Catégorie : Philo

  • Sur le « rencontrer » _ philosophique : le point de vue du « prof de philo »

    Pour prolonger l’article précédent, à propos de “Portraits de maîtres _ les profs de philo vus par leurs élèves“, sous la direction de Jean-Marc Joubert & Gibert Pons, aux Editions du CNRS (paru au mois d’octobre 2008),

    ce message à Frédéric Brahami, en accompagnement de l’envoi de mon article précédent _ « de ce que c’est qu’un « maître » de philosophie _ quand s’effondre l’Ecole » _ où je cite des extraits _ passionnants ! _ de sa contribution à ce livre (aux pages 139 à 142) :

    …

     De :   Titus Curiosus

    Objet : Article sur « Portraits de maîtres »
    Date : 10 décembre 2008 06:48:37 HNEC
    À :   Frédéric Brahami

    …

    Etat des lieux provisoire
    sur le recueil « Portraits de maîtres _ les profs de philo vus par leurs élèves » (aux Editions du CNRS).
    …
    Je pense que je rédigerai un article plus synthétique
    _ ainsi que « critique » _
    sur ce « recueil » de témoignages un peu inégal, dans sa diversité,
    en même temps que nécessaire
    quand l’École est menacée ;
    …
    et le rôle que peuvent jouer
    des profs de philo
    ,
    qui n’auront pas nécessairement de « disciples »,
    mais marqueront tout de même; et peut-être en profondeur,
    pour leur vie d’ »homme »
    (et « non in-humain », comme le dit Bernard Stiegler dans « Prendre soin 1« )
    quelques uns des « élèves »
    que l’institution scolaire
    leur a permis
    _ donné l’occasion, explosive parfois _ de « rencontrer »…
    …
    Voici un lien pour mon  article
    « de ce que c’est qu’un « maître » de philosophie _ quand s’effondre l’Ecole »

    …

    D’autre part, voici ce que j’ai pu écrire _ et qui avait paru sur le site Ars Industrialis de Bernard Stiegler le 5 avril 2007 _
    sur le « point de vue » du « prof de philo » (de Terminale, au lycée) quant au « rencontrer » ses élèves
    dans l’activité du « philosopher »
    du (simple) cours de philo…

    …
    Je cite un « passage » de l’article…
    …
    Bien à toi
    (où en es-tu de ton travail sur les Maistre, Bonald, etc… ?
    car j’ose l’attendre, depuis que tu m’en as parlé !..),
    …
    Titus
    …
    Voici _ sans retouches _ l’extrait de cet article de mars-avril 2007 :
    …
    Ce régime assez divers de tonalités diverses de « rencontres », je l’éprouve particulièrement pour ce qui me concerne dans mon métier et mon travail, au quotidien, de professeur de philosophie, avec la diversité _ grande _ de mes élèves _ et des progrès que j’en attends, que j’en espère, et qui me ravissent quand ils se sont en effet _ car cela, mais oui, arrive ! _ comme hegeliennement réalisés (= passés de la puissance à l’acte). Même si j’œuvre _ heureusement ! _ à plus longue échéance que celle de l’examen de fin d’année _ et de ses statistiques habilement manipulées pour la galerie, qui on ne peut plus complaisamment, et avec courbettes, s’y laisse prendre.
    …
    La classe de philosophie est cependant, et en effet, pour moi, sans contrefaçon aucune pour quelque galerie que ce soit _ les élèves à ce jeu n’ont heureusement pas, eux la moindre fausse complaisance ! _ un vrai lieu d’activité permanent _ et donc privilégié, éminemment chanceux, selon, bien sûr, l’inspiration des jours, et de chacun, et de tous ; tous ayant droit à la parole et plus encore à l’écoute, ainsi qu’à la critique bienveillante, encourageante, joyeuse, mais aussi exigeante, des autres, et d’abord, bien sûr du professeur, responsable de l’entité « classe » et de sa « vérité » _ un lieu, donc, de rencontres, un lieu vibrant et aimanté de sens, un lieu électrique où doit progresser, et progresse la conscience…
    …
    Entrer dans la classe, s’approcher de la chaire, et après avoir déballé l’attirail plus ou moins nécessaire ou contingent, après « l’appel » _ au cours duquel je m’avise avec soin de l’état de chacun par ce qu’annonce son visage, son teint, sa posture, ainsi que la voix qui répond, mais d’abord de son regard, en avant de tous les autres signes _, et dans l’échange vivant de nos regards, commencer à parler. A convoquer le sens _ « Esprit, es-tu là ? Viens ! Consens à descendre parmi nous, et en nous : et à nous animer de ta raison !« _, à partir de notre commun questionnement, notre socratique _ et « pentecôtique » ? _ dialogue.
    …
    Voilà qui réclame infiniment de présence, c’est-à-dire d’attention, de ré-flexion, de chacun et de tous _ et d’abord du professeur, qui conduit les opérations. Un exercice exigeant. A l’aune de l’idéal de la justesse. Et sur un mode le plus joyeux possible _ le professeur, tout le premier, doit être le plus constamment possible en grande forme !

    …

    Car ici et maintenant, en cette salle de classe, tout _ ou presque _ se met à tourner autour du règne de la parole. Qui doit être aussi, bien sûr, ou plutôt devenir le règne de la pensée : sommée _ ou plutôt invitée, encouragée _ de s’interroger, de réfléchir, de méditer. Afin d’oser, en confiance, à s’essayer à juger. Et puis justifier ses raisons.

    …

    Dans l’espace public et protégé de la classe, qui comprend, entre l’espace formidablement libre de ses murs, et dans une acoustique qu’il faut espérer adaptée, l’échange de nos paroles, de nos phrases, s’essayant et se mesurant, par l’effort du « penser » à la justesse ardemment désirée du bien pesé, du bien jugé, du bien pensé…

    …

    Emmanuel Kant : « Penserions-nous bien et penserions-nous beaucoup, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ?«  (dans « La Religion dans les limites de la simple raison » _ vigoureux opuscule contre la censure). Soit une rencontre avec l’idéal de vérité et de justesse du jugement, dans l’échange à la fois inquiet et joyeux du « juger ».

    …

    De même que pour Montaigne, instruire, c’est essentiellement former le jugement. Exercice pédagogique exigeant.

    …

    Voilà ce qu’est la rencontre pédagogique philosophique.

    …

    Entre nous. Autour de la parole. Autour de, et par l’échange _ et cette « rencontre » de vérité. Et pour _ c’est-à-dire au service de _ la réflexion, et dans la tension vers sa justesse. Chacun, comme il le peut. Avec un style qui va peut-être se découvrir, pour chacun. Car, « le style, c’est l’homme même« , nous enseigne Buffon en son « Traité du style« .

    …

    Comment accéder à « son » style ? Comment accomplir une œuvre qui soit vraiment « sienne » _ et sans se complaire dans de misérables égocentriques illusions ? Là, c’est l’affaire d’une vie, pas seulement d’une année de formation de philosophie.

    …

    Celle-ci peut et doit encourager et renforcer un élan _ même si elle n’est pas capable de le créer de toutes pièces _ ainsi que l’aider de conseils à ne pas s’égarer dans de premières voies qui aliéneraient ; afin de découvrir soi-même, en apprenant à le tracer, pas à pas et positivement, son propre chemin. « Vadetecum« , recommandait Nietzsche dans « le Gai savoir » à qui désirait un peu trop mécaniquement devenir son disciple, le suivre : « Vademecum, vadetecum« … La réussite du maître, et c’est un paradoxe bien connu, c’est l’émancipation _ autonome _ de l’élève.
    …
    J’adore, pour cela, cette situation « pédagogique », bien particulière, sans doute, à l’enseignement de la philosophie _ ou plutôt du « philosopher » : « on n’enseigne pas la philosophie, on enseigne à philosopher« , disait encore Kant, après Socrate, et d’autres. C’est que c’est un art, et pas une technique. Un art un peu « tauromachique » _ c’est-à-dire n’hésitant pas à s’exposer mortellement à la corne du taureau _, à l’instar de la mise en danger qu’évoque si superbement Michel Leiris dans sa préface à « L’âge d’homme« .

    …

    Situation particulière encore, aussi, peut-être, à ma pratique personnelle _ si tant est que j’ose une telle expression _ de cet enseignement « philosophique », tel que je le conçois, comme je l’ai bricolé, cahin-caha, tout au long de ces années, avec les générations successives d’élèves. Car j’ai aussi bien sûr beaucoup appris d’eux, par eux, avec eux, dans ce ping-pong d’une classe vivante, où vraiment, avec certains, sinon tous, nous nous « rencontrons »par le questionnement vif et exigeant de la parole.

    …

    Comme j’ai moi-même au lycée vraiment rencontré mon professeur de philosophie de Terminale, Madame Simone Gipouloux : un modèle d’humanité, dans toute sa modestie, et son sourire _ parfaitement intact dans son grand âge _, une personne simplement épanouie dans une gravité joyeuse.
    …
    Avec les élèves : voilà, j’aime ça.

    …
    Ainsi est-ce une grande chance pour moi que d’avoir _ et d’être rétribué pour cela _ à « rencontrer » ainsi, en mon service hebdomadaire, mes élèves…

    …

    En partie indépendamment de son efficacité, certes assez inégale, je prends à cet effort un plaisir important. Mieux : une joie portante. Une vivifiante jeunesse.

    …
    Même si pour certains, voire beaucoup d’entre ces élèves _ et au pire, mais c’est quand même très rare, une classe entière : alors quel boulet ! _ rien, ou pas grand chose, vraiment ne se passe, rien d’intéressant n’advient durant tout ce temps. Pas d’étincelle, pas de lueur s’allumant au moins dans la prunelle de l’œil, pas d’enthousiasme, pas de progrès… Les dieux, qui sont « aussi dans le foyer«  _ ainsi que le montrait du geste Héraclite cuisinant_, se taisant désespérément alors, n’inspirant aucune pensée, n’éveillant aucun éclair d’intelligence, désertant tristement les tentatives d’échanges… « Le grand Pan » est mort pour ceux-là. Je n’aurai pas réussi à éveiller-réveiller ces dormeurs d’Éphèse… C’est aussi, en partie, le lot de cet enseignement, il faut en convenir. On se console en se disant qu’on sème _ et qu’on aura semé _ pour l’avenir…

    …

    Mais c’est déjà, objectivement, le jeu statistique de la vie, en dépit des occasions qui nous sont encore offertes _ pour combien de temps, les budgets se réduisant ? _ par la configuration des espaces et constructions scolaires et des emplois du temps… Jeu statistique aidé, accéléré ou retardé, par l’évolution _ ce mot trop souvent trompeur _ politico-économique des « structures »… L’acteur, se démenant, échouant parfois à dynamiser, à sa modeste mais nécessaire place et par sa modeste mais nécessaire contribution, le système pourtant maintenu en état, et qui continue à présenter une apparence _ rassurante ou illusoire ? _ de solidité… Pour combien de temps ? Et avec quelles énergies ?
    …
    Dans la vie, c’est pareil : j’aime « rencontrer », j’aime « échanger », j’aime cette situation électrique de « désirs » (= curiosités) « croisés » _ même, et c’est la règle, de fait comme de droit, peu érotisés : cela m’arrange, je suis plutôt un chaste.  Cela n’empêchant pas une vive et permanente dimension « esthétique » du vivre, de l’ordre même du jubilatoire _ jusqu’à l’éclat de rire joyeux…

    …

    Même si la plupart du temps, je dois en convenir, j’ai le sentiment de croiser pas mal d’ombres. Et pas de celles, errantes, qui enchantent de leurs émois le monde musical si pleinement vivant d’un François Couperin.
    …
    Etc…
    …

    Fin du message à Frédéric Brahami.

    …
    Titus Curiosus, ce 10 décembre 2008

  • De ce que c’est qu’un « maître » de philosophie _ quand s’effondre l’Ecole…

    Sur le passionnant et riche _ à foison _ « Portraits de maîtres _ les profs de philo vus par leurs élèves« ,
    recueil d’une pléïade de contributeurs

    _ d’Alcibiade (et Pierre Laromiguière, Jules Lagneau et Alain) à Frédéric Brahami, Barbara Stiegler et Pierre Bergounioux parmi un peu plus d’une soixantaine) _,
    sous la direction de Jean-Marc Joubert & Gibert Pons, aux Editions du CNRS (paru au mois d’octobre 2008)
    …
    Un témoignage non seulement très riche, mais plus que nécessaire et sans prix

    à un moment _ comme il en est d’assez « récurrents » (de la part de ceux que « trop penser » dérange !) _ de particulière « déconstruction » de l’Ecole, sous divers prétextes (vertueux) d’efficacité et économie

    en temps de compétitivité commerciale exacerbée et de « vaches (particulièrement) maigres » (pour certains ; pas pour tous…)…
    …
    Après _ au chapitre d’entrée : « Quelques maîtres du passé » _ de fort beaux et très puissants textes issus des plumes de Platon (« le portrait de Socrate par Alcibiade« , in « Le Banquet » de Platon),
    de Taine (le portrait de « Pierre Laromiguière » (1756-1837), in « Les Philosophes classiques en France » d’Hippolyte Taine _ 4ème édition en 1876 à la Librairie Hachette),
    d’Alain (des « Souvenirs concernant Jules Lagnaud« , in « Les Passions et la sagesse » d’Alain)
    et de Georges Bénézé (« Généreux Alain« ),
    ainsi que de Michel Alexandre (« Rencontre d’Alain« , in un numéro spécial d’ »Hommage à Alain » de la N.R.F? en 1952 ;
    …
    la principale partie concerne les « Maîtres d’ici » _ 59 articles _ ;
    suivie d’un appendice « Quelques maîtres d’ailleurs » (qu’en France, et au nombre de 4)…
    …
    « Profs de philo » ? « Maîtres« ? L’intuition de départ de Jean-Marc Joubert
    _ « Directeur du département de Lettres Modernes de l’ICS« , à La-Roche-sur-Yon _
    allait vers les premiers ;

    mais le titre _ « bien meilleur » ! (page 9) _ de « Portrait de maîtres » lui a été suggéré par son ami
    _ « et complice » : co-animateur de l’entreprise éditoriale ; critique d’art, photographe, et professeur de philosophie au lycée d’Ussel & à l’Université de Limoges ; dont le préambule est de belle qualité… _
    Gilbert Pons :

    …

    les articles des contributeurs ayant tendance à se focaliser plus ou moins sur ce « qualificatif » _ toujours un peu problématique _ de « maître », envers un élève ;

    ou envers un disciple ;
    depuis que nous avons appris, de Kant
    (dans la « Critique de la raison pure« ) que :

    …

    « On ne peut apprendre aucune philosophie ;
    car où est-elle,
    qui la possède
    et à quoi peut-on la connaître ?

    …

    On ne peut qu’apprendre à philosopher ?« 
    …
    Nietzsche, lui, nous donnant à entendre, par son Zarathoustra,
    ou ailleurs _ ainsi dans la préface du « Gai savoir« ,
    que l’unique sagesse à « gagner »
    est, non de « suivre » la voie de son maître,
    mais de « découvrir la sienne
     » :
    « Vademecum _ si tu veux vraiment me suivre _, vadetecum » _ c’est toi-même qu’il te faut « découvrir » et apprendre à « inventer »-« suivre »…
    …
    How to teach
    how to learn
    …
    …
    A titre d’exemple, ce petit échange hier
    _ j’ai commencé par « grapiller », en relevant les noms de maîtres personnellement connus ;
    ainsi que de leurs élèves, que je connais aussi _
    avec un des contributeurs : l’excellent Frédéric Brahami :
    …
    De :      Titus Curiosus
    Objet :     Camille Pernot
    Date :     6 décembre 2008 19:30:33 HNEC
    À :       Frédéric Brahami

    …
    Quel bel (et juste) article sur ce que peut être le « charme » d’un enseignement philosophique,
    à travers ce superbe portrait de Camille Pernot,
    cher Frédéric !

    …
    Pour moi qui ose écrire sur la « délicatesse » du « rencontrer » _ et son « non-art » !

    cf le titre de ma conférence samedi prochain à Aix, à la NonMaison : « pour un nonart du rencontrer » !.. _,

    ….

    de même que je me suis risqué à quelques remarques-réflexions sur l’intime (à travers le beau livre de Michaël Foessel « La Privation de l’intime« )
    cf mon article du 11 novembre : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie »

    …
    et sur le « care«  _ et la traduction (discutable…) de « sollicitude » _ (à travers le livre de Fabienne Brugère : “Le Sexe de la sollicitude“)
    cf mon article du 26 novembre : « pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère »

    …
    quelle magnifique leçon, cher Frédéric…
    …
    Je ne sais si se trouve encore aisément « La politesse, et sa philosophie« 

    _ parue au PUF, en 1996 _,
    mais voilà quelque chose qu’il me plairait assurément de déchiffrer bien attentivement.
    …
    Merci pour ton (pas petit) talent (d’attention) !
    …
    Bien à toi,
    …
    Titus
    …
    Sur la conférence bordelaise _ à mon initiative _ de Bernard Sève,
    encore ceci :
    l’article du 14 novembre : « Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève : sur le tissage de l’écriture et de la pensée de Montaigne »

    …
    La réponse de Frédéric :
    …
    De :       Frédéric Brahami
    Objet :     Rép : Camille Pernot
    Date :     6 décembre 2008 21:28:16 HNEC
    À :      Titus Curiosus

    …
    Merci à toi. Tu sais que M. Pernot est mort, je suppose.
    à un de ces jours, peut-être
    fred

    …
    Et la mienne :
    …
    De :       Titus Curiosus
    Objet :     Notices (sur Camille Pernot)
    Date :     6 décembre 2008 22:25:12 HNEC

    À :       Frédéric Brahami
    …
    J’ignorais que M. Pernot était mort :
    les notices du livre sont si rudimentaires, qu’elles en sont, carrément, « déficientes ».
    Tout au plus, peut-on le deviner, car la notice (page 372) emploie pour M. Pernot l’imparfait…
    …
    Je vais rédiger un article demain sur mon blog mollat
    sur ce livre (« Portraits de maîtres« )

    à la fois symptomatique de notre présent,
    et bel hommage à ce qui demeurait encore de « qualitatif » (à travers les personnes de ces « maîtres« ) dans l’Ecole
    qu’on est en train présentement d’allégrement démolir…

    …
    J’ai plaisir en tout cas à lire certains « portraits » _ notamment de ceux que j’ai pu connaître personnellement (Ferdinand Alquié, Eric Blondel, Etienne Borne, Bernard Bourgeois, François Dagognet, Jacques Derrida, Christiane Menasseyre, Jean-Claude Pariente, André Pessel) _,
    de même que l’écriture et le style (de penser) de certains des « portraitistes », dont toi (et Pierre Bergounioux, Barbara Stiegler, Frédéric Worms)…
    …
    Titus
    …
    En fait, la table des matières fournit quelques dates (de naissance et de décès) ; mais pas systématiquement !..
    …
    Bien sûr,
    les initiateurs de ce très beau projet ont _ un peu aléatoirement _ reçu réponse, ou pas, des « élèves » (de « maîtres« ) qu’ils avaient sollicités ;
    et de qualité un peu variable ;
    certaines
    _ et même beaucoup _ sont magnifiques :

    …

    outre celles de Barbara Stiegler (« la philosophie comme discipline érotique« ) à propos de son professeur (en khâgne à Henri IV, en 1990) Pierre Jacerme _ pages 255 à 259 _ ;
    et de Frédéric Brahami à propos (du « charme _ proprement _ philosophique« ) de Camille Pernot _ pages 139 à 142 _,
    sur le « charme philosophique », donc :
    …
    en cette dernière, de Frédéric Brahami, je relève ceci :
    …
    « Le trait le plus marquant

    _ du « charme proprement philosophique » de Camille Pernot _

    en était l’identité de la précision et de la distance.
    (…) C’était la précision elle-même qui mettait à distance l’objet du cours. Je me souviens d’une séance sur l’animal chez Descartes.
    (…) A mesure que l’exposé doctrinal se construisait dans une rigueur sans faille, c’étaient les failles de Descartes qui venaient au jour.
    Ce n’était pas l’incantation des grands mots attendus et bien-pensants sur la nécessité de penser par soi-même,
    mais la droiture intellectuelle,
    la netteté de la précision,
    l’attachement au détail toujours reporté à l’ensemble,
    qui engendrait, par la pure efficacité de l’analyse, la distance critique.
     »
    …
    Ou, à propos de David Hume :
    « Ainsi le mot obvious

    ne signifiait-il plus évident, comme les traducteurs sont plus ou moins obligés de le rendre :
    s’y manifestait toute une philosophie de la rencontre,
    de l’apparaître,
    de l’événement même ;

    …

    et la phrase que Hume avait ironiquement écrite dans un anglais scrupuleusement facile et apparemment transparent,
    se métamorphosait en une autre phrase, dans laquelle les catégories fondamentales, comme celles d’évidence et de vérité,
    se détachaient de leur ancrage classique,
    de leur milieu « cartésien »,
    et devenaient inquiétantes par leurs implications.

    …

    L’évidence n’avait plus rien à voir avec la saisie tranquille d’une intuition intellectuelle indubitable par un esprit maître de soi,
    elle résultait de la force d’une rencontre
    qui faisait violence à l’esprit
    en lui imposant son autorité.

    …

    C’était d’une efficacité parfaite, parce que c’était encore l’union des qualités contraires :

    la profondeur de la pensée dans la transparence« …

    …

    Quelle acuité, cher Frédéric !
    …
    Et, en conclusion de l’article de Frédéric, encore ceci :

    …

    « Il peut paraître paradoxal de parler de l’enseignement d’un maître de philosophie en témoignant de l’efficacité de son charme

    _ philosophique !
    Le charme relève de la magie, de la fascination,
    de tout ce contre quoi, en somme, lutte la philosophie.

    La philosophie, c’est la raison ; et la raison désenchante le monde. C’est vrai.

    …

    Mais ce n’est vrai que d’une vérité générale, cela ne vaut que dans les manuels scolaires.
    Car nous savons tous,
    nous qui avons été marqués par un professeur,
    que la philosophie n’a pris un sens vivant pour nous
    que par la force affective qu’enveloppait une présence.

    …

    L’intelligence de l’acuité n’est pas sèche ;
    et la distance elle-même,
    ce qu’on appelle en anglais
    carelessness,
    est un délicat affect philosophique.« 

    …

    Fin

    _ superbe (parce qu’aussi belle que juste, et juste que belle !) _

    de l’article de Frédéric Brahami, page 142.
    …
    Quant à la contribution de Barbara Stiegler (à propos des « séances » de cours _ « musicales » !.. _ de Pierre Jacerme,

    …

    je lis (page 256) :

    …

    « Du côté de la partition,

    nous avions toujours accès au meilleur,
    c’est-à-dire aux plus grands textes.
    Du côté de l’interprétation, ce que nous entendions ressemblait à une lente rhapsodie,
    apparemment libre et décousue.
    Pierre Jacerme savait prendre son temps
    pour laisser venir sa lecture,
    qu’il semblait inventer devant nous,
    comme un pianiste invente chaque fois son interprétation, ici et maintenant,
    et ce en dépit des innombrables
    « répétitions » qui le prémunissent seulement de l’improvisation
    et jamais de l’invention.

    …
    La parole de Pierre Jacerme ne visait ni les effets (du théâtral),
    ni le brio ou la virtuosité (du prétoire),
    ni l’autorité (de la parole politique).

    …

    C’était la parole lente
    et comme étouffée
    d’un travailleur souterrain,
    s’épuisant à forer les profondeurs d’une question
    jusqu’à atteindre son point brûlant et incandescent
    : les contradictions en fusion,
    constituant, pour lui et nous, la seule matrice possible de la pensée philosophique.

    …
    Parce qu’il n’ y avait jamais de « message » dans la séance que nous vivions,
    parce qu’en un sens il n’y avait aucune « démonstration » défendant une thèse positive avec les ressources habituelles de l’argumentation rationnelle,
    parce que ce à quoi nous assistions
    était bien plutôt un forage des profondeurs à la recherche des tensions internes du sous-sol,

    la matière sonore qui coulait dans nos oreilles
    ressemblait plus à de la lave en fusion
    qu’à un cours structuré
    avec ses parties et ses sous-parties, ses arguments et ses contre-arguments.

    …
    Bref,
    nous étions comme des chairs ayant à organiser le flux, elles-mêmes en première personne,
    situation hautement philosophique

    que je retrouvais quelques années plus tard,
    précisément dans ces termes,
    du côté de Nietzsche décrivant les amours de Dionysos et d’Ariane
    « …
    …
    « Car il s’agissait, en effet, d’amour.
    Je me souviens que Pierre Jacerme lui-même nous avait montré avec insistance,
    commentant le
    « Ménon » de Platon,
    que la philosophie ne pouvait être qu’une
    « discipline érotique ».
    …
    L’éros devait, pour que la séance se déroule, exister de part et d’autre :
    du côté du texte et de son interprétation,

    qui avaient besoin d’oreilles aimées et amies qui les entendent et les reçoivent,
    du côté des oreilles elles-mêmes, qui avaient besoin d’aimer le flux saturé de contradiction
    pour le supporter
    et prendre le risque de s’y exposer.

    …
    Or, comme dans le « Ménon« , l’éros n’allait pas sans les conflits violents d’un corps à corps.
    Comme dans toute pratique érotique,
    nous faisions l’expérience,
    parfois pénible et douloureuse,
    d’une haute circulation affective.
    …

    (…) Cette circulation affective
    avait de tout autres enjeux que psychologiques.
    Elle prenait sens
    sur le fond d’une pratique intensive de l’
    « amour du lointain ».

    …

    Avide de lointain et d’étranger,
    Pierre Jacerme s’efforçait de nous initier par intermittences à la lumière dépaysante des contrées les plus lointaines
    :
    celles notamment des
    « primitifs » d’Océanie et d’Asie, deux continents qu’il connaissait et qu’il aimait,
    et qui jetaient leur lueur lointaine
    et, pour nous,
    « tout autre »,
    sur la Grèce et sur l’Occident.

    …
    Je découvris plus tard que cet effort
    prolongeait fidèlement l’ambition de Nietzsche :
    « Enseigner l’éloignement vers l’étranger (« Entfremdung« ) dans tous ses sens »,
    en vue de « creuser des fossés » brisant « l’égalisation » des modes de pensée (in « Fragment posthume« , 1855 36 (17) )
    …
    Je ne voudrais _ non plus que ne pourrais _ conclure cet article
    sans
    saluer tendrement Simone Gipouloux,
    mon professeur de philosophie de Terminale,
    qui m’a donné ce même désir (de l’ »amour du lointain« ) du philosopher,
    comme sens de la non-inhumanité ;

    …

    ainsi que le cher souvenir de Jean-Marie Pontévia,
    maître en æsthétique

    cf, qui demeurent, ses « Ecrits sur l’Art et Pensées détachées » (aux Éditions William Blake and Co)…
    …
    Titus Curiosus, ce 7 décembre 2008

  • Pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère : penser la « sollicitude » et l’ »intime »

    Pour prolonger la conférence d’hier soir de Fabienne Brugère, sur « Le Sexe de la sollicitude« 

    _ dans les salons Albert-Mollat,

    et dans le cadre de la saison 2008-2009 des conférences de la Société de philosophie de Bordeaux _,
    ce petit mot (à un ami) :

    …
    Cher Rolandas,
    …
    Après Fabienne,
    c’est Guillaume
    qui hier soir, en aparté à la conférence _ salle pleine (des salons Mollat illuminés) _ de Fabienne _ en forme olympique _
    m’a « confié » qu’il s’était mis à « re-lire » « La Privation de l’intime« 

    (de Michaël Foessel)

    que je t’ai chaleureusement recommandé (cf mon article du 11 novembre : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie«  ;

    …

    en convenant que le faisceau du projecteur en direction du phénomène de « pipolisation »
    n’était, en effet que marginal dans l’ »économie » du livre _ ainsi que je le lui avais bien soutenu en notre échange téléphonique de dimanche après-midi…
    …
    Quant à Fabienne,
    elle a, elle aussi, convenu _ au sortir de la conférence, et en nous dirigeant vers le restaurant du repas convivial qui allait suivre (au « Café Louis« , du Grand-Théâtre),
    que la conception de « l’intime » de ce livre (de Michaël Foessel)
    s’attachait bien à un rapport d’attention à
    (la personne de) l’autre (comme sujet ; et « aimé » vraiment…) ;
    et pas à quelque repli sur quelque « intériorité » (d’un Moi séparé, en quelque « fort » _ sic _ intérieur ; vis-à-vis de quelque « objet » _ ou « moyen » _ que ce soit…) ;

    …

    ainsi qu’au concept _ si crucial _ de « vulnérabilité » « humaine »…

    …

    Et que la troisième partie de « La Privation de l’intime » était, en effet, très riche
    de bien fécondes perspectives (quant au devenir démocratique)…
    …

    Pour ce qui concerne le fond de la conférence de Fabienne hier soir,
    je vais tâcher d’en rédiger un article (sur mon blog) ;

    …

    et pour ce qui concerne « la forme »,
    Fabienne l’avait hier soir
    :

    …

    claire, précise sur les détails de ses analyses,
    _ encore mieux que dans son livre, ai-je « trouvé »…
    …
    Il n’empêche,
    le fond

    _ sinon une quasi « fusion », du moins de très fortes « passerelles » revendiquées,

    du « descriptif » (disons, de nature sociologique) et du questionnement (proprement philosophique, lui) de ce qui peut venir « fonder » des normes (morales, sociales, politiques) _

    …

    continue de, « quelque part », « me gêner » un peu (aux entournures)…
    …
    Céline Spector, avec sa clarté synthétique coutumière _ bien précieuse ! _,
    a tranquillement ouvert le débat avec cette question _ de fond, cruciale _
    quant au statut de la « sollicitude » (et du « care« ) :
    la visibilité
    _ « demandée » (par Fabienne, et à plusieurs reprises, je l’avais repéré, dans le livre) _ ne tombe-t-elle pas (un peu) sous les coups
    des critiques du tout-Etat-Providence ?..

    …

    même si Fabienne, en son exposé, avait solennellement « récusé » par avance les arguments _ type Michel Schneider _ anti « Big Mother » : in « La confusion des sexes » (paru aux Éditions Flammarion en février 2007)…
    …
    Quelle est donc « l’authenticité » d’une « croisade » (en faveur de cette « sollicitude« -là) ?

    …

    Que penser des arguments cherchant à bien dissocier la « sollicitude« ,
    et de la « compassion«   ;
    et, plus encore, de la « charité »
    _ présentée comme illégitime
    parce que prétendant se fonder sur quelque transcendance (divine) ?..

    …

    Je me le suis demandé à la lecture du « Sexe de la sollicitude« ,
    et continue de m’y interroger après ce (très) clair exposé
    de la conférence d’hier soir…
    …
    Bref, cette « sollicitude« -là _ et à l’égard de quels « pauvres« , de quels « blessés » (de la vie) ? _
    sur quoi donc vient-elle « se fonder » ?

    …

    Parvient-elle à échapper, et comment, au statut (et fonctions) de l’ »idéologique » ?
    …

    Voilà qui continue pas mal de me « travailler » encore…
    …
    Et sur quoi se détermine la différence entre « le proche« 

    _ ayant « droit » à de « pleins » rapports de réciprocité _
    et « le lointain« 

    _ « réduit », lui
    (sur « qui » on vient alors « se pencher » : le « surplombant« …),
    à des rapports a-symétriques ?

    …

    même si la « liberté » de chacun d’eux est très clairement revendiquée,

    et notée « à respecter »…

    …

    Par quel « sur-plomb »

    qui soit « de droit » ?..
    et pas rien que « de fait »…
    …
    Bruce et Christophe
    se le demandaient aussi…
    …
    N’y a-t-il pas là quelque chose comme de l’ »inauthentique »,
    ainsi que quelque chose comme des « larmes de crocodile » _ « Où sont les caméras ?« ..
    …
    Voire : n’y aurait-il pas, ici,
    rien que cela ?..
    …
    Le « second » dix-huitième siècle, enivré de « vertu »

    _ et de « larmes » (je pense ici aux beaux livres de Chantal Thomas : « Les Adieux à la reine » ; « La reine scélérate. Marie-Antoinette dans les pamphlets » ; « Sade » ; « Sade, la dissertation et l’orgie » ; « Casanova. Un voyage libertin« ) _ sous le règne de ce brave bougre de Louis XVI _,
    n’aboutit-il pas

    aux paniers de sciure des têtes coupées (à la « réception » du couperet de la guillotine)

    de la Terreur robespierrienne…

    …

    Du Laclos des « Liaisons » _ dangereuses, en effet, certes ! _
    au Beaumarchais de la « Mère coupable » ;
    et, immédiatement après, au Sade des « Infortunes »

    de cette « vertu« …
    …
    De même,
    l’expression de Fabienne

    _et dans son livre,
    et lors de sa conférence _,
    d’un « usage de la politique« 
    me fait toujours assez (fortement) « question » ;

    me « trouble »…
    …
    Tout cela n’étant vraisemblablement pas sans nul rapport, non plus,
    avec les querelles, pressions, cris d’orfraies
    du congrès _ et suites _ du PS,
    en train de s’achever pendant que nous dînions _ fort agréablement, et convivialement _ hier soir…
    …
    Voilà de toutes premières réflexions sur cette conférence

    très réussie

    d’une Fabienne très en forme,
    dans ce si beau lieu,
    si bien éclairé,
    des salons Albert-Mollat, hier soir…

    …
    Bien à toi,
    …
    Titus
    …
    qui tâchera de rédiger quelque chose sur « Le Sexe de la sollicitude » aussi sur son blog…

    …
    La question de l’ »authenticité » n’en paraît que plus « forte » ;
    ainsi que la question des « fondements » _ et de l’ »autorité » _,
    en régime

    _ désormais : Fabienne citait très justement la position, notamment, de David Hume _ ;
    …
    en régime d’immanence,

    de la « sollicitude »…
    …
    Sur le terrain de l’esthétique,
    je n’ai pas encore lu « L’expérience de la beauté : essai sur la banalisation du beau au XVIIIe siècle » de Fabienne (Brugère),
    mais _ j’avais écouté Fabienne en (bien) parler sur France-Culture ;
    à l’émission de Raphaël Enthoven, il me semble me souvenir _ ;
    …
    je ne me situe personnellement pas tout à fait
    sur ce champ
    _ rien que « de fait » _ de la « banalisation » des valeurs (esthétiques ; et autres !)…
    …
    Idem quant aux réflexions de l’ami Bruce (Bégout),
    avec lequel j’ai échangé quelques mots hier soir, à la conférence (mais lui participait à un autre « banquet philosophique »),
    sur le « quotidien » (in la « Découverte du quotidien » ; cf aussi « De la décence ordinaire« , qui est sur ma table de chevet)…
    …
    « Banal » ; « quotidien« 
    versus _ peut-être ?… _ « intime« , en quelque sorte (pour se référer au livre si riche de Michaël Foessel
    et versus, aussi, le « sublime«  de l’amie Baldine Saint-Girons (« Le Sublime » ; cf aussi son très beau « L’Acte esthétique« )…
    …
    ou l’ »indécrottable » point de vue du « baroqueux »
    que je demeure ad vitam æternam !..

    …
    Dernière chose :

    …
    j’ai très envie de « lire » Stanley Cavell,
    notamment son « Déni de savoir » :
    …
    au repas hier soir, Layla Raïd me l’a présenté très favorablement,
    à partir des mots de « rencontre » et de « conversation« 

    _ qui sont, aussi, de « mon » vocabulaire, comme de celui de Layla :
    le vocabulaire de l’ »intime« 
    , donc,

    cher Rolandas…
    …
    J’espère ne pas trop te faire perdre de ton temps en étant si prolixe…
    à rebours du B-A BA de l’ »art de la conversation », justement : sans pesanteur, lui…
    Vive Marivaux !
    …
    Titus Curiosus, ce 26 novembre 2008

  • « Care », sollicitude et vulnérabilité : pour un changement de paradigme…

    Pour prolonger la réflexion sur le « care« ,

    à l’occasion du choc éprouvé à la vision du film « Two lovers » de James Gray ;

    de la conférence à venir, mardi prochain, à 18 heures, dans les salons Albert-Mollat, de la Librairie Mollat, 15 rue Vital-Carles à Bordeaux, dans le cadre de la saison 2008-2009 de la Société de philosophie de Bordeaux,

    de Fabienne Brugère, présentant « Le Sexe de la sollicitude » ;

    et de la lecture de « La Privation de l’intime » de Michaël Foessel,

    …

    ces rapides réflexions-ci :

    …

    mardi 25 novembre prochain,

    ainsi que j’ai l’ai déjà annoncé en mon article  du 10 novembre « la Société de philosophie de Bordeaux reçoit« ,

    notre collègue et amie Fabienne Brugère présentera son tout récent travail « Le Sexe de la sollicitude« ,

    dans le cadre prestigieux des salons Albert-Mollat, 15 rue Vital-Carles, à 18 heures…
    …
    Si la démarche de l’auteur qu’est Fabienne se centre davantage sur des enjeux éthico-socio-économico-politiques
    que directement existentiels,

    pour le film « Two lovers« ,
    ou existentialo-politiques,

    pour l’approche de Michaël Foessel, dans « La Privation de l’intime« ,

    de l’ordre de « l’intime » en tant que tel, très précisément, ici ;

    ainsi que dans la perspective _ inquiète ! _ de ce que j’ai qualifié de (la) « réalité de la démocratie« 

    dans le titre même de mon article sur ce livre :

    « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie« …

    …

    il n’en demeure pas moins que le point commun

    au film,

    à l’angle d’analyse de Michaël Foessel,

    ainsi qu’au regard de Fabienne Brugère sur le « care » _ ou « sollicitude« ,

    ainsi que Fabienne le traduit _, et qu’elle s’efforce de distinguer, et de la « compassion« , et de la « charité » ;
    …
    il n’en demeure pas moins que le point commun

    _ et proprement nodal ! _

    aux « regards » de Fabienne Brugère, de James Gray et de Michaël Foessel
    _ soit un cinéaste new-yorkais et deux philosophes d’Outre-Atlantique (français)… _
    est bien le concept _ qui me paraît crucial, en effet _, de « vulnérabilité » humaine.
    …
    Avec la conséquence qu’il faudra « mettre en chantier »,

    et non sans même une certaine « urgence » _ dont l’appréciation dépend en partie de la conjoncture politico-économique ! _ ;
    …
    « mettre en chantier »

    une « anthropologie fondamentale »
    de l’ »humain » comme sujet

    _ et non « objet »

    de ce que qu’Axel Honneth appelle, à nouveau (après d’autres), la « réification« , en son récent « La réification _ petit traité de théorie critique« , paru en traduction française aux Éditions Gallimard en février 2007 ;
    …
    et comme, « aussi, et en même temps, fin »
    _ et non « seulement moyen »,
    comme je me suis autorisé à l’indiquer en un autre de mes récents articles, celui du 18 novembre : « Conversation de fond avec un philosophe« .
    …
    J’ajouterai, encore, que,
    comme le souligne bien à diverses reprises Fabienne Brugère en son essai,
    les philosophes du « care » ont le souci de ne pas en rester à une approche seulement théorique, formelle et juridique _ générale _ du rapport à « l’autre » ;
    …
    mais incitent à une pratique effective et singulière, au cas par cas, de la « sollicitude » à l’égard des plus vulnérables et blessés,
    notamment parmi les « exclus »
    de la société néo-libérale, surtout…

    …

    En relisant le livre _ par mes soins annoté _ de Michaël Foessel, « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« ,

    je m’aperçois, après en avoir abordé l’idée au téléphone avec Fabienne Brugère, qu’il centre toute sa troisième partie sur la « sollicitude » et la « vulnérablité » humaines…

    …

    Lisons :

    Page 112, après avoir montré que « l’amour n’implique nullement de rompre avec le monde« , il pose : « Mais il faut aller plus loin en demandant ce qu’il y a de commun entre la démocratie et l’intime. Comment expliquer que la même menace pèse sur l’un et sur l’autre ? Peut-on dessiner les traits d’une vulnérabilité du « vivre ensemble » qui caractérise autant la sphère personnelle que celle des liens politiques ? »

    …

    Michaël Foessel en vient alors à une analyse de la « sollicitude« , page 127 :

    « Dans ses relations intimes, un individu attend des autres qu’ils lui permettent d’acquérir une confiance en lui-même qui est la première forme de l’estime sociale. On peut appeler « sollicitude » cette forme de reconnaissance affective, à condition de distinguer ce sentiment _ -ci _ de la pitié ou de la compassion, où le sujet _ qui s’y adonne _ jouit de se savoir _ lui _ secrètement épargné _ par la misère ou le malheur qui accable l’autre ; à la Lucrèce du « Suave mari magno… » du « De natura rerum« …

    …

    La sollicitude désigne le soin que l’on prend de l’autre, en tant qu’il n’est pas vécu comme une charge pour celui qui le prodigue, ni comme un dû pour celui qui le reçoit _ hors du calcul d’intérêt du contrat, nous voici plongés, celui qui « prodigue«  le « soin« , l’égard, comme celui qui le « reçoit », d’emblée dans l’ordre _ absolument généreux, lui ! _ de la grâce… Le point est d’importance _ en effet ! _ : à l’instar de toute relation intime _ amour, amitié : toujours uniques ! ni interchangeables, ni remplaçables ! _, la sollicitude est réciproque. Il n’y a pas d’un côté celui qui « donne », de l’autre celui qui « reçoit ». Les rôles de l’agent et du patient sont réversibles, puisque même le sujet qui offre son aide ou sa présence accepte d’être _ au moins _ instruit par l’autre » _ l’amour et l’amitié vont beaucoup plus loin, bien sûr, sur le don (de soi) et l’accueil (de l’autre) : le don y étant absolu ; au point que c’en est même un critère ; ou un révélateur !

    …

    Pour un exemple cependant « limite » (d’amour), je citerai ce que nous donne à voir Patrice Chéreau dans son très fascinant « Intimité » _ « Intimacy« , à Londres, en 2000 : en matière de don charnel de soi (à l’autre)…

    …

    Avec ces effets-ci : « Loin de se cantonner à la sympathie pour la souffrance, la reconnaissance affectuve joue un rôle dans la prise de conscience, par un sujet, de sa faculté d’agir. Le point commun à toutes les théories de la reconnaissance réside dans cette conviction que la constitution du Moi est inter-subjective« , page 128.

    …

    Et sur l’ »intime« , ceci, page 142 : « L’intime désigne un ensemble d’expériences où le savoir ne fonctionne plus comme la promesse d’une maîtrise _ technique, reproductible, mécanisable. Ainsi que le note Judith Butler, « la reconnaissance commence avec l’idée que l’on est perdu dans l’autre, absorbé dans et par une altérité que l’on est et que l’on n’est pas » _ in « Défaire le genre« , aux Editions Amsterdam, en 2006, page 272. Dans une relation intime, il est exclu de se retrouver tel que l’on était au départ. C’est le sens de la décision implicite qui préside à n’importe quel rapport d’intimité, et qui consiste à concéder à un autre le droit de porter un discours de vérité sur soi _ amour comme amitié sont « connaissance » en vérité ! (…) Le véritable désir, emblème d’une forme de liberté _ dit alors magnifiquement Michaël Foessel, page 143 _ est celui de se trouver lié à l’autre » _ en pareille vérité révélée (alors entre soi) : un beau risque ! Et par là « l’intime désigne un apprentissage de la précarité«  _ des soi qui s’y livrent, en se donnant (à cette altérité-là)…

    …

    Vient alors la conclusion, pages 157-158 : « L’intime est un ensemble de liens qui nous constituent et nous dépossèdent _ et décentrent : on est loin de s’y retrouver inchangé ! La préservation _ à défaut d’avancée, ou a fortiori de « conquête » _ de l’authenticité _ terme de vérité crucial et nodal en pareille affaire ! _ est une indication pour aborder la démocratie _ avec une relative confiance (et foi) _ depuis le point où elle s’apparente à l’intime : sa vulnérabilité.« 

    …

    Et c’est donc sur ce terme de « vulnérabilité« 

    _ capacité de recevoir une certaine dose (non mortelle) de blessure faisant un minimum souffrir _,

    que s’achève ce beau livre de salubrités personnelles et collectives démocratiques (ou civilisationnelles) de Michaël Foessel : « La Privation de l’intime« .

    …
    A mardi 18 heures, 15 rue Vital-Carles,

    pour écouter Fabienne Brugère

    aussi sur la « vulnérabilité« , à partir du « Sexe de la sollicitude« …

    …

    Sans négliger, non plus, de courir aller voir _ ou plutôt regarder _ le « Two lovers » de James Gray…

    …

    Titus Curiosus, ce 22 novembre 2008

    …
    …

    Post-scriptum :

    …

    je peux

    _ et même dois ! _

    encore ajouter la conclusion _ terrible ! _ d’Yves Michaud à propos de la « sollicitude« ,

    en le plus récent article_ à ce jour _ de son (excellent !) blog « Traverses« , sur le site de Libération,

    quant à l’impératif prioritaire

    de pratiquer _ « effectivement », sur-ajouterais-je, pléonastiquement !… _ la sollicitude, et ne pas faire seulement qu’en parler ou en écrire… :

    …

    « Un suicide dans les règles (5) : sur la sollicitude des philosophes et la sollicitude heideggerienne en particulier« 

    …

    cf là-dessus mon article du 20 novembre :

    « Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (4 _ en forme d’apothéose)« …

    …

    Cela nous rappelle bien des « pratiques » politiques d’aujourd’hui

    « rongeant » (gravement…) la « réalité » même de la démocratie :

    …

    dire _ et « proclamer » sur l’estrade ; « où sont les caméras ? » _

    en même temps qu’on « fait » _ hors estrade, et hors caméras _

    tout le contraire exactement de cela…

    …
    Soit la pratique _ « magicienne » _ de bonimenteur

    du camelot,

    dans le jeu _ virtuôse, voire virtuôsissime ! _ de bonneteau…

    …

    Éthique, politique, vérité, droit, justice : ou les enjeux bien réels de l’ »authenticité« ,

    dans l’éventail déployé des « pratiques », en camaïeu :

    de la sphère de l’ »intime« , à la vie publique de la démocratie,

    en passant par le champ ouvert de la « sollicitude« …