Catégorie : Musiques

  • « La Gamme et autres morceaux de Simphonie » de Marin Marais, en 1723 : un recueil diffĂ©rent des cinq « Livres de piĂšces de viole », consacrĂ© Ă  des piĂšces associant le violon Ă  la viole de gambe : le trĂšs joli CD Ricercar « Marin Marais – Sonnerie de Sainte-GeneviĂšve du Mont » de l’ensemble The Scale Knitters…

    C’est un bien joli CD « Marin Marais – Sonnerie de Sainte-GeneviĂšve du Mont » par l’ensemble The Scale Knitters que la label Ricercar vient nous proposer avec son CD RIC 471 – enregistrĂ© Ă  Centeilles au mois de mai 2024 –, avec son choix d’interprĂ©ter – splendidement ! – « La Gamme et autres morceaux de Simphonie » de Marin Marais, en 1723 :

    un recueil diffĂ©rent des cinq « Livres de piĂšces de viole » qu’a donnĂ©s le violiste Marin Marais,

    par le choix des interprĂštes de ce bel ensemble The Scale Knitters – Marion Martineau et Atsuhi Sakai, basse de viole ; Fiona-Emilie Poupard, violon ; Magnus Andersson, thĂ©orbe ; et Brice Sailly, clavecin – d’associer ici la viole de gambe au violon, en ces diverses « piĂšces de simphonie » ;

    un des sommets de la musique française de l’Ăąge baroque, au charme doux et absolu…

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    Et dĂ©gustez aussi les 7 passionnantes et trĂšs Ă©clairantes pages du livret de ce CD, intitulĂ©es « Etonnez-nous, Monsieur Marais !« , signĂ©es du maĂźtre d’Ɠuvre de ce magnifique et indispensable label Ricercar, le trĂšs Ă©rudit JĂ©rĂŽme Lejeune…

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    Et écoutez ici cette hypnotique et tendrissime « Sonnerie » si merveilleusement donnĂ©e ici par The Scale Knitters – en français, les tricoteurs de la gamme…

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    On ne s’en lasse pas…

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    Ce mardi 11 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • GoĂ»ter la puretĂ© du timbre de la voix et de l’art de la dĂ©licieuse Fatma Said, tout spĂ©cialement d’abord en ses Schubert et ses Mendelssohn (Felix et aussi Fanny) ; ou ce que peut le charme d’une voix…

    C’est mon goĂ»t tout personnel, j’en conviens, pour Schubert – Ă©coutez ici rien que ce divin « PĂątre sur le rocher » D. 965, ce must schubertien, il est vrai !.. – et les Mendelssohn – Felix, mais aussi sa sƓur Fanny : je les chĂ©ris tout spĂ©cialement… – , qui me fait immĂ©diatement adhĂ©rer Ă  l’art du lied de la dĂ©licieuse Fatma Said, soprano, en son lumineux rĂ©cital « Lieder« , du gĂ©nĂ©reux CD Warner Classics 5021732459770,

    avec de nombreux excellents artistes – les pianistes Malcolm Martineau, Yonathan Cohen, Joseph Middelton, la clarinettiste Sabine Meyer, la harpiste Anneleen Lenaerts, le Quatuor Arod, le chƓur d’hommes Walhalla zum seidlwirt, ainsi que le baryton Huw Montague Rendall (sur lui, cf mon article du 26 octobre dernier : « La merveille How Montague Rendall, baryton d’exception, en un phĂ©nomĂ©nal CD carte-de-visite « Contemplation »  »…) : goĂ»tez ici, de Fanny Mendelssohn-Hensel, le dĂ©licieux « Suleika und Hatem » H-U 149, par Fatma Said et Huw Montague Rendall…  – qui l’y accompagnent.

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    Mais trĂšs vite je suis conquis aussi par ses interprĂ©tations de parfaite finesse des Ɠuvres de Johannes Brahms et Robert Schumann – Ă©coutez ici le duo « In der Nacht » Op. 74/4 de Robert Schumann, Ă  nouveau avec le baryton splendide Huw Montague Rendall, qui clĂŽt le programme de ce superbe rĂ©cital… –, qui constituent la seconde partie – moins courue que les Schubert surtout… – de ce lumieux rĂ©cital de « Lieder« , de Fatma Said…

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    Et voici l’article « Le saint des saints » de Jean-Charles HoffelĂ© en date du 28 fĂ©vrier dernier, qui m’a fait me tourner vers ce dĂ©licieux CD de Fatma Said :

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    LE SAINT DES SAINTS

    À quoi tient le charme – voilĂ  ! – d’une voix ? Haut placĂ©, en voyelles claires _ oui, et totalement dĂ©pourvues d’aigus agressifs  _, le soprano de Fatma Said se risque au lied dans un entourage _ en effet _ relevĂ© : trois pianistes et pas des moindres _ Malcolm Martineau, Yonathan Cohen, Joseph Middelton _, Sabine Meyer pour Le PĂątre sur le rocher _ magnifique ! _, en duo Huw Montague Rendall (magnifique dans le Liebeslied _ non, ici Jean-Charles HoffelĂ© fait une erreur de plage : c’est Ă  la plage prĂ©cĂ©dente du CD, pour le duo « Unterm Fernster » Op 34/3 de Robert Schumann, que se situe ce magnifique duo : Ă©coutez-le ici…  _ de Schumann), les Arod pour les si rares Opheilia-Lieder de Brahms revus par Aribert Reimann, le clou du disque), Anneleen Lenaerts substituant sa harpe au piano pour quatre Brahms : on se doute que cela change la couleur d’Immer leiser wird mein Schlummer, soudain plus mystĂ©rieux.

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    Allez, avouons-le, elle est dĂ©licieuse _ voilĂ  ! _ Fatma Said, virtuose sans trop d’exultation, hĂ©las !, pour la coda du PĂątre sur le rocher, sans l’affect de Baker ou d’Heynis pour la sĂ©rĂ©nade avec chƓur d’hommes de Schubert _ pour le « StĂ€ndchen » D. 920, Ă  la plage 3 du CD : Ă©coutez-la ici… _, broutilles _ oui _ car ce frĂ©missement, cette jeunesse _ oui ! _, la puretĂ© de la technique _ oui, oui _ remboursent de l’intensitĂ© que l’ñge apportera. Mais ce frĂ©missement lorsque l’aimĂ©e de Goethe _ Marianne von Willemer _ Ă©crit dans les portĂ©es de Mendelssohn _ pour le superbe « Suleika » MWV K 92 de Felix, Ă  la plage 8 du CD : Ă©coutez-le ici


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    Le plus beau est ce que les cordes des Arod apportent de corps Ă  cette voix dans les Ophelia de Brahms, ce charme natif qui irait comme un gant aux mĂ©lodies de Ravel (sa voix est celle des MallarmĂ©, exactement,) de Delage, de Roussel. Demain peut-ĂȘtre.

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    LE DISQUE DU JOUR

    Franz Schubert (1797-1828)

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    Schwanengesang, D. 957 (extrait : No. 4. StÀndchen)
    Der Hirt auf dem Felsen,
    D. 965*
    StÀndchen, D. 920**

    Auf dem Wasser zu singen,
    D. 774

    Der Zwerg, D. 771
    *Sabine Meyer, clarinette – Malcom Martineau, piano
    **Walhalla zum Seidlwirt, chƓur d’hommes – **Yonatan Cohen, piano et direction

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    Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847)

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    6 GesÀnge, Op. 86 (extrait : No. 3. Die Liebende schreibt, MWV K66)
    12 GesÀnge, Op. 8 (extrait : No. 8. Hexenlied, MWV K33)
    6 GesÀnge, Op. 34 (extrait : No. 4. Suleika, MWV K92)
    6 Duette, Op. 63* (extrait : No. 1. Ich wollt’, meine Lieb’ ergösse sich, MWV J5)

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    Fanny Mendelssohn Hensel (1805-1847)

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    Suleika und Hatem, H-U 149*
    Joseph Middleton, piano – *Huw Montague Rendall, baryton

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    Johannes Brahms (1833-1897)

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    4 Lieder, Op. 70 (extrait : No. 2. Lerchengesang)
    5 Lieder, Op. 105 (extrait : No. 1, Wie Melodien zieht es mir)
    49 Deutsche Volkslieder, WoO 33, Vol. 1 (extrait : No. 6, Da unten im Thale)
    5 Lieder, Op. 105 (extrait : No. 2, Immer leiser wird mein Schlummer)
    Anneleen Lenaerts, harpe
    5 Opheilia-Lieder, WoO 22 (version avec quatuor Ă  cordes : Aribert Reimann)
    Quatuor Arod

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    Robert Schumann (1810-1856)

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    Myrthen, Op. 25 (extrait : No. 1. Widmung)
    Lieder und GesÀnge aus « Wilhelm Meister », Op. 98a (extrait :
    No. 7. Singet nicht in Trauertönen)

    4 Duette, Op. 34 (extrait : No. 3. Unter’m Fenster)*
    5 Lieder, Op. 51 (extrait : No. 5. Liebeslied)
    Spanisches Liederspiel, Op. 74 (extrait : No. 4. In der Nacht)*
    Joseph Middleton, piano – *Huw Montague Rendall, baryton

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    Fatma Said, soprano

    Un album du label Warner Classics 5021732459770
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    Photo Ă  la une : la soprano Fatma Said – Photo : © Simon Fowler

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    Une interprÚte déjà bien mieux que seulement prometteuse en ce lumineux récital de « Lieder » ;
    Ă  suivre donc…

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    Ce lundi 10 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un superbe « Fra l’ombre e gl’orrori » de l’excellente basse Nahuel Di Pierro, l’Ensemble Diderot et Johannes Pramsohler, pour le toujours trĂšs inventif label Audax Records, pour un passionnant parcours et merveilleux voyage Ă  travers l’opĂ©ra baroque italien, de Monteverdi Ă  Vivaldi et Haendel…

    C’est un superbe CD Audax Records ADX 11210 – enregistrĂ© Salle Colonne Ă  Paris du 5 au 9 fĂ©vrier 2023 –, « Fra l’ombre e gl’orrori » – avec des airs et des symphonies de Michelangelo Rossi, Claudio Monteverdi, Francesco Cavalli, Antonio Sartorio, Marc’Antonio Ziani, Antonio Giannettini, Giovanni Bononcini, George Frideric Handel, Alessandro Scarlatti et Antonio Vivaldi ;

    et regardez ici la vidĂ©o (de 2′ 30) du trailer de ce CD ;

    ainsi, ici aussi, que la vidĂ©o de l’entretien « In Conversation » (d’une durĂ©e de 19′ 00) entre Nahuel Di Pierro & Johannes Pramsohler Ă  propos de ce CD et de son programme, un document trĂšs trĂšs Ă©clairant sur ce travail discographique et musical magnifique ! –

    que la basse profonde Nahuel Di Pierro (nĂ© Ă  Buenos Aires en 1984) et l’Ensemble Diderot que dirige du violon Johannes Pramsohler (nĂ© Ă  Sterzing, Sud-Tyrol, le 5 avril 1980), pour l’excellent label Audax Records, viennent, une nouvelle fois, nous donner, en un programme splendide, interprĂ©tĂ© avec intensitĂ© opĂ©ratique et vibrante musicalitĂ©,

    constituant un passionnant panorama du devenir des divers usages de la voix de basse, par une plĂ©iade d’excellents compositeurs, en l’Italie de l’Ăšre baroque – entre 1642 Ă  Venise, avec Monteverdi, et 1733 Ă  Londres, avec Haendel –,

    allant de Monteverdi (« L’Incoronazione di Poppea« , Ă  Venise en 1642/43) à Haendel (« Aci, Galatea e Polifemo« , Ă  Naples en 1708, « Agrippina« , Ă  Venise en 1709 et « Orlando« , Ă  Londres en 1733 – regardez ici la vidĂ©o de l’aria « Sorge infausta una procella » (d’une durĂ©e de 4′ 51)…  –, « Rinaldo« , Ă  Londres en 1711) et Vivaldi (« Tito Manlio« , Ă  Mantoue en 1719 et « Orlando« , Ă  Venise en 1727),

    en passant par – et excusez du peu ! – Francesco Cavalli (« Ercole amante« , Ă  Paris en 1662), Antonio Sartorio (« La prosperita di Elio Seiano« , Ă  Venise en 1667), Marc’Antonio Ziani (« Alba soggiogata da’ Romani« , Ă  Mantoue en 1686, « Il duello d’amore e di vendetta« , Ă  Venise en 1700), Antonio Gianettini (« L’ingresso allagiobentu di Claudio Nerone« , Ă  ModĂšne en 1692), Giovanni Bononcini (« Il ritorno di Giulio Cesare« , Ă  Vienne en 1705) et Alessandro Scarlatti (« La caduta de’ decemviri« , Ă  Naples an 1708 et « La gloria di primavera » Ă  Naples en 1716),

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    et qui vient contester, par l’exemple musical, la thĂšse un peu trop rĂ©ductrice du français Benigne de Bacilly, en son bien connu « L’art de bien chanter » de 1688 : « Les Basses ne sont quasi propres qu’Ă  exprimer la passion de la ColĂšre« ,

    ainsi que le dĂ©taillent les onze pages du judicieux et gĂ©nĂ©reux livret du CD, sous la plume du maĂźtre d’Ɠuvre de ce projet et cette rĂ©alisation musicale et discographique, le chef de l’Ensemble Diderot, Johannes Pramsohler…

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    Un CD aussi passionnant que magnifique et enthousiasmant,

    pour un tel merveilleux voyage Ă  travers la palette somptueuse des divers emplois de la voix de basse dans l’opĂ©ra italien de l’Ăšre baroque, de Monteverdi Ă  Haendel !

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    Lire aussi cet article bien détaillé intitulé « A la découverte de la basse baroque avec Nahuel Di Pierro » par Pierre Degott paru le 2 mars dernier sur le site de ResMusica :

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    À la dĂ©couverte de la basse baroque avec Nahuel di Pierro

    Dans un rĂ©cital couvrant plus d’un siĂšcle de musique baroque italienne, et l’ dĂ©ploient tous leurs sortilĂšges vocaux et instrumentaux. Un album qui met Ă  l’honneur aussi bien la voix de basse que certains rĂ©pertoires encore trop peu connus _ voilĂ .
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    Les rĂ©citals de musique baroque pour voix de basse ne sont pas si frĂ©quents, et les rares que l’on trouve sont gĂ©nĂ©ralement consacrĂ©s Ă  un compositeur unique : nous avons eu dans un passĂ© relativement rĂ©cent Lorenzo Regazzo pour Vivaldi ; le mĂȘme Regazzo, Ildebrando d’Arcangelo, Christopher Purves, Bryn Terfel ou David Thomas pour Haendel ; Alexandre Baldo pour Caldara, et bien sĂ»r nombre d’albums pour Bach. La spĂ©cificitĂ© de celui de l’Argentin est de nous emmener dans un voyage italien de plus d’un siĂšcle, partant de L’Erminia sul Giordano de (1633) _ pour son ouverture instrumentale, inaugurale de son genre… _ pour finir, chronologiquement, avec l’Orlando de Haendel (1733).
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    Si certains opĂ©ras figurant au programme sont bien connus, du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi ou Ercole amante de Cavalli aux grands tubes haendĂ©liens (Aci, Galatea e Polifemo, Agrippina, Rinaldo, Orlando) ou vivaldiens (Tito Manlio, Orlando également, dans sa version originale de 1714), l’intĂ©rĂȘt de la programmation effectuĂ©e ici est justement de proposer de riches extraits de quelques maillons manquants _ voilĂ  ! _ dans le vaste parcours qui sĂ©pare les dĂ©buts de l’opĂ©ra de la premiĂšre moitiĂ© du dix-septiĂšme siĂšcle de l’Ăąge d’or des premiĂšres dĂ©cennies du dix-huitiĂšme. Le choix des plages de l’album suit d’ailleurs un ordre parfaitement chronologique _ oui _ qui permet d’observer les Ă©volutions et transitions stylistiques ayant conduit peu Ă  peu _ oui _ d’un discours essentiellement dĂ©clamĂ© Ă  la suprĂ©matie de l’aria ABA typique des ouvrages de Haendel et Vivaldi. La scĂšne de folie de l’Orlando de Vivaldi n’en paraĂźt que plus rĂ©volutionnaire _ en effet _ dans son affranchissement par rapport Ă  cette norme. Si les opĂ©ras de Monteverdi, Haendel et Vivaldi nous sont dĂ©sormais bien connus, nous commençons aujourd’hui Ă  devenir un peu plus familiers des ouvrages d’, Giovanni Battista Bononcini ou , ceux de , Marc’Antonio Ziani et restant encore pour la plupart _ oui _ au rayon des curiositĂ©s. Que de dĂ©couvertes Ă  faire, autant pour l’originalitĂ© et la richesse des livrets que pour la qualitĂ© de la musique. À cĂŽtĂ© de certains airs bien connus de Haendel et de Monteverdi, le prĂ©sent album compte ainsi le superbe air « Selve amiche » de La prosperitĂ  di Elio Seiano de Sartorio, au cours duquel l’empereur TibĂšre, las des intrigues de la Cour, envisage le repos que va lui fournir sa retraite Ă  Capri. Autre joyau du CD, l’accompagnement ensorcelant de l’air de Jules CĂ©sar « Occhi belli » du Ritorno di Giulio Cesare de Bononcini, un des rares rĂŽles d’amoureux confiĂ©s Ă  la voix de basse. Cette derniĂšre, on le sait, Ă©tait Ă  l’Ă©poque gĂ©nĂ©ralement cantonnĂ©e dans des rĂŽles d’autoritĂ© _ voilĂ  _, ce qui forçait les chanteurs Ă  incarner des personnages de pĂšres, de rois, d’empereurs ou de dieux. Rarement Ă©taient-ils chargĂ©s d’interprĂ©ter des personnages d’amants, sauf Ă  ce qu’il s’agisse d’amoureux Ă©conduits et rejetĂ©s, comme cela est le cas pour l’empereur Claude dans Agrippina, ou Polifemo dans la cantate italienne de Haendel. Certains grands chanteurs du passĂ© comme Antonio Montagnana, Giuseppe Maria Boschi, Antonio Francesco Carli ou encore Antonio Manna, avaient pourtant rĂ©ussi, par leur talent et par la magnificence de leur voix, Ă  rivaliser _ voilĂ  _ avec les grands castrats prisĂ©s du public, Ă  qui Ă©taient la plupart du temps rĂ©servĂ©s les grands rĂŽles d’amoureux.

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    Cet album a ainsi la chance de bĂ©nĂ©ficier du concours de la basse , qui sait si bien incarner _ oui, c’est bien le mot juste _ de vĂ©ritables personnages. Loin d’en faire un barbon pontifiant selon une interprĂ©tation qui a eu ses adeptes, il est digne, noble et Ă©mouvant en SĂ©nĂšque, tout comme il sait ĂȘtre autoritaire dans le « All’armi, all’armi » de L’Alba Soggiogata da’ Romani de Ziani. Il est Ă©galement parfaitement crĂ©dible dans les rĂŽles d’amoureux comme Claude ou Jules CĂ©sar, et il est particuliĂšrement convaincant, dans ses excĂšs et sa dĂ©mesure, dans la scĂšne de folie d’Orlando de Vivaldi. La mort d’Hercule dans l’Ercole amante de Cavalli est un autre grand moment de cet album, et le chanteur sait lĂ  aussi utiliser toutes les ressources du semi-parlando pour donner vie et Ă©motion _ voilĂ  ! _ Ă  son personnage. Sur le plan strictement vocal, Nahuel Di Pierro parvient Ă  surmonter les difficultĂ©s techniques d’une Ă©criture souvent tendue, Ă  une Ă©poque oĂč l’on ne distinguait pas vĂ©ritablement les voix de basse de celles de baryton. Il ne fait ainsi qu’une bouchĂ©e des redoutables intervalles de l’air qui a donnĂ© son titre Ă  cet album, le « Fra l’ombre et gl’orrori » de la cantate Aci, Galatea e Polifemo de Haendel. Il est tout aussi Ă©tourdissant dans les folles vocalises du « Sibillar gli angui d’Aletto » du Rinaldo de Haendel, rĂ©alisĂ©es la plus grande prĂ©cision.

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    L’, dirigĂ© du violon par , est pour beaucoup _ en effet ! _ dans la rĂ©ussite de cet enregistrement, et l’on se dĂ©lectera du dialogue des violons dans l’aria du Ritorno di Giulio Cesare de Bononcini, de la flĂ»te d’, ou du clavecin de . On saluera Ă©galement l’alternance toujours pertinente _ oui _ entre pages chantĂ©es et passages instrumentaux, ainsi que la richesse du texte de prĂ©sentation _ absolument ! _  et la qualitĂ© de la prĂ©sentation de l’album, particuliĂšrement soignĂ©es pour un disque rĂ©cital. Un album qu’on aura envie d’Ă©couter en boucle, ce dont on aurait tort de se priver _ absolument ! Un rĂ©gal…

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     Michelangelo Rossi (1601/02-1656) : Sinfonia per introdutione del prologo extraite de Erminia sul giordano. Claudio Monteverdi (1567-1643) : « Amici, Ăš giunta l’hora » extrait de L’incoronazione di Poppea. Francesco Cavalli (1602-1676) : « Ma qual pungente arsura » extrait de Ercole amante. Antonio Sartorio (1630-1680) : « Selve amiche » extrait de La ProsperitĂ  di Elio Seiano. Marc’Antonio Ziani (1653-1715) : Ritornello con 2 trombe et « La fronte a quei superbi 
 All’armi, all’armi » extraits de Alba Soggiogata da’ Romani ; sinfonia extraote de Il duello d’amore e di vendetta. Antonio Giannettini (1648-1721) : « Fra l’horror d’ombre terribili » extrait de L’ingresso alla gioventĂč di Claudio Nerone. Giovanni Battista Bononcini (1670-1747) : ouverture et « Si, torno, o bella 
 Occhi belli, occhi possenti » extraits de Il ritorno di Giulio Cesare vincitore della Mauritania. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « Fra l’ombre e gl’orrori » extrait de Aci, Galatea e Polifemo ; « Nella Britannia vinta 
 Cade il mondo » extrait de Agrippina ; « O voi del mio poter 
 Sorge infausta una procella » extrait de Orlando ; « Sibillar gli angui d’aletto » extrait de Rinaldo. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : sinfonia extraite de La caduta de’ decemviri ; « Trassi dal nulla il tutto 
 Dell’alba e dell’aurora » extrait de La gloria di primavera. Antonio Vivaldi (1678-1741) : « Se il cor guerriero » extrait de Tito Manlio ; « Ah sleale, ah spergiura » extrait de Orlando. Avec Nahuel Di Pierro, basse. Ensemble Diderot, direction et violon : Johannes Pramsohler. 1 CD Audax Records. EnregistrĂ© du 5 au 9 fĂ©vrier 2023 Ă  la salle Colonne de Paris. Notice de prĂ©sentation en anglais, allemand, français et japonais. DurĂ©e : 74:02

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    Bravissimo,

    Nahuel Di Pierro et Johannes Pramsohler,

    et la troupe idĂ©ale des musiciens du toujours trĂšs inventif et passionnant, exemplaire, Ensemble Diderot…

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    Ce dimanche 9 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Impeccable Alain PlanĂšs, qui me fait pĂ©nĂ©trer et apprĂ©cier un pas de plus la poĂ©sie du piano d’humour glacĂ© d’Erik Satie…

    Le tout nouveau CD Harmonia Mundi HMM 902749 « Satie – PlanĂšs«  – enregistrĂ© Ă  Royaumont au mois de mars 2024 – me fait mieux pĂ©nĂ©trer, grĂące Ă  la poĂ©sie musicale Ă  la fois dĂ©licate et incisive du toujours parfait Alain PlanĂ©s – nĂ© Ă  Lyon le 20 janvier 1948 – un pas de plus avant dans l’univers musical assez singulier d’Erik Satie (Honfleur, 17 mai 1866 – Paris 14e, 1er juillet 1925), qui m’avait, jusqu’il y a naguĂšre – par exemple le plaisir pris Ă  l’excellent CD, aussi, de Bertrand Chamayou, « Letters to Erik Satie« , qui avait commencĂ© de m’apprivoiser Ă  ce goĂ»t musical un peu Ă©trange de l’ermite d’Arcueil (cf lĂ -dessus les confessions de mon article « La venue de Bertrand Chamayou Ă  l’Ɠuvre musical d’Erik Satie (1866 – 1925) via son affection pour l’Ɠuvre musical de John Cage (1912 – 1992) : une filiation de poiesis musicale splendide  » en date du 5 janvier dernier…  -, plutĂŽt irritĂ© par les hĂ©rissantes facĂ©ties de son humour glacĂ© provocateur…

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    Ce samedi 8 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa