – Nicolas Alststaedt, dans le CD « Salonen -Ravel » Alpha 627 : une interprétation hélas uniment cérébrale – et expérimentale : fatigante… – , totalement dépourvue de l’absolument indispensable merveilleuse sensualité ravelienne…
Son élégance parfaite et son chic fou…
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À suivre forcément…
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Ce vendredi 31 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
C’est la re-découverte, en 1830, à l’aube du succès européen du romantisme, de la sublimissime « Passion selon Saint-Mathieu » de Johann-Sebastian Bach (1685 – 1750) par le grand Felix Mendelssohn (1809 – 1847), à un moment du revival religieux du christianisme après le Congrès de Vienne de 1815, ainsi qu’un développement en Europe du nationalisme germanique, qui a placé au premier rang des compositeurs admirés et joués en concert, le nom de Bach, bien oublié pourtant alors depuis le décès de celui-ci en 1750 – et accaparé, ce nom de Bach, à la fin du XVIIIe siècle par deux de ses fils : le Bach de Hambourg,Carl-Philipp-Emanuel Bach (1714 – 1788) et le Bach de Londres,Johann-Christian Bach(1735 – 1762) – , et qui a bientôt fait triompher son renom, d’abord dans l’Allemagne pré-bismarckienne, et puis dans toute l’Europe, durablement marquée par le règne sociétal de la musique de Wagner (1813 – 1883)…
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Le nom (et tout l’œuvre musical) d‘Antonio Vivaldi (1678 – 1741) étai(-en)t complètement passé(s) aux oubliettes, avant leur re-découverte récente – dans les années 30 du XXe siècle, à partir de la redécouverte des manuscrits dits de Turin de Vivaldi... – , et le revival du baroque musical – aux 2/3 du XXe siècle… – , mais en un genre de musique – de divertissement – estimé moins sérieux, et un poil trop hédoniste pour tenir le plus haut du pavé…
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Et il en va de même du nom et du renom posthume – après son décès à Hambourg le 25 juin 1767 – de Georg-Philipp Telemann (1681 – 1767), pourtant bien plus célèbre de son vivant non seulement en Allemagne, mais dans l’Europe tout entière ; et alors que son œuvre orchestral a servi de modèle, à Leipzig, au Café Zimmermann, à son ami et successeur – à Leipzig,donc – Johann-Sebastian Bach…
Ici encore en un genre de musique – orchestral : lesSuites, lesConcertos pour concerts publics… – estimé moins sérieux et digne de respect que la componction – solennelle – de la musique pour l’église…
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Et c’est cette longue histoire de la hiérarchie des renoms des divers compositeurs qui continue ainsi de peser, tant sur la connaissance-méconnaissance du grand public des mélomanes, mais aussi sur l’économie – décisive ! – de la production tant de concerts que de disques diffusant la musique auprès des mélomanes,
et cela, en dépit même du succès désormais avéré du Baroque musical…
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Bach avant Vivaldi et avant Telemann : une affaire de hiérarchie de réputation des noms…
Avec un tout spécial très grand remerciement, ici, à Isabelle Faust et l’Akademir für Alte Musik Berlin, et leur étincelant formidablement jouissif CD Harmonia Mundi HMM 902756 « Georg Philipp Telemann – Violin Concertos – Overture – Suite – Fantasie« , rendant merveilleusement et pleinement justice, et avec quel brio, à l’humaniste que fut, sa longue vie durant, l’immensément généreux Georg-Philipp Telemann, organisateur de brillants et jouissifs concerts, tant à Leipzig – avant Johann Sebastian Bach – qu’à Hambourg – avant son filleul, Carl-Philipp-Emanuel Bach : son successeur choisi par lui pour Hambourg…
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Ce jeudi 30 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa