Étiquette : Jean-Charles Hoffelé

  • La merveille des bouteilles lancées à la mer, et rencontrant quelque destinataire inconnu (épisode 2) : le claveciniste et chef Cédric Costantino s’étonnant de voir mention de son nom en un article mien en date du 8 juillet 2020 à propos d’un CD « Nicolas Lebègue » du claveciniste Agustin Alvarez, qu’il ne connait pas, et de ce qui s’en est suivi…

    La merveille des bouteilles lancées à la mer, et rencontrant quelque destinataire inconnu (épisode 2) :

    le claveciniste et chef Cédric Costantino s’étonnant de voir mention de son nom en un article mien en date du 8 juillet 2020 à propos d’un triple CD Brilliant « Nicolas Lebègue » du claveciniste Agustin Alvarez, qu’il ne connait pas,

    alors qu’il était en recherche d’articles consacrés à son tout récent CD Indésens IC 094 « Du Mont – Couperin – De Grigny – Partout amour me vient chercher – Ensemble Capella Leonid – sous la direction de Cédric Costantino et Philippe Foulon«  – enregistré à Saint-Michel-l’Observatoire les 21 et 22 juillet 2022  – ;

    et de ce qui s’en est suivi...

    …

    D’abord, le courriel d’incompréhension (et déception) de Cédric Costantino en date du 27 février dernier à 23h 47 :

    …

    Sujet
    Pourquoi étiquette Cedric Costantino
    Message
    Bonsoir,

    Vous chroniquez un très beau disque Nicolas Lebègue, mais pas le disque Partout amour vient me chercher dont je suis le chef et forcément, cherchant à savoir qui parle de mon disque, je tombe sur cet étrange mélange qui certes ne m’aide pas, ni même le claveciniste que je ne connais pas. Puis-je avoir une explication ? Et êtes-vous intéressé à chroniquer mon propre disque. Très cordialement, Cédric Costantino

    …

    Mon courriel de réponse le lendemain matin, à 7h 38 :

    …

    Merci, Monsieur, de votre message de cette nuit.

    Le mieux serait d’échanger des précisions par téléphone.

     
    J’ignore tout jusqu’à présent de votre CD « Partout amour vient me chercher », dont les compositeurs – Louis Couperin, Henry Du Mont, Nicolas de Grigny – en effet, m’intéressent…
    Je n’en trouvé nulle part mention jusqu’ici dans la presse spécialisée,
    ni davantage de présence effective sur la table de mon disquaire à Bordeaux…
     
    Quant au CD de clavecin de Nicolas Lebègue dont vous avez trouvé mention sur mon blog,
    je ne sais pas trop duquel il s’agit – il s’agit, je l’apprendrai plus tard, du triple CD Brilliant « Nicolas Lebègue«  d’Agustin Alvarez auquel j’avais commencé de consacrer, le 8 juillet 2020, une chronique « Le répertoire méconnu du Grand Siècle : l’œuvre de clavecin de Nicolas Lebègue (ca. 1631 – 1702)« , dans laquelle je rapportai l’article de Jean-Charles Hoffelé intitulé « Grand Siècle« , de ce même 8 juillet 2020 ; et c’est en une incise à cet article de Jean-Charles Hoffelé, que j’avais fait référence à un ancien article de Cédric Costantino, sur ResMusica, le 26 mai 2005, intitulé, lui, « Nicolas-Antoine Lebègue par Paola Erdas, De la Gravité dans la musique française« … Voilà pour tout remettre en ordre... – , ni quel en est le claveciniste...
     
    A bientôt donc, et bien à vous,
    ravi de pouvoir, si je puis, vous rendre service pour aider à faire mieux connaître ce répertoire baroque français qui me tient effectivement très à cœur :
    je porte au pinacle, et depuis très longtemps, l’œuvre entier de Louis Couperin.
    Vous en trouverez des exemples en cherchant un peu des articles consacrés à Louis Couperin sur mon blog…
     
    Francis Lippa, à Bordeaux
     
    P. s. :
    je viens de lire votre très intéressant entretien d’avril 2025 avec Huguette Grémy-Chauliac,
    qui fut votre professeur – ainsi que marraine, me confiera bientôt Cédric Costantino… Elle est âgée aujourd’hui de 97 ans.
    …
    Depuis, je suis allé commander ce CD Indésens IC 094 « Du Mont – Couperin – De Grigny – Partout amour me vient chercher – Ensemble Capella Leonid – sous la direction de Cédric Costantino et Philippe Foulon«  à mon disquaire préféré, qui l’a reçu très vite ;
    et je lui consacrerai très bientôt une chronique détaillée…
    …
    Ce lundi 9 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Le Duphly varié de Loris Barrucand en son beau CD « Eclats et derniers feux -Jacques Duphly » à L’Encelade…

    « Duphly semble avoir cultivé une certaine ambivalence stylistique nourrie par diverses influences« , voilà qui résume mon impression de très plaisante variété à l’écoute du riche choix de pièces de Jacques Duphly, de diverses influences, en effet, qu’a souhaité mettre en valeur Loris Barrucand en son remarquable CD L’Encelade ECL 2584 – enregistré à Valezan du 27 au 30 juillet 2025 – « Éclats et derniers feux -Jacques Duphly« …

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    CD sur lequel j’ai trouvé une très détaillée et pointue critique de Viet-Linh Nguyen, intitulée « Le Monde d’hier » sur le site de La Muse Baroque, en date du 20 février dernier :

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    CDS & DVDS, CRITIQUES

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    Le monde d’hier (Duphly, Eclats et derniers feux, Loris Barrucand – L’Encelade)

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    duphly barrucand

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    “Eclats et derniers feux”

    Jacques DUPHLY (1715-1789)
    Pièces de clavecin extraites des Livres I (1744), II (1748), III (1756) et IV (1768)

    Loris Barrucand, clavecin Antony Sidey d’après Jean-Henri Hemsch

    Un CD digipack, enregistré du 27 au 30 juillet 2025 à l’église Saint-François-de-Sales de Valloire (Savoie). L’Encelade, 62′

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    Peut-on rêver dates plus évocatrices que celles de la vie de Jacques Duphly ? Ce dernier naît en 1715, année de la mort du Roi Soleil. Il meurt le lendemain de la prise de la Bastille, le 15 juillet 1789. Il s’éteint discrètement en son logement, trois pièces au deuxième étage de l’hôtel de Juigné — qui se situait à l’emplacement actuel de l’école des Beaux-Arts — où il vivait en compagnie de son fidèle domestique Nicolas Depommier, qui le servait depuis trente ans. Sur la fin de sa vie, il vivait au milieu de ses livres, cent quatre volumes, dont des œuvres de Voltaire et des partitions. Mais son inventaire après décès ne mentionne pas même un clavecin.

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    Jacques Duphly fut l’un des grands et derniers représentants du clavecin des Lumières. Gustav Leonhardt lui-même, que l’on a trop souvent réduit à son image de protestant rigoriste, a apprécié ce clavecin trop facilement décrit comme galant. Un premier enregistrement, raide et sec, parut chez Sony en 1973, mais c’est surtout dans celui de chez Harmonia Mundi, en 1991, qu’il rendit justice en quelques pièces à celui qui s’inscrivit en partie dans la filiation des Couperin et des Rameau. D’ailleurs, ces pièces manuscrites furent un temps attribuées à Rameau.

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    Jean-Patrice Brosse en fut un ardent défenseur, lui qui a consacré à ce compositeur deux des trois intégrales — il l’enregistra d’ailleurs par deux fois ! — la première d’une rare élégance n’étant hélas jamais reparue en CD (EMI), la seconde plus vive mais moins rêveuse (Pierre Verany) — nous le décrit comme « une figure de solitaire modeste, introverti, dépressif peut-être ». Pas de portrait, peu de descriptions, peu de renseignements sur sa vie. Aucune charge d’organiste. Il fut l’élève de François d’Agincourt, connut le succès, composa ses quatre livres de clavecin jusqu’à l’âge de 53 ans, puis, progressivement, se retira de la vie parisienne. Lui qui pourtant était l’un des professeurs de clavecin les plus en vue de la capitale et fréquentait, dans ses grandes années, la haute société culturelle parisienne des années 1740. On trouve d’ailleurs nombre de dédicaces dans les titres de ses œuvres. L’État ou Tableau de Paris de Jèze, paru en 1757, le fait figurer en bonne position. Pascal Taskin lui-même donne le prix de ses leçons : six livres, c’est-à-dire autant que Balbastre.

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    Certes, le Troisième Livre est imprégné d’influences un peu plus italiennes et modernes. Le Quatrième, relativement court et contenant également des pièces accompagnées au violon, use et abuse un peu des rodomontades, de la basse rudimentaire d’Alberti, sacrifiant à la mode du pianoforte. Les mélodies sont un peu faciles, mais en même temps on y trouve “La du Bucq“, “La de Vaucanson” ou “La Pothoüin“, magnifiques chefs-d’œuvre dignes des époques précédentes.

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    A chacun son Duphly. Le nôtre a été profondément marqué par la vision de majesté nostalgique d’un Leonhardt, ou de Scott Ross, notamment dans les live à Radio France du 15 janvier 1983. Et puisqu’on parle de Scott Ross, comment ne pas mentionner la poésie alanguie d’Élisabeth Joyé, chez Alpha, sur ce même clavecin historique du château d’Assas lui-même ? Ou encore de Catherine Latzarus (Calliope), cette grande ramiste. D’autres, et non des moindres, ont voulu tirer Duphly vers davantage de sanguinité. C’est le cas de Christophe Rousset dans son superbe double opus chez Aparté, enregistré dans la Galerie Dorée de la Banque de France. Est-ce que les boiseries Régence et leurs mouvements l’ont inspiré ? C’est un enregistrement magique qui concilie à la fois une certaine nervosité bouillonnante, sans tomber dans la facilité, et des articulations d’une transparence éclairante qui éblouissent comme un soleil d’hiver.

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    Daquin louait son toucher. En 1753, il écrit : « On lui trouve beaucoup de légèreté dans le toucher et une certaine mollesse qui, soutenue par des grâces, rend à merveille le caractère de ces pièces. ». Ce n’est pas le chemin que prend Loris Barrucand, qui choisit un Duphly nettement plus énergique, et nous propose une vision radicalement différente, extrêmement variée de Duphly : il dessine avec ductilité et jubilation un Duphly fier, cuivré, plein d’entrain, parfois de morgue, d’une assertivité virtuose. À l’inverse du caractère introverti décrit par Jean-Patrice Brosse, ce Duphly souhaite croquer la vie à pleines dents. Et d’ailleurs, son valet est mentionnait encore pour le dimanche 12, dans sa liste de courses du “sirop de groseille”. le claveciniste a saisi ce Duphly gourmand…

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    Sur un clavecin d’Anthony Sidey (d’après Jean-Henri Hemsch) capté d’un peu (trop) près, très viril, carré, “La de Vaucanson” joue les montagnes russes. C’est normal, le Quatrième Livre en met plein la vue. Mais “La Félix” du Second, extrêmement bien balancée, est plus démonstrative que tendre. “La de Latour” est brillante, mondaine : c’est une coquette. Il faut attendre le “Rondeau” du Premier Livre pour qu’enfin Loris Barrucand esquisse un sourire au lieu de rire aux éclats. Ce rondeau de premier rendez-vous, à la timidité d’une midinette, à la gêne d’une Françoise Hardy, sait dans sa pudique discrétion retrouver une éloquence qu’on attendait. De même, si “La d’Héricourt” est un peu sévère, avec cette main gauche très présente, elle sait par ses chromatismes, ses sautes d’humeur, tracer un portrait délié et original.

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    Autre passage très attendu, la deuxième “La de Drummond” du Quatrième Livre, remarquablement chantante, lyrique, très classique dans son Empfindsamkeit. Il y a du Rousseau dans cette “Drummond“. Si les Menuets ou l’Allemande du Deuxième Livre laissent froid, si l’Allemande du Premier Livre est abordée sur un tempo un peu trop pas lent, de même que la Courante du même livre, La Vanloo par son équilibre est réminiscente de Rameau mais le toucher dénote une dureté tendue, ciblée.

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    Et puis, sans doute le meilleur pour la fin, “La Pothoüin“, d’une densité complexe, aux lignes condensées, peu de lumière, tel un malaise en mineur d’une profondeur mouvante. Tout cela se finit sur une vaste chaconne. Elle lorgne moins sur un spleen diffus à la Lully que sur une grandeur théâtrale et colorée, quasi orchestrale. Elle est dansante, elle est démonstrative, elle est souriante, elle est presque triomphante. Cette pièce majeure du Troisième Livre, incontournable, mais que beaucoup de clavecinistes omettent à dessein dans leur anthologie, étale sa superbe. Loris Barrucand s’y vautre avec une jubilation talentueuse et une excitation croissante.

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    Le Mercure de France de janvier 1756 écrivait : « M. Duphly vient de mettre au jour son troisième livre de pièces de clavecin qui se vend aux adresses ordinaires. Son talent et son mérite sont trop connus pour avoir besoin d’être prônés. Le nom seul de l’auteur fait l’éloge de l’ouvrage. » Saluons cette parution variée et enthousiaste, et qui redonne à Jacques Duphly un visage pluriel. Un Duphly moins taiseux, moins attachant et moins sensible peut-être qu’à l’ordinaire, mais qui, comme l’indique le titre, jette avec brio ses éclats et les derniers feux du clavecin de l’Ancien Régime, celui d’un monde qui s’éteint au son des cordes et des sautereaux.

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    Alors, en ce 15 juillet 1789, alors que Paris est en ébullition et que bientôt le royaume entier se consumera, l’on se demande simplement si Monsieur Duphly — que le Journal Général de la France recherchait le 27 novembre 1788 pour savoir s’il était encore en vie (au sujet d’arrérages sur des rentes viagères) — l’on se demande si Monsieur Duphly a pu, avant son trépas, déguster en paix un dernier sirop de groseille et dire adieu à un monde finissant qu’il représentait si bien.

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    Viet-Linh Nguyen

    Technique : captation claire et franche, avec le clavecin capté de près (on entend les bruits mécaniques par moments).

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    Écoutez donc ici – de la plage n°7 de son CD L’Encelade ECL 2504 – sous les doigts de Loris Barrucand et sur un clavecin Anthony Sidey d’après Jean-Henri Hemsch, »La De Drummond » du 4e livre de Duphly (de 1768), une pièce dont Jean-Charles Hoffelé – qui a écrit un peu plus tard sur ce CD de Loris Barrucand, le 23 avril 2026, un article qu’il a choisi d’intituler « L’intime et le vif« … – a pu dire, en un autre article intitulé, lui, « Découvrir Duphly » en date du 30 juillet 2024 :

    « Si ce n’est pas Mozart qui pointe dans La De Drummond !« …

    Ainsi pourrez-vous en juger… 

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    Ce mercredi 4 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa 

  • Une certaine perplexité face à l’interprétation au disque de RossoPorpora (et Walter Testolin) du Sixième Livre de Madrigaux de Claudio Monteverdi…

    Comment renouveler en mieux l’interprétation, au concert comme au disque, des plus grands chefs d’œuvre de la musique ?.. Le mélomane passionné est bien entendu toujours disponible pour s’enrichir de telles nouvelles lectures et interprétations…

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    Aujourd’hui, le jouissif défi concerne « Il sesto libre de madrigali » (Venise, 1714) de Claudio Monteverdi (1567 – 1643), pour l’ensemble RossoPorpora de Walter Testolin, en le CD Arcana A 580 – tel qu’enregistré à Vicence du 16 au 18 octobre 2017 ; mais pourquoi donc avoir attendu si longtemps avant de le faire paraître et mettre à la disposition des mélomanes discophiles ? Un tel délai fait évidemment question…

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    Deux avis assez contrastés sur cette réalisation discographique :

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    _ celui de Denis Morrier en son article plutôt mitigé du numéro 7515 du magazine Diapason de ce mois de janvier 2026, à la page 76, dont la conclusion est : « A trop vouloir le repeindre, le trait monteverdien perd de sa force originale« …

    _ et celui de Jean-Charles Hoffelé, en son article plus louangeur « Espressivo » de son site Discophilia en date du 19 février dernier :

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    ESPRESSIVO

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    Un premier album Marenzio – le CD « Marenzio – L’Amoroso & crudo stile«  Arcana A 449, enregistré à Bosano du 22 au 25 février 2015 – m’avait surpris en bien, mais je n’attendais pas que Walter Testolin et ses chanteurs – de RossoPorpora – franchissent le Rubicon, osant – c’est dit ! – illico – en 2017 – le Sixième Livre de Monteverdi et ses deux chefs-d’œuvre, les deux Lagrime d’Amante al sepolcro dell’amata et Lamento d’Arianna – soit quelque chose tel qu’un Everest ou un Annapurna de la musique… 

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    Walter Testolin, dans son éclairant essai qu’il faut lire, souligne le rôle des personnages dans ce Sesto Libro, en collationnant les noms qui apparaissent dans les poèmes ; d’où un théâtre jaillissant qui renouvelle le sens du Lamento d’Arianna par quoi s’ouvre le disque.

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    Non plus les adieux de Monteverdi à une forme ancienne, mais l’apparition d’un théâtre des sentiments – voilà ! – qui fera du Lagrime d’Amante cet opus magnum dont découleront les Livres suivants.

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    Le Tombeau mental de Caterina Martinelli, la maîtresse de voix et de corps du Duc de Mantoue, emplit les deux grandes suites de madrigaux, faisant un contraste vertigineux avec les pièces éparses et indépendantes qui reconduisent à un pastoralisme comme décalé : écoutez le célèbre Zefiro torna, osé dans des épices dissonantes rarement aussi savoureuses. Ah vite !, la suite !

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Claudio Monteverdi
    (1567-1643)

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    Il sesto libro de madrigali

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    RossoPorpora
    Walter Testolin, direction

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    Un album du label Arcana A 580
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    Photo à la une : les musiciens de l’ensemble RossoPorpora –
    Photo : © Michele Truncali

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    Pour ma part, je ne suis pas à ce point bouleversé…
    …

    Et je reste fidèle à l’interprétation bouleversante (!!!) de la Venexiana – enregistrée à Roveto au mois de juin 2004 – telle qu’elle disponible dans le CD n°6 du monumental coffret de 12 CDs Glossa GCD 929929 « Claudio Monteverdi – The Complete Madrigal Books – La Venexiana« …

    …

    Ce lundi 23 février 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le nouveau somptueux double CD Bach de Lillian Gordis, au très rare talent absolument transcendant…

    À nouveau, le talent rare et éclatant de Lillian Gordis vient nous proposer un magnifique double CD Bach ATL – A045, cette fois pour le label Artalinna,

    comportant la « Suite anglaise  n°6 » BWV 811 et la « Partita n°6 » BWV 830, ainsi que 6 « Préludes et fugues n°2, 9, 11, 17, 18 et 23 » extraits de la deuxième partie du « Clavier bien tempéré » – enregistré à Haarlem du 8 au 12 janvier 2024… – ,

    sur un superbe clavecin Philippe Humeau d’après des modèles allemands (Barbaste, 1999)… 

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    J’avais consacré 2 articles enthousiastes à son tout premier CD, le CD Paraty PTY 919 180 « Zones » – enregistré à Paris au mois de juillet 2018 – , consacré à Domenico Scarlatti – que je vénère ! – :

    _ « Le superbe premier CD Domenico Scarlatti, « Zones », de la jeune Lillian Gordis« , en date du 15 juin 2019

    et

    _ « Interpréter Domenico Scarlatti : Pierre Hantai et Lilian Gordis…« , en date du 6 janvier 2020…

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    En revanche, j’ai incompréhensiblement laisssé passer son second CD, le double CD Paraty PTY 1521 280 « Bach – Lillian Gordis – harpsichord » – enregistré à Haarlem au mois de novembre 2020 – ,

    sur lequel Christophe Steyne avait pourtant rédigé un article très élogieux pour Crescendo Magazine, « Bach, Partitas et Suites anglaises, trois nouvelles parutions« , en date du 14 décembre 2022.

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    Mais je me suis bien sûr empressé de commander ce double album Paraty PTY 1521 280 à mon disquaire préféré – qui a si bonne oreille…

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    Et pour le moment je m’enchante à écouter et ré-écouter en boucle ce tout nouveau magnifique et presque impérieux – quel talent ! – CD Artalinna « J. S. Bach – Partita N°6 – English Suite N°6 – 6 Préludes and Fugues » :

    Pierre Hantaï ne s’est pas trompé quand il l’a entendu pour la première fois en Californie, et fait venir travailler et s’installer à Paris …

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    Et quant à ce tout nouveau CD Bach ATL – A045 « J. S. Bach – Partita N°6 – English Suite N°6 – 6 préludes and Fugues « ,

    l’excellente oreille du bon Jean-Charles Hoffelé lui a permis de nous adresser ce bel et très juste article « Second arrêt« , en date du 31 janvier dernier, que voici :

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    SECOND ARRÊT

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    Un album pour Paraty (voir ici) montrait Lillian Gordis mettant en regard deux Partitas et deux Suites anglaises. Elle les paysageait déjà avec quatre Préludes et Fugues du Deuxième Livre du Clavier bien tempéré, mais l’aboutissement de ce voyage en Bach en est l’alpha pour Lillian Gordis. La Sixième Partita l’aura fasciné – on le comprend !!! – dès son adolescence, elle en explore le langage savant, les polyphonies roides jusque dans l’enchevêtrement vertigineux – oui – de la Gigue finale, cette fugue aussi folle que magistrale qui déploie une arborescence infinie.

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    Le grand caractère de son jeu, son âpreté verticale, rappellent le vaste geste qu’y imprimait – mais oui ! – Gustav Leonhardt, dont l’ombre rode toujours dans la Doopsgezinde Kerk d’Haarlem où s’est tenu – en effet – l’enregistrement. Cette Gigue qui ne danse pas est comme un autre monde après le Tempo di Gavotta, mais déjà Lillian Gordis y osait ce même ton hautain – oui : elle na pas froid aux yeux… – carrant le mètre à danser. Pourtant le plus beau de cette Sixième Partita reste la Sarabande, laboratoire où Bach fait rendre gorge à la mélodie, Lillian Gordis lui donnant le ton d’un récitatif impérieux – oui, oui.

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    Admirable – oui !!! – par l’aplomb du discours, cet art de faire parler le clavier invite dans les Préludes du Second Livre du Clavier bien tempéré quantité de phrasés inattendus qui n’oublient pas de chanter, et irradie d’une lumière intense – oui – les lacis des Fugues.

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    L’album, dont le livret montre quelques photographies de paysages nord-américains vidés de toute présence humaine capturés par la claveciniste, s’ouvre par la Sixième Suite anglaise, le plus français – oui – des ensembles que Bach composa pour la grande caisse.

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    Est-ce la mise en regard avec le sévère intellect de la Sixième Partita, Lillian Gordis ne sacrifie pas la complexité du discours de la Sixième Suite au seul brio des danses – ses Gavottes font d’abord entendre la singularité du jeu polyphonique, la musette elle-même évoque un mécanisme, la Gigue prise de si haut, avec son trille impératif – oui : quelle présence ! – est soudain sœur de celle de la Sixième Partita – manière de souligner l’ambivalence de l’œuvre, et de nous faire voir Bach, maître des formes, forgeant un modèle à sa propre dialectique qui vise cet improbable : la musique abstraite – et combien charnelle aussi, cependant.

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    Il manque encore – et c’est avec une vive impatience que nous les attendrons… –  au voyage – c’est un ! – les Suites anglaises Nos. 1, 2 et 4, et les Partitas Nos. 2, 3 et 5…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Johann Sebastian Bach(1685-1750)

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    Suite anglaise No. 6 en ré mineur, BWV 811
    Le Clavier bien tempéré, Livre II (6 Préludes & Fugues : No. 11 en fa majeur, BWV 880 ; No. 17 en la bémol majeur, BWV 886 ; No. 2 en ut mineur, BWV 871 ; No. 9 en mi majeur, BWV 878 ; No. 18 en sol dièse mineur, BWV 887 ; No. 23 en si majeur, BWV 892)
    Partita No. 6 en mineur BWV 830

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    Lillian Gordis, clavecin

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    Un album assorti d’un beau livret du label Artalinna ATL-A045

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    Photo à la une : la claveciniste Lillian Gordis – Photo : © Anatole Diethardt

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    Auquel j’ajoute ici, en addendum et fort bienvenu complément à méditer,
    ce très intéressant bien détaillé article-ci « Second album Bach de Lillian Gordis : perfectionnisme et hédonisme » de Christophe Steyne,
    paru le lendemain, mercredi 18 février, sur Crescendo Magazine  :
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    Second album Bach de Lillian Gordis : perfectionnisme et hédonisme

    par Christophe Steyne
    …
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    Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partita no 6 en mi mineur BWV 830. Suite anglaise no 6 en ré mineur BWV 811. Préludes et Fugues en ut mineur, mi majeur, fa majeur, la bémol majeur, sol dièse mineur, si majeur BWV 871, 878, 880, 886, 887, 892 [Clavier bien Tempéré, Livre II]. Lillian Gordis, clavecin. Livret en français, anglais. Janvier 2024. Coffret deux CDs 50’59’’ + 64’03’’. Artalinna

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    Nous avions apprécié le précédent album de Lillian Gordis, que d’évidence prolonge – en effet – celui-ci, désormais – pour quelles raisons ?.. – sous label Artalinna. Encore dans Bach, sur le même instrument – oui ! – de Philippe Humeau (1999), toujours capté – aussi – par les micros d’Aline Blondiau dans l’acoustique réverbérée de la Doopsgezinde Kerk de Haarlem. On y retrouve un récital constitué en parallélisme et symétrie, sous la symbolique du chiffre six : rang de la Suite anglaise BWV 811 et de la Partita BWV 830 qui closent chacun de ces recueils, et que dans le programme séparent trois paires de Préludes et Fugues tirés du Wohltempiertes Klavier.

    …

    Entre interview et dossier de presse, alimentée par maintes citations de la claveciniste franco-américaine, la notice nous rappelle combien celle-ci s’adonna précocement – en son enfance et prime jeunesse en Californie, avant de venir s’installer à Paris – au Cantor, –un répertoire qu’elle joue depuis l’enfance, férue de ses complexes polyphonies. Tôt confrontée « ad nauseam » avec cette ultime Partita, au point de la remiser pendant quinze ans puis, le désir d’en chevir couvant souterrain, d’en faire le déclencheur – voilà – du présent enregistrement.

    …

    La préface du livret confirme ce dont on se douterait : au gré de voyages, des risques du concert, et d’une naissante activité d’enseignement, l’artiste a mûri. Impliquant, depuis son premier album – Scarlatti, intitulé « Zones« , enregistré pour Paraty au mois de juillet 2018 – , une esthétique entre continuité et rupture, à valeur d’avènement. La poignée d’ans n’a pas compromis cette souveraine ampleur de la sonorité – oui ! – , cette clarté solaire – oui, oui ! – , cette nette articulation. En bénéfice, les passagères raideurs qui amidonnaient le discours se sont assouplies, les audaces parfois alambiquées par des doigts impétueux se sont assagies. Quitte à ce que les Gavottes de la Suite, inhabituellement réfrénées, interpellent par leur retenue ! Quitte à ce que la consécutive Gigue, une des pages les plus tortueuses de Bach, y édulcore son vertige ?

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    Subsistent certes une dose de rubato qui interroge le phrasé (Praeludium BWV 887), cette intelligente urgence de main gauche qui rappelle le mentor Pierre Hantaï – oui : c’est lui qui l’a découverte en Californie et incitée à venir s’installer à Paris. Des vertus se sont parachevées : aisance, rayonnement, équilibre structurel – tout cela est parfaitement juste... On citera ainsi la lucidité architecturale accordée à la Toccata du BWV 830, qui se construit sans hâte, illuminée de l’intérieur, dans le sillage de quelques glorieux aînés (on pense ici à Helmut Walcha). Du drame on entendra certes, comme dans cette Sarabande de la Partita, mais cadré par une supérieure discipline. Même recette pour la Gigue conclusive, dont les obstinations s’éperdent dans une cage dorée.

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    Car l’autorité de – novembre – 2020 – de son précédent double album Bach – demeure mais semble moins spontanée. Engagée sur des rails sûrs, ceux d’une maturité expressive que d’autres atteindraient à carrière révolue. Un patient montage, peaufiné par l’interprète elle-même, contribue à nous laisser admiratif – oui ! – de cet objet perfectionniste – qu’est ce second double album Bach, cette fois-ci pour Artalinna... Inclinant vers un patent hédonisme – mais qui enchante – , même dans la Fugue BWV 892. Que dira-t-on alors de cette jouissive Corrente, qui darde ses moulinets, calcule ses syncopes, dans un luxe expansif ?

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    Non point un Bach vainement décoratif, mais contemplatif, enivré de ses propres beautés – voilà, voilà… Servitude volontaire. Dominées en des palais de plaisir, mais impérieuses : technique et éthique de Lillian Gordis tiennent d’Hercule chez Omphale. Autant dire qu’on en sort captif et captivé – oui ! – , impatient – sans nul doute ! – de l’entendre dompter les sept Toccatas ou par avance gourmand de voluptueuses Goldberg qu’elle pourrait nous offrir.

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    Christophe Steyne

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    Son : 9,5 – Livret : 9 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

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    Et maintenant enchantez vous, vous aussi, à votre tour, à savourer cette merveille-ci,

    chef d’œuvre de Bach

    et somptuosité d’interprétation de cette lumineuse et puissante, tout à fait singulière, Lillian Gordis…

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    Un double CD Artalinna ATL A-045 absolument immanquable !!!

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    Ce mardi 17 février 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa