Un chef d’œuvre aujourd’hui oublié et un jalon important jusqu’ici négligé de l’histoire de la musique maintenant splendidement restitué au CD par Christophe Rousset et ses Talens lyriques : l’ »Ifigenia in Tauride »(créée à Vienne le 4 octobre 1763) de Tommaso Traetta (1727 – 1779)…

C’est un chef d’œuvre aujourd’hui bien oublié et pourtant un jalon important jusqu’ici négligé de l’histoire de la musique qui vient de nous être splendidement restitué maintenant au CD par Christophe Rousset et ses Talens lyriques, pour le label de très grande qualité Aparté : l’ »Ifigenia in Tauride » (créée à Vienne le 4 octobre 1763) de Tommaso Traetta (Bitonto, 30 mars 1727 – Venise, 6 avril 1779), avec ce magnifique double album (de 159′) Aparté AP 399 – enregistré à Innsbruck du 27 au 29 août 2025 – ,

une nouveauté discographique très heureusement signalée par les articles de Pierre Degott « Résurrection d’Ifigenia in Tauride de Tommaso Traetta » pour ResMusica le 23 juin dernier et Jean-Charles Hoffelé « Iphigénie viennoise » sur son site Discophilia le 3 juillet dernier …

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Articles que voici – avec mes menues farcissures en rouge – :

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Résurrection d’Ifigenia in Tauride de Tommaso Traetta

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Les Clefs du mois

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À la tête d’une distribution de haut vol, insuffle vie et passion – oui – à un – important – maillon manquant – de l’histoire de la musique : voilà – entre Gluck et l’école napolitaine finissante. Une découverte qui réjouira – oui ! – tous les amoureux de l’opéra italien du XVIIIᵉ siècle.

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Le festival de musique ancienne d’Innsbruck 2025 aura été l’occasion de deux découvertes musicales majeures, l’Ifigenia in Aulide (1718) de Caldara et l’Ifigenia in Tauride (1763) de Traetta. Seul le deuxième ouvrage, semble-t-il, a été jugé digne d’intéresser le public discophile. Il est vrai que l’esthétique musicale de Traetta, à l’instar de celles de ses contemporains Gluck, Jommelli et Sacchini, frappe l’auditeur par son recours à des formes musicales traditionnelles, mais également par ses tentatives de « moderniser » l’opera seria en y introduisant différents courants propres à la sensibilité de la deuxième moitié du dix-huitième siècle. Créé à Vienne juste un an – et c’est bien sûr à souligner – après l’Orfeo de Gluck, avec dans le rôle d’Oreste le castrat Gaetano Guadagni, créateur également du rôle d’Orfeo, l’opéra Ifigenia in Tauride fait bel et bien partie de ces opéras dits « réformés » que l’on écoute aujourd’hui avec le plus grand intérêt – et plaisir : absolument. Encore très tributaire encore de l’aria ABA’, l’ouvrage fait la place belle au récitatif accompagné, aux ensembles vocaux et surtout au chœur, ce dernier jouant un véritable rôle dramatique dans une action qu’il ne fait pas que commenter. En cela, il se détache très nettement – oui – des opéras napolitains encore en vigueur dans les années 1760, et cela pour le plus grand bonheur – voilà ! – de tous.

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L’action, on s’en doute, est peu ou prou – forcément – la même que celle de l’Iphigénie en Tauride de Gluck. Y a été introduit le personnage de Dori, qui en trahissant le tyran Toante et les prêtres du temple, aide le fidèle Pilade à sauver du sacrifice son ami Oreste, condamné à être exécuté par Iphigénie.

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Du côté des performances vocales, l’enregistrement regorge – mais oui – de très belles découvertes – d’interprétation. Au grain de voix plus dramatique que les deux autres sopranos, savonne quelque peu ses vocalises même si elle propose une prestation de belle qualité. , en Pilade, impressionne par un joli timbre argenté et des vocalises à la vitesse supersonique. Non moins virtuose, dispose d’un timbre rond, frais et charnu, d’un suraigu puissant et nourri et d’un flair dramatique qui lui permet de rendre compte de la complexité – voilà – des sentiments d’Iphigénie. En Toante le ténor australien possède lui aussi tous les atouts vocaux pour faire vivre un personnage tout d’une pièce : des vocalises acérées, des aigus percutants et un timbre d’une grande beauté qu’on espèrerait entendre dans un rôle de personnage plus sympathique. Le contreténor polonais sera sans doute une révélation. Dans le rôle – d’Oreste – conçu pour Guadagni, il triomphe non pas par la virtuosité vocale mais par l’onctuosité de la ligne vocale, par un legato rond et crémeux et surtout par l’expressivité de son chant – voilà. Ses airs ainsi que son duo avec Iphigénie comptent ainsi parmi les plus belles réussites – en effet – de la partition.

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À la tête de ses Talens Lyriques, est l’artisan de cette belle réussite musicale. Énergique sans être frénétique – jamais chez lui… – , sa direction vive et précise – oui – soigne aussi bien les parties solistes que les ensembles instrumentaux et les chœurs. On notera enfin la belle participation de l’ensemble vocal , très sollicité dans cet opera seria réformé où la place du chœur est une remarquable innovation.

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Tommaso Traetta (1727-1779) : Ifigenia in Tauride, dramma per musica in tre atti. Livret de Marco Coltellini.Avec Rocío Pérez, soprano (Ifigenia) ; Rafał Tomkiewicz, contre-ténor (Oreste) ; Suzanne Jerosme, soprano (Pilade) ; Alasdair Kent, ténor (Toante) ; Karolina Bengtsson, soprano (Dori). Ensemble NovoCanto. Les Talens lyriques, direction : Christophe Rousset.2 CD Aparte. Enregistrés en août 2025 lors du Festival de musique ancienne d’Innsbruck.

Notice de présentation trilingue (anglais, allemand et français). Durée totale : 159:00

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Et 

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IPHIGÉNIE VIENNOISE

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Le 4 octobre 1763, le palais du château de Schönbrunn accueillait cette Ifigenia in Tauride composée par Tommaso Traetta pour le couple impérial. Gaetano Guadagni venait – événement très marquant ! – d’incarner l’année précédente sur la scène viennoise l’Orfeo de Gluck, Traetta releva le défi – voilà ! – de lui écrire cet Oreste élégiaque et blessé qui ne pâlit pas devant l’aède de son prestigieux rival.

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Certains auront sacré la puissance dramatique – voilà ! – si suggestive du chef-d’œuvre de Traetta à la même aune que le geste plus uniment lyrique – oui – de l’opéra de Gluck, l’écoute de cette résurrection captée dans le cadre du Festival d’Innsbruck – le livret documente par de beaux clichés la mise en scène élégante de Nicola Raab – leur donne raison – oui.

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Le livret habile de Marco Coltellini – Montepulciano, 24 mai 1724 – Saint-Pétersbourg, Novembre 1777 – sert les intentions novatrices du compositeur, les da capos creusent les sentiments, augmentent la vérité des portraits psychologiques, la plume – dramatique très expressive – de Traetta est inspirée au point qu’on ne songe guère – voilà : Traetta sait très bien s’en démarquer – à l’emprise que Gluck étendait sur l’apogée déclinante de l’opera seria.

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Les airs virtuoses sont stupéfiants – voilà ! – autant par leurs pyrotechnies que par leur impact émotionnel – surtout – , mais comment ne pas entendre dans les pages lyriques des mélodies déjà – mais oui... –  mozartiennes ? Ecoutez seulement – plage 2 du CD n° 2 – le sommeil d’Oreste et son air « Deh ! per pieta, placatevi » (avec un violoncelle concertant surprenant) si finement chanté par Rafał Tomkiewicz. À lui le redoutable défi de reprendre ce rôle écrit pour Guadagni, il le fait avec une grâce certaine – oui – qui rend son Oreste si émouvant – voilà.

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Splendide (et supra virtuose) l’Ifigenia de Rocío Pérez (« So, che pieta de’ miseri ») alors que Suzanne Jerosme offre son timbre versicolore à un Pilade dont la psyché est finement saisie par Traetta (« Grazie, pietosi Dei »). Karolina Bengtsson confère une vraie présence à Dori. Alasdair Kent ne rend-il pas l’odieux Toante supportable ? Sa présence scénique devait être à la hauteur de son chant dardé qui fascine, décidément un ténor à suivre.

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Après la renaissance discographique d’Antigona – paru en 2000 pour le label Decca – , il fallait bien que Christophe Rousset et ses Talens Lyriques reviennent enfin à Traetta ; aidés par Novo Canto ils en magnifient le théâtre inventif – voilà, voilà – , capturant toutes les subtilités – absolument – dont Traetta aura empli cette somptueuse – c’est le mot juste ! – Ifigenia in Tauride, laissant espérer qu’il se pencheront demain sur cette Armida composée elle aussi pour Vienne deux années auparavant – cette Armida de Traetta a été créée à Vienne le 3 janvier 1761.

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LE DISQUE DU JOUR

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Tommaso Traetta
(1727-1779)

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Ifigenia in Tauride

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Rocío Pérez,
soprano (Ifigenia)
Rafał Tomkiewicz,
contre-ténor (Oreste)
Suzanne Jerosme,
soprano (Pilade)
Alasdair Kent, ténor (Toante)
Karolina Bengtsson, soprano (Dori)

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Novo Canto
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction

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Un livre-disque de 2 CD, au livret soigné, du label Aparté AP399

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Photo à la une : © DR

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Pas seulement donc un jalon important de l’histoire de la musique,

mais un somptueux chef d’œuvre d’opéra seria de Traetta, splendidement servi ici au disque pour le label Aparté par la direction très juste, à la fois dramatique et subtile, de Christophe Rousset : une importante et très marquante réalisation ! 

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Ce lundi 6 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

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