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  • Me souvenir des prestations solaires du ténor argentin Raul Giménez au Grand-Théâtre de Bordeaux en 1986 et 1987 dans des représentations jouissivement lumineuses de « La Pietra del Paragone » (dans la mise en scène élégante de Jean-Louis Thamin) et 1996 de « L’Inganno felice », sous la direction musicale endiablée de Marc Minkovski…

    La parution hier 20 août sur le site de Crescendo Magazine du bel article de Serge Martin – présent aux représentations  de cet été du Festival Rossini de Pesaro – « « Farsa » ou « Burletta », la tonicité des œuvres comiques en un acte de Rossini est irrésistible » me fait me ressouvenir, avec très grande joie, tout particulièrement des prestations solaires du ténor argentin Raul Giménez – né le 14 septembre 1950 à Carlos Pellegrini en Argentine – au Grand-Théâtre de Bordeaux dans des représentations jouissivement débridées, comme il se doit, de « La Pietra del Paragone » (dans une lumineuse mise en scène de Jean-Louis Thamin) en 1986 et 1987, et 1996 de « L’Inganno felice » de Giacomo Rossini, sous la direction musicale endiablée de Marc Minkovski…

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    Et pour se rendre mieux présent l’art du chant rossinien de Raul Giménez, le voici en cette vidéo (de 6’03) d’un extrait de « Cenerentola » à Houston en 1996…

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    J’aime beaucoup la joie contagieuse de Gioachino Rossini (Pesaro, 29 février 1792 – Passy, Paris, 13 novembre 1868) – cf par exemple mon article « Musiques de joie : la merveilleuse pétulance, déjà, d’un Rossini de 12 ans, en 1804, dans ses 6 Sonate a quattro » en date du 4 avril 2020, et comportant un certain récapitulatif : il va à l’essentiel de la magique pétulance rossinienne ! – ,

    dont voici, au passage, une très utile liste des œuvres…

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    « Farsa » ou « Burletta », la tonicité des œuvres comiques en un acte de Rossini est irrésistible

    par Serge Martin
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    A côté d’une  reconstitution musicalement exemplaire du « Siège de Corinthe », le Rossini Opera Festival avait visé un survol de l’univers de la « farsa » en un acte, véritable laboratoire – brillantissime – des effets possibles de Rossini, réunis dans des partitions souvent conçues en un temps record – dénuées de la moindre graisse et pesanteur : tout fuse… Rossini en écrira cinq pour le San Moise de Venise – « La Cambiale di matrimonio« , « L’Inganno felice », « La Scala di seta« , « Il Signor Bruschino » et « L’Occasione fa il ladro« … Son impresario Antonio Cera commande dès 1810 (Rossini a 18 ans) « La cambale di matrimonio ». Fort d’un succès réel mais éphémère, il crée en janvier 1812 « L’inganno felice » qui connaît un vrai triomphe. Cera lui commande alors trois « farse » pour l’année en cours. En fait de janvier 1812 à février 1813, c’est tout bonnement six opéras que doit écrire le jeune maestro : les trois « farse » – « La Scala di seta« , « Il Signor Bruschino » et « L’Occasione fa il ladro« … – , « Ciro in Babilonia » pour Ferrare en mars, « La pietra del paragone » – une merveille ! – pour la Scala de Milan le 26.9 et « Tancrède » le 6 février 1813 pour la Fenice de Venise.

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    C’est dire que la composition des « farse » fut parfois bousculée – sans temps morts – : il a eu moins de deux mois pour peaufiner sa « Scala di seta » mais suite au retards pris à Milan devra boucler « L’occasione fa il ladro » en 11 jours – wow !!! Il n’en parvient pas moins à jeter les bases du genre avec une délicieuse ingéniosité – absolument ! – : une introduction en forme de mise en condition pose l’action, au milieu, un ensemble central porte le conflit à son point d’incandescence et un finale enlevé sert d’heureuse conclusion. Entretemps, les partenaires pourront accumuler jeux et conflits dans des climats très variés souvent symbolisés dans les grands airs confiés à chaque protagoniste selon son rang dans la distribution.

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    « La scala di seta » : un enchevêtrement de situations dignes de Feydeau – Paris 9e, 8 décembre 1862 – Rueil-Malmaison, 5 juin 1921.

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    Chaque soir à minuit, Giulia lance une échelle de soie de son balcon pour permettre à son mari Dorvil de la rejoindre (mariage autorisé par sa tante à l’insu de son oncle tuteur). Mais voilà que ce dernier attend l’arrivée de Blansac à qui il compte marier sa nièce. Celle-ci manigance de l’unir à sa cousine un peu revêche Lucilla. Les entrelacs des personnages se déroulent ensuite dans un tempo enlevé et débouchent sur une de ces scènes de folie dont Rossini sera friand pour décrire le désarroi de situations inextricables. Le serviteur Germano met alors au courant Lucilla et Blansac du stratagème. Celle-ci tout comme Germano se cachent dans la chambre pour épier les événements. Tour à tour, Dorvil et Blansac montent l’échelle mais doivent rapidement se cacher suite aux arrivées successives car c’est bien un troisième larron qui apparait en haut de l’échelle : l’oncle Dormont qui a saisi le procédé. Il découvre alors un à un tout ce petit monde et, forcé de reconnaître l’accord de sa sœur, consent au mariage de sa nièce et, dans la foulée, donne Lucilla Blansac qui n’attendait que cela. Et tout ce petit monde se retrouve devant le chef pour un pétaradant finale de la réconciliation.

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    « L’occasione fa il ladrone » : un jeu de dupes inspiré du « Jeu de l’amour et du hasard » – de Marivaux (Paris, 4 février 1688 – Paris, 12 février 1763)

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    Le comte Alberto et Don Parmenione se croisent dans une auberge en plein orage. En partant, le serviteur d’Alberto emporte par erreur la valise de Parmenione. Avec l’aide de son serviteur Martino, ce dernier force la valise abandonnée et découvre qu’Alberto est route pour épouser une riche héritière qu’il ne connait pas. Qu’importe Parmenione se substituera à lui : « L’occasione fa il ladrone ». De son côté, celle-ci, Berenice veut expérimenter son intérêt pour l’homme qu’on lui promet et demande à sa suivante, Ernestina d’échanger leur rôle et leurs vêtements. L’arrivée des deux prétendants et leurs échanges faussés par les changements de personnes provoque un incroyable imbroglio qui explose dans un pétillant quintette. Coincé, Parmenione déclare sa véritable identité et sa mission de retrouver la sœur perdue d’un ami qui n’est autre qu’ … Ernestina ! Réconciliation générale et finale enlevé.

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    Une concentration musicale du traitement de l’action

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    L’accumulation des péripéties en un bref cours de temps exige une grande variété de styles – pour ne surtout jamais lasser et toujours surprendre… – de la part du compositeur. Dans la « Scala di seta », Rossini joue à fond la carte de la bouffonnerie et le rythme est échevelé. Dans « l’occasione fa il ladro », le périple sentimental est beaucoup plus raffiné et le compositeur s’adapte aux affects de chacun avec une rare distinction – voilà – qui nous vaut des moments d’une belle tendresse – voilà. Certes chaque personnage a son grand air, parfois à paillettes, mais ceux-ci sont conçus comme l’expression pertinente de leur sensibilité. Avec pour effet que cette « vis comica » s’exprime avec une réelle humanité – oui : il ne s’agit pas ici seulement de marionnettes…

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    Des mises en scène où le décor joue un rôle clé

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    Pas facile de raconter en restant crédible de pareils élucubrations. Les deux metteurs en scène ont joué avec une extrême habilité de leur décor. Dans l’« Occasione », Jean-Pierre Ponnelle, qui est son propre (et génial) décorateur transforme l’action en un conte dont Martino, le serviteur de Parmenione, est le deus ex machina : ce dernier transporte donc dès le début de l’ouverture au milieu de la scène une grosse valise qu’il ouvre pour en faire sortir l’un après l’autre tous les personnages de la pièce, suivis de tous les éléments des décors (toiles peintes et  charpentes) construits  en direct sur scène. Le spectateur se retrouve donc face à un théâtre dans le théâtre, où les protagonistes vont pouvoir donner libre cours à l’expression de leurs sentiments les plus variés. Et cela fonctionne avec un bel à-propos qui permet à chacun de révéler sa réelle personnalité. Dans l’alignement final, les chanteurs sont réunis autour de Martino qui s’est assis dans la valise du début ouverte à nouveau au milieu de la scène. Le rêve peut s’estomper, la réalité est revenue.

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    Dans « La scala di seta », la verticalité de l’échelle de soie et l’horizontalité de l’appartement de Giulia posent un problème visuel. Le décorateur Paolo Fantin le résoud en recouvrant le sol de l’appartement de Giulia d’un plan détaillé qui se reflète dans un grand miroir qui nous nous décrit l’action vue d’en haut . Le dispositif révèle alors une double dimension dont le metteur en scène Damiano Michieletto use avec habilité pour nous donner une lecture à plusieurs dimensions de l’action qui se prolonge par un effet d’optique dans l’échelle réellement pendue au balcon. Les machinistes profitent de l’ouverture pour mettre en place tous les éléments du décor. L’action peut alors débuter et elle ne déparera pas de son rythme effréné – voilà, voilà – , diaboliquement soutenu par la direction du jeune Ivan Lopez-Reynoso.

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    Des distributions engagées

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    Une fois de plus, plutôt que d’attirer des vedettes sans surprise, le festival a choisi de puiser dans ses propres ressources. Les deux chefs ont en effet un lien historique avec Pesaro : Lopez-Reynoso est un ancien élève des master classes de Zedda – (Milan, 2 janvier 1928 – Pesaro, 6 mars 2017) : j ‘avais échangé quelques mots avec lui lors d’un de ses passages à Bordeaux… – et Alessandro Bonato a été très présent à Pesaro de 2019 à 2021. Au niveau vocal, l’Accademia demeure un vivier essentiel : les six protagonistes de « L’occasione » en sortent et quatre sur six dans « La scala di seta .Maria Gaudenza est une toute jeune soprano originaire de la ville voisine de Cattolica : elle signe pour ses débuts une incarnation très contrastée de Lucilla, une nièce faussement prude qui révélera un sacré tempérament. Vocalement, comme dans « Le siège de Corinthe », les dames dominent la distribution : dans un mélange de tendresse, de maturité et de roublardise pour la Berenice de Damiana Mizzi, avec un abattement plus résolu pour la Giulia d’Hasmik Torosyan. Chez les hommes, on salue dans « L‘Occasione » la fière allure du Comte d’Alberto de Manuel Amati confronté à l’exubérance envahissante du Parmenione de Matteo Mancini. Même contraste dans « La Scala » entre la détermination rusée du Dorvil d’Alasdair Kent, parfois moins à l’aise dans certains aigus et la faconde survoltée du Blansac qui en fait des tonnes de Iuril Samoilov. Le Germano de Paolo Bordogna est un cas à part : acteur comique aux multiples facettes, il éblouit à chacune de ses apparitions, faisant facilement oublier un timbre assez ingrat et souvent forcé. Mais le personnage, lui, est parfaitement crédible.

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    Telle est donc la saison 2026 de Pesaro : une volonté de saisir deux moments de la création rossinienne : la faconde ses « farse » de jeunesse – ici « La Scala di seta » et « L’Occasione fa il ladro« … – et sa création du grand opéra historique à la française – ici « Le Siège de Corinthe« … Musicalement, la démonstration est péremptoire d’autant plus que, dans le genre comique, la programmation nous a permis de revoir deux production phare dans un genre léger pris au sérieux : le chef d’œuvre historique de Jean-Pierre Ponnelle qui a près de 40 ans, et la production ébouriffante de Michieletto de 2011, que l’on a pu voir à l’Opéra de Liège en mars 2016. Rossini n’a décidément pas fini de nous étonner – voilà !!!

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    Pesaro, Rossini Opera Festival

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    Crédits photographiques : Rossini Opera Festival

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    Nous adorons Rossini !

    Et la verve dégraissée de ses modestes farces joyeuses en un acte de ses débuts, entre 1810 et 1813, fait déjà un immense bien….

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    Ce vendredi 21 août 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une nouvelle inespérée réponse à ma bouteille lancée à la mer, en août 2025, à propos de la filiation dacquoise Despax du pianiste Emmanuel Despax : un courriel reçu hier soir de sa sœur, lectrice inopinée de mon blog encherchantbien.fr , en cherchant à compléter son arbre généalogique familial…

    Hier soir à 21h 39, réception sur mon blog encherchantbien.fr d’un courriel intitulé « Filiation d’Emmanuel Despax« ,

    en réponse inattendue – mais bien sûr toujours espérée – à 5 de mes articles concernant cette question que je m’étais posée de cette filiation « dacquoise » – affirmée par lui-même, Emmanuel Despax, se disant arrière-petit neveu du poète dacquois Emile Despax (Dax, 14 septembre 1881 – Moussy-Verneuil, Chemin des Dames, 17 janvier 1915) en un passionnant entretien avec Pierre-Jean Tribot en l’article de Crescendo Magazine « Emmanuel Despax, après un rêve » paru le 22 juin 2022… – du brillant pianiste Emmanuel Despax, né à Paris en 1984, et qui vit maintenant à Londres ,

    en date, pour trois d’entre ces articles, du mois d’août 2025 :

    _ « Lucien Durosoir (1878 – 1955), désormais un classique du XXe siècle : parution du CD « Resonance » du pianiste Emmanuel Despax, comportant 3 œuvres (pour violon et piano et pour violoncelle et piano) de Lucien Durosoir…« , le 15 de ce mois d’août 2025 ;

    _ « A propos du CD « Résonance » comportant 3 œuvres de Lucien Durosoir : avancées et résistances de ma recherche concernant l’histoire et la généalogie familiales du pianiste Emmanuel Despax…« , le 19 août suivant ;

    _ « Quelques avancées concernant mon questionnement sur l’histoire et la généalogie familiales, côté paternel, d’Emmanuel Despax (Suite)…« , et le 21 août 2025 ;

    et, pour deux autres articles, du mois de juin dernier, 2026 :

    _ « Ce qu’offre de ressources un blog tel que le blog « encherchantbien.fr » : des questions sur la généalogie des Despax, de Dax, en marge de ma recherche sur les ascendances paternelles de l’excellent pianiste Emmanuel Despax, né à Paris en 1984…« , le 23 juin 2026 ;

    _ « Féconde poursuite des échanges de questions par courriels avec des membres de la famille « dacquoise » des Despax sur la filiation paternelle du pianiste virtuose Emmanuel Despax…« , le 25 juin suivant, 2026 – un simple clic sur leurs titres permettant d’accéder à leur lecture…

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    Voici donc cette réponse enfin satisfaisante, reçue de la propre sœur d’Emmanuel Despax, E. Despax, hier soir :

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    Je découvre votre intérêt pour la filiation de mon frère Emmanuel Despax en cherchant à compléter l’arbre généalogique familial.

    Notre grand-père Pierre Despax (05/01/1920 – 04/04/2007), fils de Gabriel Despax (22/11/1878 – 09/05/1922), a eu quatre enfants, dont mon père Damien Despax, né en 1948.

    Du mariage de Damien Despax avec Catherine Charpentreau, fille de Jacques Charpentreau, notre grand-père, est née notre fratrie de cinq enfants, dont le benjamin Emmanuel.

     

    Bien cordialement,

    E. Despax

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    À laquelle j’ai adressé bien sûr un courriel de vif remerciement,

    agrémenté d’une invitation à me donner deux nouvelles précisions sur sa fratrie de cinq enfants Despax issue du mariage de ses parents, Damien Despax et Catherine Charpentreau, dont Emmanuel, le brillant pianiste, est le benjamin – né à Paris en 1984 – , à partir d’hypothèses miennes, à confirmer ou infirmer si elle le veut bien…

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    Par conséquent à suivre…

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    Et je remarque au passage la très notable augmentation ces derniers temps-ci de réception de courriels de lecteurs de mon blog, qui, à la recherche d’informations sur l’histoire de certains membres de leur famille, et tapant un nom sur Google, trouvent ce nom présent en un article de mon blog encherchantbien.fr , et me contactent alors par un courriel adressé à mon blog, afin d’en apprendre peut-être un peu davantage…

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    Les bouteilles lancées à la mer finissent donc parfois par rencontrer, touchant quelque rivage lointain, quelques uns de leurs inconnus et peu probables destinataires, ouvrant ainsi un dialogue inespéré, au moins par quelques courriels ainsi échangés… Wow !!!

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    À suivre, c’est passionnant…

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    Ce lundi 17 août 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’enthousiasme Walton (suite) : maintenant ses Symphonies 1 et 2, par Kazuki Yamada dirigeant le City of Birmingham Orchestra…

    Mon enthousiasme pour l’œuvre de William Walton (Oldham, 29 mars 1902 – Ischia, 8 mars 1983) se poursuit :

    voici maintenant mon écoute de ses Symphonies 1 (1932-35) et 2 (1952-53), brillamment servies par Kazuki Yamada – né à Hamado, au Japon, le 26 janvier 1979 – dirigeant le City of Birmingham Orchestra dans le superbe CD Deutsche Grammophon DG 488 8227 « William Walton – Symphonies 1 & 2 – Orb and Sceptre«  – enregistré Live à Birmingham en décembre 2024 et novembre 2025…

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    Une musique splendide !

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    Il se trouve aussi que l’article de l’excellent Crescendo Magazine du 9 août dernier, et sous la plume de Carlo Schreiber, intitulé « Une dernière valse pour Kazuki Yamada« , à l’occasion de son concert d’adieu à Monte-Carlo, fait un très juste éloge de ce très fin chef :

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    Une dernière valse pour Kazuki Yamada
    Le 9 août 2026 par Carlo Schreiber

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    Le concert de clôture au Palais Princier affiche complet. Il s’agit du dernier concert dirigé par Kazuki Yamada en tant que directeur artistique et musical de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo – voilà. Une soirée forcément particulière, qui prend, au fil du programme, des allures de fête – tiens, tiens… – autant que d’adieu.

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    Le concert s’ouvre par une curiosité : une transcription du Quatuor à cordes de Maurice Ravel pour bois, cuivres et diverses percussions — sans aucun instrument à cordes — réalisée par le compositeur et arrangeur italien Giancarlo Chiaramello.

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    Le Quatuor de Ravel est – très évidemment – un chef-d’œuvre, une œuvre d’une perfection formelle et d’une subtilité de timbres qui paraissent – en effet – indissociables de son écriture originale. Ravel fut par ailleurs un orchestrateur exceptionnel, capable de transformer les couleurs instrumentales sans jamais perdre la substance de sa musique. Pour La Valse, il travailla simultanément aux versions pour piano, pour deux pianos et pour orchestre — trois réalisations musicalement indépendantes – tout à fait !

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    Giancarlo Chiaramello connaît, lui aussi, parfaitement l’art de l’arrangement. Il a notamment signé les arrangements de tous les concerts Pavarotti & Friends, expérience qui témoigne d’une solide maîtrise de l’écriture orchestrale et des possibilités offertes par les différents pupitres.

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    La démarche n’en demeure pas moins surprenante. Entendre les fameux pizzicati du deuxième mouvement du Quatuor transposés aux bois, aux cuivres et aux percussions constitue certes une expérience insolite. Mais cette curiosité sonore peine – très probablement – à convaincre sur le plan musica – qui prévautl. Ce qui, chez Ravel, naît d’un équilibre extrêmement subtil entre quatre instruments à cordes — de leurs attaques, de leurs résonances et de leur complémentarité — perd ici une part importante de son évidence et de sa finesse – voilà…

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    La virtuosité de l’arrangement est indéniable, mais elle ne suffit pas à faire oublier ce que l’œuvre originale doit précisément à son écriture pour cordes – exactement. La transcription apparaît davantage comme un exercice de style que comme une nécessité musicale – c’est dit. L’Orchestre ne joue d’ailleurs que les deux premiers mouvements — vraisemblablement pour des raisons de minutage —, laissant une impression d’inachevé. Le public accueille cette proposition avec des réactions partagées – et on le comprend bien.

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    Heureusement, la suite du programme donne à la soirée une tout autre dimension – ouf !
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    Kantorow, l’ivresse lisztienne
    Alexandre Kantorow est l’un des pianistes favoris du public monégasque. Il avait été révélé au Festival de Menton, lors d’un récital donné au Musée Cocteau en 2018. L’année suivante, il devenait le premier pianiste français à remporter la médaille d’or du prestigieux Concours Tchaïkovski. En 2020, il recevait la Victoire de la Musique Classique dans la catégorie « Soliste instrumental ».

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    Ce fut le début d’une carrière fulgurante qui l’a conduit à se produire avec les plus grands orchestres, dans les salles les plus prestigieuses et dans les principaux festivals internationaux. En 2021, il devient artiste en résidence de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo – voilà – , où il se produit aussi bien en récital qu’en soliste avec orchestre ou en musique de chambre. Depuis, il revient régulièrement à Monaco, en récital comme aux côtés de partenaires tels que Daniel Lozakovich ou Sergey Khachatryan.

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    Rejoignant le clavier à grandes enjambées, il ne fait qu’une bouchée du Deuxième Concerto de Franz Liszt, une œuvre à la mesure de ses moyens démesurés. Il y fait preuve davantage d’aisance que de perfection, mais cette liberté participe pleinement au caractère de son interprétation. Libre et fantasque, son discours progresse davantage par à-coups que dans une parfaite continuité. Il est pourtant impossible de résister à cet enthousiasme un peu échevelé, d’autant que l’orchestre joue pleinement le jeu, enfiévré par la baguette de Kazuki Yamada – un chef vraiment magnifique.

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    Moins souvent joué que le Premier Concerto, le Deuxième Concerto pour piano de Liszt se présente sous la forme d’un vaste mouvement continu, relativement concis, dans lequel le soliste se fait tour à tour poète, rêveur, virtuose et provocateur. La structure évolue sans cesse grâce à cette méthode très personnelle de transformation thématique qui constitue l’une des grandes originalités du langage de Liszt.

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    Cette conception renouvelle profondément la forme du concerto, dépassant la traditionnelle opposition entre le soliste et l’orchestre, ce jeu de « combat et de collaboration » si caractéristique du XIXᵉ siècle. L’élément de lutte demeure pourtant présent : celui de l’individu face au groupe, du piano qui s’affirme avant de se fondre à nouveau dans la matière orchestrale.

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    Alexandre Kantorow a parfaitement saisi ces enjeux. Sa maîtrise technique considérable n’est jamais une fin en soi : le développement organique de la musique prime – très heureusement, bien sûr – sur la démonstration de pure virtuosité – à laquelle je suis personnellement allergique… Avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo placé sous la baguette de Kazuki Yamada, il instaure une véritable complicité de musique de chambre – ce qui personnellement me convient à merveille…

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    De cette écoute réciproque naissent des moments d’une grande intensité, qui inspirent au pianiste des envolées poétiques d’autant plus sublimes que la dynamique entre le piano et l’orchestre atteint son point d’équilibre – c’est très bien. Kantorow se montre également éblouissant dans les passages de bravoure, notamment lorsque Liszt déchaîne ses redoutables cascades d’octaves. La virtuosité est spectaculaire, mais elle reste intégrée au discours musical – bien, bien…

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    Le public est conquis. Plusieurs rappels plus tard, Kantorow revient au piano et offre la – très belle – paraphrase de Liszt sur le – sublime – Liebestod de Tristan und Isolde de Richard Wagner.

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    Après l’exubérance du concerto, cette transcription prend une tout autre dimension. Le piano devient voix, orchestre et souffle dramatique à la fois – voilà. Kantorow y déploie un lyrisme d’une intensité presque irréelle.

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    Le nirvana.

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    La Valse, enfin
    Il reste alors à Kazuki Yamada une dernière œuvre, et pas n’importe laquelle – mazette ! – : La Valse de Ravel, l’une des partitions les plus brillantes et les plus fascinantes – mais oui – du répertoire orchestral.

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    C’est aussi l’une des œuvres préférées du chef japonais – tiens, tiens… – , qui lui accorde une signification – personnelle – toute particulière : c’est avec elle qu’il acheva ses études de direction d’orchestre au Japon. Pourtant, en dix ans à la tête de l’OPMC, – assez étrangement – il ne l’avait jamais dirigée à Monaco. Elle avait toujours été confiée aux chefs qu’il avait invités. Ce soir, La Valse sera donc – enfin – la sienne. Une première, et pas des moindres – dont acte.

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    Dès les premières mesures, Yamada impose un Ravel épidermique, éruptif, haletant – conformément à la signification même de cette œuvre en effet singulière pour Ravel : en son projet, dès 1914, il l’avait d’abord intitulée « Wien« …  – , donné avec une générosité et une urgence presque terribles – et il le faut absolument : Vienne ou l’apocalypse joyeuse (1880 – 1938), pour reprendre l’expression de mon ami Jean Clair… Et Ravel ressentait très intensément tout cela… Ce n’est pas une valse élégante qui se déploie, mais une extase – orgasmique à la fin ! – dansante, tournoyante, presque hallucinante — un tourbillon qui devient peu à peu plus passionné, plus fiévreux, jusqu’à l’épuisement – voilà, voilà.

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    Kazuki Yamada ne traîne pas. Son envie d’en découdre saisit à la gorge. Il attise les sonorités crues d’un monde qui semble de moins en moins sûr de lui-même. La valse se dérègle, se déchaîne, perd progressivement ses repères, jusqu’à cette seconde partie qui arrive comme une gifle, une déflagration – oui.

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    Lancé tel un train infernal, l’OPMC danse sur un volcan. La musique semble courir à sa perte avec une jubilation presque inquiétante – et ce doit tout à fait être cela…

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    Une apocalypse joyeuse selon Yamada – et selon Jean Clair.

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    Cette interprétation constitue une conclusion particulièrement forte – forcément ! – au concert, mais aussi, symboliquement, au parcours monégasque – qui s’achève donc – du chef japonais. Durant ses années à la tête de l’OPMC, Kazuki Yamada aura contribué à affirmer l’identité artistique de l’orchestre, en faisant dialoguer le grand répertoire symphonique avec des œuvres moins attendues et en multipliant les rencontres avec des solistes et des chefs de premier plan.

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    Cette dernière soirée au Palais Princier avait donc quelque chose de plus qu’un simple concert de clôture. Elle célébrait une relation artistique construite au fil des années, une complicité entre un chef et un orchestre, mais aussi une page importante de la vie musicale de la Principauté.

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    Et lorsque les dernières mesures de La Valse s’effondrent dans un vertige final, demeure une étrange impression : celle d’avoir assisté à une fête, mais aussi à un adieu.

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    Ce concert a la douceur mélancolique des soirs où l’on remercie un ami avant de le voir prendre un autre chemin.

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    Monte-Carlo, Palais Princier, 6 août 2026

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    Crédits photographiques. :  Frederic Nebinger / Palais princier

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    Un commentaire de ce CD « William Walton – Symphonies 1 & 2 – Orb and Sceptre » de Kazki Yamada est paru dans le numéro 755 S du magazine Diapason du mois de mai dernier, sous la plume de Thomas Deschamps, assez positif, mais constellé toutefois de nuances mitigées : « orchestration truculente« , « noblesse requise » , »habileté« , « naturel« , « finesse« , « direction élancée« , mais aussi « premier degré« , « peine à traduire l’indication « con malizia » « …

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    Alors que mon disquaire préféré a été, lui, enthousiasmé par ce CD. Et c’est son enthousiasme qu’à mon écoute personnelle je m’empresse de partager… Kazuki Yamada sait magnifiquement nous emporter dans cette très belle musique, vivante et contrastée, de William Walton.

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    Ce samedi 15 août 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ressusciter, avec des œuvres pour la harpe, le charme délicat du salon de musique berlinois d’Amalie Beer (1767-1854), la mère de Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : l’intéressant pari réussi d’Anne-Sophie Bertrand en son CD « Amalie’s Cosmos… »…

    C’est l’intéressant pari, réussi, d’Anne-Sophie Bertrand en son CD Pentatone PTC 5187 497 « Amalie’s Cosmos… » – enregistré à Francfort les 11, 18 et 19 septembre 2025 – , avec des œuvres pour la harpe, que de ressusciter pour nous, mélomanes attachés à l’histoire de la musique en toute la richesse de sa diversité, le charme délicat et attendrissant du salon de musique berlinois d’Amalie Beer (Berlin, 10 février 1767 – Berlin, 27 mai 1854), la mère de Giacomo Meyerbeer (Tasdorf, 5 septembre 1791 – Paris, 2 mai 1864)…

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    Regardez et écoutez  ici cette bien trop brève (28 « ) présentation-ci…

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    Et voici l’article de Christophe Steyne, paru le 20 juin dernier, qui m’a fait connaître l’existence de ce CD, et le commander à mon disquaire préféré :

    ma petite-fille Alma-Flore, 14 ans, est déjà une brillante harpiste…

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    Mythe antique et cénacle romantique, prétextes à deux magnifiques albums pour harpe

    par Christophe Steyne
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    Rhapsodos. Marcel Grandjany (1891-1975) : Rhapsodie Op. 10 ; The Colorado Trail Op. 28. Anne Maartje Lemereis(*1989) : Me·de·a. Carlos Michans(*1950) : Trois moments d’Orphée. Ramin Amin Tafreshi(*1992), SoheilShayesteh (*1989) : Event Horizon: the point of no return. Caroline Lizotte(*1969) : Suite Galactique, Op, 39. Guillaume Connesson (*1970) : Toccata. Pearl Chertok(1918-1991) : Around the Clock Suite. Joost Willemze, harpe. Livret en anglais. Décembre 2025. 74’47’’. 7 Mountain Records 7MNTN-066

    Amalie’s Cosmos. Œuvres de Franz Liszt (1891-1975), Mikhail Glinka (1804-1857), Niccolò Paganini (1782-1840), Nimrod Borenstein (*1970), Fanny Mendelssohn (1805-1847), Louis Spohr (1784-1859), Carl Maria von Weber (1786-1826), Elias Parish Alvars (1808-1849), Pauline Viardot (1821-1910), Albert Zabel (1834-1910), Claude Debussy (1862-1918). Anne-Sophie Bertrand, harpe. Livret en anglais. Septembre 2025. 78’19’’. Pentatone PTC 5187 497

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    Modèle phare de la prestigieuse maison de Chicago, très prisé des concertistes, la Lyon & Healy 23 est en vedette dans ces deux récitals pour harpe soliste qui viennent de paraître – en CDs. L’un axé sur le répertoire contemporain – j’y suis personnellement moins sensible… – , l’autre sur le XIXe siècle. Précisons que les deux sessions, respectivement captées à Hilversum et à la Festeburgkirche de Francfort, bénéficient d’excellentes prises de son, amples et réverbérées – oui.

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    Parallèlement à sa formation musicale au Conservatoire d’Amsterdam, Joost Willemze étudia les langues : le russe mais aussi le latin et le grec. Ce tropisme pour l’antiquité s’exprimait déjà par le programme baptisé Orpheus, dans le sillage du prix obtenu en 2023 au concours Dutch Classical Talent par ce jeune homme né en 1996.

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    Patronnée par la figure tutélaire du rhapsodos, dont la lyre résonnait au gré de la poésie épique, l’anthologie reflète une ambition narrative. « Mon intérêt pour le mythe ne s’enracine pas seulement dans la curiosité historique, mais dans le fait que ces récits continuent de mettre en lumière des expériences humaines auxquelles on peut s’identifier » par le pouvoir expressif de la musique, explique le virtuose néerlandais qui nous propose un itinéraire très personnel.

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    On ne s’étonnera pas que le parcours débute avec l’opus 10 de Marcel Grandjany, grand nom de l’instrument, associé aux Concerts Lamoureux, au Conservatoire américain de Fontainebleau qui fut sa passerelle vers les États-Unis. Il y enseigna à la Juilliard School de New York, de 1938 jusqu’à sa mort. L’album se refermera avec une autre célèbre pièce de Grandjany, encore récemment enregistrée par Joel von Lerber dans son CD Légende (Claves, 2021) : The Colorado Trail, inspiré par un chant populaire de cow-boy et hanté par les souvenirs.

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    Suivent trois œuvres dédiées à l’interprète et ici gravées en première mondiale, en étroite collaboration avec les compositeurs. L’exploration d’états psychologiques est au cœur de deux partitions dérivées de personnages mythologiques. La dimension tragique et meurtrière de Médée instille ses angoisses dans Me·de·a d’Anne Maartje Lemereis, conclue par un cri désespéré. Les Trois moments d’Orphée de Carlos Michans déploient un triptyque qui se lamente de la disparition d’Eurydice, évoque la descente aux enfers, puis le chant rémanent du héros grec. À renfort de traitement électronique, Event Horizon de Ramin Amin Tafreshi et Soheil Shayesteh se focalise sur la conscience d’un point de non retour, celui d’Orphée face à son aimée à jamais prisonnière du royaume d’Hadès. Climats sévères et oppressants, lestés de nappes infra-graves, en contraste avec la vibration cristalline de la harpe.

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    Après ce lourd cosmos, le voyage bifurque vers des pages plus atmosphériques, qui ne se réfèrent pas directement à la mythologie. Ainsi la Suite galactique de Caroline Lizotte, amorcée par la vision quasiment séraphique d’Exosphère. On ne ressent aucun hiatus vers la Toccata de Guillaume Connesson, dont l’énergie rythmique se marie à une philosophie contemplative.

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    L’étape la plus ludique intervient avec Around the Clock Suite de Pearl Chertok, sondant les revirements d’humeur en un tour d’horloge nocturne, jusqu’au matin. L’influence du jazz est patente dans le déhanché de Ten past two et Harpicide at midnight. Une heureuse éclaircie au sein de ce disque souvent chargé émotionnellement, dont le paysage est servi par une superlative technique, à l’honneur de Joost Willemze. L’attention ne faiblit pas tout au long de ce voyage d’une heure et quart, souvent exigeant, parfois ardu, toujours révélateur.

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    Quelle que soit la qualité des interprètes, l’exercice compilateur est toujours menacé par la tentation d’un fourre-tout opportuniste. En revanche, ancrer le récital dans un contexte – une démarche qui me tient personnellement beaucoup à cœur ! – enrichit l’attrait de l’écoute. Fédérer la thématique autour d’Amalie Beer (1767-1854) cadre l’intelligence du projet. Les âmes romantiques suivront Anne-Sophie Bertrand sur la piste de la mère de Giacomo Meyerbeer (1791-1864), qui tenait salon à Berlin – voilà. Cette représentante de la grande bourgeoisie juive y animait un des plus importants cénacles d’Allemagne, où se réunissait l’élite politique, intellectuelle et artistique. Le CD invite des personnalités diversement liées à ce microcosme de l’ère Biedermeier.

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    Ainsi Niccolò Paganini, dont nous entendons La Caccia, et auquel Nimrod Bernstein rend hommage dans un Capriccio. Ami de Meyerbeer, Franz Liszt prête son Sospiro et son Rossignol transcrits – voilà – par Henriette Renié (1875-1956), éminente pédagogue et virtuose – en effet. Comme le fut en son temps Dorette Spohr, qui inspira à son époux Louis une Fantaisie en ut mineur. Deux autres musiciennes, également connues pour leur mondanités – mais pas seulement, et même loin de là... – , se croisent dans le programme. Fanny Mendelssohn – que j’aime tant – , au gré d’un Notturno en sol mineur, et Pauline Viardot le temps d’une Sérénade.

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    L’univers de l’opéra transparaît par Nobil Signor, arrangé par Elias Parish Alvars d’après un air des Huguenots – de Giacomo Mayerbeer, créé le 29 février 1836 à l’Opéra de Paris… Aussi par une Fantaisie sur des motifs du Faust de Charles Gounod écrite par Albert Zabel (lui aussi lié au cercle Meyerbeer), qui devint soliste au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. On goûtera quelques pages habituées de ce genre de florilège, ainsi le Sospiro qui apparaissait dans Music for solo harp d’Elizabeth Hainen (Naxos, 2001), et Famous Classics de Xavier de Maistre (Claves, 2005). Poétiques certes, mais aussi séducteur comme cette mouture de L’Invitation à la Valse de Weber – en quelque sorte des tubes du répertoire romantique contemporain d’Amelie Beer…

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    Chronologiquement, esthétiquement, les Estampes – de Claude Debussy – nous éloignent un peu – en effet – des salons romantiques, mais en si bonnes mains, on ne se plaindra pas de cette extrapolation. L’envoûtante sonorité investit superbement le territoire illustratif et se hisse à la hauteur de l’enjeu. Transfigurant l’original pianistique, s’appropriant le subtil nuancier debussyste, Anne-Sophie Bertrand y poursuit sa voie du raffinement – voilà – qui fait le prix de son généreux album – de 78′ 21.

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    Christophe Steyne

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    7 Mountains = Son : 9 – Livret : 9 – Répertoire & Interprétation : 9,5

    Pentatone = Son : 9,5 – Livret : 8 – Répertoire & Interprétation : 10

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    Un délicat voyage vers le passé romantique de la harpe, dans  le salon berlinois d’Amalie Beer,

    par les soins de la harpiste Anne-Sophie Bertrand…

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    Ce mardi 21 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa