C’est un superbe CD Audax Records ADX 11210 – enregistrĂ© Salle Colonne Ă Paris du 5 au 9 fĂ©vrier 2023 –, « Fra l’ombre e gl’orrori » – avec des airs et des symphonies de Michelangelo Rossi, Claudio Monteverdi, Francesco Cavalli, Antonio Sartorio, Marc’Antonio Ziani, Antonio Giannettini, Giovanni Bononcini, George Frideric Handel, Alessandro Scarlatti et Antonio Vivaldi ;
et regardez ici la vidĂ©o (de 2′ 30) du trailer de ce CD ;
ainsi, ici aussi, que la vidĂ©o de l’entretien « In Conversation » (d’une durĂ©e de 19′ 00) entre Nahuel Di Pierro & Johannes Pramsohler Ă propos de ce CD et de son programme, un document trĂšs trĂšs Ă©clairant sur ce travail discographique et musical magnifique ! –
que la basse profonde Nahuel Di Pierro (nĂ© Ă Buenos Aires en 1984) et l’Ensemble Diderot que dirige du violon Johannes Pramsohler (nĂ© Ă Sterzing, Sud-Tyrol, le 5 avril 1980), pour l’excellent label Audax Records, viennent, une nouvelle fois, nous donner, en un programme splendide, interprĂ©tĂ© avec intensitĂ© opĂ©ratique et vibrante musicalitĂ©,
constituant un passionnant panorama du devenir des divers usages de la voix de basse, par une plĂ©iade d’excellents compositeurs, en l’Italie de l’Ăšre baroque – entre 1642 Ă Venise, avec Monteverdi, et 1733 Ă Londres, avec Haendel –,
allant de Monteverdi (« L’Incoronazione di Poppea« , Ă Venise en 1642/43) à Haendel (« Aci, Galatea e Polifemo« , Ă Naples en 1708, « Agrippina« , Ă Venise en 1709 et « Orlando« , Ă Londres en 1733 – regardez ici la vidĂ©o de l’aria « Sorge infausta una procella » (d’une durĂ©e de 4′ 51)…  –, « Rinaldo« , Ă Londres en 1711) et Vivaldi (« Tito Manlio« , Ă Mantoue en 1719 et « Orlando« , Ă Venise en 1727),
en passant par – et excusez du peu ! – Francesco Cavalli (« Ercole amante« , Ă Paris en 1662), Antonio Sartorio (« La prosperita di Elio Seiano« , Ă Venise en 1667), Marc’Antonio Ziani (« Alba soggiogata da’ Romani« , Ă Mantoue en 1686, « Il duello d’amore e di vendetta« , Ă Venise en 1700), Antonio Gianettini (« L’ingresso allagiobentu di Claudio Nerone« , Ă ModĂšne en 1692), Giovanni Bononcini (« Il ritorno di Giulio Cesare« , Ă Vienne en 1705) et Alessandro Scarlatti (« La caduta de’ decemviri« , Ă Naples an 1708 et « La gloria di primavera » Ă Naples en 1716),
…
et qui vient contester, par l’exemple musical, la thĂšse un peu trop rĂ©ductrice du français Benigne de Bacilly, en son bien connu « L’art de bien chanter » de 1688 : « Les Basses ne sont quasi propres qu’Ă exprimer la passion de la ColĂšre« ,
ainsi que le dĂ©taillent les onze pages du judicieux et gĂ©nĂ©reux livret du CD, sous la plume du maĂźtre d’Ćuvre de ce projet et cette rĂ©alisation musicale et discographique, le chef de l’Ensemble Diderot, Johannes Pramsohler…
…
…
Un CD aussi passionnant que magnifique et enthousiasmant,
pour un tel merveilleux voyage Ă travers la palette somptueuse des divers emplois de la voix de basse dans l’opĂ©ra italien de l’Ăšre baroque, de Monteverdi Ă Haendel !
…
…
Lire aussi cet article bien détaillé intitulé « A la découverte de la basse baroque avec Nahuel Di Pierro » par Pierre Degott paru le 2 mars dernier sur le site de ResMusica :
…
…
…
…
Le 2 mars 2025 par Pierre Degott
…
…
Dans un rĂ©cital couvrant plus d’un siĂšcle de musique baroque italienne, Nahuel di Pierro et l’Ensemble Diderot dĂ©ploient tous leurs sortilĂšges vocaux et instrumentaux. Un album qui met Ă l’honneur aussi bien la voix de basse que certains rĂ©pertoires encore trop peu connus _ voilĂ .

…
…
Les rĂ©citals de musique baroque pour voix de basse ne sont pas si frĂ©quents, et les rares que l’on trouve sont gĂ©nĂ©ralement consacrĂ©s Ă un compositeur unique : nous avons eu dans un passĂ© relativement rĂ©cent Lorenzo Regazzo
pour Vivaldi ; le mĂȘme Regazzo,
Ildebrando d’Arcangelo, Christopher Purves, Bryn Terfel ou David Thomas pour Haendel ; Alexandre Baldo pour Caldara, et bien sĂ»r nombre d’albums pour Bach. La spĂ©cificitĂ© de celui de l’Argentin
Nahuel di Pierro est de nous emmener dans un voyage italien de plus d’un siĂšcle, partant de
L’Erminia sul Giordano de
Michelangelo Rossi (1633) _ pour son ouverture instrumentale, inaugurale de son genre… _ pour finir, chronologiquement, avec l’
Orlando de Haendel (1733).
…
…
Si certains opĂ©ras figurant au programme sont bien connus, du Couronnement de PoppĂ©e de Monteverdi ou Ercole amante de Cavalli aux grands tubes haendĂ©liens (Aci, Galatea e Polifemo, Agrippina, Rinaldo, Orlando) ou vivaldiens (Tito Manlio, Orlando également, dans sa version originale de 1714), l’intĂ©rĂȘt de la programmation effectuĂ©e ici est justement de proposer de riches extraits de quelques maillons manquants _ voilĂ ! _ dans le vaste parcours qui sĂ©pare les dĂ©buts de l’opĂ©ra de la premiĂšre moitiĂ© du dix-septiĂšme siĂšcle de l’Ăąge d’or des premiĂšres dĂ©cennies du dix-huitiĂšme. Le choix des plages de l’album suit d’ailleurs un ordre parfaitement chronologique _ oui _ qui permet d’observer les Ă©volutions et transitions stylistiques ayant conduit peu Ă peu _ oui _ d’un discours essentiellement dĂ©clamĂ© Ă la suprĂ©matie de l’aria ABA typique des ouvrages de Haendel et Vivaldi. La scĂšne de folie de l’Orlando de Vivaldi n’en paraĂźt que plus rĂ©volutionnaire _ en effet _ dans son affranchissement par rapport Ă cette norme. Si les opĂ©ras de Monteverdi, Haendel et Vivaldi nous sont dĂ©sormais bien connus, nous commençons aujourd’hui Ă devenir un peu plus familiers des ouvrages d’Antonio Sartorio, Giovanni Battista Bononcini ou Alessandro Scarlatti, ceux de Michelangelo Rossi, Marc’Antonio Ziani et Antonio Giannettini restant encore pour la plupart _ oui _ au rayon des curiositĂ©s. Que de dĂ©couvertes Ă faire, autant pour l’originalitĂ© et la richesse des livrets que pour la qualitĂ© de la musique. Ă cĂŽtĂ© de certains airs bien connus de Haendel et de Monteverdi, le prĂ©sent album compte ainsi le superbe air « Selve amiche » de La prosperitĂ di Elio Seiano de Sartorio, au cours duquel l’empereur TibĂšre, las des intrigues de la Cour, envisage le repos que va lui fournir sa retraite Ă Capri. Autre joyau du CD, l’accompagnement ensorcelant de l’air de Jules CĂ©sar « Occhi belli » du Ritorno di Giulio Cesare de Bononcini, un des rares rĂŽles d’amoureux confiĂ©s Ă la voix de basse. Cette derniĂšre, on le sait, Ă©tait Ă l’Ă©poque gĂ©nĂ©ralement cantonnĂ©e dans des rĂŽles d’autoritĂ© _ voilĂ _, ce qui forçait les chanteurs Ă incarner des personnages de pĂšres, de rois, d’empereurs ou de dieux. Rarement Ă©taient-ils chargĂ©s d’interprĂ©ter des personnages d’amants, sauf Ă ce qu’il s’agisse d’amoureux Ă©conduits et rejetĂ©s, comme cela est le cas pour l’empereur Claude dans Agrippina, ou Polifemo dans la cantate italienne de Haendel. Certains grands chanteurs du passĂ© comme Antonio Montagnana, Giuseppe Maria Boschi, Antonio Francesco Carli ou encore Antonio Manna, avaient pourtant rĂ©ussi, par leur talent et par la magnificence de leur voix, Ă rivaliser _ voilĂ _ avec les grands castrats prisĂ©s du public, Ă qui Ă©taient la plupart du temps rĂ©servĂ©s les grands rĂŽles d’amoureux.
…
…
Cet album a ainsi la chance de bĂ©nĂ©ficier du concours de la basse Nahuel Di Pierro, qui sait si bien incarner _ oui, c’est bien le mot juste _ de vĂ©ritables personnages. Loin d’en faire un barbon pontifiant selon une interprĂ©tation qui a eu ses adeptes, il est digne, noble et Ă©mouvant en SĂ©nĂšque, tout comme il sait ĂȘtre autoritaire dans le « All’armi, all’armi » de L’Alba Soggiogata da’ Romani de Ziani. Il est Ă©galement parfaitement crĂ©dible dans les rĂŽles d’amoureux comme Claude ou Jules CĂ©sar, et il est particuliĂšrement convaincant, dans ses excĂšs et sa dĂ©mesure, dans la scĂšne de folie d’Orlando de Vivaldi. La mort d’Hercule dans l’Ercole amante de Cavalli est un autre grand moment de cet album, et le chanteur sait lĂ aussi utiliser toutes les ressources du semi-parlando pour donner vie et Ă©motion _ voilĂ ! _ Ă son personnage. Sur le plan strictement vocal, Nahuel Di Pierro parvient Ă surmonter les difficultĂ©s techniques d’une Ă©criture souvent tendue, Ă une Ă©poque oĂč l’on ne distinguait pas vĂ©ritablement les voix de basse de celles de baryton. Il ne fait ainsi qu’une bouchĂ©e des redoutables intervalles de l’air qui a donnĂ© son titre Ă cet album, le « Fra l’ombre et gl’orrori » de la cantate Aci, Galatea e Polifemo de Haendel. Il est tout aussi Ă©tourdissant dans les folles vocalises du « Sibillar gli angui d’Aletto » du Rinaldo de Haendel, rĂ©alisĂ©es la plus grande prĂ©cision.
…
…
L’Ensemble Diderot, dirigĂ© du violon par Johannes Pramsohler, est pour beaucoup _ en effet ! _ dans la rĂ©ussite de cet enregistrement, et l’on se dĂ©lectera du dialogue des violons dans l’aria du Ritorno di Giulio Cesare de Bononcini, de la flĂ»te d’Alexis Kossenko, ou du clavecin de Philippe Grisvard. On saluera Ă©galement l’alternance toujours pertinente _ oui _ entre pages chantĂ©es et passages instrumentaux, ainsi que la richesse du texte de prĂ©sentation _ absolument ! _  et la qualitĂ© de la prĂ©sentation de l’album, particuliĂšrement soignĂ©es pour un disque rĂ©cital. Un album qu’on aura envie d’Ă©couter en boucle, ce dont on aurait tort de se priver _ absolument ! Un rĂ©gal…
…
…
 Michelangelo Rossi (1601/02-1656) : Sinfonia per introdutione del prologo extraite de Erminia sul giordano. Claudio Monteverdi (1567-1643) : « Amici, Ăš giunta lâhora » extrait de Lâincoronazione di Poppea. Francesco Cavalli (1602-1676) : « Ma qual pungente arsura » extrait de Ercole amante. Antonio Sartorio (1630-1680) : « Selve amiche » extrait de La ProsperitĂ di Elio Seiano. MarcâAntonio Ziani (1653-1715) : Ritornello con 2 trombe et « La fronte a quei superbi ⊠Allâarmi, allâarmi » extraits de Alba Soggiogata daâ Romani ; sinfonia extraote de Il duello dâamore e di vendetta. Antonio Giannettini (1648-1721) : « Fra lâhorror dâombre terribili » extrait de Lâingresso alla gioventĂč di Claudio Nerone. Giovanni Battista Bononcini (1670-1747) : ouverture et « Si, torno, o bella ⊠Occhi belli, occhi possenti » extraits de Il ritorno di Giulio Cesare vincitore della Mauritania. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « Fra lâombre e glâorrori » extrait de Aci, Galatea e Polifemo ; « Nella Britannia vinta ⊠Cade il mondo » extrait de Agrippina ; « O voi del mio poter ⊠Sorge infausta una procella » extrait de Orlando ; « Sibillar gli angui dâaletto » extrait de Rinaldo. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : sinfonia extraite de La caduta deâ decemviri ; « Trassi dal nulla il tutto ⊠Dellâalba e dellâaurora » extrait de La gloria di primavera. Antonio Vivaldi (1678-1741) : « Se il cor guerriero » extrait de Tito Manlio ; « Ah sleale, ah spergiura » extrait de Orlando. Avec Nahuel Di Pierro, basse. Ensemble Diderot, direction et violon : Johannes Pramsohler. 1 CD Audax Records. EnregistrĂ© du 5 au 9 fĂ©vrier 2023 Ă la salle Colonne de Paris. Notice de prĂ©sentation en anglais, allemand, français et japonais. DurĂ©e : 74:02
AUDAX RECORDS
…
Bravissimo,
Nahuel Di Pierro et Johannes Pramsohler,
et la troupe idĂ©ale des musiciens du toujours trĂšs inventif et passionnant, exemplaire, Ensemble Diderot…
…
…
Ce dimanche 9 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa