Catégorie : Philo

  • Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le « tissage » de l’écriture et de la pensée de Montaigne

    Hier soir, à 18 heures à La Machine à Lire,

    Bernard Sève a pu enfin

    _ et avec quelle flamme ! en sa parole vive, précise et délicate _

    « donner » _ nonobstant la délicate coordination des diverses disponibilités d’agendas des librairies bordelaises et du conférencier, assez fortement requis par ses tâches d’enseignant (de philosophie esthétique _ et notamment auprès de doctorants) à l’Université de Lille-3 _

    pour la Société de philosophie de Bordeaux,

    la conférence sur Montaigne, d’après son si lumineusement éclairant _ mon pléonasme est maladroitement volontaire ! _ « Montaigne. Des règles pour l’esprit« , paru aux PUF en novembre 2007 ;

    …

    que personnellement j’appelais fortement de mes vœux, depuis l’achèvement de ma lecture de ce « sésame » montanien…

    …

    Bernard Sève avait choisi hier soir de diriger aimablement et délicatement notre attention sur ce que j’intitulerais « le tissage » entre l’écriture si idiosyncrasique de Montaigne _ « à sauts et à gambades » ; lui dictant,

    sous la dictée inspirante de son propre génie singulier, déjà,

    ses longues, longues écharpes de phrases si caractéristiques (de sa langue si richement « imagée » d’écrivain)

    à son secrétaire les notant en quelque sorte « à la volée » :

    …

    d’où cette allure de conversation, si vive, et si riche d’humour, du « texte » qui en fixe le parcours _ ;

    …

    Bernard Sève avait choisi de diriger notre attention sur ce que j’intitulerais

    « le tissage » entre l’écriture si idiosyncrasique de Montaigne, donc,

    et le penser

    _ encore plus riche et nuancé que cet « écrire » :

    collant si délicatement aux plus infimes nuances d’un pensable

    si proche, lui-même, de ce que son corps comme son âme,

    si unis, si amis, si mêlés,

    soufflent à son « génie », à sa « fantaisie »,

    à son esprit, précisément _ qu’il lui faut essayer de « régler » _,

    entre l’abîme de la folie

    _ dont nous a parlé hier soir Bernard Sève en cette si vibrante conférence _,

    et « l’entretien des Muses«  _ selon le mot (musical), un peu plus d’un siècle plus tard, d’un François Couperin _ ; « l’entretien _ merveilleux  _ des Muses«  :

    …

    ainsi ai-je pu, à mon tour abonder, en ce sens-là, en rappelant que le dernier mot des « Essais de Messire Michel, Seigneur de Montaigne« 

    _ puisque tel est le titre même que Montaigne a très précisément donné à son livre ! ainsi que nous l’a « rappelé » hier soir Bernard Sève ! (et écrit dans son article « Le « génie tout libre » de « l’incomparable auteur de l’Art de conférer » : ce que l’écriture de Pascal doit à Montaigne » _ in le numéro 55 / 2007 de « Littératures » : « Pascal a-t-il écrit les « Pensées » ?« , aux Presses Universitaires du Mirail) _,

    en son dernier chapitre

    de son ultime livre (« De l’expérience« , Livre III, chapitre 13),

    est une invocation aux Muses et à Apollon.

    …

    Je lis :

    « Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se rangent au modèle commun et humain, avec ordre, mais sans miracle et sans extravagance. Or la vieillesse a un peu besoin d’être traitée plus tendrement. Recommandons-la à ce Dieu

    _ Apollon, donc : le seigneur des Muses… : Apollon cytharède… _

    protecteur de santé et de sagesse mais gaie et sociale :

    « Frui paratis et valido mihi

    Latoe, dones, et, precor, integra

    Cum mente, nex turpem senectam

    Degere, nec cythara carentem. »

    _ sois, traduits, ces vers d’Horace, en l’Ode 31 du livre I (des « Odes« ) :

    « Fils de Latone, puisses-tu m’accorder de jouir de mes biens en bonne santé, et, je t’en prie, avec des facultés intactes. Fais que ma vieillesse ne soit ni honteuse, ni privée de lyre« …

    …

    Je me contenterai de citer ces échanges de courriers électroniques du mois de décembre 2007,

    issus de ma lecture toute fraîche de ce si beau et si utile _ pour pénétrer les merveilles du penser si riche et si précis en l’infinie subtilité de ses diaprures de Montaigne _ « Montaigne. Des règles pour l’esprit » :

    …
    De :       Titus Curiosus
    Objet :     le « Montaigne » de Bernard Sève
    Date :     7 décembre 2007 07:42:39 HNEC
    À :       Frédéric Brahami

    …
    Cher Frédéric,
    …
    Je viens d’achever le « Montaigne » de notre ami Bernard Sève.
    Quel livre éclairant !

    même pour le « montanien » naïf que je suis,
    par rapport aux « montaniens » ô combien cultivés que, lui et toi, vous êtes.
    …
    Quelle entrée précieuse _ que ces « Règles pour l’esprit » _ dans le lacis de l’écriture du matois gascon périgourdin !
    Avec tout ce que cela peut révéler quant aux voies (et voix) multiples du cheminement philosophique,
    je pense notamment aux chemins divers (jusqu’aux sentiers) du « concept »…

    …
    J’ai beaucoup apprécié ton entrée « montanienne » de l’article de laviedesidees.fr
    _ en sa très belle recension « En-deçà, au-delà, du scepticisme« , du 3 décembre 2007 sur l’excellent site de « la vie des idées »… ;

    Frédéric Brahami est l’auteur de livres très remarquables, dont « Le scepticisme de Montaigne » (aux PUF, en 1997) et « Le travail du scepticisme. Montaigne, Bayle, Hume » (également aux PUF, en 2001) _

    à propos du « résumé » : « Tout abrégé sur un bon livre est un sot abrégé ».
    …
    Bernard Sève consacre un chapitre extrêmement intéressant, « Concepts, sentences et thèses« , à cette question,
    avec notamment un détour par les distinctions bergsoniennes
    , dans « La pensée et le mouvant« ,
    entre « concepts raides », « concepts souples » et « concepts individuels »…
    Il cite aussi le travail de Jean-Claude Pariente, « Le langage et l’individuel« , en 1973…
    …
    En tout cas, je me sens proche de ces cheminements-là _ les vôtres _,
    d’où cette « étiquette » de « montanien naïf » que je pourrais sinon revendiquer,
    du moins assumer…
    …
    As-tu reçu le passage _ prolixe _ de mon petit « essai » « Cinéma de la rencontre » ?
    Si tu disposes d’un peu de temps,
    il me plairait bien que tu me dises un petit mot de ce « montanisme » naïf de ma démarche.
    Même s’il faudrait sans doute avoir la patience (et d’abord le temps) de lire l’ »essai » en entier,
    c’est son « tout » qui fait sens,
    même pour un texte qui n’a certes pas le génie de celui de Montaigne…
    …
    Bien à toi,
    …
    Titus Curiosus
    …

    …

     De :      Bernard Sève

        Objet :     Réponse trop brève
    Date :     7 décembre 2007 10:57:29 HNEC
    À :       Titus Curiosus
    …
    Cher Titus Curiosus,
    …
    Merci de tout ce que vous dites du « Montaigne« .  Nous partageons un même amour pour son écriture, sa pensée, sa philosophie.  Je suis heureux que mon approche trouve des échos dans vos propres lectures de Montaigne, cela indique au moins que je ne me suis pas totalement égaré. Je suis intimement persuadé qu’il y a des forces et des richesses inouïes dans Montaigne, que la réduction que l’on fait ordinairement de sa pensée au « scepticisme » empêche, littéralement, de voir. J’essaie simplement d’attirer l’attention sur ces richesses, de les faire voir, c’est tout et c’est beaucoup.
    …
    Vous évoquez la possibilité que je vienne présenter le livre à Bordeaux.  Ce serait avec un très grand plaisir, et ce serait une occasion de vous revoir et de parler viva voce.
    …
    A très bientôt j’espère,
    …
    très amicalement à vous,
    …
    Bernard Sève

    …

    …

    Le 20 mai 2003, j’avais eu le très grand plaisir, et la joie, de présenter Bernard Sève lors de sa conférence dans les salons Albert Mollat, autour de son passionnant « L’Altération musicale _ ou ce que la musique apprend au philosophe » (paru aux Éditions du Seuil en août 2002)…

    …

    …

    De :       Titus Curiosus
    Objet :     Attirer l’attention, faire voir, c’est tout et c’est beaucoup
    Date :     7 décembre 2007 13:36:51 HNEC
    À :       Bernard Sève

    …
    Cher Bernard Sève,
    …
    Comme je vous suis en votre lecture si fine et si judicieuse de Montaigne,
    et comme je partage, aussi, les « règles » pratiques que vous savez en dégager…
    Car Montaigne, sans didactisme, sans profession de foi d’ »enseigner », nous propose modestement son exemple,
    son exemple de « juger »,
    en alerte de justesse, en permanence,
    et joyeusement.

    …
    D’autre part, et surtout,
    il n’y a aucune urgence à me lire…
    J’espère qu’alors, si ce temps vient, vous serez un peu « amusé » de mes « extravagances », de mes « dé-prises » _ vous mettez un peu « en garde » contre elles _,
    et j’ai même hâte _ je suis en train de me contredire, mais c’est une hâte toute « gratuite » et très joyeuse _ de la lecture que vous pourrez faire de mon petit « essai » sur le « Cinéma de la rencontre« ,
    quand il me semblera « terminé ». Quel lecteur de luxe vous ferez !
    …
    Vos remarques _ et « distinguo » _ sur le caractère ou pas d’ »interlocuteur » (de Montaigne) que pouvait lui être La Boétie, sont passionnantes, quant à ce qui sépare « conférer » et cette « amitié » unique de son espèce entre Etienne de La Boétie et lui…
    Pour ma part, je suis assez demandeur d’ »interlocuteur » dans la vie, et bien sûr rarement satisfait : demeurent cependant les livres : ils sont là, à peu près tranquilles dans leur disponibilité à nos questions et réactions…
    Ou le fantasme de la « librairie » montanienne, et ses « prospects »…
    Votre concept de « concept individuel » (d’après Bergson, et peut-être aussi Pariente) est passionnant, et me serait « d’usage », si je ne m’illusionne pas trop.

    …
    Mais je suis, pour l’ »écrire », « du genre » de Montaigne :

    « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , « j’ajouterai » des nuances, à l’infini des précisions, des « détails »…
    Du moins pour ce qui est des nuances du qualitatif.
    J’ai noté aussi votre remarque sur le peu de goût de Montaigne pour les raisonnements mathématiques.
    Il n’aurait pas été un sectateur de Galilée. et son « utile » diffère considérablement de celui d’un Descartes.

    …
    Merci, donc, de votre réponse.
    …
    Et j’avise Corinne Crabos de la Librairie Mollat de votre « disponibilité à refaire le voyage de Bordeaux« …
    …
    Titus Curiosus
    …

    …

    Voilà…

    Hier soir, mon souhait d’écouter viva voce Bernard Sève sur Montaigne a été comblé.

    Merci à lui.

    Merci à la Société de philosophie. Merci à La Machine à Lire. Merci à tous ceux qui ont aidé à ce que Bordeaux et les Bordelais entende un peu ce qui m’apparaît constituer un merveilleux « sésame »

    afin de mieux pénétrer le « monde montanien » ;

    et la parole vive et douce et ferme

    et généreuse

    de celui qui leur fut un grand maire…

    …

    Titus Curiosus, ce 14 novembre 2008

  • la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie

    Sur « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« 

    (paru ce mois d’octobre 2008, aux Éditions du Seuil »),

    par Michaël Foessel :

    …

    un passionnant _ et urgentissime ! _ essai indissolublement existentiel et politique _ quant au devenir de la « démocratie » _,

    quand se répandent insidieusement par toute la société et le « sociétal »

    les menées ravageuses d’un nihilisme « pipolisé » radical ;

    …

    même si ce « pipolisé »-là

    _ je veux dire celui des « leaders », pas celui de ceux qui, hélas, et en foule, « se clonant », les imitent _,

    n’est pas à prendre, tout de même, davantage que comme un indice,

    anecdotique, si l’on préfère, voire un symptôme,

    du niveau d’ »abaissement », « corruption », « pourrissement », « décadence » vilaine _ « se généralisant » à toute allure, eux et elles _

    de la « civilisation »…

    …

    Ce très bel essai de Michaël Foessel, je le lis, aussi, personnellement, comme une (bien) instructive mise en perspective de l’Histoire

    _ à l’aune de rapports existentiels majeurs, c’est-à-dire ces « liens » d’ »affection, d’amour, de désir » qui nous « attachent » fondamentalement, et pas seulement circonstanciellement et à l’occasion, selon une opportunité « intéressée », à d’ »autres » _ sujets d’eux-mêmes _ qui ne nous sont ni de simples « moyens » (achetables et jetables) de plaisir d’un instant, ni de simples « instruments » d’un moment, d’une « étape » de quelque « plan » un peu finaud et « rationalisé » « de carrière »,

    c’est-à-dire fondamentaux pour ce qu’il en est du caractère encore ou toujours « humain », ou pas, de « l’Homme » (« nul n’est une île » !) :

    …

    _ les Grecs (la flamme inintimidable de la vérité-justice de Socrate versus l’habileté rhétorique,  manigancière et marchande, des Sophistes _ cf « Gorgias » de Platon ; ainsi que l’institution-fondation de l’Académie par ce dernier),

    _ la Renaissance (les succès galopants de la « technicisation » polymorphe, de Machiavel _ et l’analyse du « machiavélique » in « Le Prince » _ à Galilée ; et bientôt au « fort utile » de Descartes, enthousiaste à « trouver une (philosophie) pratique » nous permettant de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature« , à l’arrivée du « Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et trouver la vérité dans les sciences« …),

    _ les Lumières (Kant, sur la dignité _ impayable ! _ de la personne ; et l’analyse de la hiérarchie des moyens et des fins…),

    _ le moment hégélien (la belle analyse par Hegel des rapports de tension de la société civile et de l’Etat),

    _ ainsi qu’aujourd’hui (par exemple, cette « expérience médiatique« , en ouverture, à la première phrase de l’ »Introduction » du livre, page 7 : « la captation du débat politique par les communiquants

    a atteint une sorte de paroxysme comique

    le jour où le président de la République a choisi Disneyland

    pour porter à la connaissance du public

    sa nouvelle relation amoureuse » :

    qu’on se rassure _ ou se désespère, c’est selon l’angle de perspective… _ cependant,

    l’enjeu et l’analyse _ civilisationnels _ de « La Privation de l’intime » sont d’une tout autre amplitude de portée que ce simple ordre du « pipol » !..)…

    …

    Ce très bel essai de Michaël Foessel, donc,

    je le lis, aussi, personnellement, comme une (bien) instructive mise en perspective de l’Histoire

    de la « civilisation des mœurs »,

    à partir _ c’est là le fil d’Ariane que j’y perçois _ de manipulations

    _ technicistes et techniciennes (et notamment « politiciennes », par le fait)

    _ « des mœurs », donc

    …

    _ on relira, ici, « La Civilisation des mœurs » de Norbert Elias ;

    ainsi que, de ce même Elias : « La Dynamique de l’Occident« , « La Société des individus » et « La Société de cour » ; et même, pour préciser encore un peu plus ou mieux les enjeux on ne peut plus « politiques » de tout cela, sur l’œuvre même d’Elias : « Norbert Elias : la civilisation et l’Etat« , de Florence Delmotte, un essai paru aux Éditions de l’Université de Bruxelles, en août 2007 _,

    …

    aujourd’hui ;

    …

    à l’occasion d’attaques _ maintenant _ d’une violence (existentielle) inouïe (et radicale)

    contre « l’intime »

    _ lequel, « intime », renvoie, essentiellement et crucialement, « à des liens

    affectifs, amoureux, désirants

    où le sujet prend le risque de se perdre » _ de notre « exister »

    de « sujets« , donc,

    pas encore (tout à fait) « in-humains » (sur une pente bien savonneuse, ou/et pas mal savonnée, cependant : à quelles branches « se raccrocher », dans pareille chute vertigineuse ?..)

    _ pour reprendre aussi encore le concept (de « non-inhumain« ) proposé par Bernard Stiegler dans son (important) « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » _ ;

    …

    à l’occasion d’attaques

    qui vont jusqu’à « pulvériser »

    _ réduire en miettes, en poudre, en poussière (= à rien !) ;

    et avec notre propre blanc-seing, souvent, qui plus est !

    extorqué par une anesthésie en voie impériale et marchandisée d’expansion… _ ;

    …

    jusqu’à pulvériser, donc _ avec pour résultat la « privation » !!! par suppression ! annihilation !.. _,

    ce qui assurait le sens charnel

    et esthétique de rien moins que, carrément, l’ »exister » !

    …

    Par « esthétique« , je veux dire

    tout ce qui sensiblement « vient _ encore _ donner sens », tant direction que forme et dynamique, souffle et ampleur, vie riche et élargie,

    à notre « sensibilité » se métamorphosant :

    …

    « sensibilité » plus ou moins bien _ à divers degrés _ campée

    sur ses jambes ;

    plus ou moins bien entée _ à diverse profondeur de racines _

    dans son corps ;

    et plus ou moins bien ouverte _ à divers degrés, encore _

    au réel physique (charnu et qualitativement opulant) de la corporéité et de l’âme,

    …

    dans le rapport fondamental (de tension intense : « affective, amoureuse, désirante« , dit Michaël Foessel : oui !)

    de soi à « l’autre » et aux « autres », dans leur particularité et diversité, voire singularité, dans les meilleurs des cas _ sinon, « un clou chasse l’autre », tout, tel un clou, n’étant plus qu’interchangeable et équivalent (ou le nihilisme du « jetable ») ;

    …

    ainsi que dans le lien fondamental « avec »

    _ et pas séparément (et encore moins « instrumentalement ») _ ;

    …

    « avec »

    « l’autre » et « les autres » :

    …

    tant, du moins, que demeurent (encore !..), ici, en ces fragiles et inquiets habitacles corporels, des « personnes »,

    avec un vrai corps, et une vraie âme

    _ indissolublement mêlés et unis, il faut le relever _ ;

    au contraire d’ectoplasmes fantômatiques

    et de jouets pornographiques (sex toys, ou autres instrumentalisations…) !

    …

    Bref,

    « dans quelle mesure l’amour est-il un sentiment politique?«  demande Michaël Foessel… « La démocratie doit-elle être sensible pour demeurer _ ou devenir mieux, ou « vraiment » : « demeurer » me paraissant trop seulement « défensif »… _ démocratique ?« 

    …

    Dans cette perspective là, « l’intime _ en tant que « liens n’existant que soustraits au regard social et à son jugement » _ peut-il figurer au rang d’idéal commun ?« …

    …

    …

    Le danger que pointe Michaël Foessel est celui de « la confusion des liens à l’autre avec les propriétés _ au sens de ce qui appartient à un « propriétaire », qui peut l’acheter, ou le vendre, l’aliéner à un autre _ du Moi « 

    _ soit le processus même du « devenir privé« ,

    ou « privatisation« ,

    de « l’intime« …

    …

    En effet, « l’intime n’est pas le privé« ,

    car « il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants,

    où le sujet prend le risque de se perdre« 

    _ au-delà de tout calcul (d’intérêt, rentabilité, profit) ; et avec « générosité » :

    …

    éperdument, dirais-je…

    …

    Et c’est en cela que « la démocratie elle-même se trouve fragilisée par (le) dévoiement » de l’intime _ indique Michaël Foessel en présentation-ouverture de son essai, page 8 de son « Introduction« .

    La « mise en scène politique des sentiments » résulte de ce que « la légitimité

    _ de fait, sinon de droit, si j’ose le dire ainsi, aussi paradoxalement ! _,

    se joue aussi dans leur capacité à apparaître comme des représentations crédibles de ce que nous sommes

    _ par exemple des « buveurs de bière« , dans le cas d’un George W. Bush, à ce que lui-même se fait (ou faisait !) fort d’afficher _

    ou aimerions être«  (page 8 :

    …

    d’où l’aura pseudo glamoureuse des « peoples » ; à l’instar de ce que la « pauvre bergère » peut fantasmer à propos de l’image du « prince charmant »…) :

    …

    par un processus de projection ou introjection fantasmatique,

    analogue à bien des processus de séduction (à l’achat) du marketing publicitaire…

    …

    Michaël Foessel note, page 10 : « L’idée de représentation _ démocratique _ perd beaucoup à être ainsi assimilée _ par le citoyen-électeur _ à celle de ressemblance« …

    …
    L’analyse de « l’intime«  que mène Michaël Foessel, est magnifique :

    « En employant plus volontiers la forme adjectivale (« l’intime » et non « l’intimité »), nous désignons un lien, et non une chose, un  rapport _ dynamique : une tension vers, un élan , un envol (en direction d’un autre) _ plutôt qu’un espace clos _ de « propriété privée ».

    …

    La conviction qui anime ce choix est que l’on n’est jamais seul dans l’intime, mais que l’on s’y retrouve au sein d’une société d’élus« .

    …

    Avec cette définition-ci :

    « L’intime désigne l’ensemble des liens qu’un individu décide de retrancher de l’espace social des échanges pour s’en préserver ; et élaborer son expérience à l’abri des regards _ de tiers.

    Il résulte donc d’un acte par lequel le sujet décide _ plus ou moins sciemment, consciemment et délibérément _ de soustraire une part de lui-même du domaine de la visibilité commune » :

    …

    avec pudeur, et délicatesse (de liberté)

    et selon toute une gamme de « dénudation » de soi, et/ou de l’autre, excluant, bien sûr, la moindre vulgarité.

    …

    Pour ma part, j’en trouve une très belle et forte analyse parente dans le très beau chapitre « De l’ami » de la première partie de l’« Ainsi parlait Zarathoustra _ un livre pour tous et pour personne » de Nietzsche…

    ou, encore, dans le chapitre « De la chasteté » : sur la pureté de cœur et d’âme (et de corps, aussi)…

    …

    Mais _ je reprends la lecture de Michaël Foessel _

    « 1) la possibilité de l’intime suppose _ et nécessite très concrètement _ que certaines conditions politiques

    _ de droit, de légalité ; ou légalisation ; et sans avoir à rendre de comptes (publics) de ce vécu de « l’intime » ! _

    soient remplies« , page 13 _ seulement dans « la modernité« , précise-t-il :

    d’où une nécessaire et très juste mise en perspective historique, de sa part, ainsi que je l’ai annoncé plus haut
    …

    Et « 2) l’intime (…) apparait _ aussi _ comme une réserve _ avec « retenue » de soi, et sur soi, le premier _ ;

    …

    comme une réserve critique _ donc _  qui permet de remettre en cause les déficiences de l’ordre établi. (…) Il enveloppe une série d’expériences

    _ distinctes des normes (établies ou pratiquées) communes, ou majoritaires : expériences « personnelles » particulières, voire absolument singulières ; ou minoritaires _

    qui interdisent l’adhésion pure et simple _ a fortiori aveugle et fanatique _ au système de valeurs promu par la société en place« , page 14.

    …

    D’où la nécessité impérative de distinguer « entre l’intime et le privé« , page 14.

    …

    Et « s’il y a _ maintenant _ « privation » de l’intime,

    elle procède de sa « privatisation », c’est-à-dire de sa réduction au statut d’une performance subjective » _ de la part de « la raison instrumentale«  :

    « l’intime, qui devrait impliquer _ dans sa conception légitime _ un décentrement de soi,

    est interprété abusivement comme une possession« , page 15 : l’analyse est d’une parfaite justesse !

    …

    « L’intime se perd _ pulvérisé ! _ d’être offert aux regards de tous« , page 16 : dans la pose et la fausseté de l’inauthenticité…

    …

    « Pour exister, l’intime

    _ j’avais écrit « l’amour » ! l’intime en représente une forme privilégiée, mais non exclusive… _

    doit échapper aux regards

    _ de tiers ;

    …

    sur les regards de l’intimité, nous pouvons peut-être nous référer aux analyses d’Emmanuel Lévinas (dont Michaël Foessel cite, page 93, un passage d’ »Entre nous – essais sur le penser-à-l’autre« …

    …

    : c’est une manière de signifier qu’il _ « l’intime«  _ est soustrait à la compétence sociale«  et exclut l’exhibitionnisme (la pose) autant que le voyeurisme (prédateur) ; et les transactions marchandes… A la place de l’ouverture du désir et de sa générosité (à l’autre), il n’y a plus que le cynisme du calcul d’intérêts de l’ego ; ou la perversité lubrique du sadisme _

    …

    Avec cette conséquence-ci :

    « On peut précisément juger _ certes ! _ des « amours » _ les guillemets ici s’imposent ! _ que les politiques

    et leurs communicants

    imposent à notre attention, 

    puisqu’elles sont exhibées

    pour convaincre _ ou persuader, plutôt (= faire croire) _ l’opinion

    de « l’humanité » _ « commune », d’un certain côté, seulement : celui des « buveurs de bière » envisagés plus haut _

    de leurs protagonistes« 

    _ storytellisés, en quelque sorte…

    …

    (…) « La « pipolisation » _ et pulvérisation, en fait !.. (dans le titre de mon article) _ de l’intime » fait que celui-ci « se trouve relégué au rang de valeur monnayable sur le marché de la concurrence sondagière.«  Voilà pour ce caractère anecdotique du « pipol » ; et le cancer de l’inauthentique généralisé…

    …

    Michaël Foessel précisant on ne plus justement, pages 16-17, à propos des analyses de son essai :

    « Dans les pages qui suivent, les mises en scène de soi des politiciens serviront de fil conducteur ; mais il est clair qu’elles manifestent bien autre chose que l’idiosyncrasie narcissique de quelques hommes _ et femmes _  publics contemporains _ certes ! Elles expriment,

    sinon une incapacité à aimer,

    du moins une impuissance _ de beaucoup ; pas seulement du cercle des « peoples »… _ à représenter l’intime hors de toute colonisation par la marchandise« 

    _ et le modèle (technicien :

    « mécanicien », à la Descartes : « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature« )

    de l’instrumentalisation : jusque de soi et des autres…
    …

    En conséquence de quoi, « cette impuissance n’est pas le seul fait des politiciens fascinés par le monde _ et « modèle » en terme de succès d’approbation (et d’identification fantasmatique) _ du show-biz,

    elle est caractéristique de l’idéal _ obscène ! _ de transparence _ fausse _ qui règne aujourd’hui presque sans partage.« 

    …

    Avec la conséquence, encore, d’« ironiser » _ en « bouffonnant«  _ sur « l’intime« …

    Et, à la clé, ce constat politique : « la fragilisation réciproque de l’intimité et du lien démocratique est le signe d’une vulnérabilité commune«  aggravée, page 18…

    …

    On admirera la précision de finesse et la pertinence des commentaires, par l’auteur, de plusieurs livres importants passionnants (sans ménager, non plus, ses « critiques ») :

    …

    sans ordre (sinon celui d’apparition dans le livre), je relève, notamment :

    de Hannah Arendt, « La Condition de l’homme moderne » (paru en traduction française aux Éditions Calmann-Lévy en 1961) ;

    de Richard Sennett, « Les Tyrannies de l’intimité » (paru en traduction française aux Éditions du Seuil en 1979) ;

    d’Anthony Giddens

    _ dont la lecture m’a été recommandée naguère par Bernard Stiegler, à propos de mon propre questionnement sur « la rencontre » _,

    « La Transformation de l’intimité _ Sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes » (paru en français aux Éditions Hachette Littératures en 2004) ;

    de Roland Barthes, les toujours si lumineux « Fragments d’un discours amoureux » (aux Éditions du Seuil, en 1977) ;

    de Hegel, l’ultime « Cours de philosophie du droit » de 1831, dans l’édition et traduction de Jean-François Kervégan, des « Principes de la philosophie du droit » (parus aux PUF en 2003) ;

    d’Erwing Goffman, l’inusable « Mise en scène de la vie quotidienne » (parue en traduction française aux Éditions de Minuit en 1973) _ je m’y suis référé dans mon essai « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise » _ ;

    une magnifique (!!!) analyse _ en « Intermède », aux pages 99 à 106 _ de l’ »Adolphe » de Benjamin Constant, en 1816 ;

    de Wendy Brown, « Les habits neufs de la politique mondiale _ Néolibéralisme et néoconservatisme« , édités aux Prairies ordinaires en 2007 _ et d’une actualité brûlante ! au moins depuis ce 4 novembre aux États-Unis ainsi que, d’un coup, tout le reste du monde (en « crise ») !… _ ;

    d’Axel Honneth, « La lutte pour la reconnaissance » (paru en traduction française aux Éditions du Cerf en 2000) et « La Société du mépris » (aux Éditions de La Découverte en 2007) ;

    etc…

    …

    Bref,

    « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments » de Michaël Foessel est un livre d’urgence

    de salubrité publique démocratique :

    …

    la faillite de la dérégulation (« ultra-libérale ») des marchés,

    et la désactivation écervelée de l’État,

    rendent,

    dans l’aval du tissu se déchirant de plus en plus violemment des relations sociales, aussi,

    un correctif,

    tant politique qu’existentiel,

    urgemment nécessaire ;

    …

    pour ne rien dire de l’état _ pénible _ des « rapports-à-l’autre » « personnels »

    et de la confiance (ou « crédit »), en crise quasi généralisée,

    maintenant…

    …

    La paix,

    la paix civile, comme la paix internationale,

    et encore la paix entre les personnes particulières,

    …

    est une construction patiente et intelligente des cœurs

    _ et sans relâchements _ ,

    nous apprend le grand Spinoza,

    en son « Traité politique« …

    …

    Elle n’a pas besoin, pour exister, d’un pouvoir _ de type « Big Brother » (de « 1984« ) _ de « tout surveiller » et encore moins « tout contrôler » : « totalitaire », même soft ;

    …

    elle repose d’abord sur de la confiance,

    au quotidien des mœurs (ou de la « sittlichkeit« , selon l’analyse hégelienne) ;

    ainsi qu’une part non négligeable de tolérance assumée,

    et de discrétion (« retenue »)

    à l’égard de l’intimité des personnes ;

    …

    depuis l’avènement de la modernité,

    ainsi que de pacifications collectives successives, et si difficiles à forger, de la part des personnes :

    …

    dont un excellent exemple (de « modernité ») nous est confié par l’écriture « libre » de Montaigne, s’y livrant, en ses « Essais« …

    …

    Titus Curiosus, ce 11 novembre 2008

    Photographie : Sans Titre, © Bernard Plossu

  • La Société de philosophie de Bordeaux reçoit : Bernard Sève ; puis Fabienne Brugère…

    La Société de philosophie de Bordeaux aura le plaisir d’accueillir,
    ce jeudi 13 novembre à 18h à La Machine à Lire (salle annexe, rue du Parlement-Saint-Pierre),
    et mardi 25 novembre dans les salons Albert-Mollat, de la librairie Mollat, 15 rue Vital-Carles,
    …
    les philosophes,
    Bernard Sève
    et Fabienne Brugère,
    …
    à l’occasion de deux conférences de philosophie,
    auxquelles le public le plus large
    est chaleureusement convié
    non seulement à assister
    _ par son écoute attentive _ ;
    …
    mais aussi à participer : par les questions au conférencier,
    enrichissant ainsi, par le dialogue,
    le questionnement
    _ philosophique _ du philosophe-conférencier (de départ :
    questionnement qu’il vient _ tout spécialement _ nous faire partager,
    en venant nous livrer quelques une de ses pistes un peu « personnelles » de recherche…) ;
    …
    questionnement dont celui-ci vient nous donner, en quelque sorte, la continuation du cours, du flux, plus ou moins bouillonnant (de ce questionnement « in progress« ) :

    « la bêtise serait _ Flaubert nous l’a appris _ de conclure« …
    …
    Ouvrant par là un débat dans les (= nos) esprits, dont la démocratie a aussi (bien) besoin : pour redevenir plus vivante…
    …

    …

    Voici ces deux annonces de conférences :

    …

    pour le jeudi 13 novembre, à La Machine à Lire : Bernard Sève ;

    et le mardi 25 novembre prochain, à la Librairie Mollat : Fabienne Brugère.

    …

    …

    Bernard Sève, sur « Montaigne. Des règles pour l’esprit »
    …
    Montaigne est-il seulement un philosophe sceptique ? Il critique certes la raison, sa présomption, son impuissance. C’est le fameux « Que sais-je ? ». Mais la raison n’est pas la seule faculté intellectuelle, ni même la plus importante.

    Les « Essais » sont d’abord une extraordinaire enquête sur la puissance de l’esprit, que Montaigne distingue soigneusement de la raison. Livré à lui-même, l’esprit invente, croit, divague… En somme, il imagine,

    pour le meilleur (l’invention poétique) et pour le pire (le fanatisme religieux).

    Comment « régler » cette puissance fantasque ?
    …
    Bernard Sève est professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à l’Université Lille 3. Il est notamment l’auteur de « La Question philosophique de l’existence de Dieu« , P.U.F. 1994 et 2000) et de « L’Altération musicale, ou Ce que la musique apprend au philosophe » (Seuil, 2002) ; ainsi que de « Montaigne. Des règles pour l’esprit » (paru aux PUF, le 27 novembre 2007).
    …
    Ensuite,

    la Société de philosophie de Bordeaux aura le plaisir d’accueillir, le mardi 25 novembre à 18 h, dans les salons Albert Mollat, 15 rue Vital-Carles,
    …
    Fabienne Brugère, sur « Le sexe de la sollicitude » :

    …
    Pourquoi les femmes restent-elles majoritairement des pourvoyeuses de soin et des mères dans presque toutes les sociétés, même dans celles où les mouvements féministes ont eu un impact certain dans la promotion d’une égalisation des devenirs des femmes et des hommes ? On répond ordinairement : parce que c’est une affaire de nature féminine.
    …
    Alors, la sollicitude, cette relation aux autres sur le mode de la protection, a-t-elle vraiment un sexe
    , le « deuxième sexe » pour reprendre l’expression de Simone de Beauvoir ? Si tout ce qui porte les femmes aux tâches d’amour et de soin est largement culturel, comment déconstruire cette assignation sexuée injuste ; et sauver la sollicitude qui n’est ni la compassion, ni la charité ?
    …
    Pour y répondre, Fabienne Brugère défendra une conception de l’individu qui n’est pas celle de l’individu autonome, performant _ masculin généralement _, prônée par l’ultra-libéralisme économique. La sollicitude doit valoir comme une reconnaissance de l’individu dépendant et, plus généralement, de la vulnérabilité (des humains, des institutions, de la nature).
    …
    Fabienne Brugère est professeure de philosophie à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux3. Elle est actuellement Présidente du Conseil de Développement de la Communauté urbaine de Bordeaux. Elle dirige (en collaboration avec Anne Sauvagnargues) la collection « Lignes d’art » aux PUF. Ses centres d’intérêt sont la réflexion sur l’art, la question des sentiments et du partage entre usage privé et public, le féminisme.

    …

    Ouvrages déjà publiés : « Théorie de l’art et philosophie de la sociabilité selon Shaftesbury« , Champion, 1999 ; « Le goût. Art, passions et société« , PUF, 2000 ; « L’Expérience de la beauté« , Vrin, 2006 ; « C’est trop beau« , Gallimard, Jeunesse giboulées, 2008 ; « Le sexe de la sollicitude« , Paris, Le Seuil, « non conforme », paru ce mois d’octobre 2008.

    …
    Je reprends ma parole :
    j’ai personnellement présenté Bernard Sève, le 20 mai 2003, dans les salons Albert-Mollat, pour son _passionnant _ livre sur la musique, « L’Altération musicale, ou Ce que la musique apprend au philosophe » : c’est un ami…
    …
    Quant à Fabienne Brugère,
    je n’ai pas besoin de la présenter aux bordelais
    : elle enseigne à l’Université Michel-de-Montaigne-Bordeaux-3 depuis l’année 2001, en qualité de maître de conférences, et de professeur depuis septembre 2004… Elle aussi a focalisé sa réflexion, et une partie importante de son enseignement, sur l’Esthétique :
    ce que je me permettrai d’interpréter comme un certain souci de l’altérité (du réel, comme de la personne _ ou « l’autre » ; « souci » quelque peu en crise ces derniers temps-ci _ d’ultra-libéralisme exacerbé, notamment, mais pas seulement…)…

    …

    Je reviendrai  très prochainement sur cette question, à propos du _ passionnant ! et urgent !_ livre de Michaël Foessel, dont je me permets de recommander d’ores et déjà très vivement la lecture : « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« , paru ce mois d’octobre 2008, lui aussi, aux Éditions du Seuil…

    …
    Titus Curiosus, ce 10 novembre 2008

  • Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts (2 _ ou élargissement)

    A propos de l’ »affaire » comportant « le suicide d’une philosophe« ,

    …

    et ayant, à mon tour, envisagé l’ »affaire«  soulevée,

    au-delà des prudents « voiles de fumée », ou « jets d’encre de seiche », que peut conseiller à ses clients quelque, un tant soit peu, madré juriste, en espérant lasser ainsi la patience des quelques uns qui oseraient vouloir s’essayer à y regarder d’un peu plus près, voire, officiellement et « dans les règles », demander quelque compte _ comme s’il n’y avait, en France, ou ailleurs, « que des fous pour faire avancer la Jurisprudence » _,

    …

    ayant envisagé l’ »affaire » soulevée

    par les amis de la philosophe Marie-Claude Lorne,

    qui s’est donnée la mort en se jetant dans la Seine du pont Simone-de-Beauvoir à Paris _ le 22 septembre dernier : son corps a été retrouvé dans le fleuve, le 3 octobre _, possiblement à la suite de ses difficultés de titularisation universitaire,

    …

    c’est non sans _ un mélancolique, ainsi _ plaisir

    _ au vu de cette très pénible tragique circonstance _

    …

    que je constate que Yves Michaud,

    …

    ayant « repris »

    _ après une interruption de tout un été et un demi-automne _

    la rédaction de son blog « Traverses » sur le site de Libération,

    …

    consacre l’énergie de toute son alacrité _ retrouvée _ et perspicacité _ coutumière _ à cette misérable « affaire » (professionnelle) :

    de « jeu » tragique

    broyant une personne

    entre les rouages pas assez bien « huilés » d’une institution (de modalités de « titularisation ») trop tardivement « révisée » ;

    …

    « affaire » que,

    naïvement, à la seule lecture de l’article du blog de François Noudelmann et Eric Aeschimann « Une philosophe broyée par l’université de Brest« , sur le même site de Libération, en date du 3 novembre _ et concomitamment avec mes propres (petites) réflexions (« dans mon coin »), depuis la mi-octobre, sur la « crise » _ ;

    …

    « affaire » que

    je m’étais permis d’un peu extérieurement intituler « Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts«  ;

    …

    et que je constate, donc, aussi, qu’il en dégage, avec la clarté d’analyse qui le caractérise,

    une « leçon » _ éminemment « pratique » _ « de « déontologie » (républicaine)

    immédiatement _ ou quasi _  appliquable : pour constituer une « règle »(de droit) un peu plus fiable…

    …

    Je renvoie donc à la séquence _ non achevée à ce jour _ des articles d’Yves Michaud (sur son blog « Traverses« )

    _ au nombre, jusqu’ici, de 3 : intitulés

    (1) « Un suicide dans les règles« , en date du 28 octobre ;

    (2) « Un suicide dans les règles (2) : où l’on apprend, entre autres, la différence entre Brest et Morlaix« , en date du 30 octobre ;

    et (3) « Un suicide dans les règles (3): de l’irresponsabilité réglementaire« , en date du 4 novembre _

    …

    éloquents par leur argumentaire,

    ainsi que par l’appoint de commentaires _ modérés (par Yves Michaud), désormais _ d’intervenants relativement assez bien informés et compétents, du moins m’a-t-il semblé,

    et faisant « avancer » l’analyse même de la question ;

    et dans la perspective on ne peut plus pratique, voire pragmatique, d’un « règlement » faisant « vraiment » progresser les solutions de pareilles « difficultés« …

    …

    Quoique naïves et bien trop « générales »

    _ sur les symptômes d’une « crise » endémique (depuis plus de trente ans : 1976, pour s’arrêter au simili « prix Nobel d’Économie » décerné à Milton Freedman…) _,

    les (petites) « réflexions » de mon propre article précédent, me semblent

    ne pas n’être qu’impertinentes…

    …

    Titus Curiosus, ce 9 novembre 2008