Étiquette : interprétation

  • Et après Debussy, Ravel, pour bien tendre l’oreille aux Siècles et François-Xavier Roth en leur idiosyncrasie d’interprétation

    Pour bien saisir

    ce qui pourrait constituer l’idiosyncrasie d’interprète(s)

    des Siècles

    et de François-Xavier Roth,

    …

    après l’écoute de leur interprétation du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy

    _ en le CD/DVD Harmonia Mundi HMM 905291 _,

    nous disposons de leur enregistrement

    _ soit le CD Harmonia Mundi HMM 905280 _

    du ballet de Daphnis et Chloé de Ravel :

    …

    autre chef d’œuvre absolu

    de la musique française de ce tournant entre XIXème et XXème siècles :

    …

    1894, pour le Prélude de Debussy ;

    1912, pour le Ballet de Ravel…

    …

    …

    Et l’enchantement est tout aussi là !!!

    …

    Plénitude de la justesse sonore de la poésie musicale des œuvres…

    …

    …

    Ce mardi 15 septembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter Jean Fournet (et François-Xavier Roth) dans le Prélude à l’après-midi d’un faune, de Claude Debussy, à partir de Stéphane Mallarmé

    Pour évaluer avec assez grande justesse

    la présente interprétation _ si heureuse ! Quelle splendeur !

    et enregistrée par Harmonia Mundi à laPhilharmonie de Paris en janvier 2018_

    par Les Siècles et François-Xavier Roth

    du Prélude à l’après-midi d’un faune

    de Claude Debussy (1862 – 1918)

    …

    _ la première de l’œuvre eut lieu le 22 décembre 1894 à la Société nationale de musique _

    …

    dans le merveilleux CD/DVD Harmonia Mundi HMM 905291

    qui vient tout juste de paraître

    …

    _ cf mon article du vendredi 11 janvier dernier :

    … _,

    …

    vient nous fournir un excellent criterium de comparaison

    une bien reconnue version de référence :

    …

    celle de Jean Fournet

    _ élégant, précis et sans esbroufe _,

    avec le magnifique Concertgebouworkest d’Amsterdam,

    …

    enregistrée par Decca au mois de juin 1959,

    …

    et telle que nous la propose le CD Decca Eloquence 482 4959.

    …

    …

    Il faut bien reconnaître que l’œuvre de Debussy

    est idéalement servie

    dans ces deux interprétations,

    toutes deux d’exception !

    …

    Jean Fournet

    est paisible et tendrement lumineux ;

    …

    et François-Xavier Roth

    d’une précision de poésie renversante et envoûtante.

    …

    …

    Et voici le poème de Stéphane Mallarmé :

    …

    …

    LE FAVNE

    Ces nymphes, je les veux perpétuer.

    Si clair,
    Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
    Assoupi de sommeils touffus.

    Aimai-je un rêve ?

    Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève
    En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
    Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais
    Pour triomphe la faute idéale de roses.

    Réfléchissons..

    ou si les femmes dont tu gloses
    Figurent un souhait de tes sens fabuleux !
    Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus
    Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste :
    Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste
    Comme brise du jour chaude dans ta toison !
    Que non ! par l’immobile et lasse pâmoison
    Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,
    Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte
    Au bosquet arrosé d’accords ; et le seul vent
    Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant
    Qu’il disperse le son dans une pluie aride,
    C’est, à l’horizon pas remué d’une ride,
    Le visible et serein souffle artificiel
    De l’inspiration, qui regagne le ciel.

    Ô bords siciliens d’un calme marécage
    Qu’à l’envi des soleils ma vanité saccage,

    Tacite sous les fleurs d’étincelles, contez
    » Que je coupais ici les creux roseaux domptés
    » Par le talent ; quand, sur l’or glauque de lointaines
    » Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
    » Ondoie une blancheur animale au repos :
    » Et qu’au prélude lent où naissent les pipeaux,
    » Ce vol de cygnes, non ! de naïades se sauve
    » Ou plonge.. »

    Inerte, tout brûle dans l’heure fauve
    Sans marquer par quel art ensemble détala
    Trop d’hymen souhaité de qui cherche le la :
    Alors m’éveillerai-je à la ferveur première,
    Droit et seul, sous un flot antique de lumière,
    Lys ! et l’un de vous tous pour l’ingénuité.

    Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
    Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
    Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
    Mystérieuse, due à quelque auguste dent ;

    Mais, bast ! arcane tel élut pour confident
    Le jonc vaste et jumeau dont sous l’azur on joue :
    Qui, détournant à soi le trouble de la joue
    Rêve, dans un solo long, que nous amusions
    La beauté d’alentour par des confusions
    Fausses entre elle-même et notre chant crédule ;
    Et de faire aussi haut que l’amour se module
    Évanouir du songe ordinaire de dos
    Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
    Une sonore, vaine et monotone ligne.

    Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
    Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m’attends !
    Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
    Des déesses ; et, par d’idolâtres peintures,
    À leur ombre enlever encore des ceintures :
    Ainsi, quand des raisins j’ai sucé la clarté,
    Pour bannir un regret par ma feinte écarté,

    Rieur, j’élève au ciel d’été la grappe vide
    Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
    D’ivresse, jusqu’au soir je regarde au travers.

    Ô nymphes, regonflons des souvenirs divers.
    » Mon œil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
    » Immortelle, qui noie en l’onde sa brûlure
    » Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;
    » Et le splendide bain de cheveux disparaît
    » Dans les clartés et les frissons, ô pierreries !
    » J’accours ; quand, à mes pieds, s’entrejoignent (meurtries
    » De la langueur goûtée à ce mal d’être deux)
    » Des dormeuses parmi leurs seuls bras hasardeux ;
    » Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
    » À ce massif, haï par l’ombrage frivole,
    » De roses tarissant tout parfum au soleil,
    » Où notre ébat au jour consumé soit pareil.
    Je t’adore, courroux des vierges, ô délice
    Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse

    Pour fuir ma lèvre en feu buvant, comme un éclair
    Tressaille ! la frayeur secrète de la chair :
    Des pieds de l’inhumaine au cœur de la timide
    Que délaisse à la fois une innocence, humide
    De larmes folles ou de moins tristes vapeurs.
    » Mon crime, c’est d’avoir, gai de vaincre ces peurs
    » Traîtresses, divisé la touffe échevelée
    » De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée ;
    » Car, à peine j’allais cacher un rire ardent
    » Sous les replis heureux d’une seule (gardant
    » Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
    » Se teignît à l’émoi de sa sœur qui s’allume,
    » La petite, naïve et ne rougissant pas :)
    » Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
    » Cette proie, à jamais ingrate, se délivre
    » Sans pitié du sanglot dont j’étais encore ivre.

    Tant pis ! vers le bonheur d’autres m’entraîneront

    Par leur tresse nouée aux cornes de mon front :
    Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,
    Chaque grenade éclate et d’abeilles murmure ;
    Et notre sang, épris de qui le va saisir,
    Coule pour tout l’essaim éternel du désir.
    À l’heure où ce bois d’or et de cendres se teinte
    Une fête s’exalte en la feuillée éteinte :
    Etna ! c’est parmi toi visité de Vénus
    Sur ta lave posant ses talons ingénus,
    Quand tonne un somme triste ou s’épuise la flamme.
    Je tiens la reine !

    Ô sûr châtiment..

    Non, mais l’âme

    De paroles vacante et ce corps alourdi
    Tard succombent au fier silence de midi :
    Sans plus il faut dormir en l’oubli du blasphème,

    Sur le sable altéré gisant et comme j’aime
    Ouvrir ma bouche à l’astre efficace des vins !

    Couple, adieu ; je vais voir l’ombre que tu devins.

    …

    …

    Ce lundi 14 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La tâche bien ardue de parvenir à rendre le génie (et le charme absolu) de Purcell en son interprétation

    Depuis pas mal d’années déjà,

    bien trop rares à mon goût sont les enregistrements discographiques _ même anglais ! _

    qui sachent nous restituer vraiment et pleinement _ en toute plénitude _ le génie musical de Purcell,

    Henry Purcell (1659 – 1695) ;

    …

    et son charme secret

    si profond ;

    en même temps que si évidemment sensible

    _ et reconnaissable une fois qu’on y a goûté…

    …

    …

    Or, un peu par hasard ce jour,

    …

    voici que je tombe

    _ bien en vue sur le rayon des nouveautés de CDs de ma chère librairie Mollat _

    sur une réédition _ par Outhere, fin 2018 _

    d’un enregistrement Linn Records

    datant de 2011 :

    …

    Twelve Sonatas in Three Parts ;

    …

    soit le CD Linn Records CKR 374,

    par l’ensemble Retrospect _ que dirige l’excellent Matthew Halls _ ;

    …

    constitué de

    Sophie Gent, violon,

    Matthew Truscott, violon,

    et, pour la basse continue, Jonathan Mansion, basse de violon,

    et Matthew Halls, clavecin et orgue.

    …

    …

    Ces Twelve Sonatas in Three Parts ont été publiées,

    et avec le plus grand soin,

    par le compositeur lui-même, en 1683.

    …

    …

    Eb bien ! c’est là une réussite absolue !

    …

    Peut-être supérieure même

    à l’enregistrement purcellien de Jordi Savall des Fantaisies pour les violes,

    chez Astrée, en 1995 :

    un chef d’œuvre

    de l’interprétation de la musique de chambre de Purcell…

    …

    …

    Mais je prendrai bien soin de rappeler la bien belle version, aussi, de ces Sonatas of III Parts

    donnée en 1990 _ en Belgique _ par le Ricercar Consort,

    …

    composé de ces très remarquables musiciens que sont

    François Fernandez, violon,

    Enrico Gatti, violon,

    Philippe Pierlot, basse de viole

    et Bernard Foccroulle, à l’orgue _ de l’église Saint-Apollinaire de Bolland.

    …

    Soit le CD RIC 080088.

    …

    …

    Et je soulignerai aussi la très grande qualité de la notice de ce  livret,

    en 1990,

    sous la plume du maître d’œuvre de Ricercar :

    Jérôme Lejeune.

    …

    …

    Cependant,

    une écoute comparée de ces deux interprétations

    _ de 1990 (par le Ricercar Consort) et 2011 (par l’ensemble Retrospect) _,

    me fait me prononcer en faveur de la plus récente :

    …

    plus vive, plus tonique, plus joyeuse

    _ puisque c’est à la joie que me porte ma complexion,

    plutôt qu’au dolorisme (à la Dowland, « semper dolens« , pour aller un peu vite)…

    …

    …

    Existe aussi,

    par ce magnifique ensemble Retrospect (de Matthew Halls)

    un second _ ou plutôt premier, puisque paru deux ans auparavant, en 2009 _ enregistrement de la musique de chambre de Henry Purcell,

    d’égal esprit :

    …

    celui des Ten Sonatas in Four Parts

    _ publiées, elles, après le décès de Purcell (le 21 novembre 1695), par sa veuve, Frances, en 1697 ;

    …

    mais qui, comme le précisait, en 1994, Jérôme Lejeune, en la notice du CD Ricercar RIC 127140,

    semblent de composition antérieure à celles des Twelve Sonatas In Three Parts, publiées par Henry Purcell lui-même en 1683 ;

    …

    et Jérôme Lejeune d’indiquer encore ceci :

    …

    « Faut-il encore signaler que

    l’édition réalisée _ en 1697, donc _ par Madame veuve Purcell

    avait, afin d’éviter de s’exposer à trop de frais, préféré un système d’imprimerie à caractères mobiles, plus économique,

    aux belles gravures réalisées pour la première collection » en 1683… _,

    …

    toujours chez Linn Records, en 2009, cette fois.

    …

    Mon souhait : disposer aussi de ce premier CD de Retrospect…

    …

    …

    Comme il est difficile _ aux interprètes _ de réussir à attraper vraiment ce miraculeux charme fou-là,

    celui de la géniale idiosyncrasie purcellienne, veux-je dire ;

    …

    et comme il est jouissif _ aux mélomanes _ de l’écouter ainsi

    si jubilatoirement ressuscité…

    …

    …

    Ce samedi 12 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    P. s. : parmi les réussites discographiques les plus miraculeusement idoines à la si merveilleuse idiosyncrasie purcellienne,

    je n’aurais bien sûr garde d’oublier le splendide CD que Hugo Reyne et La Simphonie du Marais ont consacré, en novembre 1995, à ce compositeur, pour le tricentenaire de sa disparition, advenue le 21 novembre 1695 : le CD A Collection of Ayres for recorders, soit le CD Virgin Veritas 5451822.

    Via les diverses flûtes Bressan qu’animent les souffles des flûtistes, c’est Purcell lui-même qu’on entend jubilatoirement chanter !

    C’est magique : je viens de réécouter ce prodigieux CD enregistré les 21-22-23 mai 1995 à la chapelle de la Charité, à Bourg-en-Bresse.

  • Parmi les superbes rééditions de CDs Eloquence d’Ernest Ansermet, l’excellence prioritaire du double album Ravel-Debussy-Stravinsky des Ballets russes

    Parmi les excellentes rééditions de CDs

    de la série _ australienne _ Éloquence,

    …

    ici

    de gravures du chef suisse Ernest Ansermet,

    …

    relevons,

    avec le magazine Diapason de janvier 2019,

    aux pages 124-125 (du Coin du Collectionneur),

    et à propos,

    au sein de cette remarquable série de rééditions,

    du double album Ernest Ansermet and the Ballets russes, Decca 482 4989,

    …

    ce commentaire très avisé ci,

    …

    et sous la plume de l’excellent Patrick Szersnovicz :

    …
    …
    « Son volume prioritaire, un double album partagé entre Ravel, Debussy et Stravinsky, nous ramène à des trésors familiers.

    Dans le Daphnis et Chloé de 1965, l’exactitude textuelle s’accompagne d’une fluidité et d’une luminosité exceptionnelles _ son Lever du jour est peut-être le plus fabuleux de la discographie.

    La lecture épurée, hautaine, un rien corsetée, du Prélude à l’après-midi d’un faune (1957, avec la flûte envoûtante d’André Pépin) ne sera pas au goût de tous nos collègues _, elle nous enchante.

    N’en rajoutons pas sur la seconde version de Jeux (1958), mais précisons que la stéréo dont Decca avait alors le secret flatte l’habileté du chef suisse dans les changements de tempo, imperceptiblement anticipés, pour tendre, sans effet apparent, la continuité dramatique.

    Ce regard creusé, éclairant la structure globale autant que les subtilités des alliages de timbres, se trouve déjà dans la version de Jeux (1953) comme dans la première version stéréo (1957) de La Mer, où Ansermet, ciselant le détail, magnifie la diversité des progressions orchestrales.

    Mathématicien de formation, Ansermet le cérébral avait pourtant quelque chose de naïvement sauvage et d’une étonnante force poétique.

    A preuve  l’admirable verdeur conférée aux Noces de Stravinsky, où s’incarne la fatalité de la souffrance humaine« .

    …

    …

    Un double album ainsi indispensable

    à toute vraie discothèque.

    …

    …

    Ce samedi 29 décembre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa